PROLOGUE
J’entends le son menaçant du roulement des vagues et mes pieds sont trempés par intermittence comme si l’océan voulait me dévorer. J’ouvre les yeux pour découvrir un ciel si sombre que même la lune peine à percer cette épaisse noirceur. Un frisson d’angoisse me parcourt : je suis de retour dans mon cauchemar ! Je me redresse brusquement le cœur battant et scrute les environs. La panique m’envahit en réalisant être revêtue de cette tunique blanche, symbole de mon destin funeste. Je me mets debout rapidement avant de pivoter et reconnais de nouveau le rocher. Je cherche du regard le gigantesque loup, mais il reste introuvable. À sa place, l’homme attaché s’est endormi et il reprend peu à peu connaissance quand je le secoue légèrement en arrivant à sa hauteur.
— Que… faites… vous… encore… là ? articule-t-il avec difficulté. Il… vous… tuera, partez !
Il tousse un bon moment et je ne peux simplement pas l’abandonner même s’il m’implore de quitter, de fuir cet endroit maudit, du moins, il me faut essayer de le libérer. Une pierre suffisamment grosse réussira peut-être à briser ses chaînes ? J’en repère enfin une et reviens frapper ses liens de toutes mes forces, seulement, la tâche semble impossible, les fers refusent de céder sous mes coups désespérés.
— Je suis désolée, lui avoué-je accablée, je n’y arrive pas.
— Allez… vous-en, il… est… dangereux.
— Je ne peux pas vous abandonner !
— Pas… le… choix.
Soudain, une présence sinistre se matérialise, une chaleur brûlante dans mon dos et je me relève avant de me retourner lentement, terrifiée. Le loup monstrueux se dresse devant moi, éveillant un effroi indicible et donne naissance à une goutte de sueur qui roule le long de ma tempe. Je lève la tête et suis obligée de me tordre le cou afin de le regarder.
— Qui es-tu ? m’interroge-t-il d’une voix rauque ses crocs luisants d’une lueur mortelle.
Je suis pétrifiée, consciente que ma vie ne tient qu’à un fil. Il a la possibilité à vrai dire de me réduire en cendres et il est inutile de miser sur ma rapidité, elle s’avère clairement insuffisante pour parvenir à lui échapper. Il hurle et du feu sort de ses naseaux, il va très certainement finir par me brûler vive ! Il garde sa gueule béante d’où de la lave s’en écoule et je ferme les yeux comme si ça pouvait le faire disparaître.
— Tu as de la chance, une affaire plus urgente requiert aujourd’hui mon attention, je m’occuperai toutefois de toi à mon retour.
Il effectue un bond formidable vers l’horizon quand je rouvre les paupières et il m’était cependant difficile de le prévoir qu’en partant, il me projette brutalement dans les airs d’un coup de queue titanesque. Je sens le vent siffler autour de moi, impuissante face à la violence démoniaque qui m’entoure !