Prologue
Tel un bal masqué, tous cachaient une partie d’eux-mêmes. Sous la lumière de la lune, l’air salé chatouillait les narines de trois étudiant meurtries par leur passion, tous à présent suspects. Un regard terrorisé et des pupilles dilatés se posèrent sur une amante inconsolablement frappé par la perte, ses cries résonnant sous la chaire de ses deux amis. Sous un ciel si heurté par la mort, l’arrivée des Erinyes paraissait imminente. Hécate aurait beau se laver les mains pendant des semaines et les frottaient religieusement jusqu’à ce que perte de peau s’en suive, rien ne pourrait la délivrer de sa culpabilité.
Le corps momifié était entreposé sur un rocher faisant office de tombeau, entouré d’objets personnels précieux, un scarabée délicatement posé sur la poitrine du jeune homme. La momification avait été réalisée à l’aide seule de bandes blanches permettant de penser que celui qui avait commis cet acte ne s’y connaissait pas en momification. Celle-ci nécessite d’enlever les organes internes du corps, de retirer le cerveau à l’aide d’un crochet nasal, et d’extraire les organes internes. Un scarabée était souvent retrouvé à la place du cœur afin de le rendre « silencieux » pour qu’il ne témoigne pas contre le défunt. Il aurait par la suite fallu que le corps s’assèche naturellement après avoir été lavé dans du vin de palme et plongé dans un bain de natron pendant plus de quarante jours avant d’appliquer le bandage, or ces étapes et plusieurs autres aspects du processus avaient été maladroitement sauté.
Les cris d’un corbeau se posant à la sortie de la grotte retentirent, tout aussi menaçant que le bruit des vagues qui résonnaient à ce moment même comme un avertissement. La marée haute était imminente et la grotte serait engloutie sous peu. Le corbeau entra et fonça avant de se poser sur le corps.
« Il sent la mort. » déclara Henry, en retrait. Hécate fit de grands gestes devant son bec afin de le faire fuir. Il vola vers la sortie, son cri résonant dans la nuit. Un frisson parcourut son corps alors qu’elle dégluti pour reprendre contenance.
Kaleo s’approcha et plaça sa main en bas du dos de la jeune femme comme signe de réconfort.
« La marée haute approche…
-On doit cacher le corps » déclara Henry en retrouvant ses moyens. Il s’en approcha, balaya le scarabée et s’apprêta à retirer les bandes l’ayant momifié. Il n’avait, jusqu’à présent, jamais eu à faire quelque chose contre son grès et faisait partie de ces personnes obtenant tout ce qu’ils souhaitent. La retenu et le sang-froid avec lequel il prit les devant sembla frigorifier l’air de la grotte.
« Arrête ça ! Il faut appeler la police », s’emportait Hécate pendant qu’il continuait son entreprise, l’ignorant. Elle l’observa ainsi, ne rétorquant plus rien, sachant pertinemment qu’ils seraient les principaux suspects si la police les trouvait ici. Une pensée terrifiante effleura son esprit en regardant autour d’elle, l’avait-elle réellement assassiné ?
« Il faut le déplacer, notre ADN est partout » reprit-il en passant sa main dans ses cheveux roux.
« L’eau effacera tout. » chuchota-t-elle, les yeux dirigés vers le sol en essayant de contrôler sa respiration. La marée engloutira sous peu chaque parcelle de la grotte ainsi que le corps de Curvus. Elle l’atteindra d’abord lentement, puis son visage, jusqu’à ce que ses poumons non oxygénés se noient à leur tour.
Un claquement résonna derrière eux lorsque Kaleo éclaira les murs de la grotte de son briquet en fer, la lumière de la flamme laissa paraître plusieurs hiéroglyphes alignés contre les parois. Hécate, interloquée, s’approcha de plus près et posa ses mains sur les gravures en tentant de les déchiffrer.
« Il est écrit « Mafdet », « sacrifice » et d’autres choses difficiles à déchiffrer à première vue. Les nombreuses heures qu’elle avait passé face à ses cours et traductions anciennes semblaient finalement payer.
- Mafdet ?
- Le dieu égyptien de la guérison » répondit-elle en se retournant, ses cheveux tombant sur ses épaules. « Je ne comprends pas, je me suis endormi et… ». Elle marqua une courte pause au cas où quelque chose daignerait lui revenir en mémoire. « Je ne me souviens de rien ».
Alors que tous échangèrent des regards perplexes, Henry décida de s’éloigner de cette grotte et de cesser de perdre du temps. La perte d’un être chère est dans toutes les civilisations, un moment de compassion et de deuil. Certains portent du noir pendant des semaines comme en Chine, d’autres restent chez eux jusqu’à ce que la douleur s’apaise. Mais lorsqu’un être aimé est assassiné, cette période de deuil est arrachée, ne laissant derrière elle qu’un goût amer de vengeance.