Chapitre 1:Rédemption
Le manoir sardonique
Nouvelle fantastique rédigée par l’écrivaine contemporaine :
Samia BOUYAHYA
A toute âme peinée et à tout esprit croyant aux divagations, je vous dédie mon chef-d’œuvre qui vous bercera de son histoire parsemée de dubitations, de clarté ténébreuse et de créatures qui vivent avec nous, dans nos sociétés mondaines, sous les étoffes de nos semblables humains.
« Ne soyez ni confiant, ni banal, ni empressé, trois écueils ! La trop grande confiance diminue le respect, la banalité nous vaut le mépris, le zèle nous rend excellents à exploiter. »
Polyphonies envoûtantes et consonances enivrantes m’attractaient dans les tréfonds de la futaie qui séparait notre village du bourg voisin. Telle était mon accoutumance depuis plus de trois ans, alors que je venais de m'installer après des décennies d'hostilité et d'animosité sur les putrides champs de guerre, où je maniais habilement le fer contre les Anglais afin de servir ce que je croyais être la mère patrie. Hélas, après notre infortune et notre défaite ignominieuse, nous revînmes lessivés et torturés par nos lourdes pertes. C'est alors que je trouvai ce céleste Jérusalem paradisiaque pour fuir la misère que ce fléau m'avait apporté et panser mes plaies intérieures. Je découvris alors l'Eden angélique que m’offrait cet endroit et la placidité dont je pouvais prospérer en abreuvant mes sens des puissances onéreuses de la sphère sylvestre. Subjugué par ces champs mélodieux que les arbres et les ondes produisaient, je me délectais tous les jours de chaque minute passer à flâner durant mes randonnées aurorales au printemps ou alors vespérales en pleine saison estivale.
Chapitre 2: Ballade interrompue
Et c'est suivant ma routine délicate que j'entrepris mon vagabondage, errant dans ses bois qui devinrent si familiers à mon esprit qu'il me semblait les avoir aisément cartographiés dans les abysses de ma mémoire, ou du moins c'est ce que je m'étais présumé. La matinée était fort plaisante, je déambulais les sillons en caressant la végétation frémissante qui fondait au contact des premières lueurs empourprées du jour, l'air chatoyant et le zéphyr apaisant me portaient dans une myriade des plus vénérables. Tandis que j'atteignais peu à peu l'Olympe divine, un blizzard flagellant vint alors me faire regagner le monde du commun des mortels. Ma peau se hérissa et le vent me mortifiait déjà les os et là le déluge frappa la forêt qui tout à coup me parut changée : l'atmosphère si exotique devint étrangement tombale et sépulcrale digne des obsèques de cet antre idyllique. Je dus trouver amèrement refuge sous l'épais feuillage d'un arbre ancestral afin de songer au cours lugubre et soudain qu'avait pris ma matinée si chaleureuse au tout début. Il me parut indubitable que la nature en personne ne voulait pas de moi chez elle. Je pris donc ceci comme un avertissement et je décidai de revenir sur mes pas et de regagner mon humble gentilhommière. Toutefois une chose tout à fait sibylline se produisit ; je me perdis en chemin et me retrouvai effaré et égaré dans ce sanctuaire que je crus avoir mémorisé avec netteté et clarté dans mon âme. Je me fiais au Destin pour guider mes pas dans cette sphère morose et mélancolique où je ne distinguais plus le vrai du faux.
Je marchais, marchais, errait même jusqu'à ce que je me trouvai face à une immense grille rouillée. J'hésitais longuement avant d'y pénétrer mais j'aperçus le ciel et ces lourds nuages grisâtres et je me dis qu'il valait mieux trouver asile en implorant les mœurs charitables des habitants de la demeure. Je poussai la grille et entrai ; à peine eussé-je franchi le seuil qu’un souffle profond issu des entrailles de Belzébuth claqua furtivement les portes. Je me dis que ce n'était peut-être que ce vent du nord pluvieux qui était seulement de passage dans la région, quoique cette impression d'être guetté et épié ne me lâchait point depuis le matin. Après le verger me parut enfin le manoir qui s'imposait avec ampleur sur le domaine. A sa vue, je me sentis encore plus apeuré, plus en appréhension de ce qui m'attendait derrière. On aurait dit que le mal en personne trônait sur les lieux, et ces incubes sur les pavillons feraient pâlir les plus braves et vaillants des soldats de la garnison. Mon être tout entier fut rongé par la crainte de l'Invisible et de l'Impalpable.
Chapitre 3: Épié par des puissances diaboliques
Je ne sais pourquoi je ressentais cette sensation inusitée qu'un regard massif était à l'affût et me fixait ardemment avec ses yeux pernicieux, en savourant chaque instant des états pusillanimes dont je souffrais. Je balayai mes prunelles aveuglées par les affres du Méconnu mais rien, pas une once de vie autour de moi. A l'espace d'une brève pensée, je me dis que j'avais atterri dans les palais souterrains de l'implacable Thanatos et plus précisément dans le royaume des Erinyes où rien, absolument rien ne vit ou perdure. Interdit face à cette froideur inéluctable, je redoutais âprement l’artifice dans lequel je sombrais peu à peu. Me décidant fermement à quitter ce lieu languissant et desséché de toute forme de pétulance, je remarquai que les Griffons sur les tours d'ébène s'étaient détournés vers moi et arrimaient leurs yeux de braise dans ma direction. Encore plus timoré, je voulus fuir cet espace hostile et insolite, quand subitement, j’entrevis une brume pesante qui tapissait le sol du terrain entier.
Ce brouillard à l'allure démoniaque fit de moi forçat, sous son emprise délétère et suffocante. Je n'étais malencontreusement plus apte à saisir ce qui se produisait et, décidément, je dois le confesser, la roue de la fortune ne penchait guère en ma faveur ce matin-là. Un ressenti affligeant s'immisçait en moi insidieusement et tapissait mon être tout ébranlé par ce tournant dérisoire. À mes yeux, je croyais que ma fin accourait à vive allure, cependant il y’eut un craquement de branches derrière moi, et j’ouïs des chuchotements ésotériques qui m'englobaient de tous les recoins. Et là je crus voir une ombre passer avec promptitude d'un côté vers l'autre, ce vertige obsédant me fondit l’aura tellement il fut enjôleur et troublant. Je me dis alors que le Minotaure aux cornes affûtées et aux crocs acérés m'avait asservi dans ce dédale sans fin ni déversoir. Et c'est alors que je perçus une entité, une entité dans l'apparence grandissait à mesure qu'elle s'approchait de moi. Quand mes prunelles se déposèrent sur son corps élancé, Eros me heurta de sa flèche dorée et me fit opprimé de plein gré. J'étais prêt à avouer mon existence, ma vie et même mon âme à cette créature aux aspects séraphiques. Sa carnation divine et sa longue toison d'un blond emprunté à la traîne majestueuse de l'astre diurne faisaient d'elle la miraculeuse perfection incarnée. Je me sentais résolu à lui offrir mon sabre pour la protéger et de lui dédier mon cœur pour la longue et éternelle pérennité.
Chapitre 4: Passions et manipulations
Nous échangeâmes de brèves paroles où je lui relatais, tout confus mais tout de même charmé par la délicatesse de ses traits, mon périple parsemé de perplexité et de scepticisme. Elle fit mine de compatir et me somma à regagner la forteresse avec empathie et accueil bienséant. Je me rafraîchis et retrouvai mes esprits égarés par cette aventure tumultueuse. Nous fîmes une visite du château, qui s'avéra être une propriété ancestrale dans leur famille, et je dois le dire mes hôtes avaient des goûts raffinés quoique bien ternes en couleur. Le souper fut servi et nous passâmes la soirée à discuter et à épiloguer autour de quelques verres de liqueur quand inopinément, je fus pris d'une fatigue abominable que la contrainte m'obligea à séjourner chez cette cordiale jouvencelle. Des heures entraînèrent des jours et des jours en ramenèrent d'autres, je fus si conquis par l'atmosphère que j'en oubliais que je n'étais que de passage. Nonobstant, un soir alors que je vaguais dans les méandres et les corridors, j'atterris dans un pavillon qui, à ce qui me semblait, m’était encore étranger.
Je vis une porte entrouverte, je m'y dirigeais et qu'elle ne fut mon interdiction face à cette scène morbide et dépourvue d'impétuosité : la pièce regorgeait de cadavres gisants et qui pendulaient par les chevilles et se vidaient de leur lymphe. Quelle vue exécrable? ! ! Je revins vers mes appartements médusé et dans des circonstances où à la fois désarroi et effarement s’entremêlaient. Un flot Gargantuesque de questions et d'interpellations se déversèrent dans mon essence et chamboulèrent tous mes discernements troublés maintenant par cette tornade délirante. Résolu à dissiper cette énigme, je fonçai tête baissée vers la bibliothèque, j'y passais des heures feuilletant de vieux grimoires à la quête d'une réponse pour apaiser ma conscience, jusqu'à ce que je tombe sur l'arbre généalogique de la lignée de l'hôte et là mes songes que j'avais considérés comme fictifs et pure chimère s'affirmèrent de force. Toutes les figures féminines correspondaient à la même et unique personne qui n'est inévitablement, autre que la charmante demoiselle qui m'héberge de nos jours. Je lançai le parchemin de mes mains reniant cette découverte dantesque et cette abomination ahurissante. Que nenni !! Que pourrais-je faire, moi qui triple sot, me suis fait captif dans une forteresse impénétrable. Tout était net, tout était immaculé à présent ; les sommeils profonds dont j'étais victime tous les soirs, cet appel affriolant qui mena mes pas jusque-là et surtout tous ces événements diaboliques et sournois que je vécus. Une seule chose m'échappait encore : Comment faisait-elle pour s'abreuver de mon sang sans laisser de marque sur mon corps ? Je me promis d'élucider ce mystère indéchiffrable et donc je me rangeais dans la rive de l'irrationnel et l'inadmissible pour parvenir à mes fins. Ce soir, tandis que nous partagions nos pensées et nos opinions comme nous avions coutume de faire, je ne bus point mon vin, à la place je le vidai dans le pot à plantes et j'agissais avec zénitude et assurance. Je m'excusai auprès de notre convive méphistophélique et rejoignit ma chambre. Comme prédisposé, elle s'introduisit chez moi et me piqua avec une frêle aiguille en or, c’était donc de cette sorte qu’elle jouissait à son aise de mon vermeil plasma, et ainsi je saisis mon pieu en bois et lui perçai le cœur, elle hurla d'affliction et s’écroula par terre et je vis ce vampire se pétrifier et se figer comme de glace.
Chapitre 5: Dénouement ténébreux
Cela fut le dénouement de ma tragique et sadique mésaventure. Si je peux en retenir ne serait-ce qu'une morale : c'est que les apparences sont vraiment trompeuses, perfides mais aussi fallacieuses.
Fin ou presque