01 INGRID 01
CHAPITRE 1
Il y avait un bruit assourdissant dans la boîte de nuit. La musique résonnait à travers les murs, pulsant dans chaque coin de la salle, tandis que les basses faisaient vibrer le sol sous les pieds des danseurs. Les lumières clignotaient, créant des jeux d’ombre et de lumière qui se mêlaient à la brume légère de la piste de danse. Des éclats de rires, des éclats de voix, des chocs de verres, tout se confondait dans cette ambiance effervescente. Les gens s’amusaient, dansaient avec une énergie débordante, se perdant dans le rythme effréné de la musique électro qui faisait frissonner l’air.
Au milieu de ce tourbillon de couleurs et de sons, Ingrid se tenait près du bar, un verre de cocktail à la main, mais ses pensées étaient ailleurs. Elle venait d’être quittée par Clément après dix mois de fiançailles et plusieurs années de relation. Le mariage qu’ils avaient planifié avec tant de détails – la robe qu’elle avait soigneusement choisie, les alliances qu’il avait commandées, les faire-part prêts à être envoyés, le traiteur presque finalisé – tout semblait s’effondrer en un instant. Clément lui avait annoncé qu’il avait besoin d’un break… Apparemment, il avait trouvé quelqu’un d’autre.
Ingrid, pourtant, ne voulait pas se laisser abattre. Elle était jeune, belle et pleine de vie, et la boîte de nuit était son refuge, un lieu où elle pouvait oublier, au moins pour quelques heures, le chagrin qui lui déchirait le cœur.
Elle était une jeune femme ravissante de 26 ans. Ses cheveux roux frisés encadraient un visage parsemé de taches de rousseur, son teint laiteux donnant à son allure un éclat naturel. Ses yeux vert émeraude brillaient toujours de malice et d’intelligence, et son sourire, lumineux et contagieux, avait ce pouvoir de réchauffer l’atmosphère, attirant invariablement tous les regards. Ce soir, la lumière de la boîte de nuit semblait jouer avec elle, accentuant la brillance de ses cheveux et la profondeur de ses yeux. À chaque mouvement, les reflets des néons et des lasers dansaient sur sa peau, donnant à son visage un éclat presque irréel.
Elle n’avait jamais eu autant de lumière autour d’elle, mais ce soir, c’était différent. La lumière clignotante des spots et des stroboscopes ajoutait une aura presque magique autour d’elle, accentuant sa beauté tout en lui donnant une allure un peu irréelle, comme si elle faisait partie du décor vibrant de la boîte de nuit. Pourtant, au fond de ses yeux, il y avait une tristesse qu’aucune lumière ne pouvait masquer. Mais Ingrid était une battante. Elle tourna son regard vers la piste de danse, se laissa emporter par la musique , comme si cette nuit pouvait effacer les traces de son cœur brisé.
Ingrid avait choisi une robe à volants pour cette soirée spéciale, une robe qu’elle avait sélectionnée avec l’aide de ses deux amies les plus proches. Elle était tout à fait élégante, avec sa coupe aérienne et ses volants délicats qui ajoutaient une touche de légèreté à sa silhouette. Mais la vérité, c’est que cette robe, avec son côté festif et presque théâtral, aurait été parfaite pour une soirée d’enterrement de vie de jeune fille. Mais ce soir-là, le mariage n’était plus à l’ordre du jour.
Malgré la rupture douloureuse et la tristesse qui la rongeait, Ingrid avait décidé de ne pas se laisser abattre. Elle avait mis un point d’honneur à être la plus belle de la soirée. Et, d’une certaine manière, elle y était parvenue. La robe à volants mettait en valeur sa silhouette élancée, son port de tête fier, et ses cheveux roux frisés, coiffés en une cascade de boucles sauvages, encadraient son visage avec une beauté presque féline. La lumière des néons de la boîte de nuit illuminait ses traits, créant une aura presque magique autour d’elle, mais ses yeux trahissaient la peine qu’elle portait en elle.
Ingrid et Clément se connaissaient depuis la quatrième. Ils avaient partagé toutes les étapes d’une relation amoureuse, de l’amitié intime à l’amour passionnel, jusqu’à cette rupture douloureuse. Ils s’étaient séparés, non pas dans une explosion de haine, mais dans une brume de silence et de déception, comme si l’intensité de leur histoire s’était dissipée avec l’annonce d’un “break”. Il avait trouvé quelqu’un d’autre, et Ingrid, elle, était là, avec ses amies, dans cette boîte de nuit, à chercher la force de vivre malgré tout. La soirée, malgré les sourires forcés, semblait une évasion, mais son cœur restait pris au piège des souvenirs et de la douleur.
Ingrid avait déjà bu trois verres de vodka orange, et l’alcool, loin de l’enivrer d’une sensation de liberté, lui avait rendu la vision floue. Le monde autour d’elle semblait se dissoudre dans une brume grise, comme si elle était spectatrice de sa propre vie. La musique, trop forte, vibrait dans ses tympans, lui donnant mal à la tête, et la lumière clignotante des spots ne faisait qu’intensifier son vertige.
C’est alors que Maya, sa meilleure amie, lui cria dans l’oreille, essayant de percer la barrière du bruit et de l’isolement dans lequel Ingrid semblait se perdre.
— Viens danser !
Ingrid hésita, jetant un regard fugace à la piste de danse, où les autres semblaient se perdre dans l’extase de la nuit, oubliant leurs propres soucis. Mais elle savait qu’elle ne pouvait pas rester là, dans l’ombre, à ruminer sa peine. Elle avait besoin de se libérer, de se fondre dans la musique et de laisser son corps se perdre dans la danse. C’était peut-être la seule chose qui pourrait la sortir de ce tourbillon de pensées sombres.
Maya, toujours aussi énergique et déterminée, était l’amie d’enfance d’Ingrid. Une blonde aux lunettes à monture épaisse qui avait cette capacité rare de trouver de la joie dans chaque instant, aussi petit soit-il. Elle était convaincue que la vie était trop courte pour ne pas en profiter pleinement, et ce soir, elle comptait bien le prouver.
Ingrid hésita encore un instant, mais voyant Maya lui tendre la main avec insistance, elle se laissa finalement entraîner. Lucie, la grande brune d’un mètre quatre-vingt, rencontrée à la faculté et devenue depuis une amie fidèle, les suivit de près. Lucie était plus calme, plus posée, mais elle avait cette présence rassurante qui, par sa simple proximité, apportait à Ingrid une sensation de réconfort.
Les trois jeunes femmes se retrouvaient alors ensemble sur la piste de danse, en plein cœur de la boîte de nuit, où les corps se mouvaient au rythme de la musique électro, les visages éclairés par les lumières stroboscopiques. Les battements de la musique semblaient faire écho à leurs cœurs, mais pour Ingrid, chaque mouvement était une tentative de surmonter la douleur qui pesait sur son âme. Elle souriait parfois, mais son sourire ne faisait que masquer un vide profond, une tristesse qu’elle n’arrivait pas encore à apprivoiser.
Mais avec Maya et Lucie à ses côtés, elle essayait de se laisser emporter par la fête, même si la douleur était toujours là, tapie au fond d’elle. La soirée n’était pas idéale, mais elle se disait que, peut-être, au moins ce soir, elle pourrait oublier un instant ce qu’elle avait perdu.
Les trois femmes menaient des vies différentes, chacune ayant pris un chemin distinct après leurs études. Ingrid, en tant qu’institutrice, passait ses journées à façonner l’esprit des plus jeunes, à transmettre son savoir et à s’investir pleinement dans son métier. Maya, quant à elle, travaillait à la bibliothèque municipale, entourée de livres et de silence, son univers étant marqué par la tranquillité et les pages qui tournaient. Lucie, grande et dynamique, était secrétaire dans un supermarché, jonglant entre les tâches administratives et la gestion du quotidien, avec cette énergie pragmatique qui lui permettait de tout mener de front.
Malgré ces parcours différents, elles étaient restées proches, solidement ancrées dans une amitié qui avait survécu au temps et aux changements. Elles s’étaient promis de toujours prendre le temps de se retrouver, de partager des moments de complicité, qu’importe la distance ou les obligations de la vie.
Ce soir, Ingrid se sentait bien plus à l’aise, l’alcool aidant à dissiper la tension qui lui nouait habituellement l’estomac. La vodka orange avait doucement libéré son esprit, et elle se laissait aller, savourant le lâcher-prise que lui offrait la musique. La boîte de nuit était l’endroit idéal pour effacer, ne serait-ce que pour quelques heures, les cicatrices émotionnelles de ces derniers jours.
Elle se mit à se déhancher sur la piste de danse, bougeant au rythme de la musique, sentant la vibration des basses se mêler à son propre corps. La danse, c’était son échappatoire, un espace où ses pensées pouvaient se dissoudre dans le mouvement. Elle sourit, puis rit, dansait plus librement à chaque instant, et c’était comme si elle retrouvait peu à peu une partie d’elle-même qu’elle croyait avoir perdue. Les jours de pleurs, d’incertitude et de tristesse se dissolvaient dans la chaleur de la foule et les éclats de lumière.
Ses amies, en parfaite complicité, avaient insisté pour qu’elle se distraie, pour qu’elle profite de cette soirée. Elles lui avaient dit que, dans le pire des cas, elle passerait une bonne soirée et, dans le meilleur, elle pourrait peut-être rencontrer quelqu’un, même si, à cet instant, Ingrid n’y pensait pas vraiment.
Mais la soirée, avec son énergie débridée et ses éclats de joie, faisait naître une sensation nouvelle en Ingrid : celle de retrouver un peu de légèreté. Ses amies, Maya et Lucie, dansaient à ses côtés, riant, se soutenant mutuellement dans ce moment qui était à la fois un exutoire et une tentative de guérison. Ingrid, elle, se laissait aller, non pas pour oublier totalement ce qui s’était passé, mais pour se rappeler qu’elle méritait aussi des instants de bonheur, même dans les moments sombres.
La musique continuait de résonner, et Ingrid, sans réfléchir, s’abandonnait à elle.
Alors qu’elle se déhanchait doucement sur la piste de danse, en essayant d’oublier sa peine, elle sentit qu’elle venait d’écraser quelqu’un sous ses pieds. Elle se tourna rapidement, un peu confuse.
– Pardon ! cria-t-elle pour se faire entendre, ses joues rougies par l’alcool et l’énervement de la situation.
L’homme qu’elle venait de bousculer ne semblait pas vraiment en colère. Au contraire, il lui adressa un sourire apaisant, ses yeux bruns remplis d’une chaleur presque immédiate. Il n’avait pas l’air de lui en vouloir, et ça la rassura un peu, et avec une douceur presque inattendue, il la repoussa gentiment.
– T’inquiète pas, dit-il en la regardant avec un petit clin d’œil.
Il semblait tout de suite à l’aise, comme si cette rencontre n’était qu’une de plus parmi tant d’autres pour lui.
Elle rougit, plus par surprise que par embarras, et s’excusa encore, se sentant soudainement un peu ridicule.
La musique faisait rage autour d’eux, et pourtant, il semblait y avoir une sorte de calme étrange dans leur échange.
– Moi, c’est Sébastien, mais appelle moi Seb, dit-il, son regard brillant sous les spots multicolores qui balayaient la piste de danse.
– Ingrid... répondit elle simplement, un peu sur la défensive, sans savoir vraiment pourquoi elle se sentait ainsi.
– Enchanté, Ingrid. Tu bois quoi ? demanda-t-il, avec un sourire taquin, je t'invite
Et sans trop lui laissé le choix, la poussa gentiment vers le bar.
– Heu… Une vodka orange ! Elle se sentait un peu prise au dépourvu.
– Alors, un coca et une vodka orange, répondit-il en levant la main pour attirer l’attention du serveur.
– Tu ne prends pas d’alcool ? s’enquit elle, intriguée.
– Non, je conduis, répondit-il en haussant les épaules avec une certaine légèreté.
– Un garçon raisonnable, c’est inhabituel ! s’écria-t-elle en souriant, un peu moqueuse.
– On ne se connaît à peine, mais je marque déjà un point, non ? Pourtant, je suis tout sauf raisonnable ! répliqua-t-il avec un sourire espiègle.
La conversation suivait son cours, fluide et presque évidente, tandis qu’ils attendaient leurs verres. Ingrid, bien qu’un peu perdue dans le tourbillon de la soirée, se surprit à apprécier la simplicité de l’instant. Un peu de légèreté après ces jours sombres, cela ne pouvait lui faire de mal.
Quand les verres arrivèrent, Sébastien voulut trinquer avec Ingrid. Il leva son verre, un sourire en coin, et lui lança avec une lueur malicieuse dans les yeux :
– Au plus beau jour de notre vie !
Ingrid le regarda, un peu intriguée, alors qu’elle portait son verre à ses lèvres. Ses yeux se plissèrent légèrement, comme pour essayer de déchiffrer son intention. Sébastien lui fit alors un clin d’œil, un geste complice qui adoucit un peu l’étrangeté de la situation.
– Je dis ça pour notre rencontre ! expliqua-t-il, avec un sourire qui ne quittait pas ses lèvres.
Ingrid laissa échapper un léger rire, son regard pétillant d’amusement. Elle se sentit soudainement un peu plus légère, comme si, dans ce moment suspendu, tout devenait possible.
– Tu n’es pas en train de me draguer, au moins ?
Il éclata de rire, un rire franc qui se perdit un instant dans l’agitation de la nuit. La musique battait son plein, mais son rire parvint à percer le tumulte.
– C’est toi qui m’as écrasé les pieds. Je me suis dit que c’était peut-être une nouvelle technique de drague...
Ingrid, prise de court, ne put s’empêcher de rire à son tour. C’était léger, presque enfantin, mais pour elle, c’était aussi un instant de répit, un moment de pause dans l’agitation de ses pensées. Elle n’avait pas envie de se prendre au sérieux ce soir.
– Absolument pas, je n’ai pas fait exprès...
– Dommage ! répondit-il, un sourire espiègle jouant sur ses lèvres.
Elle leva un sourcil, son ton à la fois mi-sérieux et un peu amusé.
– Charmeur ?
– Et ça marche ? répliqua-t-il, son sourire s’élargissant encore, presque démesuré, comme s’il jouait pleinement le jeu.
Ingrid haussa les épaules, son regard fuyant un instant vers le verre qu’elle tenait.
– Peut-être ! dit-elle, presque pour elle-même, comme si ce simple mot suffisait à clore l’échange. Elle prit une nouvelle gorgée, le goût de la vodka orange lui donnant une sensation de chaleur qui contrastait avec l’air frais qui venait de la porte du bar.