La Dernière Vierge du Royaume

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Summary

Les dragons dévorent les Vierges sans pitié, et au Royaume, il n'en reste qu'une. La princesse Agnès qui les combat sans relâche depuis des années a juré de venger ses soeurs et les habitantes du pays. Cependant, une discussion avec un de ses ennemis jurés la plonge dans un dilemme cornélien, doit-elle s'allier avec les dragons, en réalité les femmes de son propre pays, ou va-t-elle rester fidèle à son père et son sang royal ?

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapter 1


Agnès regardait dehors avec tracas, en s’imaginant qu’à tout moment la silhouette reptilienne d’un dragon apparaîtrait dans les airs. Il s’abattrait sur le château et rirait du feu qui dévorerait les pierres de ce bâtiment ancestral ainsi que la chair de ses habitants. La princesse avait toujours du mal à s’endormir, elle s’installait sur son balcon pour faire passer le temps, en attendant que la fatigue devienne insupportable pour se glisser sous ses draps de soie blancs. Elle appréciait aussi l’odeur des roses de porcelaines qui fleurissait dans d’épais pots tout près. Parfois, elle détournait son regard de la cité et de ses édifices pour contempler les centaines de fleurs qui s’épanouissaient sur son balcon.


C’était là qu’elle adorait prendre son petit-déjeuner le matin. Cette tradition que la chambre de la princesse soit baigné de plantes et de fleurs venait de sa mère. Autrefois, elle s’appliquait à s’occuper de ce petit jardin autant que de sa fille. Agnès refusait de se séparer d’une moindre plante tant elle lui rappelait la douce présence de l’ancienne reine. Aujourd’hui, elle laissait cette corvée aux servantes. D’autres préoccupations s’imposaient dans son esprit. Les plantes n’étaient qu’en dernier plan.


—Vous ne dormez pas ?


Kayna, la femme de chambre qui dormait tout près d’elle, s’était réveillée et s’était glissée plus près. Agnès considérait cette dernière comme une amie et une confidente très proches, mais aussi n’était-elle pas étonnée de croiser le regard inquiet de Kayna.


—Je n’y arrive pas.


—Cessez d’imaginer demain.


—Je pense toujours aux batailles à venir. Au sang qui coulera, aux disparues qui m’appellent. Tu sais bien que c’est mon devoir.


—Votre devoir est d’aller profiter d’un peu de sommeil avant de vous plonger de nouveau dans la guerre.


—Les attaques des dragons sont de plus en plus fréquentes, et plus violentes. Tu n’imagines pas …


—Je le sais très bien. J’ai perdu des amies ...


Agnès se tourna vers Kayna, s’approcha d’elle et posa une main sur son épaule.


—Je les vengerais. J’ai juré de réparer le mal qui leur a été fait. J’utiliserais ma magie pour tuer ces monstres.


La servante se sentit prise d’un frisson devant les yeux brillants de fantastique de la princesse. Dans la tendresse de la nuit, elle lui apparaissait à la fois si frêle et si forte. Elle se demandait comment on pouvait expliquer un tel oxymore vivant. Pourtant, elle l’était. Ses traits s’étaient durcis au fil des batailles, du sang versé. L’innocence sous-jacente régnait en maître quand personne ne la voyait. Seule Kayna avait un jour pu la contempler dans cette situation.


Elle était chargée de dormir avec elle pour éviter qu’un homme ne se glisse ici, ou qu’un dragon n’ait l’idée folle d’attaquer le château pour l’enlever. Le danger reposait dans chaque recoin de la chambre d’Agnès. Avec les servantes, elle devait veiller à la sûreté de la guerrière en toute situation. Elle lui avait juré fidélité il y a quelques années, au décès de la reine. Elle veillerait sur tous les moments où Agnès se sentirait vulnérable. Durant le soir, la guerrière magicienne s’éclipsait pour se laisser dorloter par ses servantes. Le jour, elle décapitait des têtes de dragons dans l’espoir que les Vierges puissent de nouveau vivre en paix dans ce pays.


Beaucoup pensaient que si c’était là le problème, l’on devait simplement marier toutes les jeunes filles, pour éviter les attaques de dragon. Le roi avait manifesté son grand mécontentement à cet égard.


Kayna souffla :


—Je vous ramène du lait chaud, regagnez votre lit.


—Merci, mets-y une cuillère de miel.


La servante quitta la pièce. Agnès tourna son regard vers les étoiles dansantes du ciel de fin d’été. La chaleur se calmait peu à peu et l’air s’alourdissait lentement. Elle craignait le jour où il faudrait rentrer ses plantes et priait pour qu’elles survivent à l’hiver. On lui avait construit une serre quelques années plus tôt.


La jeune blonde cueillit une énorme fleur blanche, à chaque fois, elle pensait à sa mère qui adorait ces roses. Elle avait travaillé à leurs hybridations et celle-ci en particulier était prénommée Agnès la douce, en hommage à sa fille. Depuis, la princesse en conservait toujours une sur elle. Que ce soit en parfum, ou en glissant des pétales séchés dans un petit sachet de toile qu’elle portait en collier. Elle imaginait que cela accueillerait la bénédiction mortuaire de sa mère et l’aidait à garder contact avec le monde des vivants.


Agnès ferma l’immense fenêtre-porte qui menait à son balcon pour aller se glisser sous ses couvertures. Elle attendit un long moment pour le retour de Kayna. Elle ne revint jamais.


Au petit matin, la princesse excita tout le château à propos de la disparition de cette dernière. Comble de l’horreur, on avait aperçu un immense dragon rouge surveiller le bâtiment cette nuit-là. Il était aisé de créer une relation de conséquence entre le fait d’une vierge enlevée et son ravisseur dans le ciel. Agnès refusait d’y penser, tant cela l’accablait de chagrin. Elle imaginait bien que cela aurait été différent si elle avait ordonné à la jeune fille de rester à ses côtés, surtout en pleine nuit. Elle jura alors de se venger de tous les dragons rouges qui pouvaient se trouver en travers de son chemin. Pour Kayna, son amie précieuse et sa plus fidèle confidente.


Depuis deux ans, Agnès traque ces dragons-là en particulier, en espérant un jour attraper le criminel de cette affaire. Tous les dragons sont ses ennemis. Ils lui prennent toujours plus d’âmes innocentes. Chaque matin, quand elle se lève, la princesse repense aux disparues du château, et des environs. Quand elle y pense, une haine sans faille l’envahit alors. Puis, elle demande qu’on l’habille de son armure argentée. Ensuite, elle est prête pour une nouvelle bataille.


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—En formation ! ordonne le roi Charles.


Aujourd’hui, ils lancent un assaut sur le village de Kalfia. Les dragons y règnent depuis quelques semaines et y ont massacré des centaines de paysans. La priorité est de sécuriser la ville pour la reprendre. Les champs ont été calcinés par la force des flammes des créatures du ciel.


La dizaine de dragons qui restent est plutôt frêle. Les plus gros doivent se repaître dans leur caverne beaucoup plus loin. Agnès observe leurs mouvements quelque peu désordonnés. Avec leurs canons et leurs catapultes, ils les mettront en déroute. Elle ne reconnaît pas les dragons les plus farouches et terribles des armées habituelles. Elle guette néanmoins la possible arrivée d’un spécimen plus imposant. Souvent, lié à leur taille, la capacité du dragon à dominer et à se faire obéir des autres. Oui, si un individu plus large et plus gros se présentait, la famille royale devrait faire appel à la magie.


Une épaisse fumée noire monte de Kalfia et les chevaliers accourent pour exterminer les dragons au sol. Agnès apprécie quand tout se passe sans encombre, comme ça. Charles lui fait signe de regarder dans une direction :


—Un Rouge.


Il sait qu’elle les hait plus que les autres. Le dragon aux yeux jaunes s’approche rapidement et esquive avec habilité des filets qu’on lui jette. Il amorce une attaque sur les chevaliers et crache un immense jet de flammes qui, heureusement, est contrecarré par la magie d’Agnès. Elle invoque un bouclier de glace pour les protéger et seule une lourde pluie commence à tomber. Après un regard vers son père, la princesse lance son cheval au galop pour se rapprocher de la troupe en détresse face à ce nouvel adversaire.


Elle siffle l’ordre de ralliement. Les chevaliers se mettent en mouvement et reculent pour se coordonner à ses actions. Agnès arme sa longue lance de métal ouvragée, elle murmure des mots puissants et … elle le lance en direction du dragon. Celui-ci pense esquiver sur le côté. Grâce à son sort magique, la mage manipule l’air et la renvoie à la pourchasse de son ennemi. Le colonel de l’armée draconienne doit s’éloigner pour vaincre cette lance sournoise.


Agnès a le temps de rejoindre Kalfia avec sa troupe de chevaliers. Les bâtiments en pierres, bien que détruits, peuvent leur offrir une défense contre les flammes de leurs adversaires. Malheureusement, les chevaliers lui admettent qu’ils n’ont tué qu’un seul dragon. Le Rouge vire et revient vers Kalfia de deux battements d’ailes.


—Il va cracher, préparez-vous. Je nous protégerais des flammes, lancez vos javelots. Ne ratez pas.


La princesse se prépare à l’accueillir. Les soldats serrent leur main sur leur lance. Tout se passe en un court moment. Le dragon arrive, Agnès bouge et incante, lance le sort au dessus. Le Rouge crache des flammes brûlantes qui font ciller la mage sous sa puissance. Les javelots filent vers le ciel de midi, prêts à s’accrocher dans les ailes membraneuses de l’animal.


La chaleur fait dévier les javelots. Agnès en attrape un grâce à un filament de magie et vise le poitrail de la bête, elle le lance de toutes ses forces. Elle rate. Enragée, elle lance sa monture sur les traces du Rouge. Il pousse un cri. Tous les dragons prennent leurs envols, ils abandonnent le combat et amorcent une fuite. L’étalon qu’elle chevauche galope sur les traces de ses ennemis le plus rapidement possible. Mais, comment peut-elle espérer rattraper ce qui file aussi vite que le vent ?


Le roi sonne l’ordre de retraite. Agnès regarde en direction de l’essaim de dragons qui fuit. Elle a envie de se lancer à sa poursuite. Un chevalier attrape les brides de sa monture :


—Votre Altesse.


—Vous avez raté votre jet, chevalier Missret.


—Je vous prie de pardonner à ce minable chevalier …


—Nous ne pouvons pas nous permettre de rater nos jets, chevalier. Des vies dépendent de nous, assène Agnès.


—Du calme, ma fille, prononce le roi. Ils ont pillé le village, ils ont eu ce qu’ils souhaitaient. Nous n’aurions rien tué aujourd’hui. Considérons-nous chanceux de notre trophée du jour.


Agnès se tourne vers le cadavre aux écailles vertes du reptile. Sa langue pend. Ses ailes sont brisées en de curieux angles qui prouvent la violence de la bataille. Fort heureusement, il ne respire plus.


—Qui est le chevalier à qui nous devons cet exploit ? demande Charles.


Un homme retire son heaume. Il a l’air âgé, des cheveux blancs parsèment sa chevelure. C’est le père de Missret.


—C’est moi, votre Majesté. Avec mon fils. Je demande à ce que celui-ci prenne sa tête.


—Qu’il en soit ainsi.


Le frêle Missret sort une dague de chasse, se penche et découpe la tête du dragon. Agnès ne croit pas une seconde qu’il ait pu porter ne serait-ce qu’un coup à la bête. Pourtant, comme le veut la tradition depuis quelques mois, elle descend de son cheval. Elle s’approche de lui et dit :


—Votre Princesse félicite cet exploit et accepte que vous la raccompagniez au château.


Pour honorer les plus fervents guerriers, et leur rappeler pourquoi ils se battent, le roi récompensait ainsi ses chevaliers les plus féroces. Ils raccompagnaient la princesse. Agnès haïssait que le roi se serve de son statut ainsi, pourtant, elle n’avait pas le cœur à s’en rebeller. Si cela faisait plaisir à d’autres combattants, alors pourquoi pas.


Missret s’agenouille et demande la permission de lui attraper la main. Il la mène à son cheval et l’aide à monter. C’est stupide. Depuis le début de la guerre, Agnès n’a besoin de personne pour s’installer sur sa selle, même avec sa lourde armure.