Prologue
Après de longues heures de garde à l’hôpital dans lequel j’exerçais, ce que j’appréciais le plus était d’enfiler une paire de baskets et de courir jusqu’à chez moi. Peu importe l’heure, qu’il pleuve, vente ou que la chaleur soit accablante, je troquais ma blouse d’infirmière pour entamer une course de trente minutes jusqu’à mon domicile. Ce court moment sportif constituait une pause salutaire entre mon service hospitalier, où je travaillais depuis plusieurs années et mon appartement. Après avoir passé des heures aux urgences pédiatriques, la course m’aidait à libérer mon esprit et à laisser derrière moi les souvenirs parfois difficiles vécus sur place.
D’autre part, je n’étais guère adepte des transports en commun, notamment du métro. On aurait pu croire que courir de nuit dans les rues américaines aurait pu engendrer des problèmes, mais étonnamment, c’était tout le contraire. Plus de mains indiscrètes lors des heures de pointe, fini les rencontres désagréables avec des ivrognes incompréhensifs, les mauvaises odeurs et les foules étouffantes. Il ne restait que la route et mon esprit vagabond, replongeant dans les moments partagés avec lui.
Malgré le temps qui s’écoulait, il occupait toujours mes pensées. Ce n’était pourtant pas faute de me rappeler que je n’avais rien perdu. Son caractère catastrophique, ses sautes d’humeur, ses colères et surtout sa “famille” n’étaient qu’un fardeau. Néanmoins, en dépit de ces constatations, son souvenir revenait inlassablement hanter ma conscience, et une envie irrépressible de le revoir s’emparait de moi.
Malheureusement, aujourd’hui, la possibilité de le revoir m’était définitivement inaccessible.