Une mort attendue

Sam
— Pourquoi tu ne viens pas habiter avec moi ?
— Tu plaisantes j’espère ?! Lui lâché-je en passant la main dans mes cheveux tout en souriant.
— Je ne plaisante pas, confirme-t-il et son regard se refroidit me faisant arrêter de sourire.
J’ouvre la bouché hébétée… celle-là je ne l’avais pas vu venir. Et nous restons un moment à nous regarder sans dire un mot. Son regard émeraude me lance des pincements dans la poitrine, et bien que je sois tentée par sa proposition, que je sais temporaire, je ne peux pas faire ça. Cela serait trop risqué pour lui… si jamais cette foutue Kristie nous a déjà remarqué. Et puis, ce ne serait pas simple de cacher mon lotus dans ma nuque. Il a déjà failli le voir hier... Heureusement qu’il n’est pas grand, comme celui de papa sinon, je serais déjà démasquée depuis longtemps. D’ailleurs, il n’y a pas vraiment d’endroit où il serait caché, vu qu’il a déjà fait le tour des moindres détails de mon corps.
— Écoute ta proposition est super, dis-je en avançant mes doigts pour jouer avec les siens, mais on a déjà pris des dispositions… et puis, on ne se connait pas encore.
— C’est une excuse toute faite ! lance-t-il d’un coup en retirant sa main avec laquelle je joue.
— T’es sérieux ?! claqué-je en voyant qu’il serre les dents et que son regard se durcit.
— Tu as toujours des excuses, me fait-il remarquer en me toisant, tu as dit que tu ne pouvais pas m’aimer, parce que tu étais avec Yan, alors que c’était un mensonge !
— Arrête, dis-je.
Je serre les dents, voulant éviter qu’il crie tout haut que nous sommes frères.
— Je n’arrête pas ! claque-t-il et je fais craquer mon cou en fermant les yeux.
Il veut vraiment qu’on se dispute maintenant ici. Je souffle un bon coup, essayant de me calmer pour ne pas envenimer la situation… mais ce n’est pas dans mes habitudes de faire ça, et je commence à serrer plus fort la lanière de mon sac à dos, en relevant mon regard vers lui.
— Tu as toujours une excuse ! rage-t-il hors de lui maintenant, que ce soit Yan ou que tu ne veuilles pas coucher avec moi… et maintenant, tu refuses mon aide ! Je te propose juste de venir habiter avec moi. Tu as dit toi-même que c’était provisoire !
Je m’apprête à lui répondre ma façon de penser, de son attitude, qui est digne d’un vrai con quand une main se pose sur mon épaule, et Yan passe à côté de moi en posant l’autre sur celle de Luke.
— Je vous conseille de baisser d’un ton, nous fait Yan.
Luke et moi, nous ne nous lâchons pas du regard, et ce n’est pas un mielleux et plein d’amour… mais plutôt digne d’un combat de coq.
— Laisse tomber ! claque Luke en se dégageant de Yan et il passe à côté de moi en rageant des mots incompréhensibles.
Yan
Je remarque en voulant rejoindre Ayron et Taylor, qu’ils ont l’air tendus en regardant quelque chose, et mon regard se pose sur Luke et Sam, qui ont l’air de se disputer sur le chemin un peu plus loin. Je rebrousse le chemin pour les rejoindre et je peux sentir l’aura de colère qu’ils dégagent tous les deux. Je pose ma main sur Sam, sentant qu’elle va exploser et une autre sur Luke en souriant… mais celui-ci s’en va ne voulant à mon avis rien savoir.
— Ce mec est un enfoiré fini ! claque Sam.
Elle passe la main dans ses cheveux, pour les attacher en chignon sauvage d’un coup… signe qu’elle est hors d’elle.
— Tu peux me dire ce qui se passe ? Tout avait l’air d’aller bien ce matin ? lui demandé-je.
— Ce mec a un dédoublement de personnalité ! claque Sam furibonde.
Je me mets à rire… et c’est elle qui dit ça. Sam remonte le chemin, pour rejoindre Taylor et Ayron, en me maudissant au passage de rire de leur dispute. Mais sérieusement, ces deux-là font vraiment la paire.
Sam nous explique ce qui s’est passé, tout en le traitant de tous les noms, et je peux maintenant comprendre pourquoi elle s’est énervée. Mais elle devrait peut-être penser à ses sentiments à lui aussi. Après tout, il a quand même accepté, le fait qu’on lui ait menti… mais Sam a raison aussi de ne pas céder devant lui. Nous ne le connaissons pas vraiment… et en plus, elle ne brisera pas ses convictions sur un coup de tête, même si c’est flagrant qu’elle est amoureuse de lui. En parlant de ça… je me demande où est passé Colton ? Il m’a dit qu’il allait chercher un livre à la bibliothèque, mais cela fait un petit moment. Je regarde vers le chemin de la bibliothèque si je ne le vois pas arriver.
— Tu cherches quelqu’un de spécial ? me demande Taylor avec un sourire malicieux.
— Absolument pas, répondé-je gêné en passant ma langue sur la lèvre.
Je grimace, en voyant Ayron et Sam me regarder en coin en souriant.
— Salut, lance Colton aux autres avant d’être s’assoir dans l’herbe en face de moi en me souriant. Je lui rends son sourire, tandis que Sam se couche sur les genoux de Taylor et je tique. D’habitude, elle vient s’allonger sur les miens, pour que je joue dans ses cheveux. En tout cas cela a toujours été comme ça entre nous depuis le lycée. Mais c’est peut-être par respect pour Colton, qu’elle ne le fait pas. Après tout, il n’est au courant que depuis hier, et il lui faut peut-être du temps pour s’y faire. Mais depuis quand Sam, pense aux sentiments des autres avant les siens ? Où est-elle seulement fâchée, parce que je me suis moquée d’elle juste avant ? Après tout, elle en est très capable.
Luke
Je vais jusqu’au parking, hors de moi qu’elle me rembarre sans cesse ainsi. Je monte dans l’Impala, prêt à quitter l’université tout en allumant une cigarette, quand je repense à ce que je lui ai dit. Je tape sur le volant de rage. Je peux vraiment être un gros con quand je veux ! Pourquoi est-ce que je lui ai parlé comme ça déjà ?! C’est normal qu’elle ait refusée ma proposition, et elle a raison… surtout après ce que cet enfoiré a fait chez moi hier. Elle serait folle de venir habiter chez moi dans ses conditions. Je tape à nouveau sur le volant plusieurs fois, tout en me tapant la tête de l’autre. Merde Luke qu’est-ce qui t’as pris ?! Je sors de l’Impala et je remonte le chemin, pour me rendre au parc où je suis certain de la trouver. Arrivé au parc, il ne me faut pas longtemps pour les apercevoir. Je tire une bouffée sur ma cigarette en avançant vers eux. Sam est allongée avec ses lunettes de soleil, sur les jambes de sa copine, dont il serait temps que je connaisse le nom.
— Sam, je peux te parler ? demandé-je alors que je salue Colton et Ayron en leur faisant un tcheck.
— Tu as oublié de me dire des autres compliments ? demande-t-elle.
Elle ne bouge pas d’un pouce des jambes de sa copine, qui joue dans ses cheveux, évitant aussi de me regarder.
— Sam, intervient Yan.
Je me mords la lèvre quand Samantha baisse ses lunettes de soleil, pour enfin me regarder. Son regard n’est en rien illuminé, et je comprends qu’elle m’en veuille.
— Tu as deux minutes, fait-elle.
Elle me toise, tout en se levant, avant de remettre ses lunettes de soleil convenablement. Je me mords à nouveau la lèvre en acquiesçant, alors qu’elle passe devant moi et je la suis. Samantha s’arrête à quelques mètres des autres, près d’un arbre à l’ombre, et elle prend une pause qui me fait comprendre, que je n’ai pas intérêt à dire à nouveau un mot de travers.
— Dépêche-toi, on a bientôt cours, lâche-t-elle nonchalamment en détournant son regard pour regarder vers Yan et les autres.
Je suis mal d’un coup en la regardant, j’avais oublié pendant un instant, à quel point elle pouvait être si hautaine et dangereuse… malgré la sensualité qu’elle dégage.
— Je n’aurais pas dû m’énerver tout à l’heure, m’excusé-je, je ne suis pas vraiment moi-même aujourd’hui.
— Moi non plus, je ne suis pas moi-même depuis que je te connais. Mais ça ne m’empêche pas d’avoir du respect pour toi non ?! claque-t-elle en revenant vers mon visage et elle enlève ses lunettes d’un coup.
— Je vais être clair avec toi, continue-t-elle.
Elle avance sur moi en me toisant, tout en penchant un peu la tête.
— Je ne suis ni Molly, ni Typhaine. Je ne suis pas à tes pieds comme elles le sont… ou l’ont pu être ! Alors, ne t’avise plus jamais de me parler sur ce ton !
Je serre les dents en l’entendant dire que je la compare à elles, jamais de la vie je ne ferais ça.
— Je sais que tu n’es pas elles, sinon je ne ressentirais pas tous ces sentiments à ton égard, la rassuré-je.
À cet instant, je sais que si je ne le fais, pas cette conversation va mal finir. Une étincelle apparait enfin dans ses magnifiques grands yeux émeraudes et je me rapproche plus près d’elle pour porter ma main à sa mèche qui vole, et j’y emmêle mes doigts.
— Je ressens tellement de choses pour toi, que je voudrais qu’on soit encore plus proche qu’on ne l’est. C’est pour cela, que je voulais que tu viennes habiter chez moi, fais-je en tenant son regard, Sam, je suis dédolé de m’être emporté et d’avoir dit des conneries… tel l’enfoiré que je suis.
Samantha sourit à ma phrase, et j’esquisse un sourire pour confirmer, que je suis bien un enfoiré. Mais quand elle m’attire par le T-shirt, pour poser ses douces lèvres sur les miennes, je sais qu’elle m’a pardonné.
— Notre relation va être vraiment intense, murmure-t-elle en reculant de mon visage alors que je passe ma langue sur ma lèvre et je la ramène à moi.
— Oui, mais les réconciliations le seront aussi, murmuré-je à mon tour avant de conquérir sa bouche.
La chaleur de notre baiser m’apaise d’un coup. Je sais que j’ai fait le con, en disant ça. Mais je sais que l’amour qu’on ressent l’un pour l’autre, est plus fort que ça. En tout cas, je l’espère car je ne pense pas que nous cesserons de nous disputer, avec le tempérament que nous avons tous les deux.
Shawn
Je rejoins Donovan à l’hôpital… sans trop me presser quand même. Quoi que je veuille confirmer moi-même, que cet enfoiré est bien mort de mes propres yeux. Après tout, cela fait plus de dix-huit ans, qu’il est dans un état de légume et il avait bien du mal à mourir. Durant ces dix-huit ans, je ne suis passé qu’une seule fois par an lui rendre visite ; le jour où je lui ai tiré dessus. Afin de lui rappeler à chaque fois, que je me suis enfin libéré de lui et de ses combines de merde, qui m’ont pourries la vie. Non sans avoir envie à chaque fois d’achever le travail.... Mais savoir qu’il m’entendait et ne pouvait rien faire, était un vrai délice pour moi. Lui raconter les anecdotes croustillantes, de comment je me suis débarrassé de tous ces fidèles hommes à Tijuana chaque année était un vrai délice.
Je gare la Mustang près de l’Audi de Donovan sur le parking, et je suis étonné de le voir à l’entrée de l’hôpital avec l’inspecteur Hale. Que dis-je ? Le capitaine Hale. Grâce à plusieurs aides de notre part, il a été promu capitaine deux ans après les évènements de Tijuana, et pour le plaisir de son fils médecin, que je ne peux toujours pas voir en peinture, il a même arrêté de fumer.
— Shawn, me salue-t-il en me tendant sa main qui devient frêle avec l’âge.
— Capitaine, le salué-je en souriant, vous venez vérifier qu’il est bien mort, vous aussi ?
Le capitaine Hale place sa main dans sa nuque, d’un air ennuyé et je me tourne vers Donovan.
— Tu ne m’as quand même pas menti ! claqué-je sentant la rage me monter.
—Non, non ! s’empresse de dire Donovan, je reviens de la morgue, il est bien mort.
— C’est super alors ! m’exclamé-je en me frottant les mains, je vais aller lui dire bon vent !
— Shawn, attends ! m’arrête Donovan.
Il m’attrape le bras et je me retourne vers lui, surpris, me demandant ce qui se passe au juste. S’il est mort, je ne risque rien… et de plus, je compte inviter Shelby au restaurant pour fêter ça en grande pompe, donc qu’il se dépêche.
— Shawn, intervient le capitaine Hale, Léonard a été assassiné.