Le quai des rêves

All Rights Reserved ©

Summary

Sid Ali est cardiologue à Paris. Yasmin, artiste peintre expose avec sa mère dans une galerie d’art. Une rencontre pas tout à fait ordinaire. Yasmin est éblouissante de beauté et de charme : le coup de foudre est instantané. Convaincus d’avoir enfin trouvé l’amour de leur vie, ils vont vivre une semaine intense de passion et bonheur, aussi magique qu’inoubliable. Mais voilà le destin tisse ses pas autrement et chacun va regagner le train de sa vie : Sid Ali doit rentrer en Algérie après un coup de fil de sa cousine qui vient chambouler tous ses projets ;Yasmin retourne chez elle à Lattaquié. Menacés par les complexités de la guerre civile en Syrie, leur lot de morts, tant de déchirures et l’implacabilité du temps qui passe ,leur union parviendra-elle à s’épanouir ? C’est avec une plume simple et passionnée que le romancier Safi Brahimi nous fait voyager allègrement à Paris, au sud algérien et son désert âpre et beau, Bousâada, la cité du bonheur, Béni-Saf et son village minier, nous fait découvrir des villes syriennes : Damas, Alep… et on n’oublie surtout pas de manger... syrien.

Status
Complete
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapter 1


« La fraîcheur étanche ma soif et puissent mes jours être abreuvés par le Barada et en goûter les pâturages.

« Les ruisseaux de cristal s’y répandent à profusion au milieu des vergers enclos où pousse une abondante végétation.

« Par ici, une pomme que l’on prendrait pour une joue ; par-là, une grenade qu’on prendrait pour un sein.

« Comme il est agréable le séjour de Darayya !

Là, j’ai mené une vie aussi limpide que le miel.

« J’ai à Bab Djarun des « gazelles » et je fais don de mon amour à l’une puis à l’autre.

« Le monde de Damas est agréable pour celui qui l’a choisi et je ne veux pas d’autre lieu que Damas pour vivre ici-bas »

Vers du poète AS-Sanawbari, mort en 1945, cités dans la description de Damas d’Ibn Asakir.

( Traduction N.Elisséeff )

Où es –tu ?

Au quai !

De quel port ?

Au port des rêves, celui de tous les rêves.

Il courut vers le fleuriste du marché municipal et accourut à sa rencontre.

Il la trouva vers l’embarcadère, assise scrutant l’horizon.

Le soleil brillait et irradiait ses yeux que cachaient mal des lunettes noires.

Elle sursauta à peine quand il s’approcha.

Elle sentit le parfum des roses qu’il tenait à la main.

Elle se tourna vers lui et lui sourit.

Je t’attendais…

Ainsi débute l’histoire de Yasmin et Sid Ali.

Yasmin, prénom qu’elle tient de sa grand-mère maternelle syrienne, a subi plusieurs séismes dans sa vie.

De jeune fille, une première déchirure lorsque son père algérien, ingénieur, travaillant pour un groupe pétrolier, installé en Syrie, quitta précipitamment sa ville et son travail, où il s’y était établi durant plus de vingt ans pour revenir dans sa ville natale.

La guerre faisait rage à Damas et gagne d’autres villes comme une contagion.

Yasmin, arrachée à sa terre natale ne s’est jamais résignée à ce départ aussi précipité qu’inattendu, plus profondément douloureux que dramatique.

Les souvenirs se cognaient dans sa tête : le patio qui sépare la grande demeure toute en pierres d’un jardin verdoyant et luxuriant.

Elle revoit encore sa mère et sa grand-mère s’activer dans le jardin, la fontaine ottomane dans la grande cour et la tonnelle où grimpent des treilles offrant des fruits divins.

Lui ne posait pas de questions inutiles, il parlait peu, la laissant avec ses fantômes et ses rêves.

Le cri des mouettes l’a réveillé de sa torpeur.

Ils virent ensemble les oiseaux qui arrivaient un instant en bande, soudés, au-dessus des chalutiers qui rentraient au port.

Ils longèrent l’embarcadère jusqu’au terminus de la jetée, toujours dans un silence cérémonial.

Puis retournèrent vers la plage, firent le tour, s’arrêtèrent devant l’imposant aquarium à proximité de la luxurieuse demeure coloniale « le rêve bleu ».