Plus que ma propre vie

Shawn
Cela fait plus de huit mois que cette fameuse nuit où cet enfoiré est venu retourner notre vie… Oui, je dis bien retourner... Sam est partie en Italie rejoindre Shelby, la fille de Clara et Mori pour se retrouver et vivre sa grossesse dans le calme, Yan quant à lui n’est jamais retourné à Los Angeles, et il a repris les rênes du Nevada avec moi. Ce qui nous a été tous les deux difficiles à vivre, puisque nous n’avons à ce jour, toujours pas vidé le bureau de Christian… et je ne pense pas que nous le fassions un jour. Il faisait partie du Nevada, ainsi que de notre famille depuis toujours… vider son bureau me donnerait l’impression de le perdre une seconde fois.
Maman est partie habiter dans une de ses maisons en Italie aussi, pour se rapprocher de Sam et surtout, parce que c’est le seul endroit sur terre, où j’espère que mon père ne pensera pas que je les envoyées. Parce que pour moi, Los Angeles et l’Italie sont à proscrire de ma vie... Ce sont des endroits dont je ne veux absolument pas me souvenir. Tim il y a quelques mois, a pété un plomb et il est parti rejoindre Sam un jour sans crier gare. Celui-là doit toujours espérer qu’on accepte de le faire entrer dans la famille… mais il doit se faire une raison, Sam ne l’aimera jamais comme il le souhaite… et je me demande si elle pourra à nouveau aimer. Je passe ma main dans mes cheveux, tout en regardant en direction de la véranda où Shelby travaille. Elle et moi, nous sommes devenus encore plus proches qu’avant. Vous me direz, ce n’est pas possible d’être plus proche que nous l’étions, et pourtant, après avoir cru qu’elle m’en voudrait pour le départ de Sam et sur ce qui s’était passé cette fameuse nuit, il n’en est rien. Mon rayon de soleil est resté plus que fidèle à elle-même. Pourtant, elle semble lointaine quelques fois quand elle pose son regard sur la photo qui se trouve sur le buffet, où nous sommes avec Donovan et Emi. Malheureusement, la relation entre eux-deux n’a pas changé depuis son départ de l’hôpital… ils ne se sont pas parlé depuis ce jour-là. Emi a essayé plusieurs fois de venir pour arranger les choses entre eux-deux, mais le côté têtu de Shelby de sa jeunesse est ressorti de plus belle. En ce qui me concerne, je ne m’excuserai pas de lui avoir mis une droite. Bien que ce soit sa sœur et lui mon frère, il n’avait pas à lui parler sur ce ton et encore moins juger nos choix de vie.
Je porte le verre de Whisky à ma bouche, quand Shelby apparait enfin de la véranda, toujours aussi belle… et on ne va pas se mentir… très appétissante dans ce petit ensemble bleu qui fait ressortir ses magnifiques yeux.
— Mon amour, pourquoi ne m’as-tu pas dit que tu étais rentré ? me demande-t-elle en venant m’embrasser tendrement et je porte la main sur son bassin pour la presser contre moi.
— Je voulais te faire la surprise, murmuré-je en embrassant son cou, je savais que tu avais bientôt fini.
Shelby glisse ses doigts dans mes cheveux, tout en plongeant ses magnifiques yeux dans les miens, et je passe ma langue sur mes lèvres avant de venir conquérir sa bouche.
— J’auras dû m’en douter ! s’écrie Yan qui arrive sur la terrasse avec Ayron.
— Vous ne savez pas vous tenir deux minutes ! nous lance-t-il en venant embrasser sa mère et me faire un tcheck.
— Tu devrais penser à te trouver quelqu’un à ton tour, fait remarquer Shelby en passant sa main sur ses épaules avec un sourire en coin.
Nous savons tous que le seul qu’il veuille voir, se trouve à Los Angeles, mais il a pris la décision de ne pas le voir, tant que l’histoire avec cet enfoiré ne sera pas réglée. En parlant de ça, je n’ai pas encore eu de nouvelles de Jordan depuis le début de la semaine.
— Tu as eu des nouvelles de tes parents ? demandé-je Ayron en allumant une cigarette.
— Maman m’a téléphoné hier, mais je n’ai pas eu papa.
— Je vois, répondé-je en composant le numéro de Jordan en me rendant plus loin sur la terrasse.
Sam
Nous rentrons à la demeure après être passé chercher de la glace à la pistache à la suite de la visite prénatale, et je monte directement dans ma chambre mettre les échographies de mon bébé dans son carnet que j’ai réalisé à cet effet.
— Je vais bientôt pouvoir te rencontrer, murmuré-je à mon ventre arrondi.
Je passe doucement ma main dessus, tout en regardant le bracelet en argent avec le lotus et le serpent. Une façon pour que le souvenir de l’amour que nous avons eu en créant cet enfant le protège. Je sais que je ne devrais pas faire ça, mais j’avais besoin de quelque chose qui me raccroche à lui, plus que tout le fait qu’il soit en moi. Je veux préserver en moi les souvenirs de ce que nous avons été, et qui me permettent de vivre encore aujourd’hui. Après tout, si cet enfoiré était resté caché… nous serions toujours ensemble.
Mon arrivée à Milan a été atroce pour la pauvre Shelby, qui a pourtant tout fait pour me sortir du monde où je m’étais enfermée. Je dois dire qu’elle n’a pas que le même prénom que maman, elle est aussi très têtue quand elle s’y met et avant que je n’aie eu le temps de finir de ranger mes valises, elle m’a fait visiter son université. Je dis son université… mais c’est devenu la mienne aussi. Bien sûr, je n’ai pas pris le même cursus qu’avant, puisque je ne peux pas faire de sport dans mon état, et j’ai seulement suivi les cours généraux. Shelby a été très tolérante avec moi malgré ma mauvaise humeur, qui s’est empirée quand grand-mère est arrivée. Mais après avoir parlé avec elle, je me suis rendue compte qu’elle aussi avait besoin d’une raison de vivre après la mort de grand-père, et c’est devenu tout à fait naturel de l’avoir à mes côtés pour expier mes erreurs de cette nuit-là. En revanche ma plus grosse surprise fut l’arrivée de Tim. J’ai cru limite rêvée quand je l’ai vu à la porte de la demeure, mais j’ai très vite compris qu’il ne pouvait pas me savoir seule loin de tous, et que son besoin de protection était plus fort que tout à mon sujet. Aujourd’hui encore, il est à mes côtés comme il l’a toujours été… même si notre mode de vie a quelque peu changé. Pas d’alcool, pas de bagarre et pas de gang. Je dois avouer que l’envie me démange très souvent, mais contre toute attente, Tim me freine quand il voit que je perds mon calme. Il dit que pour le bien du bébé, je dois prendre sur moi. Venant de lui, je trouve cela un peu osé vu la façon dont il le détestait… et quelque part me détestait par la même occasion.
— Sam, tu as oublié de sonner chez toi ! me crie-t-il de la terrasse alors que je suis sur mon ordinateur portable.
Shelby
Je rentre dans la villa et je regarde l’heure en m’étonnant que Sam ne m’ait pas encore téléphonée aujourd’hui. Je sais qu’elle avait une visite prénatale mais qu’elle l’avait cachée à Madeleine, qui semble être plus que derrière elle depuis qu’elle l’a rejoint à Milan. Je regrette de devoir être si loin d’elle, alors qu’elle va bientôt accouchée. J’aurais tant voulu l’aider à choisir les premiers vêtements de son bébé, et décorer sa chambre comme je l’ai fait pour eux à leur naissance. Je monte à l’étage du côté de leurs chambres, et je regarde cette pièce que nous avons vidée, et qui se trouve à côté de la chambre de Sam pour enfin pouvoir faire celle de son bébé. Mais Sam ne voulant pas nous dévoiler le sexe, et ne sachant pas quand elle reviendra, je préfère attendre d’être fixée avant de l’aménager. Mon cœur souffre toujours de son départ, mais je le vois dans ses yeux quand nous sommes en appel, qu’elle n’est pas encore prête à rentrer. Il y a cette étincelle de douleur qui se reflète dans sa couleur émeraude, comme celle que Shawn a en lui de rage. Je regarde par la fenêtre vers la terrasse et je le vois discuter au portable. Il a l’air sur les nerfs… mais une fois de plus depuis huit mois, il refoule tout en lui et je dois dire que cette attitude me terrorise plus que ses pertes de contrôle. En vingt ans, il ne m’a jamais habituée à une telle attitude et je crains le jour où toute sa colère va finir par sortir. J’ai vraiment peur qu’il finisse par devenir complètement fou, à force de se retenir ainsi. Mais je dois lui faire confiance et croire en lui, son attitude est le reflet de ce qui nous est arrivé à tous cette nuit-là. Une nuit que personne n’oubliera et qui nous hantera toute notre vie.
— Maman ?! hèle Yan.
— Oui, répondé-je en sortant de la pièce.
— Sam est en ligne !
Je descends en vitesse heureuse de pouvoir enfin la voir. Mais comme dirait Shawn, ce n’est pas comme si je ne la voyais jamais. Nous nous appelons tous les jours, et ces moments me paraissent tellement courts, que je ne me souviens même plus qu’elle soit partie à Los Angeles en me laissant des jours sans m’appeler.
Luke
— Molly, veux-tu bien arrêter ! m’énervé-je ne comprenant pas pourquoi elle me colle toujours autant.
Oui, nous sommes ensemble mais là, cela devient de l’obsession alors que j’essaye de réfléchir à ce que Léonard m’a dit.
— Lucky chéri, tu n’as pas l’air de bonne humeur, lance-t-elle en enlevant sa main de mon pantalon.
— J’en ai marre d’être enfermé ici, lancé-je en me levant du fauteuil pour aller sur le balcon y allumer une cigarette.
Je réfléchis toujours à ce que Léonard m’a dit. Comme ça, je suis le fils de son frère jumeau… sur qui Shawn a tiré en pensant que c’était lui. Mais ce que je ne comprends pas, c’est ce que mon père faisait à Miami… et pourquoi Shawn ne s’est pas rendu compte de son erreur avant. Je passe la main dans mes cheveux en regardant la vue que nous avons de Las Vegas, et je me demande si je vais passer ma vie enfermé dans cette chambre… ou s’il va enfin me dire ce qu’il veut exactement de moi. Il m’a parlé de me venger de Shawn… mais comment pourrais-je me venger de lui ? Alors que je ne savais pas avant mon retour à Los Angeles, que mon père était mort. Si je n’avais pas vu la carte du funérarium dans mon tiroir en cherchant un indice sur cette Sam, j’aurais continué à croire que Léonard était mon père. Mais n’avais-je pas déjà commencé à me venger après la mort de maman ? Pourtant, j’ai beau avoir essayé de me rappeler… rien ne me vient en tête, sauf le fait que j’en avais effectivement après lui… mais uniquement lui. Alors pourquoi sommes-nous ici et pas à Miami pour en finir une bonne fois pour toute. Nous parlons de Léonard Black, le plus grand patron de la mafia de Miami, avant que son fils lui prenne tout ainsi que mon père. Je sens la rage monter en moi, et je jette ma cigarette par-dessus la rambarde du balcon avant de faire ce qui me calme le mieux… profiter du corps de Molly.
Sam
Je me réveille pendant la nuit avec des douleurs atroces dans le bas du ventre, et je me lève du lit tant bien que mal, en criant après Tim et Shelby qu’ils viennent m’aider lorsque je tombe à genou sous la douleur et que du liquide chaud coule entre mes jambes.
— Sam ! s’exclame Shelby en arrivant enfin dans ma chambre.
Je la regarde apeurée, en me rendant compte que le jour où je vais enfin le rencontrer est arrivé. Ce bébé qui me tient en vie depuis des mois, va quitter mon corps et je vais sentir à nouveau cette impression d’être vide. Shelby m’aide à me relever et elle m’emmène vers l’escalier, où on entend Tim crier d’en bas que la voiture est déjà devant la porte. La panique m’engloutit totalement et je supplie Shelby comme une enfant, de rester dans la salle de travail avec moi. Je ne veux pas être seule, quand je verrai enfin le visage de notre enfant qui pourrait être son portrait. Je ne veux pas m’effondrer, en me rendant compte combien je veux qu’il soit là avec moi, qu’il me tienne la main comme Shelby le fait… alors que l’infirmière me demande de pousser et que la douleur me semble, plus affreuse que tous les coups que j’ai reçu dans ma vie. Le calme revient d’un coup et je me sens soulagée aussi vite, alors que les premiers pleurs de notre bébé se font entendre.
— Félicitation Sam, tu as un beau garçon, fait Shelby en caressant mes cheveux comme le ferait maman dans ses circonstances.
— Un garçon, murmuré-je en essayant de reprendre mon souffle alors que l’infirmière s’approche de moi avec ce petit être que je vais chérir plus que ma propre vie.