Les Acolytes du Silence

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Summary

Dayan compte les fissures de son existence aussi méticuleusement que les irrégularités du plafond qui le surplombe chaque nuit. Orphelin de parents enveloppés de mystères, il s'est forgé une solitude comme rempart contre la déception et l'abandon. Entre les murs du foyer où les volets n'ouvrent jamais vraiment sur l'extérieur, Dayan se nourrit de littérature, de ses rêves de liberté et d'une soif de réussite qui le conduit finalement aux portes de l'université. Habitué de sa solitude légendaire, il finit par rencontrer Raiden, un étudiant dont la force tranquille, l'insatiable curiosité et des secrets bien cachés viendront ébranler les certitudes de Dayan. Les forçant à se rapprocher par le destin, malgré toute l'indifférence et l'amertume de son cœur.

Status
Ongoing
Chapters
5
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1 - Les Murmures du Plafond

J’avais l’habitude de compter les fissures dans le plafond de ma chambre avant de m’endormir. Je connaissais chaque éclat de peinture, chaque irrégularité dans le crépi aussi intimement que si j’avais appris à lire dans les lignes de la voute qui le surplombait nuit après nuit. Perdu dans un monde d’orphelins, je m’enroulai dans mes draps comme dans une carapace, écoutant les souffles lourds de sommeil des autres enfants éparpillés dans la grande salle commune du foyer.

Personne ici ne parlait de parents. C’était un mot qui semblait être devenu tabou dès que l’on franchissait la porte d’entrée de cette maison aux volets éternellement clos. De mes parents ? Je n’avais que des souvenirs diffus : une fragrance de vanille, une main chaude dans la mienne, des éclats de cris comme des tonnes de tornades. Puis, le néant – un trou noir où s’engouffraient toutes les questions sans qu’aucune réponse n’en ressurgisse jamais.

Le foyer était tenu par des adultes qui passaient de la compassion distante à l’indifférence, selon les jours. Je ne leur en voulais pas ; ce lieu était leur travail, mais pour moi, c’était toute ma vie. J’avais appris à me débrouiller seul depuis tout petit, trouvant du réconfort dans les pages usées des livres de la petite bibliothèque du foyer, m’évadant dans des mondes imaginaires qui recelaient plus de merveilles que ma réalité morne.

Ce matin-là, alors que le réfectoire se remplissait peu à peu du chahut matinal des enfants qui dévalèrent les escaliers comme une cascade humaine, je restai assis à la table du fond, mon bol de gruau fumant négligemment poussé sur le côté, le nez plongé dans un livre d’aventures aux pages cornées. Là, entre pirates et trésors cachés, je trouvais une étincelle, un appel à l’aventure que je savais ne jamais vivre.

Mais, je ne savais pas encore qu’à des kilomètres de là, dans un monde dont j’ignorais encore l’existence, une jeune avocate ouvrait un dossier usé par le temps. Contenant un secret habilement caché qui allait changer le cours de mon existence. Quelque chose au sujet d’un héritage, d’une famille que je n’avais jamais su être la mienne, et d’une clé vers une vie que je n’avais jamais osée imaginer.

Mais pour l’instant, tout cela n’était que des murmures portés par des courants d’air qui ne m’avaient pas encore atteint. Je tournai une page de plus, ignorant que mon propre récit était sur le point de prendre une tournure aussi captivante que celles des histoires que je chérissais tant.

– Dayan, tu vas bien à la fac aujourd’hui ? Me dis-je l’une des éducatrices de mon foyer.

– Oui Angèle.

– Tu es en dernière année. Tu sais que tu en as bavé pour arriver ici, il ne faut pas que tu lâches ! Il te reste six mois pour avoir ton master !

– Je sais Angèle, répondis-je en me levant de ma chaise et récupérant mon sac au passage.

Angèle était l’une des éducatrices qui se souciait le plus des jeunes du foyer. Elle me connaissait depuis mon arrivée au foyer à l’age de 13 ans. Avant cela, j’étais pupille de l’état, je vivais dans des “Foyer de l’Enfance” autrement appelé Orphelinat. J’avais atterri en foyer après une histoire avec la police, une bêtise de jeunesse. J’avais été surpris vendant des substances illégales, c’était mon premier jour. Depuis ce jour, je m’étais juré de travailler, d’obtenir mon diplôme et de sortir de ce foyer que je connaissais que trop bien.

– Et tu l’obtiendras, Dayan, je n’en ai pas le moindre doute, ajoute-t-elle avec un sourire encourageant.

Je hochai la tête, reconnaissant envers Angèle pour ses mots d’encouragement, bien que la fatigue que je ressentais eût rendu mon geste moins énergique que je ne l’aurais voulu. En traversant le hall, écho des pas précipités des plus jeunes qui se ruaient vers une nouvelle journée, je ne pouvais m’empêcher de penser à l’avenir. Six mois. Six mois et le monde du foyer ne serait plus qu’un chapitre de mon passé.

À l’extérieur, l’air frais du matin me fit frissonner, et je resserrai les bretelles de mon sac sur mes épaules. J’empruntai le chemin familier vers l’université, la tête pleine de rêves que je m’efforçais de croire réalisables. Les sons de la ville s’éveillant me parvenaient comme à travers un brouillard, car mon esprit travaillait à toute vitesse. Le soleil se reflétant sur ma peau qui me laissait imaginer des origines africaines de l’un de mes deux parents. J’enfilai la capuche de mon gilet grisâtre sur mes cheveux bruns qui me descendaient pratiquement sur mon visage, me laissant entrevoir les rayons du soleil à travers les ondulations.

Je devais concilier les classes, les révisions pour les examens finaux, et le petit boulot que j’avais décroché à la bibliothèque du campus. Mes jours étaient chronométrés, mes soirées dédiées à la lumière blafarde de mon bureau et aux piles de livres qui promettaient un meilleur avenir.

La journée se déroula dans une sorte de flou académique de mes études de droit, où les mots des professeurs se mêlaient aux pages que je retournai fébrilement. Le regard rivé sur l’horloge, je comptai les heures qui me séparaient de mon sanctuaire de papier à la bibliothèque. Enfin, la cloche annonça la fin des cours et je me dirigeai vers mon havre de tranquillité.

Mais à mon arrivée, une surprise m’attendait. Ce n’étaient pas les mêmes visages que je voyais. Pas les mêmes étudiants studieux avec lesquels on se tenait compagnie dans le silence, ne connaissant pas les noms des uns des autres. Mon collègue, un étudiant en histoire que j’appréciais pour sa discrétion, se tenait à l’accueil, une expression particulière gravée sur son visage.

Perplexe, je contournai le comptoir et c’est alors que je le vis. Il était peut-être nouveau ? Étonnant en cours d’année. Je regardai mon collègue avec un visage interrogateur et restions discrets afin d’en savoir plus sur lui, enfin, surtout moi. Je n’aimais pas les changements dans mon quotidien, voir les mêmes têtes et ne parler à personne m’allais très bien. C’est mon quotidien depuis aussi longtemps que je me souvienne et j’en étais très heureux.

Voir des nouvelles personnes entraînent des probabilités, même minime, de communication. La communication entrainant l’amitié, l’attache puis la douleur laissée par des personnes qui ne se souciaient pas réellement de toi. En gros, l’abandon.

Le nouveau venu déplaçait des livres d’une étagère à une autre, inexorablement concentré sur sa tâche. Il était grand, avec des épaules larges qui tiraient légèrement sur le tissu de son pull-over. Ses mains étaient étonnamment soignées pour un étudiant plongé dans l’emploi du temps chargé qui va de pair avec la vie universitaire.

Je contemplai la scène avec une pointe de méfiance, explorant mentalement les raisons possibles de sa présence. Peut-être était-il simplement un remplaçant pour un des étudiants réguliers ou un volontaire pour un projet de classe nécessitant des heures de service communautaire. Les possibilités brouillaient mes pensées alors que je me dirigeai pour entamer mon propre service.

– C’est Raiden, me dit mon collègue en remarquant ma curiosité évidente. Il est transféré ici depuis une autre université. Il paraît qu’il a de l’expérience en librairie.

– Ah, répondis-je avec une nonchalance étudiée. Cool.

J’essayais de me convaincre que ce changement n’importait peu, pourtant, une part de moi avait été perturbée. J’étais habitué à un certain ordre, à une routine familière et réconfortante. Je pris place derrière le comptoir, rangeant méthodiquement les retours du jour, tout en jetant des coups d’œil furtifs vers Raiden.

Alors que la soirée s’étendait, il était de plus en plus difficile d’ignorer la présence du nouveau. Il rayonnait d’une énergie fraîche et d’une aisance dans cet espace qui semblaient le défier. Quand nos regards se croisèrent, il m’offrit un sourire franc qui ne nécessitait aucune parole pour être compris. Malgré mon aversion pour le changement, je ne pus m’empêcher de lui rendre son sourire.

La soirée avança dans un ballet silencieux de pages tournées et de chuchotements occasionnels. Quand vint l’heure de fermer, Raiden s’approcha de moi.

– Ça te dérange si je t’accompagne en sortant ? J’aimerais bien en savoir plus sur ce campus et… tu as l’air de le connaître comme ta poche, me dit-il avec une spontanéité qui me prit au dépourvu.

Il avait remarqué. La manière dont mes pas résonnaient confidentes sur les dalles du campus, comment chaque recoin était chargé de mes souvenirs, chaque ombre empreinte de mes réflexions nocturnes.

– Non, répondis-je instinctivement. Je veux dire… Je ne peux pas ce soir.

Je pris congé rapidement, laissant Raiden avec des mots doucement exprimés. Un sentiment étrange m’accompagnait ce soir-là sur le chemin du retour. Je ne m’attendais pas à ce que quelqu’un souhaite pénétrer l’enceinte de ma solitude, fortifiée par des années de mise à distance émotionnelle. Le foyer m’avait enseigné qu’il valait mieux être seul qu’accompagné de personnes éphémères.

Le lendemain, conscient que Raiden partagerait encore mon lieu de travail, je m’étais préparé à maintenir une barrière invisible, mais infranchissable entre nous. Je me positionnai derrière le comptoir de la bibliothèque, m’entourant de la sécurité des ouvrages, muraille de connaissances et de silence.

Raiden arriva, porteur d’une énergie communicative que j’essayais vainement d’ignorer. Il salua chaleureusement les quelques habitués, établissant rapidement un rapport qui, je le concédais à contrecœur, semblait naturel pour lui. Quand il s’adressa à moi, je ne fus que concision et froideur.

– Salut, Dayan ! Belle journée, n’est-ce pas ?

Je levai les yeux de mon ouvrage, offrant un bref signe de tête en guise de réponse avant de plonger à nouveau dans mon travail. Je refusais de l’admettre, mais son aisance sociale contrastait avec ma réserve, alimentant un sentiment d’inconfort. Raiden ne paraissait pas découragé pour autant.

Au fil des jours, sa présence devenait plus difficile à ignorer, parce qu’il ne se contentait pas de coexister ; il tentait de façonner des liens, même les plus fins. Toujours poli, toujours souriant, il persévérait à engager de petites conversations, posant des questions anodines ou faisant des commentaires sur la météo, les livres, voire sur le dernier match universitaire.

– Dayan, tu as lu ce livre ?, demandait-il en pointant un roman sur lequel il travaillait pour un rayonnage.

Sa curiosité semblait sincère, mais je me contentai de lui répondre d’un ton monocorde, ne lui offrant qu’un monosyllabe :

– Non.

La situation commençait à m’user, et chaque interaction était chargée d’une tension subtile, celle qui naît lorsque deux univers tentent de cohabiter dans un même espace.

Je remarquai parfois Raiden qui m’observait du coin de l’œil, comme s’il cherchait à déchiffrer cette énigme que j’incarnais. Je pouvais sentir sa frustration face à ma réticence, mais je restais inébranlable. J’avais mes raisons, mes peurs et mes blessures. Je n’avais pas besoin de nouveaux liens, surtout pas avec quelqu’un qui pourrait bientôt partir pour poursuivre son propre chemin.

Une après-midi, alors que le soleil hivernal peinait à réchauffer la pièce, Raiden s’approcha timidement, comme s’il avait préparé ses mots à l’avance.

– Écoute, Dayan, je sens que je te dérange. Je veux juste que tu saches que ce n’est pas mon intention. J’admire comment tu tiens cette bibliothèque, et... j’espérais qu’on puisse partager ça un peu, plus que de simples collègues, tu vois ?, dit-il, une honnêteté troublante dans la voix.

Je fixai Raiden, déconcerté par sa capacité à s’ouvrir avec une telle facilité. Cette fois, je pris le temps de le regarder, vraiment le regarder. Il y avait une authenticité dans ses yeux que je ne m’étais pas permis de voir auparavant.

– Je... c’est compliqué, répondis-je après quelques secondes de silence, ma voix chargée d’une souffrance contenue.

Sans ajouter un mot, je me détournai un peu moins sûr de moi. Raiden hocha la tête en signe de compréhension, même si je savais qu’il ne pouvait pas pleinement comprendre.

Peut-être qu’un jour, je pourrais abaisser mes murailles, mais pour l’instant, elles me semblaient essentielles, aussi nécessaires que les pages d’un livre pour contenir une histoire. Pourtant, l’ombre d’une pensée traversa mon esprit : et si changer le scénario de ma propre histoire n’était pas aussi effrayant que je le pensais ?

***

Le lendemain, me tiraillant toujours à propos de Raiden, je fus surpris en le voyant arriver dans mon amphithéâtre. Il était en retard le cours avait commencé depuis 20 minutes, mais se justifia silencieusement en montrant un papier au professeur qu’il accepta et lui demanda de s’asseoir. Il scrutait la salle, passant en revue tous les étudiants, puis me vus tout au fond de la salle, la tête plongée dans mes bouquins pour ne pas croiser son regard.

– Dayan ! S’exclamait-il en essayant de ne pas perturber le professeur. Je ne savais pas que tu faisais du droit aussi !

Il suit le même cursus que moi ? La surprise me paralysa quelques secondes. Raiden, dans mes cours de droit ? Partageant le même chemin académique que moi ? C’était une coïncidence étrange, où peut-être était-ce le destin qui commençait à tisser des liens plus complexes que je ne l’avais anticipé.

– Chut ! intervint le professeur en jetant à Raiden un regard réprobateur assorti d’un geste impérieux vers un siège vide près de moi. Il ne restait plus de place qu’à cet endroit-là, et j’essayais d’ignorer la manière dont mon pouls s’accélérait.

Raiden prit place à côté de moi avec un sourire d’excuse. Je sentis son regard posé sur moi, perçant, mais je gardai les yeux fixés sur mes notes.

La conférence continua, et bien que j’écoutais attentivement, capturant chaque mot sur le papier, je me surprenais à être troublé par la proximité de Raiden. C’était comme s’il y avait un champ magnétique invisible qui tirait mon attention vers lui contre ma volonté.

Après le cours, dans le tumulte des étudiants quittant l’amphithéâtre, je ressentis une soudaine claustrophobie. Je me frayai un chemin pour m’éloigner de la foule et, surtout, de Raiden. Mais il me rattrapa dans le couloir, sa démarche affirmée et énergique ne laissant aucune échappatoire.

– Dayan, attend ! Il faut qu’on parle, insista-t-il.

Je me retournai pour lui faire face, le défiant de persister. Ses yeux sombres étaient illuminés d’une détermination qui m’intimidait, car elle évoquait les ténèbres que j’essayais d’éviter depuis des années.

– Écoute, commença-t-il, sa voix portant maintenant un ton beaucoup plus solennel. J’aimerais que l’on soit amis, je pense vraiment que cela marcherait ! On aime tous les deux la littérature, suivons les mêmes cours et je suis sûr qu’on a les mêmes centres d’intérêts.

– Je ne pense pas Raiden, je n’ai besoin de personne dans ma vie à part moi-même. Et puis pourquoi tu t’obstines à fairepartie de ma vie ? Laisse-moi tranquille s’il te plaît, dis-je en me tournant dos à lui et continuant mon chemin.

– Je ne suis pas un ennemi, Dayan. Mais je ne serai pas non plus un simple spectateur dans ta vie. Donne-moi une chance, et je pourrais te montrer un monde dans lequel tu n’auras pas à te cacher, ni à craindre que quelqu’un te laisse derrière.

Je m’éloignai rapidement, ma tête bourdonnante des implications de cet échange. Mon esprit, à la fois curieux et effrayé, savait que l’avenir n’était plus certain et que mon cœur commençait peut-être déjà à se soumettre à un jeu dangereux, à l’encontre de toutes mes barrières prudemment assemblées. Mais je ne voulais pas céder à ma curiosité. Mes parents m’avaient abandonné, me laissant à une vie de débauche et d’insécurité alors pourquoi quelqu’un comme lui voulait entrer dans ma vie me promettant que je ne serais plus seul, c’était absurde.

Je rentrai au foyer, retrouvant Angèle qui attendait mon retour comme tous les soirs, me demandant si ma journée s’était bien passé comme tous les soirs depuis maintenant 11 ans. Ses yeux verts faussement réconfortants et son sourire honnêtement fatiguant. Je lui répondis d’un signe de tête à peine prononcé avant de monter dans ma chambre.

Ce soir, je n’avais pas faim, je n’avais pas envie d’entendre le brouhaha des enfants se retrouvant après l’école et se racontant leurs journées. Étonnement, je n’avais pas envie d’être seul entouré de tous, alors j’avais décidé d’être seul entouré de moi-même. Je repensais à Raiden et je ne comprenais toujours pas pourquoi il voulait être mon ami. Pourtant, on était opposé en tout.

Raiden est grand, sa taille dépasse la plupart des autres étudiants du campus qui s’agitaient autour de lui tels des satellites en orbite. Il se démarquait non seulement par sa stature, mais aussi par la naturelle assurance qu’il dégageait, comme s’il avait été taillé dans un bloc de confiance en soi. Sa démarche était assurée – chaque pas semblait calculé sans être prémédité, formant une alliance parfaite entre fluidité et détermination. Ses épaules étaient larges et carrées, dessinant la silhouette d’un athlète ou d’un héros d’aventure, qui tirait l’étoffe de sa tenue avec une subtile élégance masculine. Sa posture était droite, comme un pilier de sérénité dans ce monde bourdonnant d’activité.

Ses mains, toujours en mouvement, trahissaient une passion habile et un souci du détail – elles apparaissent d’une propreté soignée, presque délicate, contredisant l’idée reçue de l’étudiant constamment enseveli sous une montagne d’ouvrages et de travaux. Mais ce sont ses yeux qui me capturaient davantage qu’autre chose – des yeux sombres, pénétrants et remplis d’une chaleur qui contrastait avec le mur de froideur que j’avais construit autour de moi. Ces yeux possédaient l’étincelle brillante de la curiosité et une luminosité trahissant une intelligence vive et une âme que les épreuves et le temps n’avaient pas terni.

Les traits de son visage étaient dessinés avec précision, comme forgés par la plume d’un artiste – un mélange unique de force et de caractère doux qui m’intriguait bien que je refusais de l’admettre. Raiden portait sur lui cette conscience tranquille de sa présence, un mélange de nonchalance et de gentillesse réfléchie qui pouvait rendre son sourire désarmant même pour moi, malgré ma détermination à rester distant. Sa chevelure châtain clair, peut-être un peu trop négligée pour les standards rigides de l’université, ajoutait à son allure un air de rebelle étudié, créant un contraste intrigant avec l’ordre quasi militaire de leur environnement académique.

Le jour à l’amphithéâtre, l’arrivée tardive de Raiden le peint d’une aura de mystère supplémentaire, comme s’il cachait une histoire à révéler au bon interlocuteur, au bon moment. Mesuré et pensif, il conservait cette étincelle de défi et de promesses non dites dans ses mouvements, dans son sourire et surtout, dans ces instants fugaces où il croisa mon regard, m’offrant un aperçu des mondes inexplorés que je pourrais découvrir si seulement j’osais abattre mes murs.

Mais il fallait que je tienne, il finirait par se lasser.