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La quatrième corde [MxM]

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Summary

Alors qu'Elijah savoure une solitude qu'il n'a qu'à moitié choisie, Zoran souhaiterait évincer la sienne. Lorsque leurs deux mondes vont se percuter, les conséquences seront bien plus lourdes qu'ils ne l'imaginaient. Pourtant, il est souvent dit que les plus belles relations naissent dans l'adversité.

Status
Ongoing
Chapters
3
Rating
5.0 1 review
Age Rating
18+

Chapitre 1

— Dépêche, on va le louper !

En prenant conscience de l’agitation grouillante autour de moi, je levai la tête ; mon train était à quai. J’y entrai d’un pas pressé et restai proche des portes, réajustant mon casque sur mes oreilles pour me replonger dans ma musique.

Mon attention se promena sur les groupes de jeunes de mon lycée, ceux qui rentraient entre amis. J’étais jaloux ; je crevais d’envie de faire ce trajet comme tout le monde ; avec des potes, à rire sur la journée qu’on venait de passer. Mais la vérité demeurait que j’en étais incapable. La désinvolture de mes camarades m’avait toujours fasciné. Ils ne savaient pas à quel point ce monde se montrait dur et cruel. On pouvait tout perdre en une seconde, il suffisait de quelques mots, prononcés par la bonne personne et tout notre univers s’en trouvait brisé.

Eux, ils continuaient de jouer d’insouciance. Ils s’esclaffaient à en faire trembler le wagon, chantaient comme on entonne la Marseillaise, la main sur le cœur et le visage tourné vers le ciel. Ils vivaient.

Je les observai à la dérobée, baissant le volume de mon casque pour entendre leur conversation. Ils se charriaient, se soutenaient…

Enfin, le train sonna mon arrêt. Je me hâtai de sortir pour retrouver la chaleur du soleil. Je profitai de ses rayons un instant au sortir de la gare, puis m’engageai sur le chemin de la maison. En passant la porte, ma mère m’accosta tandis que je me déchaussais, le casque autour du cou.

— Salut mon grand, ta journée s’est bien passée ?

J’acquiesçai à peine, juste pour qu’elle m’entende que pour une autre raison. Je savais que je lui faisais de la peine, elle qui avait fini par retrouver un morceau de son sourire. Moi, je n’étais plus capable d’en produire de sincères. Je ne parvenais plus à faire « comme si ». Comme si tout ça n’était pas arrivé, comme si nous ne l’avions pas perdu.

Le regard de ma mère s’égara dans le vide, l’espace d’un instant. Elle cherchait un moyen de me faire réagir, tous les jours elle essayait. Elle ne s’épuisait jamais. Parfois, je me forçais à remonter un peu les coins de ma bouche. Je savais que si je ne le faisais pas, je terminerais devant un psy. Ce qui ne devrait plus trop tarder à présent. Je les avais entendus bavarder avec papa. Ils se demandaient si ça m’aiderait, de converser à quelqu’un d’extérieur, de professionnel. Parler ne me dérangeait pas. J’étais ouvert à la discussion curative.

— Qu’est-ce que tu veux faire cette année ? s’enquit-elle d’une voix douce.

Je ne levai même pas les yeux vers elle. Je ne savais pas, je n’y avais pas encore réfléchi. Pourquoi, ce jour, devait-il être spécial ? Pourquoi devions-nous célébrer son départ, alors qu’aucun de nous n’était heureux ? « On appelle ça une commémoration ! » m’avait-elle enseigné un jour. Mais, je ne désirais pas fêter la mort de mon grand frère. Ce n’était pas un moment de joie, de retrouvailles… Ce n’était rien de plus qu’une mascarade.

— Je ne veux rien faire, maman. Rester dans ma chambre sera suffisant.

Elle retint un soupir, déçue.

— C’est la troisième année que tu choisis ce programme, Elijah. Tu dois arriver à dépasser ça.

Sa main se posa sur ma joue. « Dépasser ça », quelle comédie. Elle pensait que je ne l’entendais pas pleurer la nuit ? Que je ne remarquais pas le pincement amer de ses lèvres lorsque son regard tombait sur les photos ? Elle-même n’avait rien « dépassé ». Nous stagnions tous dans cette torpeur incessante. Elle m’imaginait si stupide ?

— C’est précisément pour « dépasser ça » que je ne veux rien organiser. Excuse-moi, j’ai des devoirs à faire.

Je l’abandonnai sans un mot de plus. De toute façon, il n’y avait rien à ajouter. Nous savions bien tous les deux que notre assemblage familial était en pièces.

Le lendemain au lycée, à la pause du matin, je regagnai mon endroit favori ; le toit. Accessible uniquement par une trappe laissée déverrouillée, j’y avais élu domicile pendant les temps de repos. Je me hissai à la force de mes bras et en quelques secondes, j’étais enfin serein.

Pendant les heures de classe, je correspondais parfaitement à l’image du fantôme ; présent, pourtant, personne ne me parlait ou ne me voyait, même les profs arrivaient à m’oublier parfois. Les travaux de groupe demeuraient mon pire cauchemar ; obligé de converser avec des gens, d’échanger, d’argumenter…

Mais ici, sur mon toit, seul le brouhaha de la cour me parvenait. J’entendais des éclats de rire et de voix des autres, loin en dessous, et cette suite de son désordonné me procurait un fond sonore assez désagréable. Je m’installai, appuyé contre le rebord d’un des puits de lumière qui me fournissait un dossier presque confortable. L’été approchait, le soleil se réchauffait petit à petit et j’étais heureux d’enfin sortir de l’hiver.

Quand la sonnerie retentit, je réintégrai la classe. Assis à ma table sans voisin, je pris des notes de manière consciencieuse, cependant, les cours m’ennuyaient. J’aurais préféré être déjà dans le monde du travail, sans devoir me coltiner tous ces adolescents insupportables et bruyants.

Je patientai jusqu’à la pause du midi pour retourner sur mon toit. C’était mon refuge dans cet enfer qui grouillait d’humains, que j’étudiais depuis mon observatoire panoramique. Les jours se succédaient, les semaines suivaient, puis les mois. Je jugeais la vie profondément ennuyeuse, au final.

En arrivant à la maison, je me confrontai de nouveau au regard mélancolique de ma mère. Mon père était en voyage d’affaires et ne rentrait que rarement, alors nous avions appris à vivre sans lui.

— Tu t’es fait des amis aujourd’hui ? me demanda-t-elle, comme si cette information demeurait l’unique espoir auquel elle se raccrochait.

— Non et je ne compte pas m’en faire.

— Pourquoi tu tiens tant à rester seul ?

Je la scrutai d’un air désabusé.

— Les gens ont tendance à se lasser assez vite de moi. Je ne vois pas pourquoi je tenterais l’expérience à nouveau.

Sa moue s’attrista un instant. Que voulait-elle que j’ajoute ? À quoi bon s’efforcer de nouer des liens avec des personnes qui finiraient inévitablement par m’abandonner ? Les « camarades », ils ne se bousculaient pas au portillon. Ils n’avaient jamais agi de cette manière, même à la petite école, mes professeurs s’inquiétaient de ma solitude. Ce serait prétentieux de penser qu’un jour, je trouverai quelqu’un qui m’accepterait. Alors j’optai pour ce mode de vie ; la solitude choisie et actée. Pas d’amis, pas de déception, pas de tristesse ni de souffrance.

Je finis par quitter la cuisine et monter dans ma chambre. Je passai bien plus de temps que nécessaire sur mes devoirs et achevai ma soirée en écoutant de la musique.

Le lendemain, à la pause du matin, j’étais de nouveau sur le toit. Je profitais de mon espace, quand un bruit vint brouiller mon silence. C’était la trappe ! Je m’accroupis derrière le puits de lumière, ne laissant dépasser que mes yeux. Si c’était les profs, j’étais dans une énorme merde !

Elle s’ouvrit avec violence, envoyant sa porte frapper le sol, ce qui fit voler quelques cailloux dans ma direction. Je perçus ensuite deux mains s’accrocher au rebord et soudain, le dessus d’une tête, comportant des cheveux blonds mêlés de petites tresses s’en extirpa. Je scrutai le garçon qui peinait à se hisser sur le toit, engoncé dans un affreux bomber jaune et un jean si serré que j’ignorais comment il avait pu envoyer sa jambe par-dessus l’ouverture. Il devait avoir le même âge que moi, mais la ressemblance s’arrêtait ici. Aux prix de nombreux efforts, pendant lesquels je ne tentais pas de l’aider, il parvint à grimper et referma la trappe d’un coup de pied rageur avant de s’asseoir à côté et de soupirer. Son mouvement fit briller son visage et je compris après un temps de réflexion qu’il s’agissait certainement de piercings.

Une fois remis de ses émotions, il sortit une cigarette et l’alluma.

— T’as un problème ?

Il me fixa d’un air mauvais, recrachant la fumée opaque qu’il venait d’ingurgiter. Je levai les yeux au ciel en lui tournant le dos sans répondre. En définitive, ce n’était qu’un élève, seul. Je pouvais ainsi retourner à mes occupations, je ne risquais rien. Je replaçai mon casque sur mes oreilles et orientai mon visage vers le soleil.

Je fus dérangé quelques minutes plus tard tandis qu’il tapotait sur mon épaule. J’ouvris mes paupières pour discerner mon nouveau coloc de toit, penché vers moi.

— T’as pas du feu ? Le mien vient de mourir.

Il me sourit, la clope éteinte à la bouche et je fermai à nouveau les yeux en me faisant la remarque que les siens étaient bleus.

— Je ne fume pas et tu devrais en faire autant.

Il répondit peut-être, mais je n’entendis rien à cause de la mélodie qui se jouait dans mon casque. À la fin de la pause, quand je me levai pour retourner en cours, il était parti.

J’avais, sans le moindre doute, compté plusieurs piercings lorsqu’il me quémandait du feu ; arcade, septum, labret. Ce n’est pas un faciès qu’on croisait tous les jours. Les tresses dans ses cheveux étaient aussi amusantes. Il se donnait l’air d’un gangster, mais je l’imaginais mal se faire des petites nattes le matin avant de prendre le train. Ce fut avec cette image comique en tête que je redescendis en classe.

En rentrant ce soir-là, ma mère ne me questionna pas. Peut-être qu’elle comprenait enfin ? Je cuisinai tout de même avec elle, parlant des cours, des professeurs et j’eus l’impression de lui faire plaisir. Je savais que ce n’était pas de sa faute s’il était mort. En vérité, il n’y avait personne à blâmer puisque l’enquête sur son accident avait été classée sans suite.

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author

Bon début qui donne envie d'en savoir plus 😉

a year

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