NIGHTMARE - Tome 2 [MxM]

All Rights Reserved ©

Summary

Que faire lorsque l’idylle ressemble plus à l’enfer qu’au paradis ? Pour les victimes endoctrinées dans des relations malsaines, il peut être très dur, voire impossible de réussir à se sortir de ces situations cauchemardesques. Surtout lorsque l’entourage ne cesse de complimenter le bourreau qui accroît son emprise. Éliah, qui pensait obtenir une vie douce avec son compagnon, ne comprendra bientôt que trop bien cette problématique. Mais que faire lorsqu’on comprend que les anges sont, en réalité, l’engeance des pires démons descendus sur terre ?

Status
Complete
Chapters
16
Rating
5.0 6 reviews
Age Rating
18+

Sur le quai

Un an et demi plus tard


— Voulez-vous qu’on revienne un peu sur comment vous avez vécu les évènements de ce soir-là ?

Assis en tailleur dans le large fauteuil du cabinet de ma thérapeute, j’engouffrai une main dans mes cheveux, gêné.

— Je ne sais pas vraiment quoi dire… C’était étrange. Enfin… Je comprenais ce qu’il se passait, mais c’était comme si mon corps avait juste cessé de fonctionner. J’ai eu l’impression d’être… statufié ? J’ai seulement été trop faible pour pouvoir me défendre…

Lina me fixa avec intensité. Ses longs cheveux bruns, retenus en une queue de cheval haute, se perdaient parfois sur ses épaules lorsqu’elle prenait des notes sur son calepin. Elle m’offrit pourtant un regard affectueux.

— Éliah, est-ce que le terme de sidération vous dit quelque chose ?

— Non, désolé.

— Ne vous excusez pas, beaucoup de gens ne connaissent pas cette particularité du corps. Avez-vous déjà vu une biche, plantée au milieu de la route, qui reste pétrifiée devant une voiture qui lui fonce dessus ? Eh bien la sidération, c’est ça. Face à un danger, le cerveau nous prépare d’abord à nous enfuir. C’est précisément l’une de ses parties qui agit ; l’amygdale cérébrale. Elle ordonne la production « d’hormones du stress », l’adrénaline ou le cortisol par exemple. Des symptômes apparaissent afin de nous aider à nous échapper, comme l’accélération du pouls ou la contraction des muscles. Seulement, quand il n’est pas possible de prendre la fuite, l’organisme est saturé de cet excès d’hormones. Et parce qu’on peut mourir de stress, avec un arrêt cardiaque entre autres, le cerveau se court-circuite lui-même. Lors de ce sabotage, l’encéphale libère des molécules équivalentes à la morphine et de la kétamine. Il permet au corps d’accepter l’inacceptable, de se bloquer, de vous sortir de la réalité. Est-ce que ça ressemble à ce que vous avez vécu ?

— Je crois, oui. Je ne m’en souviens pas très bien…

— Ce n’est pas grave, me dit-elle d’un ton doux. Je ne vous demande pas de vous rappeler de tout, vous le ferez quand vous serez prêt. La sidération va souvent assombrir votre mémoire, altérer le temps alors, il peut être compliqué pour vous de remettre tout en place. L’hypnose peut donner de bons résultats si vous y êtes sensibles et que vous en avez envie.

J’avais du mal à intégrer tout ce qu’elle me disait, cependant, une question restait en suspend.

— Vous voulez dire que mon corps a décidé de lui-même de me laisser me faire agresser ?

— Non. Il a fait ce qu’il pouvait pour vous protéger. Dans l’impossibilité de fuite, il a préféré enfermer vos sensations dans une boîte plutôt que de tout vous autoriser à tout voir et tout subir. Un peu comme les trous noirs que vivent certaines victimes de traumatismes, où il va simplement bloquer des souvenirs trop durs à accepter pour ne pas aggraver l’état général de son humain. Cependant, vous devez bien comprendre que vous n’êtes pas responsable. Ce sont les agresseurs qui sont en tort, pas vous.

Je fis la moue.

— Je ne sais pas. Je n’ai… Je ne suis pas quelqu’un de très malin. Mon compagnon doit souvent me rappeler à l’ordre, je manque de concentration, oublie des choses. J’ai toujours eu un léger déficit d’attention, mais depuis quelque temps, j’ai l’impression que ça empire.

Un profond soupir s’extirpa de ma gorge, il était difficile d’avouer qu’on n’était pas à la hauteur.

— Vous lui en avez parlé ?

— Oui, répondis-je en détournant le regard.

— Quel est son avis ?

— Il me rejoint un peu. Ce n’est pas de ma faute, mais j’aurais dû être plus vigilant et moins boire. C’est vrai que si j’avais été sobre, il ne se serait rien passé, j’aurais pu me défendre.

La jeune femme me scruta avec sérieux avant de reprendre la parole.

— Éliah, votre compagnon a tort. Même si vous aviez été sobre, cela n’aurait rien changé. Vous ne devez pas culpabiliser, vous avez le droit de vous amuser, de boire jusqu’à vomir vos tripes si vous le souhaitez, ce n’est pas pour ça que quelqu’un a l’autorisation de vous faire du mal. Les agresseurs n’ont que faire du fait que vous soyez saoul. Est-ce que vous me comprenez ?

— Hum…

La petite horloge tinta joliment, sonnant la fin du tête-à-tête.

— Je trouve qu’on a bien avancé aujourd’hui, non ?

Je haussai les épaules, sans saisir où elle en voyait une.

— Tout ça va prendre du temps Éliah. Ne vous attendez pas à des changements immédiats, ce ne sont que nos premières séances.

— D’accord.

Je me levai et nous nous décidâmes pour un nouveau rendez-vous la semaine suivante. En sortant de son cabinet, j’inspirai avec puissance. Mon ventre me faisait mal. À chaque fois c’était la même chose, je m’extirpais de nos rencontres avec de légères nausées et une forte culpabilité. À quelques pas, Mickaël m’attendait dans la voiture. Il n’aimait pas trop que je rentre seul après ces entrevues avec ma psychologue.

Tandis que je m’installais dans mon siège, le dos de sa main caressa ma joue.

— Comment tu te sens ?

— Je suis épuisé, avouai-je. Mais on a bien parlé.

— Tu devrais faire plus attention à ton sommeil. On va mettre en place des horaires. Ça t’aidera.

— D’accord, abdiquai-je en bâillant.

Je le regardais tandis qu’il conduisait, avec son air sérieux et attentif. Il avait toujours été protecteur avec moi et ces derniers temps, il était vrai que je ne brillais pas par mon intelligence. Heureusement, il veillait au grain et me laissait me reposer entièrement sur lui.

Depuis cette soirée cauchemardesque, il s’était passé tant de choses que j’avais parfois du mal à y croire. L’exposition de Delphine avait fait grand bruit. Elle était maintenant quémandée par des galeries renommées, dépassant même les limites de la France. Eva et elle s’étaient beaucoup rapprochées et se voyaient souvent, me partageant des selfies grimaçants que je collectionnais. Caro, quant à elle, semblait enfin avoir trouvé un homme qui la comblait. Elle avait emménagé chez lui il y a quelques semaines, Mickaël et moi étions allés l’aider à transporter ses affaires. Les jumelles entamaient leur dernière année dans leur école de mode. Leurs réseaux sociaux fonctionnaient à merveille et leur communauté ne cessait de grandir. Pour finir, Léonie avait intégré un internat dans la capitale afin de poursuivre ses études. Elle m’appelait régulièrement et j’étais fière de ce qu’elle avait accompli depuis la fin du lycée.

De mon côté, deux mois après l’officialisation de ma relation, j’étais venu m’installer chez lui. Quitter mes sœurs avait été difficile, mais je ne regrettais rien, je passais des moments remplis de bonheur avec mon amoureux.

Bien sûr, il nous arrivait de nous chamailler, cependant, j’étais à la ramasse depuis un peu plus d’un an et s’il ne faisait pas attention, j’accumulais les erreurs. Pour mes parents, nous vivions en colocation. Au début cette histoire leur avait semblé étrange, mais devant les arguments de mon compagnon de chambre, ils avaient cédé, n’omettant tout de même pas de me faire culpabiliser par rapport au fait que je laissais les filles « livrées à elles-mêmes, dans une maison sans homme ». J’avais ri intérieurement, pensant que c’était bien l’une des premières fois qu’ils me considéraient en tant qu’« homme ».

En arrivant dans notre appartement, je rêvais d’une bonne douche puis d’un sommeil réparateur, malheureusement, tandis que j’avançais péniblement vers la salle de bain, la voix de Mickaël me stoppa.

— Au fait, je trouve que ce t-shirt ne te va pas du tout. On ira en acheter d’autres ce week-end, OK ?

— C’est un cadeau des jumelles…

— Et alors ? me coupa-t-il. Tu sais, c’est pour toi que je dis ça. J’ai envie que tu sois beau. Mais bon, je vois bien que tu te fiches complètement de mon avis !

Je fis quelques pas vers lui.

— Pas du tout ! Je te promets que je le prends en considération. Je n’ai pas vraiment fait attention à ce que j’ai attrapé ce matin, j’ai pris le premier t-shirt qui venait, c’est tout.

— Donc, tu vas arrêter de le porter ?

— Eh bien… Je ne pense pas… Je pourrais peut-être le garder seulement pour traîner à la mai…

— Donc c’est bien ce que je dis, tu te fous de mon avis ! s’emporta-t-il.

Je tendis les paumes devant moi, tentant de le calmer en adoptant un ton doux.

— D’accord, écoute, je vais aller l’enlever et le ranger. Ça te va ? Ne t’énerve pas pour ça, s’il te plaît.

Il vint vers moi, m’enlaçant d’un bras tandis que son autre main caressa ma joue.

— C’est de ta faute si je m’agace. Tu ne prends pas en compte ce que je te dis, alors que je fais tout ça pour toi…

— Je suis désolé. Je vais faire des efforts, d’accord ?

Il hocha la tête, me souriant enfin.

— Tu m’aimes, n’est-ce pas ? me demanda-t-il en déposant un baiser sur mon front.

— De tout mon cœur, le rassurai-je.

Il m’embrassa avec beaucoup de douceur et je rejoignis la douche. En sortant, j’eus la merveilleuse surprise de découvrir la table préparée et le repas servit. Je n’eus plus qu’à mettre les pieds dessous !

— Au fait, ton nouveau bureau, il te plaît ? s’informa-t-il en engouffrant un morceau de saumon.

— Oui ! Je m’y sens un peu seul sans Chris, mais de toute façon, c’était livré avec le poste ! Et la vue sur le parc d’à côté est superbe. Je ne peux pas me plaindre.

— C’est sûr. Aussi, maintenant, tu n’as plus à descendre constamment aux archives, c’est à Chris de s’en charger, tu es plus tranquille.

— C’est vrai. Mais j’avoue que j’aime bien m’y rendre parfois. En plus, il connaît le sous-sol bien moins que moi, alors ça va plus vite si je m’en occupe.

— Oui, enfin bon, il serait peut-être temps qu’il apprenne à faire sans toi. Je te rappelle que tu es son patron, tu n’as pas à travailler à sa place.

Le sentant de nouveau s’énerver, je calmai le jeu.

— C’est vrai, tu as raison. Je ferai en sorte de le charger d’un peu plus de choses. Merci pour le saumon, il est délicieux.

Il me sourit, attendrit.

— Je sais que tu aimes ça, alors ça me fait plaisir.

En me couchant à ses côtés ce soir-là, je me mis soudain à penser à Nightmare. Je me demandais ce qu’il était devenu après tout ce temps. Il s’était certainement trouvé un nouveau compagnon de jeu, oubliant nos entrevues.