Chapter 1
Start writing here…La veuve …
Roman de Jamil Salhut et Dima saman
Les Éditions El Amir
Pleine d’entrain, elle se mit sous la douche et actionna le robinet. L’eau qui tombait en pluie battante, se répandait en flots sur sa tête et envahissait tout son corps. Emportée par son enthousiasme, elle se mit à jouer avec les gouttes d’eau comme si elle leur livrait combat. Dans un léger mouvement de va et vient, elle renversait la tête tantôt en arrière, tantôt en avant pour faire place à sa poitrine de profiter des tapotements légers et rafraîchissants de cette délicieuse pluie. Le bien-être que lui procurait le tapotement des gouttes d’eau sur son corps faisait resurgir dans sa tête les images des pluies du printemps qui tombaient avec grâce et douceur pour redonner vie à la terre qui se transformait aussitôt en un magnifique tapis vert d’où ne tardaient pas à exploser des multitudes de fleurs aux couleurs vives et chatoyantes aussi belles les unes que les autres. Tout l’espace se trouvait rempli de parfums, de belles odeurs !
Happée par le bien-être que lui procurait l’eau, elle fredonnait des airs romantiques
anciens et autres modernes qu’elle regardait et écoutait à la télévision. L’image de son mari souriant vint se mettre en écran devant elle. C’est la même scène qui se répétait, qui ne quittait pas et ne quitterait jamais son esprit ! Le soir de ses noces, il vint à entrer souriant dans la chambre nuptiale pendant que ses belles-sœurs qui lui faisaient cortège, dansaient, chantaient et lançaient des you-you. Pendant ce temps-là, ses camarades à elle et filles de sa génération qui avaient chacune ses propres comptes à régler jetaient des regards en dessous tantôt à lui, tantôt à elle en se chuchotant des choses.
Alors qu’elle était en train de se purifier de ses menstrues, prise par son cœur qui dansait d’allégresse, elle se laissa oublier sous la douche, laissa son imaginaire l’emporter loin. Et si, cette nuit-là, elle serait la « nouvelle mariée » à son
homme tout comme fut sa nuit de noces, cette nuit de noces dont on dit qu’elle ne se répéterait pas une seconde fois ? L’idée traversa son esprit comme l’éclair. Et là, elle crit de bon cœur en pensant à la stupidité de ceux qui croient que la nuit de la « vie » (la nuit de noces) n’arrive qu’une fois dans la vie, qu’elle ne se répète pas.
Elle, elle sait la teneur de l’amour qui l’unit à son mari chéri ! Tous leurs jours étaient
liesses et leurs nuits, nuits de noces ! Certes, ils avaient eu un garçon et une fille qui faisaient leur bonheur à tous les deux, qui renforçaient leur amour, ajoutaient à leur bonheur mais ceci n’empêche pas qu’ils demeuraient encore des « nouveaux
mariés ».
Elle souhaita de toute son âme qu’Odeh fût à la maison ! Ils auraient pris un bain
ensemble, ils auraient joui des bienfaits de cette belle journée. Aussitôt, elle chassa
l’idée de sa tête en se répétant : « La précipitation c’est l’œuvre de Satan ».