Prologue
Je claque la porte derrière moi, abasourdi par ce qu’il vient de se passer. La douleur et la peine se mélangent à la colère, à l’impuissance, et mon cœur se désagrège un peu plus à chacun de ses battements. Je déglutis difficilement l’acide qui obstrue ma gorge. Un amas de larmes s’accumule dangereusement à l’orée de mes cils, je marche dans la rue sans but précis. La capuche de mon sweat remontée sur ma tête penchée, mon sac balancé sur mon épaule, je déambule, complètement perdu, vers une destination inconnue. J’ai du mal à réaliser, à comprendre comment tout cela a bien pu dégénérer à ce point. J’aimerais me réveiller de ce cauchemar, mais la réalité est là. Il n’y aura pas de retour en arrière et c’est ce qui me tue le plus.
Ces images, leurs regards remplis de colère, d’humiliation, de dégoût et de rejet, me brisent le cœur, plus qu’il ne l’est déjà.
Je tire davantage sur mon vêtement pour dissimuler mon visage devant chaque personne que je croise, honteux d’être ce que je suis, désireux de cacher au monde mes larmes que je n’arrive plus à contenir et qui ruissellent sur mes joues.
Sans vraiment m’en rendre compte, j’arrive sur une voie ferrée et je marche. En équilibre sur les rails, je tangue dangereusement d’un côté puis de l’autre. Je ne sais plus quoi faire. Mon regard dans le vague, un pied devant l’autre, bercé dans un brouillard de solitude, de vide profond, qui ne se dissipe pas, je n’arrive plus à réfléchir.
Sous le ciel nuageux, une brise fraiche vient caresser ma peau. Je joue avec le destin et remonte la voie, perdu dans mes pensées.
Quand soudain, le puissant sifflet du train qui se rapproche à grande vitesse de moi me fait sursauter et me ramène à la réalité. D’instinct, je me jette sur le côté et reprends mon souffle, mon cœur battant à tout rompre, quand mon taux d’adrénaline vient de grimper en flèche.
Je me gifle mentalement, reprends mes esprits. J’aime la vie et je n’ai jamais vraiment eu l’intention d’attenter à celle-ci. Même si, l’espace d’un instant, effleurer la mort du bout des doigts était tentant.
J’essuie furieusement mes larmes qui commencent lentement à tarir et récupère mon portable dans la poche arrière de mon jean, pour appeler ma sœur. J’ai besoin d’entendre sa voix rassurante. La seule qui m’a toujours accepté, même lorsqu’elle a su ce que j’étais. Qui je suis.
Je dois désormais trouver un plan, une solution à cette situation chaotique. Pourtant, je n’arrive plus à avoir les idées claires et elle seule saura m’aider. Alors, je me laisse tomber sur le sol terreux qui longe la voie ferrée et l’appelle, les yeux dans le vague, seul et désespéré. Anéanti.








