Enchanté, Asmodeus
Un démon se rua sur Asmodeus. Le jeune roi fut entraîné dans une chute du haut d'une falaise. Un garde derrière lui se précipita à son bord, tentant de le rattraper. La créature et Asmodeus descendirent la falaise de mètres en mètres, l'être des ténèbres poussa sous ses mains le mortel, continuant leur chute plus rapidement.
Le jeune souverain sentit fortement la pression de l'air sur son dos. Il ouvrit sa main droite et lâcha Rogskor, son épée à langue de serpent. Il ferma les yeux, attendant de percuter le sol, se remémorant de bon souvenir.
~Il se rappela d'abord du long couloir du château qu'il aimait traverser avec un garde du corps personnel à ses côtés. Un couloir où son père, le roi à l'époque, l'y attendait pour prendre le petit déjeuner.
Il eu le souvenir ensuite, des compliments que son père lui disait, surtout quand il lui répétait qu'il n'y avait aucun roi aussi impassible et responsable à son âge. “Peut-être était-ce car je voulais absolument devenir roi à cette époque ?“ pensa-t-il, un grand sourire aux lèvres.
Il se souvint après du couronnement qui eu lieu en son nom. Intérieurement, il était heureux mais ne montrait aucune émotion. Il reçu ce jour-là, Rogskor, l'épée à langue de serpent, dont il se servit pour chaque combat. En or pure, incrustée de pierres précieuses, elle avait la particularité d'avoir le bout de sa lame enlevé, formant une langue de ce reptile, dont Asmodeus appréciait les écailles.~
Le jeune mortel agrandit son sourire. Il reprit fermement son épée avant de la perdre dans les airs, il leva le bras comme il pût et d'un geste franc, transperça le corps de son ennemi, tombant avec lui pour terminer lui aussi, sa vie. Les deux êtres finirent par percuter le sol rocailleux au pied de la falaise.
Un bruit aigue retentit dans l'oreille d'Asmodeus. Il ne sent plus son corps étalé à terre, n'arrive pas à ouvrir les yeux.
~«Papa ? demanda-t-il. Papa, où vas-tu ? Tu m'avais promis de..
- Ne reste pas là Ace, je vais travailler.
- Mais, papa…
- Aïka, dit à ton fils de s'occuper de ses affaires.
- Chéri, il veut juste passer un peu de temps avec son père ! répliqua-t-elle.
- Moi ça m'agace, soit tu fais dégager ce morveux, soit c'est moi qui le fait.»
Le petit garçon pleura toutes les larmes de son corps. La jeune dame ouvrit ses bras pour câliner son fils, tandis que le seigneur s'en alla travailler.
«Ne t'en fais pas Asmodeus… moi je suis là…»~
Asmodeus se trouvait dans un grand lit de soie, doté de rideaux transparents turquoise. La chambre était immense, surdimentionnée. Les meubles étaient en marbre blanc ou noir et en bois de chêne sombre. La pièce était couverte de lumière, lumière venant d'une fenêtre de la même hauteur que les murs de la salle.
Une chaise était installée à côté du lit, quelqu'un y était installé. La tête du jeune seigneur bascula sur le côté et ses paupières se soulevèrent. «Cordon bleu». L'homme assis sur la chaise le regarda, de l'incompréhension dans les yeux.
- Non mais j'ai juste faim, dit-il.
- D'accord, continua l'homme.
Asmodeus se leva de son lit et se rassis, le corps douloureux. Un soupir s'échappa de sa bouche. «Il est arrivé quoi au démon ?» demanda le roi. «Il a été retrouvé mort à côté de vous. On ne sait comment mais vous avez survécu par un miracle exceptionnel.»
Le seigneur, bouche bée, s'allongea doucement. Un gémissement de douleur s'échappa de nouveau de sa bouche se tordant. L'homme se redressa de sa chaise, fit une révérence et s'en alla de la chambre. Asmodeus, couché sur le dos, bascula à sa droite et monta la couverture chaude jusqu'à son épaule.
Le temps passait lentement, la douleur s'accentuait à mesure que les minutes passaient. Elle s'intensifiait dans sa tête, ses jambes, sa poitrine et son dos. Il ne sentait plus ses bras, n'arrivait plus à bouger ses membres. Il se mit sur le ventre, la tête sur sa droite, les bras étendus sur le matelas et les jambes pliées sur le côté gauche.
La porte de la pièce s'ouvrit, Asmodeus leva les yeux en sa direction. L'encadrement de la porte était à peine visible, cependant, personne ne s'y présentait, il en était certain. Il baissa les yeux, pensant que le vent pû l'ouvrir. Il tenta de dormir, ne plus sentir la douleur envahir son corps. Se laisser porter par le monde des rêves.
Un bruit de fracas le sortit de ses pensées, releva la tête sur le coup. Il se leva faiblement, posa un premier pied par terre, s'appuyant dessus pour se redresser. Il marcha d'un pas hésitant et douloureux. Boitant jusqu'à la porcelaine cassée, il regarda autour de lui, ne comprenant pas ce qu'il s'était passé.
Il ramassa les quelques bouts restant et les posa avec le reste sur la commode. «Trop mal pour marcher plus..» dit-il épuisé. Il se tourna et vit un homme en armure rouge et noir. Il regarda quelques secondes le jeune roi avant de se ruer sur lui, point fermé.
Asmodeus mit sa main devant son visage, interceptant le point. Sous la violence du coup, il recula, tomba. Le roi regarda la main de son adversaire, ses ongles imprégnés de liquide violet, coulant à côté de son pied. Il leva le regard pour maintenir celui de son agresseur pendant quelques secondes. Le démon mit son bras le plus haut possible et griffa le visage de sa majesté laissant tomber sa tête dans la direction du prolongement de la main.
Allongé sur le sol, Asmodeus n'avait aucune sensation. Ni celle de la douleur, ni celle d'exister. Le liquide s'introduisait dans ses veines, paralysant sur son passage, les membres dans lesquels il passe. Le roi tourna la tête vers son épée, près de son lit. Il se metta à plat ventre pour ramper vers elle.
Le démon, ne voulant pas le laisser prendre son arme la plus puissante, lui acrasa la main grâce à son pied, doté d'une botte en cuire noir avec une grosse semelle. Asmodeus lâcha un hurlement de douleur comme il n'en avait jamais fait. Des gardes se précipitèrent dans la chambre du roi après avoir entendu son cri. Ne bougeant pas d'un millimètre son pied, il retira un poignar de sa ceinture.
Les heures s'écoulèrent, le roi était allongé dans son lit sur le dos, la couverture recouvrant son corps, la respiration forte, il se tortilla dans tous les sens. Des gemissements sortirent de sa gorge. Une femme habillée d'une vieille robe et d'un tablier mit sur son front un tissu imbibé d'eau froide. Elle sortit de la pièce, laissant une bassine d'eau en bois et le torchon sur le front du seigneur.
Le bruit de la porte retentit dans la pièce. Une femme avec divers tatouages de la Lune, des planètes et des étoiles entra par la fenêtre de la chambre. Sa longue robe violette foncé avec ses volants transparents traînèrent par terre lorsqu'elle marchait. Sa robe était si longue qu'on avait l'impression qu'elle flottait.
Elle s'approcha du roi. Asmodeus ouvra ses paupières et tourna ses yeux en direction de la dame. «Qui êtes-vous ?» demanda-t-il à la femme. Elle le regarda un instant avant de répondre.
- Une sorcière majesté, je viens vous proposer un marché.
- Tant que ça me permet de vivre j'accepte tout ce qur vous voulez.
- Permettez-moi de vous exposer la contrepartie.
- C'est bon, je me fiche de la contrepartie.. juste aidez-moi. C'est la seule chose que je vous demande.
- Bien. C'est comme vous le souhaitez majesté. Fermez les yeux, je vais sauvez votre vie.