Prologue
Duncan
Je sors de l’aéroport, cherchant un taxi du regard tout en me rendant compte qu’il fait vraiment chaud. Il faut dire que je reviens tout droit de Juneau, où j’ai pris les dernières photos du magazine pour lequel je travaillais depuis quatre ans. Quatre longues années, où ses paysages ont fait de moi tout ce que je suis, et qui m’amène à Barcelone, où je viens commencer ma nouvelle vie. Damon, mon grand frère qui vient de devenir papa pour la deuxième fois, a été plus que surpris en apprenant ma décision de changer totalement de registre… et surtout de venir ici à cause de lui. Mais je ne pouvais pas refuser une telle chance, quand celle-ci s’est présentée devant moi, il y a déjà un an…
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Une fois de plus, je passe la soirée à regarder ces couples qui se déhanchent sur la piste et qui semblent s’amuser, bien plus que je ne le ferai cette nuit. Je soupire, en revenant sur mon verre devant moi et je le porte à mes lèvres, en évitant une fois de plus, de penser à cette douleur que j’ai dans la poitrine depuis trois ans. Le souvenir de ma princesse des neiges, ne me quitte jamais, tout comme son sourire charmant, qui faisait battre mon cœur comme jamais. Le souvenir de ses étreintes dans ce chalet, qui sont pour moi, les meilleurs moments de ma vie. Sa peau bronzée au milieu de la neige, qui faisait d’elle, la plus belle chose à photographier… Le souvenir de son souffle chaud, quand nous faisions l’amour, et que je devenais à chaque seconde de plus en épris d’elle. Et pourtant, tout ceci n’a duré qu’un instant de ma vie, et aujourd’hui encore, je me demande ce que je ferais si nous nous rencontrions une nouvelle fois…
— Désolé, la place est prise ?
Je me détourne, prêt à répondre que le tabouret est libre, quand mon regard s’écarquille de stupeur devant l’homme qui remet sa chevelure ébène en arrière, attendant ma réponse. Son regard est un peu sombre, et il semble éreinté… mais je reconnaitrais mon idole dans n’importe quel endroit.
— Alors, il est libre ou pas ?! me demande-t-il avec une impatience qui me fait sourire.
Il n’est pas son père pour rien…
— La place est libre. Je m’excuse, mais je ne m’attendais pas à vous rencontrer en chair et en os… et encore moins dans ce genre d’endroit.
Ah ben voilà que je parle de trop. Mais c’est Callum Hanson, le plus grand photographe de mode qui se tient là à mes côtés, et sans parler, que c’est aussi son père.
— Je t’avoue, que je ne m’attendais pas non plus à devoir venir ici, me répond-il avant de commander un Rhum.
Il porte celui-ci à ses lèvres, alors que je reste là, totalement ahuri de me trouver ici à Cuba, au côté de l’homme qui m’a donné gout à la photo quand je me trouvais à l’université. Je le regarde du coin de l’œil, alors qu’il sort une cigarette de sa poche, et j’aperçois son alliance, tout comme ce bracelet de perles multicolore, que font les enfants.
— Le premier cadeau de ma fille, me fait-il fièrement en voyant que je le regarde.
— Vous semblez beaucoup y tenir, lui fais-je en revenant sur mon verre.
Moi aussi, j’aurais voulu, autre chose que cette douleur, comme souvenir d’elle…
— En effet, je tiens à ce bracelet, tout comme je tiens à ma Lyly-Rose, confirme-t-il en souriant fièrement.
J’esquisse un sourire, malgré la douleur atroce de ma poitrine. Je tapote mes doigts sur mon verre, sur le son de la musique qui passe, quand un nouveau verre arrive devant moi et il me sourit en me faisant santé.
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C’est ainsi que j’ai rencontré mon idole, et celui qui a conçu la source de mon mal-être intérieur sans le savoir. Cette nuit-là, nous avons parlé de nos travaux respectifs, et de tout le respect que je lui portais dans son travail. Tout comme elle me l’avait dit, son père fait des éloges de son épouse, en précisant qu’il ne serait pas aussi bon sans elle, et qu’elle était sa muse. C’est peut-être là que j’ai commis une erreur qui m’amène à Barcelone… Je lui ai parlé que moi aussi, j’aimerais trouver une muse qui me fasse vouloir rester à l’endroit, où nous fondrions notre propre amour. Une pensée qui ne m’a jamais quitté depuis que j’ai quitté l’Islande il y a trois ans, et qui flamboie dans ma poitrine chaque jour. Je pensais que cela était une passe, mais en parler avec lui, j’ai réalisé que c’était ce que je voulais par-dessus tout maintenant. Et quand il m’a tendu sa carte pour que je lui envoie mon travail, je ne savais pas qu’il avait décidé de devenir mon mentor. Il m’a demandé de lui envoyer mon portefolio, et au fur à mesure, il m’a demandé de prendre des gens… jusqu’à m’inviter à Seattle pour assister à un défilé. Il m’a eu ce soir-là, en me demandant de prendre des photos. Et il s’est avéré que malgré que cela soit la première fois, que je fasse ce genre de choses, d’après lui, je me suis comporté comme tout photographe de mode, en sachant quel angle ou à quel moment, mettre le mannequin en valeur. J’ai repris le chemin de mes paysages encore quelques temps, jusqu’à ce qu’il m’envoie cette proposition qui m’a amenée à Barcelone. Un endroit que je m’interdisais de visiter pour l’agence, ne voulant pas passer mon temps à la chercher du regard. Et pourtant, me voilà ici, dans ce costume, prêt à la revoir. Car aujourd’hui, je me présente officiellement comme le photographe principal de Tomboy X & Créa compagnie, qui n’est autre que l’entreprise pour laquelle elle travaille…
Espérons juste que je supporterai son regard condescendant, quand elle saura que j’ai fait ce qu’elle déteste le plus, en me laissant embarquer par son père en connaissance de cause. Mais que pouvais-je faire d’autre ?Yepa, restera toujours celle qui détient mon cœur entre ses lèvres…
Lyly-Rose
J’ai un peu du mal à rester calme sur ma chaise, et tout cela est la faute de ce qui m’attend durant la réception. Ce défilé n’est qu’une douceur, dont j’ai du mal de profiter, quand on sait qu’Anthonio se trouve dans les parages. Ah, si je pouvais lui balancer ses quatre vérités devant papa, je serais la plus heureuse des femmes. Malheureusement, je préfère garder tout cela pour moi… Bien que maman ait eu vent de quelques brides de ce qui s’est passé, grâce à marraine, qui ne sait pas tenir san langue. Heureusement, ni l’une ni l’autre, ne sait exactement ce qui s’est vraiment passé. Et comme le disait Stefano, il arrivera un jour où je le regretterai. Ce jour… enfin cette nuit est enfin arrivée, et je ne tiens pas en place sur ma chaise. Savoir qu’il est devenu un actionnaire prioritaire de l’agence me rend malade. Oui, marraine veut tenir le côté création loin de ma grand-mère, mais elle aurait pu me demander mon avis, avant de l’accepter lui pour les fonds. Mais il est trop tard pour que je me rebiffe contre eux, et surtout, il vaut mieux éviter que papa s’en mêle. Avec lui, mes mensonges se voient beaucoup trop facilement… De plus, je perdrais de l’estime à ses yeux… Lyly-Rose Hanson, qui se fait littéralement marcher sur les pieds… Une anecdote de ma vie que je préfère éviter à lui raconter… tout comme ce qui s’est passé en Islande…
Je plisse mon regard pour revenir vers la scène, et je souris, en voyant marraine recevoir les remerciements de tout le monde. Elle est plus que magnifique, et je prie qu’il ne profite pas de sa présence en Espagne, pour briser ce sourire sur nos lèvres. Je ne suis plus une jeune femme, je suis devenue la digne fille de mon père en tout point, et il l’apprendra à ses dépens, s’il essaie à nouveau de m’approcher.
Et alors que je pensais que ce serait le seul souci de ma soirée, il est clair que je me suis fourvoyée en tendant la main, que Duncan me baise de façon chaleureuse, en tenant mon regard.
Comment une telle chose a pu arriver ?!
Car si je dois garder mon sourire sur les lèvres devant mes parents, le regard d’Anthonio à quelques pas de nous, me donne envie de fuir à toutes jambes d’ici… Papa, tu m’en voudras si tu apprends que je ne suis plus ta petite précieuse, et que je brise tout ce que tu m’as appris… Car quand le souffle chaud de Duncan quitte ma main, un sentiment glacial parcourt ma colonne vertébrale, en sachant que les deux plus grandes erreurs de ma vie, sont maintenant ici pour me voir m’effondrer devant ma famille…