Wanna Be Yours

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Summary

Ariane est une jeune étudiante en art qui a passé sa vie à courir après le bonheur. Alors que sa vie à l'allure mélodramatique continue de lui jouer des tours, elle décide du jour au lendemain de faire une colocation pour fuir les drames familiaux. Mais plus personne n'a de place pour elle. À part ce jeune homme, un peu trop heureux et souriant, qu'elle aurait préféré éviter le plus possible. Quels sont les secrets que cachent un si bon sourire ? Thésée est un jeune étudiant en art qui a passé sa vie à courir contre le temps. Il est connu pour son sourire communicatif qui ne le quitte jamais et sa bonne humeur constante. Alors, quand il apprend que la fille qui l'intrigue depuis des années cherche un colocataire, il ne perd pas une seconde. Qu'est-ce qui se cache derrière ce regard rempli de vide ? Quelle histoire cette jeune fille, avec qui il partage l'histoire de leur nom, peut-elle bien cachée ?

Status
Ongoing
Chapters
5
Rating
4.0 2 reviews
Age Rating
16+

Ariane

Le son assourdissant de mon réveil retentit depuis 1 minute et 53 secondes.


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2 minutes.


Je finis par prendre mon téléphone pour couper cette sonnerie monotone et stridente quand j'entends ma sœur me crier de me bouger le cul. Un souffle de flemme s'échappe de ma bouche alors que je m'assois sur le bord du lit. Je passe les mains sur mon visage avant de regarder rapidement sur mon téléphone. Eryn m'a envoyé un message, il y a une heure, écrie en majuscule comme si elle criait sa joie de reprendre les cours. Je pourrai presque l'entendre. Ma meilleure amie depuis mon arrivée à l'université de St. Lawrence à New-York, il y a deux ans. J'entame ma troisième année en cours de l'art et histoire de l'art. Il y a quelques années, je ne me serais jamais cru capable d'en arriver là.


Je lâche un rire rempli de sarcasme, avant de lever les yeux eu ciel et d'enfin quitter mon lit. Je reste scotchée sur mon téléphone pour répondre à Eryn, en lui demandant de calmer ses ardeurs avant que je ne tombe dans les pommes à cause de toute cette bonne humeur. Je laisse mon portable sur mon bureau alors que je me dirige vers ma garde-robe. Je me hais de ne pas avoir pris le temps de regarder hier soir à ce que j'allais mettre aujourd'hui. Puis, après réflexion, je pioche un simple t-shirt noir et un jean à « Patt d'Eph ». Un style assez basique mais l'envie n'est pas présente pour chercher une tenue plus élaborée. En plus, les rayons du soleil d'été sont encore assez présents alors je préfère rester sur de la simplicité. Quand je repose mon regard sur mon portable, Eryn m'a répondu des bonhommes qui rigolent aux larmes. Je soupire, elle me fatigue avant même de la voir. Elle ne tarde pas à m'envoyer une photo de sa tenue, je lui réponds directement qu'elle est la plus belle fille que les dieux ont créée. Elle reste inféri à Aphrodite, bien sûr. Je ne souhaite pas m'attirer la colère de la déesse de l'amour et de la beauté. Mais en dehors d'elle, ma meilleure amie est d'une beauté renversante. Ses cheveux en afro sont magnifiques, qu'elle les laisse au naturel ou en tresses. Sa peau mate est sublime. Sa longue taille et ses jambes de mannequins pourraient presque me donner envie. Je me tourne rapidement vers mon autel, fais une prière rapide à mes divinités puis essaye de reporter mon attention sur mon téléphone.


Je préfère garder cette partie de moi cachée, même aux yeux de ma meilleure amie. Je soupire pour la dixième fois depuis que j'ai ouvert les yeux, il y a à peine une demi-heure. Ma religion. La religion de toutes les femmes dans cette maison. Et pourtant, elle est l'un de mes plus grands secrets. Et l'un des sujets de discordes préférés de ma mère. Elle ne cesse de dire que j'ai honte de ma religion, que les dieux vont finir par me punir si je ne change pas de comportement envers eux. Je refuse de croire ces balivernes. Ce n'est pas parce que je ne parle pas ouvertement de mes croyances que je ne les prie pas quotidiennement, que je crois moins bien en eux qu'elle ou ma sœur. Les dieux m'ont sauvé la vie, bien plus d'une fois. Mais ma mère ne veut pas m'entendre quand je lui dis qu'être helléniste en 2023, ça revient à accepter de se prendre des vagues de haines et de discriminations. Et je ne suis pas assez forte pour supporter ça. Alors, je garde secret cette partie qui me rend si heureuse. Et j'envie particulièrement ma petite sœur, Pénélope, d'être aussi à l'aise avec nos croyances. Elle a un compte Tiktok consacrée à la mythologie grecque et elle en parle sans tabous. Ma mère la regarde avec des étoiles dans les yeux pour ça et pour pleins d'autres raisons. J'aurai aimé qu'elle me regarde de la même façon, au moins une fois.


Alors que je termine de préparer mon sac, je sors de ma chambre pour aller rejoindre la salle de bain. J'allais refermer la porte mais Pénélope me crie d'attendre.


-Tu penses que baisser d'un ton, ça t'ennuierait ?


-Je pense que je peux parler aussi fort que je le veux, surtout quand ton réveil me casse les oreilles depuis 10 minutes, me réponds ma sœur.


Je grimace légèrement mais j'évite qu'elle le remarque. Je sais qu'elle maudit mon réveil très souvent et généralement, je m'en veux. Je m'en veux que ce trouble me force à compter, à constamment penser à tout. Et même si Pénélope est la première personne à qui je me suis confiée après avoir découvert ce diagnostic, il y a 5 ans, elle ne sait pas tout. J'ai essayé du mieux que je pouvais de l'épargner sur cette partie de ma vie parce qu'elle n'a pas à s'inquiéter pour moi. Elle s'inquiète déjà pour trop de personnes.


Je souffle un bon coup quand elle sort enfin de la salle de bain. En regardant mon téléphone, je vois qu'il ne me reste qu'une heure pour me laver, me préparer, déjeuner et conduire ma sœur à son lycée avant de partir pour mon premier cours de l'année. Ce début de journée démarre très mal. Mais au lieu de râler d'avantage, je me déshabille avant de sauter dans la douche. Quand l'eau brûlante coule le long de mon corps, je sens tous mes muscles se détendre. Ça pourrait me faire mal si ça ne faisait pas des années que je prenais ces douches brulantes. J'adore ces moments, je pourrai presque me croire aux enfers avec Hadès et Perséphone.


Après avoir terminé dans la salle de bain, je sors en me dépêchant. Pénélope a déjà hurlé deux fois après moi. En arrivant dans la cuisine, je dépose mon sac sur la table pour aller regarder dans le frigo. Il n'y a rien qui ressemble à un déjeuner correct alors je le referme en soupirant.


-J'ai fait des cookies hier, il m'en reste trois. Tu les veux pour les cours ? me demanda ma sœur, qui vient de rentrer dans la pièce.


-Je ne suis pas contre, il faut que j'aille faire les courses.


Elle me tend sa boite avec les cookies en question, les meilleurs de l'univers. Je la prends et en sors directement un biscuit pour le mettre dans la bouche alors que je me serre un verre d'eau pour mes médicaments. J'engloutis d'une traite les gélules et mets directement le verre au lave-vaisselle. Je me tourne vers Pénélope quand j'entends un bruit venant du salon. Le regard de ma sœur se remplit de tristesse avant de le baisser. Au lieu de ressentir sa tristesse, que je ressens constamment depuis des années, je sens la colère monter dans mes veines. Être triste, mal, je peux l'encaisser. Mais voir ma sœur triste, je ne le permets pas. Je me dirige vers le salon alors que j'entends Pénélope me supplier de ne pas y aller. Je ne l'écoute pas et tombe sur Emy Davis, affalée sur le canapé, avec le cadavre d'une bouteille d'alcool qui vient de s'éclater sur le sol. Emy est tellement saoule qu'elle ne s'est même pas réveillée quand la bouteille est tombée. Je sens mon cœur se serrait, j'ai envie de lui hurler dessus d'ouvrir les yeux sur son état et sur ce qu'elle nous fait vivre. Cette femme devant moi est ce qui me sert de mère et parfois, je me dis qu'elle aurait mieux fait de partir. Comme mon père.


-Allez, il faut y aller, Ari me dit Pénélope, un peu derrière moi.


Je m'agenouille pour ramasser les morceaux de verres, je pousse un petit cri quand l'un des morceaux me transperce la paume de la main. Je n'arrive pas à empêcher cette larme de couler, elle est la preuve de cette souffrance que j'essaye le plus possible de cacher. À ma sœur, même si je sais qu'on la partage, cette souffrance.


-Ça va, tu as besoin d'aide ? chuchota ma sœur qui se rapproche vers moi.


Je lui réponds sèchement que non, je m'en veux instinctivement d'être comme ça avec elle mais je préfère qu'elle me voit froide plutôt que mal. Après tout, c'est bien le seul sentiment que le monde entier voit de moi. Je me lève et va mettre les morceaux à la poubelle avant de passer ma blessure à l'eau fraiche.


-Prends mes clés, Pen. Tu peux aller dans la voiture, j'arrive.


-Tu es sûr...


-Vas-y. lui ordonnais-je.


J'entends son soupir quand elle décide enfin d'abandonner. Elle prend les clés et part m'attendre comme je lui ai demandé. Il me faut quelques minutes pour que je reprenne mon souffle, la panique commençant à monter en moi. Il faut que j'arrive à me détendre parce qu'il est hors de question que Pénélope rate sa rentrée mais je ne peux pas conduire en pleine crise, au risque de faire pire que mieux. Je me tourne pour chercher dans mon sac mes écouteurs, un peu de musique me fera le plus grand bien. Me retrouver dans ma bulle, loin de cette maison et de cette femme qui nous pourri la vie depuis 11 ans. En entendant les premières notes de The Hill et la voix de The Weeknd, il me faut que quelques secondes pour sentir ma respiration se calmer. Avant de craquer à nouveau, je prends mon sac et ma veste. Je sors de la maison en courant un peu pour éviter que ma sœur se prenne un mot dans son carnet dès le premier jour.


Je rentre dans ma voiture, une petite coccinelle jaune poussin. Ma petite fierté.


J'arrache mes écouteurs, attache ma ceinture et démarre la voiture. Pénélope a déjà allumé la radio pour y mettre « Save yours tears » de The Weeknd, elle savait que ça me détendrait. Je la remercie intérieurement parce que les mots restent coincés dans ma gorge. Quand on arrive devant son lycée, elle est en avance de cinq minutes. Il me reste 20 minutes pour arriver et courir à mon cours, c'est faisable. Pénélope allait descendre mais je la retiens par le bras.


-Tu vas bien ?


-Ne t'inquiète pas pour moi, Ari. On a l'habitude, pas vrai ? me réponds ma sœur, les larmes aux yeux.


-Tu ne devrais pas avoir l'habitude d'une telle chose. Elle me donne envie de la pulvériser quand elle fait des coups pareils.


-Elle ne le fait peut-être pas exprès...


-Ne la défends pas, Pénélope. Elle ne le mérite pas, lui répondais-je, droit dans les yeux.


Elle acquiesce et sort de la voiture. Je la regarde partir vers son lycée, les pas lourds et les épaules retroussés. J'ai envie de pleurer, d'hurler contre le monde. En levant les yeux au ciel, je me détends en pensant à la force qu'Arès et Athéna nous donnent. Et si ma mère ne veut pas avoir affaire à moi dans les prochains jours, elle a intérêt de se ressaisir. C'est la quatrième crise qu'elle fait cette semaine, à des moments différents de la journée. Même si elle savait que c'était ma rentrée aujourd'hui, elle a quand même pris la peine de s'enfiler sa bouteille entière avant de sombrer dans les bras de Morphée. La prochaine fois, je serais beaucoup moins clémente. La prochaine fois, elle verra les flammes des enfers dans mes yeux.