Pas si humaine que ça ..

Summary

Une belle maison, un bon travail un mari à première vue attentionné, une fille qui vient de quitter la maison. Aurélia à tout pour être heureuse et pourtant.... elle ne sait jamais sentie à sa place ,comme tiraillé par ses pulsions et freiné par une petite voix qui l'empêche de se mettre constamment en danger. Depuis l'arrivée en ville de son nouveau client Elijah Mayer, toute sa vie est chamboulé. Comment elle, c'est raisonnable, perd toute volonté face à lui. Comment mortellement blessée suite à la trahison de son mari , elle va découvrir sa vraie nature . Mais comment se faire à une nouvelle vie quand on était " trop longtemps" humaine. Encore plus quand on découvre que notre âme soeur nous cherche depuis plus de 40 ans ....

Status
Ongoing
Chapters
18
Rating
4.8 4 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1 une journée comme une autre...



Comme souvent, je rentrais du travail et me retrouvais seule chez moi. Je passais rapidement mon jogging fétiche et m’installais devant une série, entamant un pot de glace. Cela faisait plusieurs mois que les jours se ressemblaient. Pourtant, j’avais une vie idyllique que toutes mes amies m’enviaient.

Un mari attentionné, une belle maison, un travail que j’adorais, une fille qui venait de partir faire ses études à l’étranger.

J’avais toujours l’impression que quelque chose clochait chez moi. Je n’étais pas vraiment heureuse, comme s’il me manquait quelque chose, comme si je n’étais pas à ma place.

J’étais plutôt banale, pas très grande. On me disait jolie, en tout cas, ça, c’était avant... avant les dernières années. J’avais l’impression que le sort s’acharnait. Mon corps me lâchait petit à petit; ces cinq dernières années, j’avais subi quasiment une opération par an. Pourtant, je me remettais toujours, étonnamment bien, d’après les médecins. Mais je commençais à fatiguer, et cela laissait des séquelles sur mon corps: au moins 20 kg de plus.

J’avais du mal à me regarder dans le miroir, l’impression que ce n’était pas vraiment moi que je voyais, mais quelqu’un d’autre qui avait pris ma place. Tout ce que j’aimais, c’était mes longs cheveux blonds et mes yeux couleur de l’océan.

Je ne me mettais plus trop en valeur, optant pour le plus simple et le plus pratique, souvent une queue de cheval et des vêtements amples qui cachaient mes nouvelles formes.

Depuis plusieurs mois, depuis que ma fille était partie à l’université en Angleterre, je ne voyais presque plus mon mari; il travaillait tard.

On s’était beaucoup éloignés. Une amie m’avait dit très justement que ça devait être le symptôme du nid vide. Nous n’avions vécu à deux que très peu de temps. Je l’avais rencontré pendant mes études, un vrai coup de foudre. On s’est fréquentés un moment, puis on s’est installés ensemble, on s’est mariés, et notre fille est née la même année.

J’ai passé toutes mes jeunes années à m’occuper de ma fille, à l’élever. Une fois adolescente, j’avais décidé de recommencer à travailler.

J’étais secrétaire dans une petite société d’événementiel. Tout se passait très bien. Mon patron est un type génial; s’il n’avait pas eu l’âge de ma mère, je pense que j’aurais pu facilement tomber amoureuse de lui. Il commençait à me parler de sa retraite et de chercher un ou une remplaçante. Je comprenais où il voulait en venir et j’avoue que, même si cela me faisait peur, je me disais que ce serait une bonne opportunité.

Perdue dans mes pensées, je n’avais pas vu l’heure passer; il était déjà presque minuit. Il fallait que j’aille me coucher si je voulais arriver à me lever le lendemain.

Une fois de plus, je rejoignais mon grand lit vide.

Je savais qu’après le travail, mon mari était sans doute parti boire un verre avec des collègues. Cela faisait un moment qu’il ne me proposait plus de le rejoindre. D’une certaine façon, je le comprenais. Je n’étais pas forcément de très bonne compagnie. Une part de moi rêvait d’aventure, de sensations fortes, mais depuis toute petite, j’avais comme une voix intérieure qui me rappelait sans arrêt tous les dangers. Plus les années passaient, plus cette voix se faisait forte dans ma tête. Petit à petit, j’avais mis de côté beaucoup de mes activités préférées. J’avais peur de tout, peur de la hauteur, peur de la vitesse, peur de l’eau.

C’était pourtant tellement étrange, car dans des moments de colère ou d’énervement, j’adorais me mettre en danger, appuyer un peu plus fort sur l’accélérateur; cette sensation d’adrénaline me donnait le sourire. Je m’éloignais aussi petit à petit de mes amis, devenant un peu plus casanière, toujours avec cette même impression de ne pas être à ma place.

Plusieurs fois, je me suis dit que je ferais mieux d’aller voir un psychanalyste. J’avais peut-être quelque chose qui ne tournait pas rond.

Perdue dans mes pensées, je trouvais enfin le sommeil.

Je me levais aux premières lueurs de l’aube. Comme souvent, la place à côté de moi était vide. J’ai retrouvé mon mari endormi sur le canapé, sans doute rentré tard, une odeur âcre d’alcool et de tabac mêlée.

Je m’habillais en essayant de faire le moins de bruit possible.

Aujourd’hui, nous rencontrions un nouveau client. Je m’étais levée avec l’envie de me faire jolie. Je choisis avec soin ma tenue: une longue robe rouge à fleurs et un blazer noir. J’allais même mettre une paire d’escarpins et appuyer un peu plus mon maquillage quotidien. Je n’étais pas vraiment fan de bijoux. Bien sûr, comme toutes les filles, ça m’arrivait de regarder les vitrines et de m’extasier devant certaines belles pièces, mais finalement je ne les portais pas; je trouvais que c’était inutile.

Depuis quelques années, je ne portais plus mon alliance; ma prise de poids m’en empêchait. Les premiers jours, ça m’avait fait bizarre, comme s’il me manquait quelque chose. Puis je m’étais habituée, me disant que ce n’était qu’un bijou. Elle restait rangée dans ma table de nuit.

Je portais un petit bracelet à breloques offert par ma fille et mon mari quelques années auparavant. Chaque petite breloque me rappelait un moment important de ma vie: mon mariage, la naissance de ma fille, mon nouveau travail, et la toute dernière, un petit globe que ma fille m’avait offert avant de partir.

Je me servis à la hâte un café, attrapai mes clés de voiture et me dirigeai vers l’entrée. Je passai devant un miroir et, pour une fois, je m’arrêtai quelques secondes pour observer mon reflet. Je n’irai pas jusqu’à dire que je me trouvais jolie, mais pas si mal. Comme guidée par une force étrange, je tirai le chouchou qui retenait mes cheveux, et une cascade de boucles blondes retomba sur mes épaules. Une petite voix me conseillait de les rattacher, que ce serait plus pratique et moins embêtant pour travailler, mais pour une fois, je ne l’écoutai pas.

Comme souvent, j’arrivais la première au bureau.

J’aimais que tout soit prêt avant l’arrivée des autres. Lukas, mon patron, comme très souvent, arriva quelques minutes après moi. Son café l’attendait déjà sur son bureau, et il le prit, m’adressant un clin d’œil. Cela faisait déjà plusieurs années qu’on travaillait ensemble; parfois, nous n’avions plus besoin de parler, certains signes suffisaient. Il s’assit nonchalamment sur le bord de mon bureau. Je savais que j’allais devoir m’attendre à une longue discussion.

«Je trouve que tu es radieuse aujourd’hui, Aurélia. Ça faisait longtemps que je ne t’avais pas vue comme ça, ça fait plaisir.»

Pas vraiment habituée aux compliments, je rougis et esquissai un sourire. Il continua:

«Aujourd’hui, comme tu le sais, nous recevons un nouveau client. Il vient d’ouvrir un club privé à quelques kilomètres d’ici. Il aimerait qu’on s’occupe de toute sa publicité et de l’organisation de certaines soirées un peu particulières.»

«Oui, j’ai le dossier. Il a déjà plusieurs clubs dans tous les pays. J’étais un peu étonnée qu’il se soit installé ici, mais je pense que c’est une bonne opportunité pour notre société, même si je t’avoue que je n’ai pas vraiment compris en quoi consistaient ces fameuses soirées privées.»

«Ne t’inquiète pas, je pense qu’on va bientôt avoir la réponse. Il m’a envoyé un mail ce matin et nous propose de venir à une soirée pour nous faire une idée. Bien entendu, j’aimerais que tu viennes avec moi. Je sais que tu n’es pas trop soirée et que ça fait longtemps que tu n’es pas sortie, mais je pense que ça ne te ferait pas de mal.»

«Pourquoi pas, il faudrait d’abord que j’en parle à mon mari. Ça fait un sacré bout de temps que je ne suis pas sortie, mais disons que là, si c’est pour le travail, pourquoi pas.»

Je m’étonnais moi-même de ma réponse. Ma petite voix me disait que ce n’était pas une bonne idée. Mais depuis la veille, quelque chose de bizarre se passait en moi. Ma petite voix semblait un peu plus lointaine; quelque chose d’autre prenait le dessus. Quelque chose qui me faisait peur, mais qui me donnait l’impression de vivre enfin...

«Ton mari se pose bien moins de questions que toi. Je parie qu’hier soir, il est encore rentré tard.»

Il avait raison. J’ai haussé les épaules et replongé dans la lecture du dossier que j’avais posé devant moi. Lukas savait que ce n’était pas la peine d’essayer de continuer la conversation.