Chapitre 1 Odina
Un rayon de soleil se faufila sous les rideaux opaques d’Odina, et vint lui chatouiller le visage. Il grogna avant de se retourner dans ses draps usés.
À peine quelques minutes plus tard, ce qui lui semblait être des bruits de chantier vint mettre définitivement un terme à sa nuit. Résigné, il se redressa en grimaçant. Ce ne serait pas ce matin qu'il pourrait profiter d'une grasse matinée. Une fois sur ses deux pieds, il s'étira en râlant.
— Pas moyen d'être tranquille ! C'est quoi ce boucan encore ?
Il écarta un pan du rideau de son van, et se rendit compte que ce qui serait bientôt un chapiteau était apparu pendant la nuit. Il était si haut, qu'il le voyait dépasser au-dessus des arbres derrière lesquels il s'était garé, croyant ainsi être tranquille.
— Ça m'apprendra à me mettre si près du centre du village. Et moi qui voulais rester ici quelques jours…
S'il s'était installé là, c'était pour la vue qu'il avait trouvé magnifique. Il pensait y être au calme étant donné la taille plus que restreinte du petit bourg Basque. C'était sans compter l'arrivée des forains. Il devrait faire avec, au moins aujourd'hui. Hors de question de repartir déjà alors qu'il s'était posé la veille. Il aviserait plus tard.
Sans se presser, il ouvrit en grand fenêtres et rideaux, puis installa sa table d'appoint à l'extérieur. Il y déposa le pain de la veille, à présent mou, et une brique de lait, qu'il boirait directement au goulot.
Le remue-ménage que provoquait l'installation de toute la ménagerie le fit de nouveau soupirer. Ce jour-là, il ne resterait pas chez lui, dans sa maison roulante. Il prendrait un calepin et un crayon, et irait faire des croquis. Ou bien il prendrait ses vieilles chaussures de rando qui tombaient en lambeaux, et un sac à dos guère moins usé, et irait découvrir les environs. Quoi qu'il en soit, il irait chercher le calme et la tranquillité.
Après avoir englouti son petit déjeuner, il partit en quête de ce qu'il avait besoin pour sa journée. Il enfourna un livre dont la couverture menaçait de se déliter d'un moment à l'autre, tant le roman avait été lu et relu, mais dont il n'était pas prêt de se lasser pour autant. Il rajouta quelques craies grasses colorées et un carnet à croquis. Ses chaussures de rando se retrouvèrent balancées par la porte. Finalement, il renversa son sac sur son lit, le vidant ainsi de son contenu. Ses grandes lunettes rondes étaient introuvables au milieu du fourbi qui régnait chez lui, ce serait donc marche et sieste à l'ombre. Sans lunettes, impossible de lire ou dessiner. Il y mit seulement le reste de son pain et un morceau de fromage pour le repas du midi, ainsi qu'un savon et une serviette. Il trouverait bien dans la nature de quoi agrémenter son casse-croûte.
Sans attendre plus, il glissa ses pieds dans ses chaussures sans prendre la peine de faire ses lacets, et fuit en quête de silence. Il ferma seulement les fenêtres et sa porte à clé, mais laissa dehors tout ce qui y était déjà. Personne n'en voudrait de toute façon ; il ne risquait rien.
— À ce soir Ginette.
…
Quand il rentra, le soleil frôlait l’horizon. Le chapiteau était monté, avec tout ce qui allait avec. Un calme relatif était revenu. Tout de même curieux, il balança son sac à dos au pied de son van, se délesta de ses chaussures, et partit pied nu voir ce qui était apparu ces dernières vingt quatre heures.
De nombreuses caravanes entouraient l'imposant chapiteau. Tous ceux qui s'activaient autour formaient une véritable fourmilière.
Un petit groupe passa près de lui, ayant tous une petite vingtaine d'années. Une fille en particulier, au ceint de ces jeunes du même âge que lui, attira son attention. Elle riait aux éclats. Bien qu'elle soit entourée, probablement par ses amis, il était dur de ne pas la remarquer. Avec ces mèches bleues et oranges remplies de perles multicolores, ses bijoux bariolés, et ses vêtements amples et flashy, elle ne passait pas inaperçue. Mais surtout, elle dégageait un je ne sais quoi qui donnait envie d'apprendre à la connaître. Elle respirait la bonne humeur et la joie de vivre.
Un jeune homme imposant lui donna un léger coup dans l'épaule.
— T'es bête Alex !
Elle s'appelait donc Alex. Drôle de prénom pour une fille. Au moment où elle tourna la tête dans sa direction, Odina se dit qu'il n'allait peut-être pas partir aussi vite que prévu. Il voulait d'abord rencontrer cette petite boule d'énergie multicolore.