I just want a lover who's in love with me

Summary

Des cœurs brisés par les uns et chéris par d'autres ? "Le baiser est violent et il sent son sang se mêler à l'alcool, à la faim, au désespoir et à la tragédie. Il gémit, s'accroche à l'homme qu'il aime comme pour se protéger d'un crash, alors que c'est le brun qui les emmène droit dans le mur, toujours plus vite." Oui, la douleur se dompte sans jamais disparaître, vu que la résilience, il serait temps de l'admettre, c'est rien que des conneries. " - Chloé Delaume

Genre
Romance/Drama
Author
Shiva
Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chanson d'ami 1/1













- Comme c'est charmant ! s'exclama Masha, la grand-mère qui promenait son chien.


Les maisons à colombages s'alignaient le long de la rive, le lac, d'un bleu foncé, troublé de vert, s'étendant devant elles, mais ce n'est pas ce qui avait retenu l'attention de la sexagénaire. Debout sur le petit pont solide, reliant les deux rives, appuyée contre la rambarde, sa laisse dans une main, elle regardait les deux seuls courageux qui avaient affronté les températures de l'eau offerte par les montagnes. 


Généralement, les touristes n'osaient pas se baigner à cette période de l'année, préférant attendre la canicule d'août. 


Le couple qui avait attiré son attention n'était pas du coin, ils étaient arrivés il y a deux jours à peine. Enfin, trois pour le jeune homme, qui avait débarqué avec tout un groupe. Dans un petit village, il n'existait pas de véritable intimité et Masha, comme les autres, savait tout ce qu'il y avait à savoir, que ce soit vrai, faux, plausible ou totalement farfelu.


Elle ne loupa donc rien du spectacle, observant les deux paires de jambes emmêlées, sous l'ombre d'un arbre au feuillage touffu, chatoyant, dansant au gré du vent.


C'était une belle matinée de printemps, l'eau claire suivant son cours, les rayons du soleil filtrant à travers les derniers nuages qui se dispersaient lentement dans le ciel bleu. Le jeune homme à côté de la grand-mère, pressa une main contre son crâne lorsque le vent qui jouait avec ses mèches rousses, menaça de faire tomber la capuche de sa robe sweat, vert émeraude. Lui aussi ne quittait pas le couple des yeux.


Ils étaient si beaux. Si heureux.


Son regard clair caché derrière ses lunettes de soleil, il vit la jeune femme chatouiller son compagnon, le faisant sursauter et rire, puis se défendre. 


- À son âge, je l'aurais sûrement détesté, s'amusa Masha. On dirait un de ces mannequins couture.


Très grande, très mince, des cheveux bruns, épais, légèrement ondulés, encadrant un visage androgyne, la peau foncée, les yeux noirs, en amande et des lèvres très fines. Elle n'était pas maquillée, portait un haut de bikini blanc et un short en coton bordeaux.


Masha siffla.


- Il est canon aussi ! 


Plus petit que sa petite amie, le jeune homme à la chevelure brune, décoiffée par le vent, dégageait quelque chose de lumineux. Torse-nu, la peau légèrement hâlée, un sourire éclatant aux lèvres, il rayonnait. Malgré ses muscles et sa silhouette bien proportionnée, c'était son aura solaire qui monopolisait l'attention. On avait envie de se rapprocher, de lui parler, de le connaître. 


Mais lui ne semblait voir que sa compagne qui lui enfonça une casquette noire sur le crâne, l'engueulant apparemment de ne pas se protéger du soleil. Souriant, docile, il se baissa pour lui voler un baiser sur les lèvres avant de courir vers l'eau, comme un gamin. Elle le rattrapa facilement et saisit son visage pour l'embrasser à son tour. 


L'eau froide jusqu'aux genoux, son murmure accompagnant les chants de la nature et la vie du village tranquille, sous le ciel entièrement dégagé, ils s'embrassèrent passionnément.


- Ah, c'est beau l'amour ! 


Ignorant l'extase de Masha, le jeune homme près d'elle détourna le regard, s'éloignant. Remarquant son départ, elle se détacha enfin du couple pour regarder son dos légèrement courbé.


- Je comprends, lança-t-elle, compatissante. C'est beau, mais quand on est seul, ça peut être déprimant. 


Il murmura un faible au revoir, tentant un signe de la main sans se retourner, ses converses hautes compensées blanches, motif arc-en-ciel, faisant grincer le vieux pont. Le chien de Masha jappa, comme attristé de le voir partir et sa maîtresse le caressa. 


Plus bas, le couple s'embrassait encore.





Sa capuche ayant perdu contre le vent, de longues mèches rousses échappant à son chignon, le jeune homme découvrait le village, tentant de se changer les idées. Il ne passait pas inaperçu, mais il avait l'habitude et seul le commentaire d'un adolescent sur "

le plus beau cul qu'il ait jamais vu

", le laissa réellement sans voix. 


Les gamins étaient vraiment effrayants de nos jours. 


Bien que pas beaucoup plus âgé que cet insolent, il se sentait à des années-lumière de lui.


Peut-être avait-il simplement vécu trop de choses. 


Il avait chaud et soif, mais alors qu'il se dirigeait vers la place centrale, celle où se trouvait un café-restaurant, il ne put résister à l'appel des pigeons. Il se rapprocha d'un banc libre, blanc, récemment peint, avant de réaliser qu'il n'avait rien à leur donner. Se tenant debout, ses mains tremblantes, il sentit la douleur revenir plus violemment, son pincement au cœur plus vicieux et cruel. 


Stupide, c'est comme ça qu'il se sentait. Seul et ridicule. 


Il avait envie de pleurer


C'est alors qu'on tira un peu sur sa manche ; baissant la tête, il vit un petit garçon à la bouille adorable, lui tendant un sachet, mélange de baies et de céréales. 


- Acceptez, sinon vous allez lui briser le cœur, lança un homme d'une soixantaine d'années sur un banc au soleil. En vous voyant perdu, il a décidé d'être le chevalier de la

trop belle princesse

.


- PAPI ! gémit le garçon, gêné. 


Finissant par réagir, le roux retira ses lunettes de soleil, espérant ne pas faire peur au petit avec ses cernes et son air déprimé. 


- Merci beaucoup, sourit-il en acceptant le sachet.


Les yeux écarquillés, l'enfant le regardait, presque comiquement. 


- Je vais tout dire à ton amoureux, le taquina son grand-père.


-Et moi à mamie, répondit le petit, plaquant quand même ses deux mains sur ses joues chaudes, sa peau noire le sauvant de l'humiliation supplémentaire d'être rouge pivoine. 


Son grand-père sourit affectueusement.


- Oh ! 


La voix de Masha qui arriva avec son chien tout heureux de le revoir, rappela au jeune homme tout ce qu'il fuyait et il se sentit soudain épuisé. Même tenir debout lui semblait trop dur. Un sourire forcé aux lèvres, il regarda brièvement la sexagénaire, avant de se laisser tomber sur un banc. Fermant les yeux, il inspira profondément pendant que les villageois se saluaient, échangeant des banalités, l'air pur de la montagne lui faisant du bien. 


Ses cheveux flamboyants ébouriffés par le vent, échappant davantage à son chignon, encadrant son visage trop pâle, trahissant son épuisement, il observa les pigeons, plongeant la main dans le sac offert par le petit garçon, leur lançant des poignées du mélange spécial. Leurs plumes brillaient sous les rayons du soleil, tandis qu'ils picoraient sans crainte, habitués à la présence humaine. 


Si seulement tout était aussi simple pour lui.






Il marcha longtemps, traversant chaque petite rue étroite du village, passant devant la grande fontaine un peu abîmée, sans s'arrêter au café-restaurant, incapable de tenir en place, ressentant le besoin de bouger encore et encore pour tenter de calmer son esprit agité. Tout était paisible et reposant autour de lui, bien loin de la folie de la plupart des villes où il faisait habituellement escale, mais ce calme magique n'arrivait pas à s'imprégner en lui. Il n'arrivait pas à se débarrasser de l'image du couple, les pieds dans l'eau. 


Ils avaient l'air si heureux ensemble.


Son estomac se noua tandis qu'il se remémorait les gestes tendres de la sublime brune, la douceur avec laquelle son compagnon la touchait, ses doigts l'effleurant sensuellement. Il se souvint des mots de Masha, du bonheur que dégageait les amoureux, à lui,

seul

sur un pont,

seul

dans un village d'inconnus et il sentit une nausée violente le secouer, le stoppant net au milieu d'une ruelle où le soleil ne passait presque pas. La poitrine compressée et l'estomac en vrac, il vomit son café du matin, incapable de se retenir. 


Les larmes aux yeux, il s'appuya contre un mur, la fraîcheur le faisant frissonner, mais avant qu'il ne puisse se remettre, il fut agressé par un tuyau d'arrosage, un homme en colère visant son vomi et lui. Une fois la surprise passée, il recula, s'éloignant du jet, s'excusant avant de partir. 


Il n'était pas d'humeur à se disputer avec qui que ce soit. 


Sa robe mouillée lui collant au corps à certains endroits, il retrouva les ruelles plus larges, ensoleillées, grimaçant lorsque la lumière l'agressa, lui rappelant qu'il n'avait pas remis ses lunettes. Il se dépêcha de le faire, remarquant que la température était bien plus élevée que lorsqu'il avait quitté la chambre d'hôte ce matin. Ayant chaud et froid à la fois, il pria pour que ce soit seulement la fatigue et la déprime. 


S'il était malade, Namjoon allait le tuer. 


S'arrêtant devant un kiosque, il fut attiré par l'un de ses groupes favoris à la une d'un magazine et il entra pour acheter le journal et un soda. Le buraliste était de mauvaise humeur, (à moins qu'il soit toujours comme ça) mais il ne s'en formalisa pas, ajoutant une sucette à la cerise et une barre de chocolat aux noisettes caramélisées, tandis que la cliente à côté de lui, occupée avec une pile impressionnante de tickets à gratter, tentait d'engager la conversation.


- Paraît que vous faites de la musique ? 


Il répondit poliment, pressé de sortir.


- Quel genre ? 

- Hum, rock...

- Vous savez pas ce que vous faites ? gronda le buraliste.

- Si, mais c'est large le rock, c'est tout. 

- Ouais, bein on n'a pas besoin de ça, ici. 


Le roux récupéra son sachet et sa monnaie.


- On est tombé en panne, on attend simplement de pouvoir repartir.


Avant de leur laisser l'occasion de répliquer, il sortit rapidement, sur un

bonne journée

aux accents de je

vous emmerde

.





Installé à l'écart du village, près d'une cascade à l'énergie étonnamment apaisante, il savourait sa barre de chocolat, plongée dans l'interview passionnante des artistes qu'il admirait. Des oiseaux gazouillaient dans les branches au-dessus de lui et alors que les mots devenaient de plus en plus flous, son esprit lui échappant, il se demanda si les membres de ce groupe étaient heureux de leur réussite, s'ils avaient quelqu'un pour partager ce succès. Est-ce qu'ils avaient la chance d'aimer et d'être aimé en retour ? 


S'attardant sur ses questions qui se mêlèrent aux images du couple du lac qui tournaient en boucle dans son cerveau, il s'assoupit, l'esprit agité, plongeant dans des souvenirs fiévreux.


Hoseok, dont il ne voit que l'ombre penchée sur lui, ne le regarde pas vraiment, il a les yeux fixés sur son doigt qui disparaît dans sa chaleur étroite. Le sol est dur, froid, il a mal au dos et l'odeur d'alcool que dégage le brun lui donne envie de vomir et de pleurer. 


Il ne vient plus que lorsqu'il est ivre. Assez ivre pour tout oublier, alors que lui, injustement, se souvient de tout. 


De toute façon, c'est ce qu'il veut, incapable de se soustraire à la douleur des souvenirs. Il veut garder ce qu'il reste, même si ça fait mal. 


C'est toujours comme ça. Hoseok débarque dans sa chambre, l'haleine déjà chargée, proposant un film ou une excuse du genre, puis il boit davantage et le noie avec lui, avant de doucement se rapprocher, comme un adolescent hésitant à prendre la main de son crush dans la salle sombre d'un cinéma. Et lorsque le courage liquide est assez puissant, il se colle à lui, pressant sa nuque d'une main, l'attirant vers son torse en inspirant ses cheveux.


- Jiho... 


C'est toujours un murmure plaintif, un gémissement blessé et le roux frissonne de l'entendre prononcer son nom avec un tel désespoir, un tel besoin. Son cœur bat la chamade, il ferme les yeux, halète et aucun mot ne franchit ses lèvres sèches. Puis Hoseok, pose sa bouche contre sa tempe, sa joue, puis son cou et là, il lutte, ou du moins fait semblant, se levant d'un bond, le corps et l'âme à l'envers. 


Non

, il se dit.


Non

, il se répète.


Qui pense-t-il berner ?

Il se déteste.


L'alcool lui fait tourner la tête et valser l'estomac. Sa longue chevelure rousse lui tient soudain trop chaud, il étouffe, ramène la masse vers l'arrière, mais ne recule pas davantage. 


Pourquoi ne met-il pas plus de distance entre eux ? Pourquoi supplie-t-il son ex du regard ? Pourquoi espère-t-il encore que ce dernier va cesser toute cette folie ? Qu'il va se lever et rejoindre sa chambre au lieu de le torturer ainsi ? 


Il se déteste. 


La console illumine un peu la pièce, c'est flashy, c'est bruyant, une musique de menu insupportable qui s'imprime dans l'esprit de Jiho, se transformant en voix moqueuses qui le torturent. 


Une fois encore, sa supplique silencieuse est ignorée, Hoseok se lève brusquement pour se jeter sur lui. Affamé, c'est le mot qui vient à l'esprit du roux à chaque fois et il se demande toujours si un jour son amour le dévorera vraiment. 


Le baiser est violent et il sent son sang se mêler à l'alcool, à la faim, au désespoir et à la tragédie. Il gémit, s'accroche à l'homme qu'il aime comme pour se protéger d'un crash, alors que c'est le brun qui les emmène droit dans le mur, toujours plus vite. 


Délesté de son tee-shirt, Jiho tombe, au sens propre comme au figuré. Il s'effondre au sol, le poids du brun lui coupant un instant le souffle. Hoseok est brusque, pressé, pressant, il fonce, il appuie sur l'accélérateur comme si l'accident était la seule issue possible.


La seule excuse en tout cas.


- Hob...

- La ferme !


C'est animal comme son. C'est un ordre, un avertissement, parfois même, il a l'impression que c'est une menace.


Il obéit toujours. Pourquoi l'ouvrir alors ?


Il se déteste.


Hoseok ne le regarde toujours pas. Il refuse de le faire. De faire face au mur vers lequel il fonce. Il enfonce simplement un autre doigt en lui, la lumière rouge-orangé de l'écran ajoutant à l'aspect terrifiant de son expression.


Sans tee-shirt, le sol est encore plus douloureux et des espèces de miettes lui irritent un peu la peau. Il a les yeux rouges, gonflés, comme s'il avait pleuré des heures alors qu'il commence à peine. Ses joues se mouillent et tandis qu'il se sent plus fragile que jamais, à fleur de peau, vulnérable et prêt à se briser en mille morceaux, il est enveloppé par la colère de Hoseok. Ça l'écrase, l'oppresse, l'angoisse et l'empoisonne. 


Le brun ne parle pas, il grogne, ses dents se plantant avec hargne dans son cou, ses ongles griffant ses hanches jusqu'au sang. Il marque sa chair, fait tout pour qu'on voit ce qu'il veut pourtant absolument cacher au monde. Ça n'a aucun sens. 


Comme tout ce qu'ils sont devenu.


Hoseok suce, lèche, mord et fait en sorte de laisser des bleus, mais Jiho n'a pas le droit de laisser la moindre trace. 


Il n'en a pas envie, de toute façon.


Le brun est en colère, il a la haine, une rage qui prend le dessus, l'alcool brisant les barrières qui maintiennent le tout en temps normal. Il a gardé le trop-plein tandis que Jiho a hérité du vide.


Et si Hoseok se sert de ces moments-là pour extérioriser, lui sait que rien ne pourra remplir l'abysse en lui. Même quand les mains bouillantes saisissent son cul pour l'écarter, une bite dure pressant contre son trou pour s'enfoncer brusquement, il se sent toujours aussi vide. 


Peut-être même plus. 


Haletant, il ferme les yeux et Hoseok le sert si fort qu'il a l'impression qu'il veut réellement le briser. Il a mal, mais il n'y pense pas, il fait passer le brun avant, comme ce dernier le faisait avec lui à une époque. Les sons de plaisirs de son ex, Jiho les connaît par cœur, mais ceux qu'il laisse échapper lors de ces accidents, sont différents.


Tout est douleur aujourd'hui, même la jouissance. 


Il voudrait ne pas penser à l'époque où ils faisaient l'amour, où tout était désir, plaisir, tendresse et éternité. Pouvoir oublier les mots doux, les orgasmes, les yeux de Hoseok plongés dans les siens, fascinés par ses expressions, avides d'en découvrir toujours plus. Il voudrait ne pas se souvenir de ses mains dans les siennes, de leurs cœurs en harmonie et de leurs lèvres s'abreuvant de leur amour. 


Il n'y arrive pas.

Il se déteste.


Ça ne va pas durer longtemps. Ça ne dure jamais, il le sait. Les longues nuits sont un lointain souvenir aujourd'hui. 


Un crash, c'est brutal, brusque et bref.


Jiho voudrait pouvoir se contenter de ne rien ressentir, mais le vide, étrangement, n'empêche pas la jouissance. Parce que Hoseok sait comment le branler, serrer son cul et le baiser. Parce que même si c'était mauvais (et peut-être que ça l'est) ça serait bon quand même, car c'est Hoseok et que pour lui, ça suffit.


Parce qu'il est pathétique.


Il se déteste.


Et voilà que le brun accélère, que son rythme décousu dérape encore, préparant Jiho à cette fin habituelle. Il jouit en lui, saisissant ses cheveux, l'embrassant en même temps, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien. 


Plus de trop-plein pour l'un, mais toujours trop de vide pour l'autre. 


Apparemment, un surplus de sperme n'est pas la solution à un cœur en miettes. Même si le sperme appartient à celui qui vous l'a brisé. 


Jiho voudrait être capable d'en rire.


Hoseok se retire et se lève, maladroitement, sans le regarder, remontant son boxer et bas de jogging à la va-vite, puis sans un mot, quitte la chambre.


Jiho a froid, mal, honte.


Comme à chaque fois, il regrette. 


Se relevant péniblement sur les genoux, la moindre sensation l'écœurant, il pleure. D'abord doucement, en se mordant la lèvre pour essayer de se retenir, puis de plus en plus fort. 


Évidemment, demain, il sera le seul à se souvenir. 


Il le déteste. 


Son téléphone le sortit brusquement de cette sieste douloureuse et il sursauta, prenant son portable machinalement, pas encore revenu pleinement dans l'instant présent. 


Même si ce dernier était contrarié, la voix de Namjoon le réconforta un peu et il fit de son mieux pour se concentrer. 








- Ji !! 


"Ça n'est pas du Rimmel sur mes yeux

Ni du rouge à mes lèvres

C'est pas c'que tu crois

Juste que c'est beau

Ça n'est pas ma robe qui vole un peu

Pas pour que tu voies mes jambes

C'est pas c'que tu crois

Juste que j'ai chaud"



Jiho sursauta, se tournant vers le jeune homme qui courait vers lui, en faisant de grands signes. Il lui sourit, le suivant des yeux jusqu'à ce qu'il le rejoigne. 


- Comment va notre précieux auteur-compositeur ? demanda le nouvel arrivé en retirant la pince qui retenait ses cheveux. 


Jiho grogna, une épaisse et longue masse flamboyante dégoulinant jusqu'au bas de son dos. 


Cognant le coupable, il lui reprit sa pince, la mine boudeuse.


- Déçu que notre insupportable batteur ne se soit pas noyé ! 


Le brun rit.


- Tu as eu le message de Joon ? demanda-t-il en marchant à ses côtés.


Jiho hocha la tête.


- Je n'arrive pas à croire qu'il a fait nos bagages pour nous, grogna le brun. Heureusement que j'ai laissé tout ce qui était personnel dans le tourbus ! 


Le roux fut coupé dans sa réponse par la casquette du batteur avec laquelle il jouait, tombant à ses pieds. Se baissant pour la ramasser, il se tourna naturellement vers le musicien pour lui mettre sur la tête, l'autre se laissant faire docilement. Les images de la matinée lui revinrent violemment et il sentit ses poumons se vider puis se bloquer. Il recula, toussant, la casquette tombant à nouveau. 


- Ça va ? s'inquiéta Hoseok. 


Jiho hocha la tête, forçant un sourire. 


- Faut accélérer le pas, si on n'est pas à la sortie du village avant que les autres débarquent avec le bus, on est mort ! lança-t-il en marchant plus vite.

- C'est vrai que Joon n'est pas d'humeur clémente. 

- C'est lui qui a subi le plus de stress avec cette panne.


Hoseok lâcha un petit "

hun

", distrait, observant le roux. Ce dernier tressaillit en sentant un blousant se poser sur ses épaules.


- Je n'ai pas f-

- Tu frissonnes, l'interrompit le batteur


Jiho s'apprêtait à répondre, mais finalement, il mit la veste.


- Attends, je vais t'aider, sourit Hoseok en le voyant peiner avec la fermeture éclair. C'est que tu ne dois pas y voir grand-chose avec un tel obstacle ! 


Il rit après avoir montré ses seins d'un signe de tête, se protégeant du coup qui servirait de réponse. Mais il ne vint pas. Jiho, se souvenant du corps androgyne de la petite amie du musicien, sentit son cœur se pincer à nouveau.


- Ji ? Tu es sûr que...


Le roux le frappa pour la forme, mais Hoseok saisit son poignet.


- Tu trembles, en plus des frissons ! s'exclama-t-il. Tu es malade.

- Non, tout...


La sonnerie du portable de Jiho résonna entre eux et comme il savait que c'était Namjoon, il répondit immédiatement, se remettant en route. Hoseok glissa sa main dans la sienne, puis les deux dans sa poche. Momentanément, sous le choc, il eut du mal à se concentrer sur les propos de son interlocuteur, mais ce fut de courte durée, le bruit d'un chien au loin suffisant pour que le batteur libère sa main. 


Pourquoi avait-il encore mal ? 


"Ça n'est pas ma main, là, dans la tienne

Ta veste sur mes épaules

Non, c'est pas c'que tu crois

Juste que j'ai froid

Ça n'est pas ma main, là, qui te gêne

Oh, je sais, ça n'est pas drôle

Mais c'est pas c'que tu crois

C'est juste comme ça"


Son cœur se mit à battre aussi violemment que s'il voulait finir au sol et son estomac se retourna, le pincement dans sa poitrine toujours plus vicieux. 


- Il veut rouler toute la nuit, on aurait éventuellement une salle demain à Fear, expliqua-t-il après avoir raccroché, tentant de garder le contrôle de sa voix et de ses expressions. 

- Un concert sans chanteur ? 

- Apparemment, il y a moyen qu'on en ait un demain.


Hoseok haussa les épaules.


- Quand je pense à cet enfoiré de Tego qui nous a laissé en plan du jour au lendemain, grogna le batteur.


Jiho mordilla sa lèvre. En réalité, Namjoon, ayant appris qu'il le harcelait, l'avait viré, promettant de garder le secret. C'était pile pendant sa rupture avec Hoseok alors il n'avait pas eu envie d'ajouter ça à une situation déjà compliquée. 


Officiellement, l'autre enfoiré était donc parti, sans raison, du jour au lendemain. 


Le soleil allait bientôt se coucher, les couleurs changeaient et en passant sur un pont plus large que celui du matin, le roux observa avec fascination l'eau bien plus claire à cet endroit et les reflets orangés et roses qui coloraient par touches, les alentours.


- Hawa te passe le bonjour au fait, elle a spécialement demandé de tes nouvelles.


Jiho se tendit, faisant un effort pour que son visage n'exprime rien de négatif. 


- Elle va bien ? demanda-t-il poliment. 


Il n'avait rien contre la jeune étudiante/mannequin et elle avait séduit tout le groupe par sa gentillesse. De plus, c'était une super petite amie pour Hoseok, à qui elle tenait beaucoup. La preuve, elle avait pris le train et deux bus pour pouvoir passer cette journée avec lui. Mais qui pouvait être pleinement à l'aise avec la nouvelle copine de son ex ? 


Surtout lorsque l'ex en question était doué pour les accidents...


À ses côtés, Hoseok parlait de sa petite amie, mais Jiho décrocha, son esprit revenant au lac. Il les revoyait s'embrasser tendrement, puis passionnément. Il se souvint de la sensation de ces mêmes lèvres sur les siennes. Que ce doux baiser lui appartenait encore il n'y a pas si longtemps, qu'il y a peu, il était enveloppé dans cette même étreinte dont elle profitait aujourd'hui. Tout lui revenait par vague, les bras forts de Hoseok autour de lui, sa bouche couvrant la sienne, sa langue retraçant les lignes de ses tatouages. Il sentait encore son corps danser contre le sien, ses hanches l'emmenant vers l'extase, tandis que ses yeux brillants le fixaient lui et lui seul. Il pouvait encore sentir ses mains calleuses sur sa peau, glisser dans ses cheveux, caresser son visage, le toucher avec adoration. 


Il sentit ses yeux se mouiller et lutta pour ne pas laisser de larmes couler, n'ayant pas remarqué que le batteur avait, comme toujours, dévié sur son habituel sujet de discussion.


- Je veux dire, pourquoi on ne pourrait pas se contenter de moi comme chanteur ? 


Jiho marchait comme un automate, les mots de Hoseok ne l'atteignant plus, son esprit torturé par le passé, les images de ce matin et tous les crashs alcoolisés qui le laissaient toujours plus honteux et brisé.


- Je ne comprends pas que Joon me fasse toujours passer des auditions avec des inconnus, pour au final, en choisir un qui finira par se barrer ! continua le brun. Je connais ce groupe mieux que personne et ma voix plaît, putain ! 


Face au silence de Jiho, qui marchait, lunettes sur le nez, capuche remontée et tête baissée, menton enfoncé dans le col de son blouson, il réalisa enfin qu'il était ailleurs. Le jeune homme faillit même traverser à l'approche d'une voiture.


- JI ! 


Hoseok cria fort, l'ayant tiré brusquement vers l'arrière. La voiture pila, fenêtre ouverte, les insultants avant de redémarrer en trombe.


- Ji putain, qu'est ce qui t'arrive ?! 


N'étant pas sûr d'avoir la force de parler, craignant de lâcher ce qu'il avait sur le cœur, de crier sa haine et pleurer son amour, Jiho hocha simplement la tête.


Le musicien se radoucit.


- Ji...


Le roux cligna des yeux, inspirant profondément.


- Ce n'est rien, j'étais juste perdu dans mes pensées, tenta-t-il. Une nouvelle chanson en tête.


Hoseok le regarda intensément.


- Sûr ? 


Pourquoi s'inquiétait-il ? Pourquoi insistait-il, alors qu'il faisait partie du problème ? Alors qu'il était l'erreur, l'accident, le coupable et le complice ? Pourquoi devait-il toujours faire comme si l'alcool effaçait tout et se comporter en un ami prévenant ? 


"Et ta queue qui était en moi il n'y a pas longtemps ?"

avait envie de hurler Jiho. "

Et les marques sur mon cœur et les cadavres de bouteilles dans ta chambre ?" 


Il fit son possible pour sourire.


Et les "

je t'aime"

d'avant ? Les promesses, les pour toujours et les déclarations enflammées sur l'oreiller ?


- Oui, Hoseok, je vais bien, souffla-t-il. Juste crevée par ma journée, j'ai fait tout le village et les alentours, plusieurs fois. 


Le batteur s'étira.


- Moi aussi, je suis crevé, bailla-t-il. Et je meurs de faim.


Il offrit un clin d'œil à Jiho.


- L'amour, c'est épuisant !


Le roux grimaça pour la forme, le frappant encore, tandis que tout en lui se tordait.


Est-ce qu'il le torturait ? 


Ne ressentait-il rien à se comporter comme s'ils n'avaient jamais été amoureux ? Comme si leur rupture était déjà un vieux souvenir et non une plaie béante qui l'engloutissait dès qu'il lui en laissait l'occasion ?


Comme s'il oubliait vraiment après chaque accident, le vide qu'il creusait en lui. 


"Ça n'est pas pour celle

Que tu embrasses

Pas pour ça que je pleure

Non, si c'est c'que tu crois

Tu t'es trompé

Ça n'est pas parce qu'elle

A pris ma place

Pas pour ça que je t'en veux

Si tu n'veux plus de moi

Autant se quitter

Avec une chanson d'ami

D'ami, pas d'amour"






Une camionnette s'arrêta à leur hauteur, fenêtre baissée. 


- Je vous emmène les garçons ?


Hoseok salua Lara, la propriétaire de leur maison d'hôte, mais Jiho était encore perdu dans ses pensées, ne saisissant la conversation que par bribes sans chercher à comprendre ce qui se disait. Il voulait hurler et partir en courant, se fondre dans la forêt qui bordait le village ou se jeter dans cette eau qui avait accompagné l'étreinte du couple toute la matinée. 


Lorsque Hoseok ouvrit la porte arrière, dans un grincement, Jiho ne remarqua même pas que quelqu'un était installé à l'opposé, un magazine sur le visage, apparemment endormi.


- C'est mon neveu, il est de passage dans la région, l'avion l'a épuisé, expliqua Lara. Ne faites pas attention à lui.


Jiho grimpa machinalement, s'asseyant sur la banquette étrangement confortable vu son état. Hoseok, prit le siège passager et la conductrice démarra.


- Donc, à la sortie du village, c'est ça ? demanda-t-elle. 


Le roux appuya la tête contre la vitre froide, frissonnant. Les derniers rayons du soleil caressaient les toits, illuminant les tuiles usées. C'était

magnifique, mais douloureux

. Comme tout ce qui l'entourait depuis la rupture. Une fois de plus, il se demanda s'il finirait par ne plus avoir mal. Par pouvoir respirer à nouveau correctement sans avoir l'impression de se déchirer de l'intérieur. 


Il n'était pas sûr que le temps suffise, que la vie finisse réellement par reprendre son cours. 


Hoseok lui avait promis l'éternité. Une éternité à se cacher, mais à s'aimer quand même, comment oublier ça ?


"- Je ne veux pas être connu comme le "rockeur gay" ! Je refuse qu'on se mette soudain à ne me considérer qu'à travers ce spectre ! Je veux rester moi-même ! "


Personne ne savait pour eux et ça n'avait jamais été important pour Jiho, même s'il ne pouvait s'empêcher d'espérer qu'un jour son amour s'épanouisse au grand jour. 


Mais est-ce que dans le fond, ça n'avait pas toujours été simplement lui le problème ? 


"- J'ai rencontré quelqu'un."


Lui qui n'avait pas remarqué qu'il n'était plus aimé.


"- J'espère vraiment qu'on pourra rester amis et continuer à poursuivre nos rêves de musique ensemble."


Ensemble. C'était étrange comme ce mot n'avait plus de sens, depuis qu'il ne voulait plus dire

ton corps contre mon corps, ta main dans la mienne et ton sourire pressé au mien.

Ensemble et tellement seul. 


Jamais Jiho ne s'était senti aussi vide et abandonné. 


Une rupture commune, à l'amiable, c'était comme ça que Hoseok aimait se souvenir des choses, mais sa mémoire s'arrangeait souvent avec la réalité, d'où son don pour "oublier" les moments où il venait user son corps, loin de celle pour qui il l'avait quitté. 


Même depuis que Jiho avait refusé de se retrouver à nouveau seul avec lui pour un film ou une partie de jeu vidéo, luttant de toutes ses forces pour éviter de se laisser briser dans un énième crash, le batteur se comportait comme si rien de tout ça n'avait existé.


Parfois, le roux se demandait même s'il n'avait pas tout imaginé, si leur amour n'avait pas été qu'un rêve dont il avait encore du mal à s'extraire.


Pourquoi tout allait si bien pour Hoseok ? Pourquoi rien n'était aussi simple pour lui ? 


Le portable de l'endormi tomba de sa main tendue et il tressaillit, se tournant vers la masse qui n'avait pas bougé, toujours au pays des songes. Enviant sa tranquillité, il se baissa pour ramasser le téléphone. L'inconnu, blond, sentait bon, une odeur fraîche et boisée. 


Se redressant, il croisa le regard de Hoseok dans le rétroviseur.


- On t'a appelé plusieurs fois trésor, sourit Lara. Tu es dans la lune. 


Jiho, qui était toujours plongé dans le reflet des yeux de l'homme qui brisait son cœur, balbutia des excuses à peine compréhensibles. 


- Sérieux, je commence à m'inquiéter, souffla le brun. Dis-moi ce qui ne va pas.


Il s'était tourné, un genou sur son siège, penché vers l'arrière de la voiture, ne le lâchant pas du regard. La gorge serrée, le cœur s'emballant, le roux tritura machinalement le bout de papier dans la poche de sa robe.


Et s'il lui donnait ses paroles ? S'il le forçait à assumer la honte dans laquelle il l'avait entraîné ? Qu'il écoutait son envie de le cogner, de l'attirer à lui pour l'embrasser ? 


Ce qui ne va pas, c'est que je t'aime. Ce qui ne va pas, c'est que tu m'as trompé avec elle et que tu l'as trompé avec moi. Ce qui ne va pas, c'est que tu m'avais promis pour toujours et que je savais que ça ne durerait pas. Je le savais et j'ai foncé quand même. Ce qui ne va pas, c'est que nous ne sommes qu'un accident dont je suis le seul à porter les traces.


Demande-moi plutôt ce qui va, Hoseok. 


- Ji...


La voix du brun n'était qu'un murmure et Jiho serra fort son papier, le tirant doucement, presque contre sa volonté.


- Oh, mais c'est ta chérie, gamin ! s'exclama Lara en ralentissant.


Hoseok se tourna ; Hawa attendait à l'arrêt de bus, sous un lampadaire grésillant, un sac de sport à ses pieds. Il la rejoignit lorsque la conductrice se gara et Jiho, qui avait gardé ses lunettes de soleil malgré la nuit tombée, les remonta sur son nez, avant de détourner les yeux de l'extérieur en les voyant s'enlacer. 


Mais assez vite, le brun tapa à sa fenêtre. Faisant de son mieux pour ne pas flancher et verrouiller la portière, le roux s'éloigna de celle-ci pour le laisser ouvrir.


- Tu peux me donner mon blouson, Ji, Hawa est frigorifiée avec ce vent.


Jiho se demanda comment une plaie non refermée pouvait donner l'impression de s'ouvrir encore et encore. 


Se forçant à sourire, il ne fit pas confiance à sa voix, enlevant simplement le vêtement, pressé que Hoseok s'éloigne à nouveau. Lorsque la portière claqua, il eut le sentiment que son cœur, se brisant pour la énième fois, avait été plus bruyant. 


Il fallait que ça s'arrête. Il devait cesser de se noyer dans sa souffrance, éclaboussé par le bonheur des autres. 


Tout abandonner et fuir ? Recommencer ailleurs, avec d'autres ? Oublier définitivement la musique, enterrant ainsi, pour toujours, ses deux amours, irrémédiablement liés ?


Un bonheur sans sa passion, était-il vraiment envisageable ? Pouvait-il espérer plus que la cicatrisation de ses plaies ? Demander davantage que la fin de la souffrance ? Pouvait-il réellement viser à nouveau le bonheur ? 


- Si tu veux aller jusqu'à la gare ou même à l'aéroport, le moteur est encore allumé.


Relevant les yeux vers ceux de Lara dans le rétroviseur, il ne put cacher son émotion.


- À force de côtoyer tant de gens, on saisit plus facilement certaines choses, rétorqua-t-elle face à sa question silencieuse.


Fuir, il pouvait le faire, il n'y avait rien de mal à ça, rien de honteux à privilégier son bien-être. Mais le voulait-il vraiment ? 


Pourquoi Hoseok aurait-il le trop-plein et lui seulement le vide ? Pourquoi en plus de le perdre devait-il perdre son groupe, ses amis et la musique ? 


L'air est chargé de l'odeur du bois et là suspendue au mur, il la voit. Il sait que c'est elle. Sa mère, qui l'a accompagné, rit face à son excitation et il court, passant devant le vendeur amusé, qu'il salue au passage. 


Le souvenir émut Jiho, il eut l'impression de revenir dans cette boutique chaleureuse où on lui avait offert sa première guitare.


Ses doigts sur les cordes rugueuses, les sons dissonants, la chaise un peu trop haute pour lui, le sourire rayonnant de sa mère, la plénitude ressentie. 


C'était magique. 


Le tourbus, bruyant, lumineux, se gara derrière la voiture en klaxonnant et il ressentit l'urgence de prendre une décision. Mais laquelle ? 


Lui qui ne croyait ni aux signes, en Dieu ou au destin, avait soudain envie de faire semblant, de s'accrocher au moindre message subliminal qu'il penserait voir dans une goutte d'eau ou un grain de poussière. 


Alors qu'il mordait nerveusement sa lèvre, son regard fut attiré par quelque chose brillant sur le tapis poussiéreux de la voiture, les phares du tourbus, éclairant l'habitacle. 


Un médiator.


Un médiator noir avec motif doré ; un lapin tatoué d'une tête-de-mort. Le cœur battant, Jiho le serra fort dans sa paume, comme s'il puisait une force mystérieuse dans cette petite trouvaille. 


Finalement, sa décision prise, remarquant que Lara le regardait toujours, il lui tendit.


Elle sourit avec bienveillance.


- Prends-le. 


Face à ses yeux s'écarquillant, elle hocha simplement la tête. 


Regardant le médiator une dernière fois, les voix des membres de son groupe brisant le silence des lieux, Jiho, l'air décidé, froissa le papier dans sa poche, l'idée de le donner à Hoseok, oubliée définitivement. Ce dernier ouvrit d'ailleurs brusquement la portière.


- Si tu ne te bouges pas, Joon va partir sans toi ! s'amusa-t-il.


Ils remercièrent Lara et lui dirent au revoir, Hoseok, surpris par la soudaine expressivité de Jiho, ne remarquant pas le papier froissé qui atterrit au pied de l'endormi que rien ne semblait pouvoir réveiller.


Hawa les rejoignit avant qu'ils n'atteignent le tourbus, souriante, splendide, s'accrochant au bras du batteur. Elle salua le roux, en pleine forme, comme toujours, et il ne put s'empêcher de regarder leurs anneaux identiques, achetés il n'y a pas longtemps dans une brocante. 


- Tu as une petite mine, remarqua-t-elle.

- Je n'arrête pas de lui dire ! commenta son petit ami, passant un bras autour de sa taille, sur son blouson qu'elle portait à merveille.

- Qui est malade ? intervint le guitariste du groupe.

- Je disais juste à Ji que...


Une nouvelle arrivée interrompit Hoseok.


- Jiho est malade ?!! 


Hawa frappa gentiment le batteur. 


- Aïe, ce n'est pas de ma faute, geignit ce dernier. C'est toi qui as attiré l'attention sur sa petite mine !


Alors qu'il faisait semblant d'avoir mal, la jeune femme embrassant l'endroit où elle l'avait cogné, puis sa joue et enfin ses lèvres, Jiho, qui se sentit à nouveau comme une plaie béante, serra de toutes ses forces le médiator.


Entouré par tant de monde, scruté et questionné, il songea qu'effectivement, les accidents attiraient toujours les curieux. 



"Si tu n'veux plus de moi

Autant se quitter

Avec une chanson d'ami

D'ami, pas d'amour

Avec cette chanson d'ami

D'ami, pas d'amour

Ce n'est qu'une chanson

Promis, mon amour


Je ne t'aime pas

Je t'aime bien

Tu ne m'aimes plus

Mais ça fait rien"