Cette nuit-là

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Summary

« Il a suffi d’une fraction de seconde, pour que tout bascule. Depuis la mort inexpliquée de sa sœur Jessica dans un accident, Nola tente désespérément de se souvenir de cette nuit qui a brisé sa vie et celle de sa famille. Mais plus elle cherche, plus les souvenirs lui échappent. Entre une thérapie qu'elle refuse, une relation tendue avec son père et l'arrivée inattendue de sa nouvelle compagne et de son fils Aaron dans leur maison, Nola se sent plus perdue que jamais. Heureusement, Zac est là. Depuis l'accident, il est le seul à ne jamais l'avoir abandonnée. Nola veut découvrir ce qu’il s'est réellement passé cette nuit-là. Et si les responsables étaient plus proches qu'elle ne l'imagine… ? »

Genre
Romance/Drama
Author
Emy M
Status
Ongoing
Chapters
10
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre premier



Nola


« La pire manière de pleurer n'est pas forcément la plus évidente. [...] Non. La pire, c'est quand on pleure de l'intérieur et qu'on est inconsolable. Aucun mot, aucun geste, aucune pensée ne peut guérir une âme en deuil. Il y a toujours des séquelles, une cicatrice, un bleu au cœur. »


« Nola ! » la voix bruyante de mon père, rompu aussitôt le rêve qui se dissipait peu à peu dans mon esprit. Assise sur le recoin du bord de la fenêtre, je pivotais ma tête en direction de la pièce dans laquelle séjournait son bureau qu'il ne quittait pratiquement jamais depuis son divorce avec maman. Je soupirais longuement avant de me décider à me lever. C'était avec peu d'enthousiasme que je me dirigeais d'un pas lent pour le rejoindre. Je détestais cette pièce et lui avec. Dès que j'y mettais un pied, il faisait sombre, très frais et l'espace encombré m'étouffait. J'en avais carrément la chair de poule rien que d'y penser. Pourtant, depuis des mois, mon père se fondait parfaitement dans celle-ci, comme s'il y avait toujours vécu, alors que c'était loin d'être le cas. C'était à croire qu'il passait son temps à s'y réfugier, à éviter toutes sortes de problèmes auxquels un adulte devrait faire face. Au lieu de ça, il ne sortait pas et restait cloîtré toute la journée à l'intérieur, du moins, c'est ce qu'il voulait me faire croire.

_ Te voilà enfin, dit-il en me devinant franchir le seuil de la porte.

C'était toujours dans la même position et la même hargne que je le voyais s'acharner sur son ordinateur, à taper sur les touches du clavier, telles des vermines qu’il écrasait.

Voyant que je ne bronchais pas, il dévia son regard pour me contempler avec surprise.

_ Tu as décidé de ne pas m'adresser la parole, aujourd'hui ? me demanda-t-il. Si c'est le cas, fais ce que tu veux, je n'ai pas envie de passer mon temps à essayer d'avoir un peu de gratitude de ta part, d'autant plus que j'ai largement autre chose à faire.

_ Des choses plus importantes que de t'occuper de ta propre fille, peut-être ? Répliquais-je alors du tac au tac.

Mes mots étaient sortis tous seuls. Quant à mon père, il prit un air d'autant plus sévère - le même que d'habitude lorsque j'en faisais qu'à ma tête -et semblait se faire violence pour se retenir de se lever et me gifler. D'accord, il était bien probable que j'y sois allée un peu fort, mais peu importe, ce n'était pas lui qui avait l'impression de se sentir délaissé, pas lui non plus, qui passait ses journées à ce morfondre et encore moins lui qui se réveillait littéralement trempé par la sueur, tant la nuit avait été rude. Je le haïssais vraiment de faire comme si tout allait bien, comme si rien n'était arrivé, mais bon sang ! Comment faisait-il pour garder autant la tête froide et passer outre la réalité ?

Je serrais mes poings avec rage pour me retenir de crier haut et fort que son comportement m'horrifiait. A la place, je me contentais de lui tourner les talons en ne faisant aucun commentaire.

_ Il n'est pas temps d'aller en cours ?

Je soupirais d'un air agacé en cherchant à lui faire comprendre que ce n'était vraiment pas le sujet à aborder en ce moment.

_ Tu pourrais au moins me regarder ou répondre lorsque je te parle, Nola Jung, reprit-il en appuyant bien sur les deux derniers mots.

Aïshh...Je savais pertinemment et ce, tout autant que lui, que dès qu'il s'amusait à préciser la fin de sa phrase par mon nom, cela sonnait faux, très faux même. J'avais intérêt à m'abstenir de répliquer et privilégié plutôt la fuite. A l'évidence, la deuxième option me paressait d'autant plus pertinente. J'avançais pas à pas en direction de la porte, afin qu'il ne remarque pas mon manque de coopération.

Au moment où ma main réussie à atteindre la poignée de la porte, mon nom raisonna dans toute la maison. Là, il n'y avait aucun doute, cette alarme signifiait que mon père n'allait pas tarder à rappliquer vers moi et m'avertir que mon comportement était bien plus qu'inacceptable. Je préférais de loin déguerpir avant que cela n'arrive. Une fois la porte ouverte, je pris au vol mon sac à dos posé à l'entrée, semi-ouvert et partis sans même prendre le temps de le refermer.

J'entendais derrière moi, les appels de mon père me demandant alors de faire demi-tour immédiatement. Mais que croyait-il ? Que j'allais faire la gentille fille à son papa ? S'il s'y attendait, il se trompait, ce temps-là était déjà loin. Je n'étais pas cette fille qui daignait vivre pour le présent, car le passé errait bien trop dans mon esprit. Malgré mes efforts pour y échapper, que je le veuille ou non, tout avait été de ma faute. Je n'avais fait qu'abattre le malheur sur toute la famille.

****

Quatre mois auparavant...


Assise sur une chaise les bras croisés, les jambes tremblantes, je contemplais la pièce qui m'entourait. Les rideaux fermés, seul un rayon de lumière persistait à pénétrer à travers le tissu afin d'éclairer la salle assombrie. C'était le silence total. Je devinais juste des voix féminines qui provenaient de l'autre côté de la porte.

Sans m'en rendre compte, j'étais en train d'arracher par petit bout, la peau autour des ongles de mes mains. Je savais que c'était l'anxiété qui m'envahissait.

_ Oh, mais il fait bien noir ici, dit une voix en entrant. Aussitôt, je me raidie sur ma chaise et agrippais les accoudoirs.

_ Voilà qui est mieux, ajouta-t-elle en appuyant sur l'interrupteur. Comment vas-tu aujourd'hui, Nola ?

La pièce éclairée, je pouvais très clairement voir la silhouette de madame Bayol, la psychologue -qui me suivait depuis un mois et demi maintenant- s'avançant dans ma direction.

_ Bien, soufflais-je.

Elle prit place en face de moi, sur son siège habituel, munie de son carnet et de son enregistreur qu'elle déposait sur la table qui demeurait entre nous deux.

_ Dans ce cas, nous allons pouvoir commencer la séance, souriait-elle chaleureusement comme pour chercher à me rassurer. Tu te souviens à quel moment on s'est arrêtée ?

A ses mots, je dû faire une drôle de tête car elle répliqua aussitôt que ce n'était pas un souci et qu'elle allait m'aider à m'en souvenir.

_ La fois dernière, tu avais évoqué une dispute avec ta sœur. Tu saurais m'en dire davantage ?

Je baissais aussitôt la tête et regardais en direction du sol de façon à éviter son regard. Elle avait cette aisance, ce don pour me mettre mal à l'aise à chaque fois qu'elle me posait une question à laquelle je n'avais délibérément pas envie de répondre.

_ Je...je ne suis pas sûre, hésitais-je. Les souvenirs sont très flous.

_ Ce n'est pas grave, essaye.

Je tentais alors de me détendre en gigotant dans tous les sens sur mon siège, de façon à trouver une position afin d'être confortablement installée, mais en vain.

Madame Bayol me contemplait avec bienveillance, attendant patiemment que je parle enfin. Je ne demandais pas mieux, mais c'était contre ma volonté, je ne pouvais prononcer ne serait-ce qu'un mot.

_ Prends ton temps, Nola, rien ne presse.

Son regard semblait refléter une certaine pitié. Et je détestais cette vision qu'elle me renvoyait. J'avais l'impression que ça n'était pas seulement de l'aide qu'elle cherchait à m'apporter. Comme si elle attendait que je me plante dans le décor, que j'en vienne à mes fins, car je n'avais pas cette capacité à me rappeler ce qu'il c'était vraiment passé ce jour-là.

_ Je ne vais pas y arriver, c'est trop dur, repris-je soudainement braquée.

Tout en me levant, je commençais à rassembler mes affaires et me dirigeais vers la porte. Me voyant prendre la fuite, madame Bayol tenta de me retenir promptement en me persuadant de rester plus longtemps et de persister à faire un effort de mémoire. Pourtant, c'était son travail ça de m'aider à trouver les éléments qui feraient en sorte que je me souvienne du passé. Je n'allais certainement pas m'en rappeler comme ça, sur un coup de tête !

_ Si tu ne veux pas continuer, on remet ça la prochaine fois, fit-elle. Tu ne le vois peut-être pas, mais tu as fait des progrès, ça va te revenir, Nola. Il faut juste du temps et de la détermination. Au fait, as-tu eu des nouvelles de ton avocat ?

_ Pourquoi ? Répondis-je. Il ne devait pas vous contacter pour l'audience ?

_ Si, en effet, il ne devrait pas tarder à le faire.

A ses mots, je la fixais sans broncher, remis mon sac sur les épaules et sortis de la salle en claquant la porte.

****

C'était d'un œil entre-ouvert que je regardais furtivement la pendule accrochée au mur : 10h45. Je soupirais alors bruyamment en m'avachissant davantage sur ma chaise. J'allais devoir encore patienter une bonne heure avant que ce ne soit la fin des cours. Apparemment, toute la classe semblait peu concentrée sur les paroles du professeur. Chacun d'entre eux divaguait à leurs occupations afin passer cette heure de classe beaucoup plus vite. Quant à moi, mon ventre criait famine depuis au moins un bon quart d'heure. Evidemment, ce matin je n'avais pas pris le temps de manger quoi que ce soit, comme toutes les autres fois d'ailleurs. J'avais cette particularité de ne pas pouvoir digérer ce qui déglutissait jusqu'à mon estomac et comme à chaque fois, j'avais la sensation que j'allais faire un malaise au beau milieu du cours. Au moins, il y aurait eu un peu d'action... et pour couronner le tout, le chewing-gum que je mâchais depuis plus d'une heure, n'avait plus goût et comme si cela ne suffisait pas, il s'émiettait sur ma langue.

_ Que vous arrive-t-il mademoiselle Jung, on se réveille ? S'enquît le professeur en me voyant avachie sur ma table.

Automatiquement, j'avais le droit à tous les regards des autres sur moi. Une chose que je détestais par-dessus tout.

_ Absolument rien, monsieur.

_ Bien, alors ayez l'obligeance de suivre le cours. Et que je n'ai pas à vous reprendre, sinon, prenez dès maintenant la sortie, s'était-il pressé de dire en désignant la porte du doigt. Sortir de cours, me proposait-il ? J'étais en train de rêver ou bien ? La liberté s'offrait à moi et me permettait de fuir à grand pas cet endroit si ennuyeux. Sans un mot, je pris mon sac, le mis à mon épaule et parcouru la salle jusqu'à la porte. C'était le regard interloqué que tous les élèves me regardaient franchir le seuil et avancer la tête haute dans le couloir. De loin, j'entendais la voix menaçante du professeur, me criant ainsi qu'on se reverrait dans le bureau de la directrice. Ça ne me faisait ni chaud ni froid. De toute façon, j'avais l'habitude de me retrouver face à elle, à discuter de mon comportement dans l'établissement et comme si ça ne lui suffisait pas, elle me bombardait de questions de tout sujet, tel un interrogatoire de police. C'était un de ses petits plaisirs ça, torturer les élèves.

****

Mon père patientait péniblement sur la chaise en face du bureau de la directrice du lycée, à côté de moi. Il n'avait pas bronché depuis que nous nous étions retrouvés là et bizarrement, son comportement ne me rassurait en rien. D'habitude, il prenait un malin plaisir à me crier dessus ou bien me faire de gros yeux bien noirs, l'air de dire « Nola, tu abuses ». Mais là, rien. Il se contentait de fixer la directrice sans me jeter un seul coup d'œil. Peu importe... Je savais pertinemment que juste après cet entretien, j'allais en recevoir pour ma pomme. Il s'en ferait une joie de me reprocher tout ce qui lui passait par la tête. Quant à madame Hadun, directrice du lycée, elle se contentait de chercher mon dossier scolaire, sous la tonne de paperasse qui parsemait son bureau. Elle s'excusait plusieurs fois, l'air embêté, en espérant que mon père ne daigne pas dire qu'il perdait son temps.

_ Trouvé ! Fit madame Hadun, mon dossier en mains. Nous allons pouvoir commencer.

Cette fois, elle posa les yeux sur moi et me contemplait de haut en bas avec insistance. A son air, je remarquais ses sourcils froncés, m'indiquant alors qu'une nouvelle fois, je n'étais pas venue dans son bureau innocemment.

_ On se retrouve de nouveau, mademoiselle Jung, ajouta-t-elle. Je serais ravie que vous m'expliquiez la raison pour laquelle, vous avez décidé de quitter votre cours d'histoire, alors que le règlement vous y oppose formellement.

Sa voix se fit plus grave et son ton devint désapprobateur.

_ Ça ne m'intéressait pas, répliquais-je sur le même ton.

A mes mots, mon père me jeta un regard noir, me faisant ainsi comprendre que j'avais plutôt intérêt à me tenir et répondre correctement, car dans le cas contraire, j'allais le regretter.

_ Je vois, répondit-elle.

_ Je suis vraiment désolé que ma fille, vous pose autant de problème, intervenu mon père, je ne comprends pas moi-même son comportement parfois...

Lorsqu'il eut fini la fin de sa phrase, j'eus comme un raté. je déglutis plusieurs fois manquant de m'étouffer. Non mais, il plaisantait là ou alors, il s'efforçait à ne pas me comprendre.

Au moment où j'allais répliquer, on frappa à la porte, ce qui m'arrêta aussitôt dans mon élan. _ Entrez ! Cria la directrice.

Contrarié d'être coupée in extremis, je croisais les bras et pris un air boudeur en remâchant exagérément mon chewing-gum de plus belle.

_ Oh, tu es là !

Mon père avait dit cela avec un tel enthousiasme que ça m'a paru étrange. J'avais l'impression que jamais il n'avait autant souri depuis sa séparation avec maman. Curieuse, je décidais alors de voir ce qui le rendait aussi réjouissant. Lorsque cette personne entra dans la pièce, ma frustration fut telle, que ma poitrine se compressa. Je n'y croyais pas, il lui avait demandé de venir.

_ Qu'est-ce qu'elle fait là, elle ? Demandais-je sans gêne d'un ton méprisant à mon père.

_ Ne parle pas de Anna de cette façon, Nola ! Répliqua mon père.

J'étais littéralement exténuée par le fait qu'il puisse ramener Anna ici, devant moi, alors qu'il savait pertinemment que je détestais la voir. Ça me rendait hors de moi, qu'il fasse comme si tout allait bien, comme si elle était intégrée dans la famille. En réalité, rien n'allait pour le mieux et encore moins, le fait que mon père ait réussi à remplacer aussi vite maman... A ce sujet-là, je lui en voulais. Je lui en voulais tellement qu'à chaque fois que je le voyais en sa compagnie, je m'en mordais les doigts.

_ Asseyez-vous donc, madame... ? Fit la directrice, le ton qui monta d'une intonation.

_ Anna, répondit-elle en serrant maladroitement la main de la directrice, Jordan Anna, la compagne de monsieur.

A peine arrivée, son air m'agaçait déjà. C'était frustrant de voir la vitesse à laquelle je la haïssais pour tout ce qu'elle reflétait, mais dans un sens, j'étais persuadée que c'était réciproque.

Madame Hadun assistant à la scène, essayait entre autre de nous mettre tous à l'aise.

Et comme si cela ne suffisait pas assez, mon père posa une main sur la cuisse d'Anna, dès qu'elle s'est assise. Elle se contenta de lui chuchoter quelques mots à l'oreille, ignorant alors les principes de la politesse. J'ai dû me faire violence pour me retenir de piquer ma crise en plein milieu de l'entretien, au risque de me voir les lèvres dégoulinantes de sang du coup de poing de mon père.

Soudainement, sans que je ne m'y attende, mes mains devinrent toutes moites et je commençais à avoir de plus en plus chaud, comme si l'air manquait, m'empêchant ainsi de respirer normalement. J'avais carrément l'impression que je n'allais pas tarder à étouffer si je continuais à rester dans cette pièce.

_ Nola, tout va bien ? Me demanda madame Hadun inquiète. Ça n'a pas l'air...

A ses mots, mon père n'accorda que peu d'attention à mon égard, comme si ça lui était égal.

_ Il faut que je sorte, dis-je en me levant. Je ne me sens pas bien.

Sans attendre la moindre réponse, je me dirigeais avec hâte vers la porte, afin d'y chercher l'air frais.

J'inspirais et expirais profondément, le dos légèrement courbé en avant. Anna voyant mon état, se précipita vers moi. Délicatement, elle posa une main sur mon dos et l'autre au niveau de mon thorax.

_ Elle fait une crise d'angoisse, dit-elle l'air inquiet, bien plus que je ne l'étais.

Aussitôt, madame Hadun se leva en s'apprêtant à nous rejoindre, lorsque mon père la coupa dans son élan.

_ Ne vous inquiétez pas, la rassura-t-il, on a l'habitude de ses crises d'angoisses.

Dans la frustration la plus total, la directrice se contenta de se rasseoir, perplexe sans dire un mot.

Quant à moi, je priais fort pour me calmer et qu'elle n'en prendrait pas parti pour me surveiller davantage. Au bout de quelques minutes, je réussis à retrouver mon souffle et mes tremblements cessèrent eux aussi.

J'avais la haine. Oui, cette animosité qui me parcourrait l'esprit ne faisait que prendre de l'ampleur à chaque fois que mon regard se posait sur mon père et qu'il dérivait sur sa compagne. Je les détestais, tous les deux et je restais impuissante, leur faisant face et ne pouvant absolument rien changer. Depuis le départ de maman, j'ai eu ce besoin petit à petit d'avoir le contrôle sur l'environnement qui m'entoure. C'est une manière pour moi, de ne pas trop appréhender les évènements que je rencontre.

Anna n'avait toujours pas retiré ses mains, bien que je me sois calmée. Elle avait encore cet air soucieux de me voir réagir ainsi et pourtant, je ne lui accordais aucune compassion. Quant à mon père, il n'avait pas bougé de la chaise sur laquelle il était assis depuis le début du rendez-vous avec madame Hadun. A ce moment-là, je voulais fuir. Fuir très loin.

_ Lâche-moi, fis-je violement à Anna en la repoussant les yeux larmoyant et la voix roque. Ne me touche pas

_ Mais Nola...souffla-t-elle.

Sur ces derniers mots, je me dépêchais de prendre la fuite avant que n'interviennent les cris de mon père me rappelant une nouvelle fois à l'ordre.

Une fois en ville, je me suis décidée à m'arrêter dans le parc où j'avais l'habitude d'aller avec Jessica et me posais sur un banc. On adorait cet endroit. Aujourd'hui encore j'aime m'y rendre, c'est un endroit si chaleureux, qui change de l'ambiance qu'il y a à la maison. Ici, j'ai l'impression d'être libre, faire ce dont j'ai envie, alors que lorsque je rentre, je suis confinée dans un espace sombre et si froid que le seul refuge que j'ai trouvé là-bas est le recoin de la fenêtre, sur lequel j'aime m'asseoir. J'avais comme la sensation de me sentir plus proche de l'extérieur, de fuir la tristesse et l'hypocrisie qui erraient dans la maison.

Les vibrations de mon portable dans ma poche me réveillèrent. Apparemment, je m'étais assoupie sans m'en rendre compte. L'écran affichait le numéro de papa. J'avais le choix entre ne pas répondre et le regretter, ou bien l'entendre me faire la morale sur les cours que j'avais séchés.

Quitte à le regretter, autant le faire jusqu'au bout. Je décidais alors de ne pas lui répondre en raccrochant. A la place, je composais le numéro de Zac et tandis mon portable à l'oreille en attendant qu'il daigne décrocher. Aller Zac décroche...je t'en prie, j'ai besoin de toi..

Je patientais péniblement le temps que sa voix n'apparaisse au bout du fil.

«_ Qu'est-ce qui se passe Nola ? Demanda-t-il l'air soucieux.

_ J'ai besoin que tu viennes...fis-je abattue. J'ai besoin de te voir.

_ Ne bouge pas, j'arrive. »

Je raccrochais après lui avoir indiqué l'endroit où je me trouvais. C'était avec impatience, recroquevillée sur un banc que je l'attendais, me mordant la lèvre inférieure comme pour apaiser mon anxiété.

Je jetais un œil dans chaque recoin du parc, espérant alors le voir apparaître. J'avais raccroché il n'y avait même pas cinq minutes, que cela me semblait durer une éternité. La tête baissée, je fixais mes pieds qui se balançaient, pour penser à autre chose. Cependant, mon esprit était focalisé sur la personne que je désirais voir dans l'absolu. Et comme si, j'y avais pensé tellement fort, sa silhouette apparue au loin. A ce moment-là, plus rien n'avait d'importance. Je n'avais qu'un objectif, le retrouver. Aussitôt, je me levais du banc et marchais en sa direction. La distance qui nous séparait me semblait encore bien grande et ne daignait vouloir raccourcir. J'accélérais alors le pas, courant presque manquant de trébucher à plusieurs reprises. C'était sans le moindre mot, que je me jetais littéralement dans ses bras. Il semblait surpris quant à ma réaction, avant de m'enlacer en caressant avec tendresse mes cheveux.

_ Je suis là Nola, dit-il cherchant à me rassurer.

Sa voix m'apaisa aussitôt. Je me blottis davantage dans son étreinte en le serrant plus fort.

_ Je suis à bout Zac... je ne les supporte plus.

_ Je sais...a-t-il dit en déposant délicatement ses mains sur mes joues, afin de rapprocher mon visage vers le sien pour m'embrasser sur le front. Viens-là.

Entre mes mains, mon portable vibrait continuellement, affichant toujours le même numéro, celui de mon père.

_ Réponds lui, fit Zac, ça fait près d'une heure qu'il essaye de te joindre Nola.

A ces mots, je fronçais les sourcils et l'évitais. Il soupira et enleva son bras de mes épaules qu'il avait déposé un peu plus tôt.

_ Il peut bien encore attendre, répliquais-je en fixant l'écran.

_ Hum...je pense qu'il doit être mort d'inquiétude à l'idée de ne pas entendre ta voix.

Je pouffais de rire. Même si décrocher le rassurerait, cela ne pouvait en aucun cas résoudre le mal-être qu'il y avait entre nous. Pourtant, j'avais la sensation de lutter contre cette volonté de lui faire signe de vie. Bizarrement, ça me rendait éplorée, car contre toute attente, jamais je n'avais désiré en arriver là.

Je relevais la tête hâtivement, comme pour dissimuler mes yeux qui larmoyaient. Zac qui n'était pas indifférent à mes faits et gestes comprit assez vite que cette situation me dépassait.

_ Arrête de te faire du mal comme ça, reprit-il. C'est bon maintenant, réponds lui.

Dès la fin de sa phrase, le portable vibra de nouveau, faisant apparaître ce même numéro. Je pris une grande inspiration et décrochais.

Comme je m'en doutais, mon père élevait la voix s'en chercher à comprendre davantage ma réaction. Je ne prenais même plus chose de l'écouter, tant son discours était incompréhensible. Dans tout ce charabia, je saisis uniquement qu'il valait mieux pour moi de rentrer avant que ne débarque les flics à mes trousses.

_ Il faut que je rentre, dis-je à Zac.

_ Je t'appellerais, s'est-il empressé de dire. C'était d'un petit sourire que je m'approchais doucement de lui, avant de lui déposer un baiser au coin des lèvres et m'éclipsais en direction de la sortie du parc.

J'arrivais quelques temps plus tard devant la maison. J'ouvris la porte d'entrée avec précaution, essayant de me faire la plus petite possible afin de ne pas être remarquée. Cependant, je n'avais pas prévue de tomber au beau milieu du hall, lorsque je m'apprêtais à rejoindre les escaliers en douce. Mon corps heurta le sol de plein fouet, faisant un bouquant bien prononcé. C'est ce qu'on appelle une entrée remarquée... Une fois relevée de ma chute vertigineuse, je vis des vêtements éparpillés au sol, provenant de la valise grande ouverte qui erraient en plein milieu de l'entrée. Pour le coup, je me mis à rire de ma maladresse, puis je me suis dépêchée de les ramasser et de les remettre à leur endroit initial. Soudain, je me suis arrêtée brusquement dans mon élan, afin de mieux contempler ces vêtement que je tentais désespérément de replier.

_ Mais qu'est-ce que tu fabriques avec mes vêtements ?

Lorsque je relevais la tête, une silhouette d'a peu près mon âge était en train de me scruter de haut en bas, avec un air dédaigneux.

_ Lâche mes caleçons, me dit-il en essayant de me les arracher des mains.

Qu'est-ce qu'il faisait ici, celui-là ?!