Summer

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Summary

Une accro au boulot, Un photographe en quête de bonheur, Une jeune maman dépassée, Un cafetier observant l’arrivée de nouveaux habitants dans sa petite ville côtière. Devant eux, s’annonce un été particulier, une rencontre qui changera leur vie à jamais.

Status
Ongoing
Chapters
6
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1

Si on m’avait dit il y a quelques années que je me retrouverais dans cette situation, j’aurais ri, mais… La vie ne m’a pas laissé le choix. Parfois, on est obligé de faire face à la réalité même si ce n’était pas notre premier choix.

Moi qui pensais être libre après mes études… La vérité, c’est qu’après avoir signé dans une grande boîte, pensant qu’un avenir en béton serait maintenant tracé devant moi, je me suis retrouvé dans le traditionnel métro, boulot, dodo.

Enchaînant les heures, sautant des repas pour terminer un “projet urgent”, laissant peu à peu la vie sociale de mes années d’université s’envoler. Tout ça pour quoi ? La reconnaissance de mon travail, rarement reconnue par ma cheffe, et une vulgaire prime minable en fin d’année soi-disant pour me féliciter de mon travail acharné.

À la fin de mes études, j’avais plutôt en tête de partir avec mon sac à dos, de découvrir de nouveaux horizons, mais… Le retour à la réalité a été plus qu’agressif. Il fallait bien trouver de quoi survivre dans un monde où tout passe par l’argent.

Et voilà, maintenant j’ai 28 ans, et mes activités les plus palpitantes se résument à courir de temps en temps derrière le métro, et à commander chinois le vendredi soir, un masque sur le visage, devant NCIS. Je ne pensais pas vieillir si vite, ou du moins m’ancrer dans une routine qui ne me correspond pas.

Plus qu’à attendre les vacances pour espérer avoir un peu de répit dans ce quotidien. Avec du recul, j’ai un peu honte. Je me disais que jamais je ne vivrais une vie comme celle-ci.

— Kayla !

Je lève la tête vers le son de la voix. Jennifer, ma cheffe, se tenait sur le pas de la porte.

— Eh bien, tu es dans la lune aujourd’hui. J’espère que le dossier Hasch avance, il doit être prêt pour le milieu de la semaine prochaine.

— Oui, oui, il devrait être prêt à temps.

— Je le veux pour lundi.

Quoi ?

Je la regarde les yeux ébahis. On était vendredi et il était 17 h. Elle savait très bien que je n’aurais jamais fini avant lundi.

— Quoi ? Il faut bien que je le lise et le valide avant qu’il ne vienne.

Tu veux dire mettre ton nom sur mon travail et faire passer ça pour de la cohésion d’équipe ?

— Ça risque d’être compliqué, je termine dans une heure et je suis en week...

— Oh, tu as déjà été sur de plus gros projets, ça ne devrait pas trop te poser de problème de travailler quelques heures de plus ce week-end.

Je la regarde sans dire un mot.

Et puis quoi encore ! Je devais sacrifier une nouvelle fois mes heures de repos ?

— Allez, pour l’équipe ! Je glisserai deux mots à Georges en ta faveur.

Mais oui, bien sûr…

Georges ? C’était son fiancé qui était également un des supérieurs de l’entreprise. Comme si elle allait lui vanter mon travail... on le savait très bien toutes les deux, elle perdrait un sous-fifre.

— Et puis tu pars en vacances dans quelques semaines, non ?

Oui et ?

— Tu sais bien, rien de mieux que le travail bien mérité avant de partir en vacances, non ?

C’est ça, fous-toi bien de ma gueule Jennifer…

Bien sûr, je ne pouvais pas lui répondre ça. Je pris mon mal en patience, fermai les yeux, retins mon souffle deux secondes avant de les rouvrir.

— D’accord... dis-je en soupirant.

— GÉNIAL ! Et surtout, n’oublie pas : travail d’équipe ! dit-elle en souriant avant de partir.

Connasse.

Bien sûr, ça aussi je ne pouvais pas lui dire…



Bip… Bip… Bip-bip...

Je me tourne vers mon téléphone laissé sur vibreur. Mince, c’était Luc… J’avais complètement oublié notre rendez-vous.

— “Kay ? t’es où ?

— Désolé, je...

— Ne me dis pas que tu travailles encore ?

Je reste en silence, ne sachant pas quoi répondre.

— Tu aurais pu me prévenir au moins, histoire que je ne me retrouve pas comme un idiot à t’attendre.

— Je suis désolée, je... je n’ai pas vu le temps passer. Il fallait que je bosse sur ce projet.

— C’est toujours la même chose, Kayla, quand est-ce que t’arrêteras de vivre pour ton boulot ? On n’a même plus le temps de se voir, j’ai l’impression de sortir avec un fantôme. T’es jamais là, tu es toujours trop occupée.

— Je sais, vraiment, je suis désolée. Je serai en vacances bientôt, je pourrai me rattraper. Promis.

Je l’entends soupirer à l’autre bout du fil.

— Ouais... aujourd’hui aussi tu m’avais dit “promis”.

—....

— Oublie pas de diner en rentrant.

Et voilà… J’avais encore oublié Luc. Ça commençait à faire un moment que notre couple battait de l’aile. Lui aussi était occupé, et personne ne m’avait prévenu que vie professionnelle et amoureuse serait compliqué à gérer.

Il avait raison, la dernière fois qu’on s’était vus, c’était il y a deux mois, difficile d’y croire surtout quand on habite dans la même ville.

Je soupire avant de fermer l’écran de mon ordinateur. 21h30, il était peut-être temps que je rentre chez moi.

Une fois mes affaires rangées, je sortis de mon bureau et pris l’ascenseur. Quasiment toutes les personnes étaient parties, c’était compréhensible, on était vendredi soir, qui resterait quelques heures de plus à part moi ?

Je vis au loin le gardien, posé près de la fenêtre. C’était un vieux monsieur aux cheveux gris, toujours très gentil avec tout le monde, le pauvre, c’était probablement lui qui allait partir en dernier. Lorsqu’il me vit, son visage s’illumina.

— Longue journée, Mademoiselle Jonshon ?

— Oui… On peut dire ça, et vous, vous allez bien ?

— Comme un petit vieux, j’espérais pouvoir vous voir avant de partir.

— Quoi ? Ne me dites pas que je vous ai fait attendre quand même…

— Haha, mais non, celui qui me relève est en retard, d’un côté tant mieux, j’espère que d’ici là la pluie se calmera un peu.

Je n’avais même pas remarqué, j’espère que Luc ne m’avait pas attendu sous la pluie, le pauvre. Je sortis mon parapluie de mon sac et le posai sur le comptoir.

— Tenez, je ne pense pas qu’elle s’arrêtera de sitôt.

— Mademoiselle Jonshon…

— Ne vous inquiétez pas, je prends le métro juste là. dis-je en pointant la station au loin.

— Merci beaucoup, passez un bon week-end !

— Merci, vous aussi.

— Bon courage, Mademoiselle Jonshon.

Je mis ma capuche et me dirigeai vers la sortie. Merci... Du courage, c’était exactement ce dont j’avais besoin pour ce week-end.



Enfin ! J’avais fini ! J’avais passé tout mon week-end sur le dossier, j’allais enfin pouvoir me reposer un peu, ou du moins déjeuner. Je tournai la tête vers mon horloge qui indiquait 18h47. Bon, ça allait plus être un dîner, mais au moins j’aurais toutes mes heures de sommeil.

Je me levai pour m’étirer un peu, me dirigeai vers mon frigo et l’ouvris, comme à son habitude, pas grand-chose. Je le refermai en soupirant, il ne restait plus qu’à aller faire les courses avant que le magasin le plus proche ne ferme.

Je mis un gilet, pris mon sac et de quoi payer avant de sortir et levai les yeux vers le ciel. Il faisait plus beau aujourd’hui, bon, j’avais raté la majorité de la journée, mais je pouvais admirer la fin d’après-midi. Heureusement, l’été arrivait prochainement, ce serait enfin le retour des longues journées au soleil et des nuits étoilées. Je repris mes esprits et vis Luc, devant moi, un sac à la main.

— Luc ?

— Je parie que tu n’as pas mangé. dit-il en levant le sac vers moi.

Il avait raison, j’avais clairement sauté quelques repas, vu le travail que j’avais eu à faire… Et je n’avais pas trop le moral non plus, depuis notre dernière discussion.

Il mit le sac entre mes mains, de la nourriture indienne, il savait clairement comment me remonter le moral, rien de mieux que de la nourriture épicée après un gros travail.

— Merci, Tu veux monter ?

Il acquiesça, et nous remontons à l’appartement.

— Kayla, il faut qu’on parle.

Ouh là, j’avais beau ne pas avoir le temps d’entretenir ma relation, je savais pertinemment que “il faut qu’on parle” n’était pas bon signe. Je commence à sortir les plats du placard.

— Je suis vraiment désolée pour vendredi... pour toutes les autres fois d’ailleurs. Je serai bientôt en vacances, on pourra se voir plus souvent.

— Je sais, ce n’est pas de ta faute, je sais, mais ça ne peut pas continuer.

— Quoi ?

Je me tourne vers lui pour lui faire face et pose l’assiette sur la table. J’avais bien compris ce qu’il essayait de me dire, je n’avais simplement pas envie d’y croire. Celui-ci baissa la tête, pourquoi me fuyait-il du regard ?

— Kayla, c’est toujours comme ça. Ça va faire bientôt deux ans qu’on est ensemble et j’ai l’impression de sortir avec une inconnue. On n’a jamais le temps de se voir, et ça, même si on prévoit à l’avance. Tu acceptes toujours un dossier ou une tâche, et on doit annuler nos rendez-vous.

— Désolée... Je... j’essaierai de faire en sorte que ça n’arrive plus.

Au fond de moi, je ne croyais pas un mot de ce que je disais. J’étais incapable de me rebeller, j’avais peur des représailles, de ma place au travail, et si je perdais tout ?

— Arrête de t’excuser, je sais que tu fais de ton mieux, mais je pense que tu dois apprendre à mettre des limites dans ta vie. Au moins pour toi, pour ta vie. Je ne peux pas me mettre en travers de ton boulot alors je ne dirai pas c’est ça ou c’est moi.

— Luc... Je...

— Kayla, je pense qu’il le faut.

Je sentis les larmes monter. Je savais qu’il n’avait pas tort, mais l’entendre dire ces mots me faisait mal. Il s’avança vers moi et sécha mes larmes.

— J’aurais aimé que ça se termine autrement, Kay... désolé. dit-il en soupirant.

Wouah. Je ne m’attendais pas à vivre tout cela ce week-end. Je regrettais de ne pas m’être affirmée, de ne pas avoir dit non. Je ne pouvais pas lui en vouloir, c’était ma faute...

Le repas se fit en silence, d’ailleurs, pourquoi m’avoir acheté mon plat préféré ? Pourquoi être resté manger ? Je retenais mes larmes devant lui, afin de ne pas lui inspirer de la pitié. Je n’avais pas envie que la dernière image qu’il ait de moi soit celle-ci.

Une fois le repas fini et la vaisselle nettoyée, je le raccompagnai jusqu’à l’entrée. Ça allait vraiment se terminer comme ça ?

— J’espère que ça ira.

— J’ai pas trop le choix...

Son regard croisa le mien. C'est bien la première fois que j'ai réussi a dire ce que je pensais tout bas, à haute voix.

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