Chapter 1
Douze heure.
Dakar.
Je revenais du marché sous cette chaleur de plomb, depuis que j’ai mon petit appartement je me sens trop grande en fait. Même si il n’est pas si spacieux, je sais qu’au moins c’est mieux qu’habiter chez ma mamie. Ça fait trois mois que j’y ai déménagé. Je vous ment pas c’est cardio d’avoir son espace mais je préfère ça plutôt qu’avoir une santé mentale défaillante.
Vers treize heure je me prépare et vais rendre visite à ma grande mère. Mon ancien quartier me manque, là où je suis c’est en plein centre ville, alors que là où j’étais avant c’était plus calme, très convivial.
Quand j’arrive devant le portail de mon ancienne demeure, des enfants viennent me voir. Ils sont chiants mais je me souviens que quand j’habitais ici je les envoyais souvent acheter des choses pour moi donc je supporte leurs demandes souvent énervantes.
— Toubab, donne nous un peu d’argent quoi !. Dit le plus âgé de la bande.
— Tu penses que je suis une banque en fait ?
— Toubab femme de président ! Entonne l’autre.
Je vérifie dans mon sac et extirpe un billet de dix francs que je leur donne avant de rentrer chez moi. Ma grande mère est sûrement derrière, mais la porte de la maison est ouverte, notre quartier est très sûr, certains voisins gardent la porte de la parcelle ouverte alors que d’autre non, mais ça ne change en rien que depuis toujours ce quartier n'ait jamais connu de voyou.
J’en sais quelque chose parce que j’ai vécu ici depuis ma naissance. Je passe directement par derrière et voit ma grande mère en train de piler des condiments.
— Bonjour Yaye !.
— Ma fille ! Viens me faire un bisous.
Je vais l’embrasser tendrement et m’assois à ses côtés. Elle a un tout petit peu pris de l’âge et ça me pince le cœur de savoir qu’un jour ou l’autre elle partira…, c’est pas bien de penser à ça mais depuis un moment je me fais beaucoup de soucis pour elle. Elle a l’air d’être exténuée par toutes les tâches ménagères, elle ne fait plus rien d'elle-même. Voilà pourquoi je l’aide en venant ici presque chaque jour.
Si je l’affectionne ainsi c’est parce qu’elle est comme ma mère, c’est littéralement ma mère.
Quand ma mère biologique a perdu la vie en m’accouchant elle m’a prise sous son toit. Mon père lui n’était pas très présent, il n’est même pas sénégalais. Un commerçant italien…, ma mère était une fille de joie avec qui il s’est amusé et quand il a appris ma venue, il a soutenue ma mère tout de même. mais elle est morte malheureusement.
Depuis il verse de l’argent à ma grande mère pour mon éducation. Je l’ai vu qu’une fois, j’avais dix ans. Je ne me souviens vraiment pas de lui malgré ça. Je sais juste qu’il paye mes frais académiques actuels.
J’ai pas non plus envie de savoir quoi que ce soit sur lui. J’ai eu à avoir des parents qui m’ont éduqué. Mon grand-père était un père et ma grand- mère une mère.
Ce dernier est mort l’année dernière à la suite d' une maladie pneumonique. Depuis,ma grande mère est devenue un peu aigrie, c’est normal…perdre une personne qu’on aime…je ne pourrais pas digérer la douleur.
Moi dans ma vie j’aime éperdument plusieurs personnes, mais je n’ai jamais eu des relations amoureuses proprement dit. A mes seize ans jusqu’à mes dix huit ans je suis sortie avec un jeune homme, notre voisin, Ilyes. Il était beau, d’un sourire éclatant et des yeux clairs trop magnifiques. Je l’aimais parce qu’il était beau et parce qu’il me donnait de l’argent, mais ça n’a jamais été un amour véritable comme grand-père et grand-mère. J’avais fini par le larguer et il l’avait mal digéré, me promettant de rendre ma vie difficile.
Il l’a bien rendu dur je vous ment pas…il me harceler et j’en passe !. Mais il s’est vite calmé quand on l’a forcé à se marier avec une de ses cousines. Depuis je vis tranquillement ma vie. Des flirts par ici, des amoureux par la, des prétendant de l’autre côté du rivage, des cousins prêts à me casser de l’autre bout de la rivière…oui ! Je suis convoitée par beaucoup d’hommes, vous avez vu ma beauté aussi ?. Je sais que je suis très belle et Dieu merci pour ça.
Mais maintenant tout ce qui m’intéresse c’est d’avoir mes diplômes. Les amours c’est pas pour moi maintenant…mais si je trouve un petit pain charmant qui me donne de l’argent de temps en temps je ne dirais pas non.
— le quartier est trop calme. L’ambiance est pesante !. Dis-je en épluchant les oignons.
— il y’a un mariage qui se prépare.
— un mariage ?
— oui, certainement un arrangement de mariage entre la famille Keïta et la famille Aïdara.
Ma tête fait tilt en entendant le nom keïta.
— Donc Aïcha risque de se marier et personne ne m'a prévenu.
— c’est pas ça. Même Aïcha ne sait pas qu’on va la marier. Elle n'a pas encore un cellulaire…ces parents ne peuvent pas le lui en donner. Mais peut être qu’elle sera l’heureuse élue.
Je la comprends, même si elle doit impérativement me dire si elle va se marier ou pas ! Nous sommes dans la même fac et en plus nous sommes amies depuis trop longtemps pour qu’elle puisse me cacher ça !.
Pour vous remettre à jour parce que je vous ai perdu la, Aïcha c’est ma copine depuis mes dix ans. Un beau jour je suis sortie de chez moi pour jouer dehors et j’ai vu une petite fille voilée toute mignonne en train de jouer seule à la poupée. Je l’ai approchée et je lui ai dit qu’elle était trop belle. Elle m’a demandé si j’étais une blanche, j’ai rigolé en hochant la tête.
« On peut dire que je suis métisse…et toi ? Tu viens d’où ? »
« Je suis nouvelle dans le quartier. Je m’appelle Aïcha »
« Rafet na Aïcha ! »
Et c’est ainsi qu’une longue amitié s’est scellée entre nous. Aïcha a toujours été la fille sage, et moi la tête brûlée. C’est qui n’a jamais plu à sa maman, mémé Moridja. On peut dire que je ne suis pas si aimé que ça par sa famille. Au début c’était pas le cas mais pendant l’adolescence ils se sont mis à interdire à Aïcha de me voir depuis l’incident avec Sébastien.
Aïcha et moi étudions dans une école française, timide elle n’arrivait pas à approcher Sebastien alors que Sébastien était trop amoureux d’elle…j’ai donc tout fait pour les casser. J’ai donné mon blackBerry à Aïcha pour qu’elle puisse parler à Sébastien mais on a fini par nous cramer. Le père d’Aïcha, un grand cheikh très respecté, a dit à ma grande mère de m’éloigner d’Aïcha. Il a inscrit Aïcha dans une autre école,islamique.
Pendant près d' un an nous nous sommes évités même si de temps en temps nous nous retrouvons. Après ce passage, malgré que le cheikh ai accepté notre amitié de nouveau, quand je vais chez elle sa mère n’hésite pas de me rappeler à quelle point je suis une mauvaise influence pour sa fille.
Bref !.
— après ça j’irais la voir. Dis-je.
— c’est bon. Yaye se lave et va nettoyer ces aliments.
— je te trouve aigrie aujourd’hui. J’ai fait quelque chose de travers ?.
— non, je me demande juste pourquoi jusqu’à maintenant tu n'es toujours pas dans un mariage ! Même pas un petit ami Seïyana ?.
Et c’est reparti…
— Yaye, j’attend de finir l’université après je vais me concentrer sur le mariage.
— mais le temps file ! Tu es belle ! Jeune ! Tout ! Qu’est-ce que tu cherches ?
Voilà le problème avec ma grand- mère !. Mariage par la mariage par la. Je me lève de là où je m’étais assise et décide de partir voir Aïcha.
— Yaye je pars chez Aïcha. Après on va parler de ça après.
Je la laisse crier. Elle vas s’y faire de me voir célibataire. J’ai que vingt et un ans. Le temps ne presse pas.
Je sors de notre parcelle et traverse la rue pour arriver chez Aïcha. Il y’a une voiture, une Range Rover blanche disposée juste à côté. Elle est bien jolie…
Je ne m’y attarde pas, la famille Keïta a tendance à accueillir des invités très prestigieux. Un dernier coup d’œil, juste un dernier, et puis j’aime trop les voitures !.
Je m’avance pour regarder de plus près mais en avançant de trois pas quelques choses me heurte. Je me relève rapidement du sol et mes yeux rencontrent des iris noisettes…
Il me regarde comme si j'étais une extraterrestre…
— je suis désolé. Dit l’homme.
— Faites attention quand vous marchez.
Je m’étonne de parler aussi calmement, mais nous restons une demi seconde à nous fixer.
— …au revoir…
Il passe à mes côtés et son parfum vient se heurter à mon nez, je me retourne pour le regarder une dernière fois, il le fait aussi avant de se remettre sur son chemin et pénétré sa voiture.
Bruh !
J’entre chez les Keïta et la petite Kady viens me prendre dans ses bras.
— Tatie ! Tu m’a trop manqué !. Je lui prend dans mes bras et entre dans le grand salon avant de saluer tout le monde.
— oh la folle ! Tu es là ? Dit Ousmane.
— en chair et en os.
— Petite effrontée dit Mémé moridja.
Vous voyez ?.
— la vieille ! Ça va ? Tu as pris du poids !
Le cheikh souris, lui je lui faudrait toujours tout le respect du monde. Il est très doux, il me rappelle mon grand-père.
— ici ça se marie et personne me dit ?
— ah Seïyana ! Il y’a aucun mariage…juste,une famille qui veut tâter le terrain. Dit Aïcha en sortant de la cuisine.
— tu attendais quoi pour me le dire ?.
— viens on part sur la terrasse.
Je la suit, toujours avec Kady dans mes bras.
Nous nous installons ensuite, elle me prépare du thé que j’accepte avec toute gourmandise. Elle en prend aussi.
— Maintenant dit moi, c’est quoi cette histoire de mariage ?.
— Tchiee ! Comme je t’ai dit tout à l’heure au salon: il n’y a pas d’histoire de mariage,la famille Aïdara veut que j’apprenne à faire connaissance avec leurs deuxième fils.
— ils ont un deuxième fils ?.
— oui,mais il n’habitait pas ici avant.
— comment il s’appelle ?
— Fadel Aïdara Senghor…me dit-elle les yeux pétillants et le sourire en coin.
— ne me dit pas que tu es amoureuse ! Ton petit sourire en dit long. Je lui pince les cuisses.
— arrête ! T’es une folle Seïyana…c’est pas que je suis amoureuse mais c’est un bon parti.
— oui, les Aïdara sont très discrets, contrairement aux autres familles du quartier…dans les fêtes ils contribuent beaucoup mais ne viennent pas tous, dans les deuils ils sont là mais sont très sobre, dans les fêtes et baptême aussi…ils sont des gens gentils et religieux. Et maintenant ? Vous comptez faire quoi ?.
— j'apprends à connaître Fadel, il vient ici et on discute sur la terrasse. Je l’aime bien, il est très intelligent et ambitieux.
— tu comptais m’en parler quand ?.
— aïe ! Toi aussi, j’ai pas des téléphone et ça fait une semaine que je suis pas parti à la fac.
— tu aurais pu venir chez moi.
—…tu sais très bien que si maman l’apprend ça vas me causer des gros problèmes…
— orgh…toi aussi ! Tu n'es plus petite ! Tu dois savoir choquer tes parents !
— oh non non je vais m’abstenir de faire ça. Je ne suis pas comme toi Seïyana.
— En fait, je suis vraiment une pute quoi ?. Dis-je faussement en colère.
— eh ! Arrête de dire n’importe quoi, la petite va la répéter.
Je regarde Kady, elle joue avec mes cheveux.
D’ailleurs en parlant de mes cheveux…ils sont très sales. Je compte en faire un lissage, les boucles je n’arrive pas à m’en occuper.
— pfff…tu sais quoi ? Je vais aller me faire un salon demain. Tu viens ?
— non, j’ai cours coranique avec les autres femmes.
— tant pis je vais proposer à Astou
— mais tu te goures ! Si tu oses je vais te tuer !.
— la sainte sort ces griffes ! Doucement deh, tu vas le faire avec Fadel, sur le lit, quand…
Elle vient rapidement poser sa paume sur mes lèvres en me suppliant de me taire.
Vous voyez ?Aïcha est très pudique !.
Je coopère une demie heure avec Kady avant qu’elle puisse me laisser partir.
Arriver chez ma grande mère, il est déjà bien tard. Dix-neuf heures…
Elle est sur le canapé, en train de regarder une émission.
— à cette heure tu veux rentrer ?
— Oui maman, je n'ai pas emmené mes affaires. En plus demain j’ai un examen.
— a ce que je sache tes cours commencent à onze heures, tu peux dormir ici…
— Yaye….je vais revenir promis !.
Ça me fend le cœur de la voir me supplier pour rester mais je sais qu’elle va encore me comparer avec Aïcha si je reste ici.
Je récupère un bol de nourriture et sort de la parcelle. Il y’a un groupe de quatre jeunes hommes assis sur un banc, quand ils me voient il commence à chuchoter. J’ai l’habitude avec les gens qui me sont inconnus, mais eux je les connais assez bien.
« elle a un appartement à elle même !, je parie qu’elle fait des jolis galipettes dedans ».
Je ravale ma salive. Je suis trop grande pour me mêler de leurs sottises. Qu’ils pensent à ce qu’ils veulent.
C’est ça le prix de la liberté, être tout le temps marginalisé et étiqueté.