1.Hanna
Je ferme ma valise d’un coup sec en poussant un petit soupir. En regardant une dernière fois par la fenêtre, j’essaye de mémoriser le petit jardin que la gérante m’a laissé entretenir.
Il est agréable cet endroit, il m’a permis de m’échapper d’un quotidien angoissant. L’herbe verte, les derniers tournesols fleuris, cet ensemble m’apportent de la chaleur pour ce départ tant redouté.
J’attrape mon sac puis ma valise, la gérante se présente dans l’encadrement de la porte, elle renifle et me fait un de ses sourires maternels.
- « Tu dois être heureuse de rentrer chez toi ! »
Je souris mais ne répond pas. Parfois, rien ne sert de rentrer dans les détails et encore moins dire la vérité.
- « Tu vas nous manquer Hanna ! »
- « Oh moi aussi vous allez me manquer ! » lui répondis-je en l’enlaçant. C’est vrai, sans le vouloir je m’attache toujours aux personnes qui vivent avec moi. Malheureusement ou non, je ne les revois jamais. On ne reste pas non plus en contact, c’est comme une règle tacite. Ces gens de passage dans ma vie il y en a eu beaucoup et il y en aura d’autres.
Je suis restée ici 3 mois avant qu’Harry m’appelle pour m’autoriser à rentrer. Le démon n’aura pas idée de me trouver sur les lieux du crime d’après lui. J’en suis moins certaine. Je ne suis plus sûre de rien, je retiens ma respiration depuis trop longtemps, mon cœur est fatigué de cette liberté volée et étrange. Je pose ma valise sur le sol de la gare routière, le car est en retard. Je vais donc rater le suivant. Deux cars et des milliers de kilomètres me séparent de ma ville natale. Et ce n’est pas encore assez. La vérité c’est que j’appréhende mon premier retour à Castlepine.
La peur, la colère et le ressentiment que je ressens me serre l’estomac. Partir, fuir est mon quotidien, je ne connais que ça. Même si cela m’a été imposé, quelque part cette situation me rassure. Je ne sais pas ce que c’est de se poser à un endroit, de faire des projets, je ne connais pas ça.
Mon oncle et Kyle m’en voudraient si je ne rentrais pas. Il est trop tard pour faire marche arrière.
Le car arrive et je m’installe pour les quatre prochaines heures.
En regardant par la fenêtre, je me demande jusqu’à quand je pourrais rester là bas. Le paysage défile sous mes yeux, j’ai le cœur lourd, tout me pèse. Je ne suis pas vraiment libre, je n’appartiens à personne, je n’ai personne, finalement mon existence m’accable. Je vais revoir les fantômes de mon passé si tragique, retenez bien qu’ils ne me quittent jamais, je vais juste être de retour où tout a débuté.
C’est kamikaze, quelqu’un à ma place ne reviendrait jamais je le sais. Pourquoi je m’inflige ça ? Bonne question, je n’ai pas la réponse, et pas assez d’argent pour payer un psy afin qu’il y réponde. C’est la première et la dernière fois, c’est décidé.
Une fois à la gare routière j’apprends qu’il faut que j’attende une heure pour le dernier car.
Je me commande un cappuccino à la machine à café et m’installe sur les sièges. Un homme passe à côté de moi, je prends mon bouquin dans mon sac. Il repasse près de moi en me regardant avec insistance. Ok, il faut que je bouge.
C’est peut-être mon imagination mais je ne peux pas prendre le risque.
Je pars en direction des toilettes mais au dernier moment je pousse la porte de sortie de la gare.
Je me cache sur le parking, entre deux voitures, le cœur prêt à exploser. L’homme ne m’a pas suivi, je tremble encore même après deux ans de cette triste habitude, je n’arriverai jamais à m’habituer.
Heureusement je suis petite, même si bêtement j’ai mis ma jupe avec des fleurs jaunes, mais elle est fendue sur un côté ça reste pratique pour courir.
En retenant ma respiration, je me demande si le manque d’interactions n’allait pas me faire perdre la tête, et si un jour je ne craquerai pas.
Je regarde aux alentours pour chercher une solution de repli quand le car arrive. Il est en avance, je suis la première à m’installer à bord.
Je tombe de fatigue mais impossible de dormir. Je mets mes écouteurs et attrape mon livre. Ma voisine d’un certain âge dort, la nuit est tombée et je déprime de ne pas pouvoir faire comme elle. Mon moral est au plus bas, ma solitude me tue lentement. Je dois rester sur mes gardes, toujours. Je ne vais pas me faire attraper à cause de mon manque de sommeil, ce serait stupide.
Une fois arrivée à Castlepine en descendant du bus, les odeurs, les souvenirs des lieux m’engouffrent. Je prends un autre bus pour le bar de mon oncle Jo. C’est lui qui m’héberge, il tient un bar dans notre quartier. Ce n’est pas le plus tendance mais il a toujours eu du succès. On s’y sent bien et la musique est géniale, j’adore le groupe qui y joue.
Je suis anxieuse, revenir ici est difficile, ma colère et ma peur mélangés à mon anxiété, c’est explosif.