Chap 1
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Saher
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Vêtue d'une robe fluide qui s'arrête juste au-dessus de mes cuisses, à peine assez longue pour couvrir mes fesses, j'entre dans la salle de séjour. Le tissu, léger et flottant, dessine chaque mouvement dans un jeu de séduction involontaire. La grisaille et la pluie battante de ce jour particulier ont pesé sur mon humeur me plongeant dans une torpeur, m'incitant ainsi à chercher refuge dans le sommeil pour échapper à une réalité morne et sans éclat.
J'ai dormi presque toute la journée.
Mes cheveux sont relevés en un chignon rond, maintenus par une pince.
À l’instant où je fais mes premiers pas dans la pièce, une douce mélodie résonne, accompagnée d'une voix sincère et apaisante.
𝆒Let's dance in style, let's dance for a
while… Heaven can wait, we're only
watching the skies… ♫♫♪𝆓
Je reconnais cette chanson. Un sourire nostalgique se dessine sur mes lèvres rosées. Elle a bercé mon enfance.
Il la connaît donc aussi.
La pièce est spacieuse, décorée de manière minimaliste avec des objets soigneusement choisis, ce qui lui confère une aura de luxe simple. J'apprécie cet espace calme, propice à la sérénité et à la relaxation.
C'est une pièce à mon image.
Une grande baie vitrée offre un panorama naturel verdoyant. On peut observer les arbres, parfois les entendre briser le silence et se mettre à danser au gré du léger vent.
Un grand canapé vert est placé contre la baie vitrée. Ses coussins gris et verts apportent un confort indéniable, une présence réconfortante lorsque la solitude guette et qu’on souhaite serrer quelqu'un contre soi.
Il est là, assis sur le canapé, profitant d'une infusion fumante. Détendu, il est installé de manière décontractée, les pieds sur le canapé, observant les merveilles de la nature tout en gardant un œil sur l'intérieur.
Vêtu d'un pantalon noir élégant et ample, ainsi que d'une chemise blanche immaculée qui laisse entrevoir sa musculature parfaite, il semble perdu dans un univers créé par l’harmonie de cette journée pluvieuse et la mélodie mélancolique qui évoque clairement l’enfance… en tout cas, pour moi.
Silencieusement, je le rejoins sur le canapé. La sensation moelleuse contraste avec le froid ambiant, ce qui est assez étrange. J'échappe un soupir de soulagement.
Il remarque ma présence avec un léger retard. Sa chevelure brune, habituellement soyeuse, est en désordre, ce qui lui confère un certain charme. Ses yeux noisette se posent sur moi avec une indifférence troublante, un regard impassible ne trahissant aucune émotion.
Nous échangeons un regard prolongé avant que je ne m'accoude au dossier du canapé, mon regard se perdant dans la baie vitrée.
Les gouttelettes de pluie ruissellent sur la fenêtre, captivant mon attention.
Cette chanson me transporte dans une enfance épanouie.
Je ferme délicatement les yeux, le souffle las, et me laisse emporter par des souvenirs lointains que je ne pourrai jamais revivre. Je revois les journées ensoleillées dans les champs, les rires de ma mère et les conseils de mon père.
Je me vois courir le long de la mer, le vent fouettant mon visage, mes cheveux dansant au gré de la brise, ma robe bleue s’harmonisant parfaitement avec le calme du paysage maritime.
Que ne donnerais-je pas pour revivre cette enfance bercée d’innocence et d’illusions sur le sens de la vie.
J’en sais trop sur la vie ; je sais qu’elle est rude et amère, qu’elle peut faire pleurer… trop pleurer.
Je sais que la vie n’a pas de sens.
﹏Forever young, I want to be forever young. Do you really want to live forever?
Sa voix me sort soudain de ma rêverie.
﹏Forever and ever...
Je ne savais pas qu'il pouvait chanter aussi harmonieusement. Sa voix douce et chaleureuse accompagne celle du chanteur avec une belle assonance.
C'est charmant, un homme qui sait chanter.
Mon regard se pose sur lui, dissimulant un intérêt grandissant pour sa voix mélodieuse.
Il interrompt son chant, jugeant sa pause café plus importante. Je l'observe boire tranquillement, mes yeux suivant le mouvement de sa main avant de revenir à son visage.
Je ne sais pourquoi, son attitude me rappelle celle d’un enfant. Parfois, je ne peux m’empêcher de le voir comme un grand enfant adorable.
Il m’observe aussi, toujours impassible. Je ne sais s'il détaille mon visage, s’il se pose des questions à mon sujet, ou s’il me regarde simplement. Son regard ne transmet aucune émotion, seulement une profondeur inquiétante dans laquelle j'ai peur de me perdre.
﹏Saher ? m’appelle-t-il.
Il m’appelle alors que mon regard est déjà fixé sur lui. Je réponds après un silence.
﹏Hayden ?
Il dépose sa tasse d'infusion sur un petit tabouret. Ses gestes sont lents, sans empressement, comme si nous avions tout le temps du monde… mais hélas, il n’en est rien.
Son attention revient sur moi. Un regard… juste un regard, mais ce regard me transmet un message que je peine à déchiffrer, bien que je l’apprécie plus que tout. Ses yeux, à ce moment, me disent tout et en même temps rien.
Il repose sa tête sur sa main, ses joues légèrement froissées par ce geste, ce qui le rend d’autant plus adorable.
﹏Ce n’est pas bien de rester avec moi, dit-il finalement après un long silence orchestré.
Son regard est franc, mais je perçois un amusement caché dans ce qu’il sous-entend. Sa voix monocorde, légèrement éraillée, semble s'émouvoir d'une taquinerie.
Je me détends et repose ma tête sur le coussin, observant le plafond avant que mes yeux ne descendent sur son visage.
﹏Tu sais, c’est tout aussi funeste d’être avec moi, lui réponds-je en tournant mon corps vers lui.
Il esquisse un sourire fin, presque malicieux.
﹏Tu crois qu’on s’aime convenablement ? me demande-t-il. Sa voix basse et agréable résonne dans la pièce, captivant mon attention.
Je laisse planer un moment de suspense, réfléchissant au sens de ses mots.
Je glisse doucement sur le canapé pour m’approcher de lui, puis je dépose ma main sur sa joue libre, la caressant doucement avant de la retirer.
﹏Si on s’aimait convenablement, cela serait ennuyeux pour toi comme pour moi, lui réponds-je.
Il caresse délicatement ses cheveux. Je ne sais pas ce qu’il pense, ni même si je le connais vraiment. Il est tel une barrière infranchissable, et je suis un mur pour lui.
Pourtant, j’aime être ici, à sentir son parfum flotter dans l’air.
Un long silence s’installe entre nous, où seule la musique et ses paroles, touchant nos émotions, se révèlent, tandis que la pluie tombe en harmonie avec la chanson.
﹏Sans doute devrais-je... Il se rapproche doucement de moi, me pétrifiant d’amusement et d’impatience à l’idée de ce qui va suivre.
Son corps est proche du mien, je crois sentir sa chaleur.
﹏T’embrasser plus souvent, ajoute-t-il en dévorant mes lèvres des yeux.
Son souffle chaud caresse ma peau, et un nœud se forme dans ma poitrine. Soudain, ses lèvres rejoignent les miennes dans un baiser lent et agréable. Nos langues s’entrelacent doucement, nos salives se mêlent, je sens sa présence, et il ressent la mienne. Il s’écarte délicatement, mordillant légèrement ma lèvre inférieure dans un geste de départ.
Nous nous regardons de nouveau, contemplant le visage de l’autre.
﹏Toutefois, ce que j’aime le plus, c’est t’observer en silence, t’épier secrètement, car tu intrigues jusqu’à mon âme.
Ces mots sont prononcés calmement, avec une tranquillité déstabilisante. Je reste attentive, captivée par le ton envoûtant de sa voix. Ses aveux semblent m’enchaîner, me bloquer dans une dimension que je ne comprends pas. Mon cœur s’emballe soudain.
﹏J’aime te voir balayer tes cheveux derrière tes oreilles, dit-il, ne me lâchant pas des yeux. J’aime t’observer soupirer et même sourire. Quand tu es en colère, j’aime regarder ton visage et les gestes que tu emploies sans vraiment les comprendre. J’aime savoir que tu m’appartiens.
Dès qu’il prononce ces derniers mots, il se lève et marche vers les escaliers. Je l’interromps, me lève et l’entraîne dans une chute.
Il se retrouve sur le sol, moi au-dessus de lui.
Je ne lâche pas son regard, il ne lâche pas le mien, comme si c’était crucial, comme si notre survie en dépendait.
Je me rapproche, écrasant ma poitrine contre son torse ferme. Je sens sa réaction à cette sensation. Je place mes lèvres sur sa peau, la sensation de respirer sur lui est délicieuse. J’entrouvre les lèvres, laissant dépasser ma langue, et je l’embrasse doucement.
Et ça ? Est-ce que ça te plaît ? Est-ce que tu en trembles ? Ne sens-tu pas un délicieux malaise enivrant s’emparer de ton corps, créant une euphorie ?
À l’aide de ma langue, je suce délicatement sa peau.
Je sais que ça ne te laisse pas indifférent, tu aimes ça.
Soudain, je m’arrête et place mon visage juste au-dessus du sien. Nous échangeons encore une fois nos regards avant qu’un sourire malicieux ne se dessine sur mes lèvres.
﹏Ce n’est pas maintenant que tu auras ton suçon, lui souffle-je presque sur le visage.
L’expression de son visage, ses lèvres lisses et rosées, son nez, ses yeux et ses sourcils… je me demande si son apparence physique n’est pas tout simplement parfaite.
Ce que j’aime chez lui, c’est qu’il n’en joue pas.
﹏je rentre chez moi, tu ferais mieux de rentrer chez toi aussi.
Je me lève et le laisse derrière moi. Je franchis quelques marches avant de m’arrêter pour lui lancer un dernier regard. Il est simplement allongé là, sur le dos, les mains derrière la tête, le regard perdu dans le plafond.
Eh bien, il est ingérable, celui-là.
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