Jusqu'à ce que tu foires !!!!

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Summary

Aurélien est dans le coma après un accident de moto, plongeant Ella, sa collègue secrètement éprise de lui, dans les souvenirs de leurs dix années partagées, marquées par une affection non déclarée, par une histoire qui n'a pas pu être vécue. Ella revit leur rencontre, les moments de bonheur partagés au travail et la douleur de leur amour inavoué. Pendant ce temps, Aurélien, inconscient, revisite également leur histoire, s'interrogeant sur ce qu'il aurait pu faire différemment. Le dialogue non direct est un jeu de ping-pong entre les deux protagonistes qui nous donne effectivement deux points de vue différents mais convergents sur leur amour.

Status
Complete
Chapters
38
Rating
4.9 13 reviews
Age Rating
18+

- ELLA - Dimanche 9 février 2014

Aurélien était entre la vie et le mort à l’hôpital de Paris. Accident de moto...

...et voilà en quelques mots une annonce qui change votre vie. Quelques mots qui vous bouleversent. Un torrent de sentiments qui se déversent sur vous sans que vous vous y attendiez.

Ma 1ere réaction : la colère putain si seulement tu arrêtais de prendre des risques, ça faisait des années que je te disais de vendre cette moto de merde.

Et pourquoi avais-tu toujours besoin de tenter le diable ? c’était quoi ton problème avec la vie ? et moi bordel tu y avais pensé avant de faire le con ? j’aurai fait quoi, moi, si tu mourrais ?

Ça faisait quasiment 10 ans que ça durait. Tu roulais comme un dingue, tu t’embrouillais à la moindre occasion, tu buvais à outrance, tu te droguais, tu séduisais, tu jetais, tu utilisais.... Il fallait que ça cesse !!!!!

Tu attendais quoi de ce rythme de vie ? étais tu heureux ? surement que tu pensais l’être sur le moment mais après ?

Combien de fois je t’ai retrouvé au bureau au lendemain de tes soirées de débauches !!! je t’ai vu dans des états horribles. Tu étais incapable de réfléchir, de penser, d’organiser. Incapable de sourire, dans un désarroi profond. Je t’ai entendu me dire que tu détestais ta vie, que tu étais qu’une merde. Que tu ne me méritais pas, que tu serais toujours un looser....

J’ai toujours été là pour te couvrir, te soutenir. Sans rien demander en échange.

Combien de fois je t’ai entendu décrire tes soirées avec tes poufs.... Tous les détails sans m épargner. Et moi je restais à écouter sans broncher parce que je n’avais aucun droit sur toi. Et tous nos collègues, qui bien sûr savaient ce qui se passait entre nous (enfin pensaient savoir), qui me regardaient pour savoir quand j’allais craquer, quand j’allais t’insulter, te taper...et ça renchérissait : alors le p’tit cul d’hier tu te l’ais faite dans les WC, alors elle était bonne ? alors tu as fini avec la blonde ou la brune ? les 2 bien sûr !

Comme je t’ai détesté ! comme je t’ai aimé !

Ma 2ème réaction : la peur,peur de ne plus jamais te voir, de ne plus entendre ta voix si chaude qui me donnait des frissons, de ne plus sentir ta peau contre la mienne quand j’étais dans tes bras, ta douceur quand tu écartais une mèche de cheveux de mon visage ou que tu m’aidais à remettre ma veste, ta chaleur quand tu m’enlaçais à la fin de tous les évènements que nous avions coordonnés., ton bonjour Bella tous les matins, ta main dans la mienne quand en réunion tu savais que j’allais devoir affronter le Boss.

Peur de ne plus sentir ton odeur de lessive envoutante et l’odeur de ta peau si chaude. Peur de ne plus t’entendre éclater de rire et te voir reprendre ton sérieux aussitôt car tu ne voulais pas paraitre faible aux yeux des autres.

Peur de ne plus pouvoir me dire que j’étais la seule à te connaitre véritablement, la seule avec qui tu étais toi-même, sans jouer un rôle.

Peur de ne plus avoir mon confident, toi qui écoutait, juste m’écoutait sans me juger.

Peur de ne plus avoir mon protecteur, mon ange gardien. Toi qui bouillonnait de rage quand quelqu’un me faisait du mal. Toi qui aurait voulu me mettre dans une bulle pour que je puisse éviter les coups. Toi qui me disait que j’étais la femme la plus forte que tu connaissais mais qui me considérais aussi comme une poupée fragile.

Peur de devoir vivre sans toi, toi qui était toujours là pour me donner ton énergie. Toi et moi qui sommes un tout !

Peur de ne plus voir dans tes yeux comme tu étais fière de moi, toi qui savais comme ça avait été dur d’en arriver là en étant une femme. Savoir que de toute façon tu serais toujours là pour me rattraper si je devais échouer. C’est surement ça qui m’avait permis d’avancer sereinement dans ce milieu d’ailleurs.

Tu ne pouvais pas mourir, je ne pouvais de toute façon, pas vivre sans toi. Et oui je venais de m’en rendre compte. J’aurai mis 10 ans à l’accepter mais c’était une réalité.

Chaque matin je me levais en pensant à toi, je m’habillais pour toi, je me maquillais pour toi. Juste pour un compliment de ta part, juste pour voir tes yeux se diriger sur mes chaussures dès que je mettais des talons. Juste pour te voir respirer un peu plus vite parce que ça te plaisait, parce que je te plaisais ....

Mes journées étaient rythmées en fonction de toi. Sans nous concerter nous prenions nos RDV extérieurs les mêmes jours. Et nos jours administratifs au bureau les lundi et vendredi. Toujours l’un près de l’autre. Pour déjeuner, pour les réunions, pour les pauses cafés/thés. C’était devenu tellement normal que personne ne se permettait de se mettre près de moi même quand tu n’étais pas là.

Ça faisait presque 10 ans que j’avais été embauchée dans la même agence de coordination d’évènements que toi et nous avions créé au fil du temps un quotidien, notre quotidien.

Chaque jour au bureau tu déboulais dans mon bureau, 2 h à 3h après mon arrivée car tu n’étais pas très matinal : Bonjour Bella (ce surnom que tu étais le seul à me donner depuis le 1er jour de notre rencontre), tu t’asseyais sur mon bureau et tu déposais un baiser sur mon font. Je détestais ça. Ce baiser c’était celui d’un frère à une sœur et pour moi tu étais tellement plus que ça. J’ai essayé de ne plus espérer que tu m’embrasses avec fougue le matin mais mon imagination continuait régulièrement à me jouer des tours.

Lorsque tu étais dans un bon jour : tu me complimentais, tu me demandais comment j’allais puis tu me disais « ce midi on déjeune au resto tous les 2, que tous les 2 ». Avec ce ton impératif, sans possibilité de refuser et ça ne me venait même pas à l’idée de refuser. J’aimais tellement ces têtes à têtes. Tu me donnais l’impression d’être la femme la plus importante de ta vie. Nous picorions dans l’assiette de l’autre, nous buvions dans le verre de l’autre. Nous discutions sans jamais nous lasser et certains jours il y avait ce silence délicieux qui s’installait entre nous lorsque nous déjeunions. Pas de gêne juste une normalité, une sérénité…comme l’impression que nous étions tous les 2 à notre place. En fin de repas tu m’aidais toujours à remettre ma veste et tu me prenais la main pour sortir, sans la lâcher jusqu’au bureau.

Pas étonnant que nos collègues s’imaginaient que nous avions une aventure ensemble. La vérité c’est qu’il ne s’était jamais rien passé. Sauf 2 baisers. En 10 ans c’était peu mais ça avait suffi pour me faire oublier les autres hommes qui avaient traversés ma vie. Ça faisait 10 ans que je les comparais à toi, ça faisait 10 ans que je ne ressentais pas avec eux ce que je ressentais avec toi, ça faisait 10 ans que j’essayais de t’oublier avec d’autres, ça faisait 10 ans que je n’avançais pas, ça faisait 10 ans que j’étais triste quand nous n’étions pas ensemble, que je me sentais vide sans toi. Bref soyons honnête ça faisait 10 ans que je t’aimais et que ce n’était pas réciproque.

Et il y avait aussi tes mauvais jours : tu m’embrassais sur le front puis tu t’enfermais dans ton bureau, seul à déprimer ou alors tu racontais aux collègues les détails de tes soirées ou weekend de débauche.

Ces jours-là je savais que tu t’étais battu avec tes démons la veille et que tu n’avais pas gagné. Les autres imaginaient que tu étais un mec cool, libre et ils t’enviaient cette vie mais moi je savais. Je savais que tu étais cassé, que tu étais mal, que tu te détestais. Je connaissais tes failles, tes fêlures même si je ne connaissais pas les raisons de celles-ci.

J’aurai peut-être dû te bousculer pour que tu te confies à moi, pour pouvoir t’aider. C’était peut-être le seul regret que j’avais par rapport à toi. J’avais toujours refusé de te contraindre à quoi que ce soit et nous en étions là malgré ces 2 baisers échangés .... A rien !

Ces baisers auraient dû faire évoluer notre relation mais ça n’avait rien changé malgré tout. Si peut être à nous éloigner.

Notre 1er baiser c’était il y a un peu plus d’1 an. Au bureau. Comme tous les vendredis matin nous avions la réunion hebdomadaire avec toute l’équipe de cadres. Etant la seule femme sur les 12 cadres, et le Boss étant très misogyne, ce n’était jamais un bon moment à passer pour moi. Tu étais près de moi. Chaque cadre a dû exposer son bilan de production et financier. Et comme assez régulièrement mes chiffres étaient bien au-delà de mes collègues mais le Boss n’a pas pu s’empêcher de me faire des remarques : mes équipes avaient été trop lentes à la mise en place sur ce match, les filles en VIP n’étaient pas assez jolies pour tel événement, les marges n’étaient pas assez importantes, les rétro planning n’était jamais envoyés assez tôt aux bookers... bref rien n’allait !

Comme toujours je restais hermétique à ses remarques, mais tu savais qu’au fond de moi j’étais blessée. Tu m’as pris discrètement la main pour me donner ton énergie. Je voyais la veine de ta tempe se gonflait au fils des reproches. J’ai fini par sourire car tu étais presque plus touché que moi et j’étais stupéfaite que le Boss ne prenne pas conscience à quel point tu étais dangereux dans ces moments là ! évidement le sourire sur mon visage n’a pas plus et le Boss a hurlé “mais vous vous foutez de ma gueule en plus”.

Tu n’as pas pu te retenir plus longtemps : tu t’es levé et tu t’es planté à 2 cm de son visage et d’une voix très calme tu lui as dit : “ne lui parlez plus jamais comme ça. C’est clair ? ”

Un silence s’est installé dans la salle. Tout le monde a été choqué par ta réaction. Le Boss a dit « ok la réunion est terminée ». Nous sommes tous retournés dans nos bureaux respectifs. Je n’ai pas cherché à te voir car je savais à quel point tu détestais te dévoiler ainsi en public, je savais que tu étais en colère et qu’il te faudrait du temps pour te calmer.

1h plus tard tu m’as envoyé un TEAMS. “je suis désolée d’avoir pété un câble, je sais que tu aurais pu te débrouiller seule et je ne voulais pas te traiter comme une personne faible. J’aurai dû me contrôler et te laisser gérer à ta façon. Excuse-moi Bella ”

Incroyable ! tu t’étais comporté comme un gentleman, tu avais pris ma défense mais tu trouvais encore le moyen de te remettre en question.

Ma réponse : Arrête de dire ça, j’ai adoré que tu voles à mon secours. Tu es là pour moi et je t’aime aussi pour ça !!!!

J’avoue que j’avais écrit cette réponse sans peser mes mots, sans chercher à tourner mes phrases. Non, juste ce que je ressentais à cet instant. Et surement que l’incident en réunion m’avait perturbé plus que je l’imaginais car je n’avais plus de filtre.

Par la porte vitrée je t’ai vu te lever, te diriger droit vers mon bureau, tu as ouvert la porte, fais le tour de mon bureau et sans un mot tu m’as embrassé. Enfin presque embrassé. Doucement tu as posé tes lèvres sur mes lèvres ; ça a duré une seconde peut être 2 mais ça a été magique. Mon corps a été parcouru de milliers de frissons, je me suis bien, juste bien. Puis tu as posé ton front sur le mien et en fermant les yeux tu as murmuré “je suis désolé” et pouf avant même que je réagisse tu étais parti. Je suis restée immobile, je t’ai vu prendre ton casque et sortir de l’agence.

1 semaine ! pas de nouvelles de toi pendant 1 semaine ! : pas au bureau, pas en dehors du bureau. Les collègues me harcelaient de questions, pensant que j’étais assez importante à tes yeux pour que tu me donnes des nouvelles mais rien ! Evidement pour tous tu étais parti à cause de l’altercation avec le Boss mais moi je pensais plus que c’était à cause du baiser. Tu devais regretter ton geste à tel point que tu préférais ne plus venir. J’ai essayé de t’appeler, je t’ai envoyé des sms et des mails mais aucune réponse de ta part. Même le Boss m’a demandé de te contacter car il était terrifié de ne jamais te revoir et de perdre un cadre performant. Il ne me croyait pas quand je disais ne pas avoir de tes nouvelles et je passais pour celle qui avait foutu le bordel.

Au fond de moi j’espérais qu’il y avait une vraie raison à ce silence alors je suis allé au bar où tu allais très souvent. Le « 17 ».

Un bar où tu retrouvais souvent tes anciens collègues de la BAC. J’étais déjà venu plusieurs fois avec toi mais à chaque fois j’étais reparti très vite. Je ne supportais pas ces mecs qui ne pouvaient pas voir une nouvelle fille entrer sans se livrer à une bataille de testostérone et surtout parce que je pouvais pas supporter toutes ces groupies de policiers qui bavaient sans cesse devant toi.

Combien de fois je t’ai vu accepter de boire des verres avec ces cagoles, me laissant seule dans un coin me faire draguer par des mecs plus musclés qu’intelligents. C’était plus fort que moi je ne pouvais que détester toutes ces filles et avant de craquer je préférai rentrer le plus tôt possible. Alors oui à chaque fois tu me raccompagnais à un taxi et même tu le payais mais une fois au moins j’aurai aimé que tu rentres avec moi. Plutôt que de rentrer avec une de ces poufs qui ne voyait en toi qu’un fantasme, j’aurai aimé que tu viennes avec moi. Que tu t’aperçoives que j’étais celle qu’il te fallait et que moi je serai toujours là pour toi malgré tes hauts et tes bas.

Donc le vendredi suivant ce baiser, je suis allé au “17”. Et devinez ! tu étais bien là. Accompagné d’une fille blonde vulgaire. Peut-être même plus qu’accompagné puisqu’elle était sur tes genoux. Quelle cruche j’étais. Depuis 1 semaine je m’inquiétais pour toi, je m’interrogeais sur ce baiser et toi ? .... Toi tu faisais juste la fête avec Melle la Bimbo. Je m’étais imaginé des scenarii divers pour expliquer cette absence : tu étais blessé quelque part, tu étais indécis par rapport à nous, tu avais besoin de réfléchir, tu avais décidé de rejoindre la légion étrangère…voire même tu étais mort !!! mais non ! tu étais avec ta blonde et le reste n’avait plus d’importance. Ni ton travail, ni tes projets, ni moi. Quelle stupidité de ma part ! Je ne pouvais pas détourner mes yeux de toi avec cette fille. Ta main sur sa hanche droite. Sa tête dans ton cou, là où je rêvais de me lover depuis des années. Je connaissais par cœur tes gestes et je savais que tu étais complétement ivre à ce moment-là. Et puis tu as relevé la tête et nos regards se sont croisés. Pas une réaction de ta part. Tu es resté à me fixer, plusieurs secondes et puis tu as détourné les yeux comme si je n’existais pas.

J’ai fait demi-tour- J’ai envoyé un sms au Boss pour lui dire où trouver son poulain et je lui ai annoncé que je prenais 2 semaines de vacances.

Après 2 semaines à me morfondre je suis retournée au bureau et notre routine a repris tant bien que mal. Je m’efforçais de ne pas montrer à quel point je souffrais. Et ça a plutôt bien fonctionné. Au bout de 6 mois (peut-être un peu plus pour être honnête) je ne pensais quasi plus au baiser volé. Je m’étais fait une raison me disant que c’était juste ta façon de t’excuser pour ta réaction en réunion. D’ailleurs tu avais dit “désolé Bella” avant de sortir de mon bureau.

Peu de de temps après, fin février lors d’un concert que je coordonnais, j’ai rencontré un homme : Xavier. Un petit blond très nature dans sa façon d’être.

Xavier avait été invité par son employeur, un gros cabinet d’architecte. Après le lever de rideau je m’étais accordée quelques minutes pour regarder le spectacle. Xavier s’était placé à côté de moi et, pensant que j’étais une collègue, m’avait demandé ce que je pensais du spectacle. Quand il avait compris sa bourde il s’était mis à rire sans aucune barrière, c’était tellement frais comme réaction. Nous avons bavardé jusqu’à la fin puis avions décidé de nous revoir.

Et de fil en aiguille nous nous sommes installés dans une relation agréable sans passion ni question. Juste des bons moments passés sans chichi : regarder Netflix, se balader au bord de la Seine, partir quelques jours à l’étranger. Jamais nous parlions de travail, je crois que mon métier ne l’intéressait pas tout comme le sien ne m’intéressait pas.

Je partageais avec lui tout ce que j’aurai voulu partager avec toi mais qui était du domaine de l’impossible. J’avais rempli le vide que tu laissais dans ma vie par Xavier. J’adorai ne pas me poser de questions avec lui. J’adorai que tout se passe en douceur, sans heurt. Bien sûr il n’était pas toi, il n’avait pas ta force, ton magnétisme mais j’appréciais ça aussi. Il était tout ton contraire en fait : quand toi tu étais grand, musclé et chauve lui est petit, fin et arborait une coupe de surfeur. Malgré tout nous vivions dans la normalité et j’appréciais cela. Il n’avait aucun gout pour la fête, pour les sorties nocturnes, pour tout ce que je finissais par détester parce que toi tu l’aimais trop.

Au détour de sorties du weekend j’avais rencontré ses parents, ses amis et ses collègues. Et tout se passait à merveille. Sauf que moi je n’avais jamais parlé de lui à personne. Après 10 mois de relation personne ne connaissait son existence : ni ma famille, ni mes amis, ni mes collègues et surtout pas toi.

Xavier qui n’était jamais dans le conflit commençait toute de même à se demander pourquoi. Et moi je n’avais pas la réponse. Je me posais la question autant que lui. C’était bizarre non ? et à force de ne pas répondre on s’est disputé. L’ultimatum s’est présenté : soit j’assumais notre relation et je venais vivre chez lui soit c’était terminé !!!

J’étais bloquée. Je ne savais pas ce qui me retenait d’accepter. Il me proposait tout ce que je rêvais de vivre avec toi mais ce n’était pas toi. Juste pas toi !

Je lui ai dit que vous en reparlerions après les fêtes de fin d’année, que je lui donnerai une réponse et comme à son habitude il n’a pas insisté.

La veille des vacances de Noel le Boss nous avait convié comme chaque année dans un restaurant pour fêter une année riche dans tous les sens de terme. Nous étions des habitués de l’établissement donc le patron n’était pas choqué par nos éclats de voix, nos blagues salaces et par les vannes envoyées entre nous. C’était notre méthode de communication. J’adorais cette ambiance. Je me demandais parfois ce que ça serait d’aller travailler dans un autre milieu mais comment trouver une meilleure fraternité qu’ici ?

Ce soir-là les choses étaient inhabituelles : tu ne t’étais pas installé près de moi mais en face. Tu avais décidé cela en arrivant. Un peu déçue de ne pas te sentir près de moi, j’étais obligée de croiser ton regard et ce soir contrairement à d’habitude j’étais ni sereine ni détendue en ta présence.

Pour l’occasion nous avions tous joué le jeu en nous mettant sur notre 31. Tu portais un costume bleu qui mettait en valeur tes yeux et cette chemise blanche que j’aimais tant. Au fond de moi j’espérais que tu t’étais habillé pour moi comme moi j’avais choisi cette robe noire et ses escarpins pour toi. Je savais que tu aimais me voir en “femme” car dans notre métier il était rare que je puisse m’habiller ainsi.

Quand je suis descendue du taxi devant le restaurant, nos collègues m’avaient sifflé mais pas toi. Toi c’est dans tes yeux que j’avais vu une nouvelle fois du désir. Surement comme tu désirais beaucoup de fille mais tous les efforts de préparations je les avais faits juste pour ce regard.

Xavier avait beau me dire à quel point j’étais belle chaque jour depuis des mois, ça ne comptait pas à mes yeux. C’était ton avis et lui seul qui comptait pour moi. Et j’avais réussi mon pari, car quand j’étais passée près de toi pour entrer dans le resto tu avais murmuré “tu es magnifique mon ange”

Je n’étais pas dans le mood ce soir-là, je n’arrivais pas à profiter de la soirée. Des millions de questions se bousculaient dans ma tête :Pourquoi ces mots à l’entrée ? pourquoi maintenant ? pourquoi te mettre face à moi plutôt qu’à côté de moi ? est-ce que tu voulais t’éloigner ? pourquoi pourquoi pourquoi ? je n’en pouvais plus de ces questions. Ça me rendais dingue.

Et mes collègues qui hésitaient à s’assoir près de moi par peur de faire un impair, qui attendaient ton consentement pour s’installer, qui n’osaient pas me parler trop près. Je n’en pouvais plus de toi. De tes chauds et froids depuis 10 ans. Je n’en pouvais plus de ta façon de te comporter comme si je t’appartenais alors que je n’étais rien pour toi. Je n’en pouvais plus de tes regards qui me donnaient l’impression de vivre quand tu me regardais et de mourir quand tu détournais les yeux. Je n’en pouvais plus du vide que tu laissais dans mon cœur à chaque fois que tu n’étais pas là........ Bref je n’en pouvais plus de cette histoire et je devais avancer. Et c’est juste à ce moment-là que j’ai pris la décision d’aller vivre avec Xavier.

J’ai ressenti une tristesse infinie car j’avais lâché enfin tout espoir qu’un jour mes sentiments soient réciproques. Et en même temps un poids était parti de mes épaules. Je m’étais résignée et cela faisait du bien.

J’aurai pu être heureuse si la soirée s’était déroulée normalement mais non il a fallu que ça coince quelque part. Juste avant le dessert le serveur m’a demandé si je connaissais un Xavier. Bien sûr j’ai tout de suite imaginé le pire mais non il m’a juste tendu une coupe de champagne et m’a dit “de la part de Xavier, il m’a demandé de vous dire qu’il vous aime plus que tout et qu’il a hâte d’emménager avec vous”

Je crois que je n’ai jamais eu aussi honte de ma vie. Mais qui fait ça ? qui affiche en publique sa copine ? je détestais ça. Je détestais qu’on me remarque, je détestais étaler ma vie privée devant les autres…

Évidement le serveur parti les questions des collègues ont fusés :

-De quoi il parle ?

-C’est qui Xavier ? tu le connais depuis quand ?

-La petite Ella est amoureuse de qui ? tu vas vraiment emménager avec lui ? ........

Moi je n’osais pas lever la tête de peur de croiser ton regard, ton silence. Je savais, je sentais que tu me fixais mais je ne pouvais pas t’affronter. Alors j’ai répondu du bout des lèvres que c’était mon mec depuis 10 mois et que nous allions vivre ensemble en janvier.... Voilà fin des questions. Mes collègues ont consenti à me lâcher, ils sont passé au sujet suivant : un groupe de jolies filles qui venait de passer devant le restaurant.

J’ai levé enfin la tête et tu me regardais. Tu n’as rien dit pendant quelques secondes puis “c’est cool pour toi, tu me le présenteras à l’occasion” Tu t’es levé et tu es sorti rejoindre notre collègue Alexis. Merde alors qu’est ce qui venait de se passer ?

J’étais tétanisée à table. Comme dans un film j’avais l’impression de ne plus posséder mon corps, comme si tout autour de moi était étranger à moi. J’essayais de réfléchir mais rien n’y faisait, j’étais comme anesthésiée. Une chose était sûre à ce moment-là : je n’allais pas m’installer avec Xavier, je n’allais pas continuer avec lui non plus d’ailleurs. Impossible d’envisager un avenir avec un mec qui me forçait la main comme ça et qui me connaissait si peu.Et puis c’était avec toi que je voulais être. Je ne pouvais pas continuer à faire perde du temps à un autre.

Après le dessert, le café et autres choses dont je n’ai aucun souvenir on a dû partir. Le resto devait fermer. Le Boss nous a proposé de finir dans un bar dancing dans le quartier de la Bastille.

Sans même réagir je me suis retrouvée à l’arrière d’un taxi entre toi et un collègue. Je sentais ta chaleur et petit à petit j’ai eu l’impression de refaire surface. Quand pour descendre du taxi tu m’as pris la main je me suis reprise totalement. Je me nourrissais de toi, de ta force, de ton énergie.

Tu as essayé de me lâcher mais je t’ai retenu, j’avais encore besoin de toi. C’était un bar très fréquenté et on ressentait une ambiance très électrique, les clients profitaient des derniers moments avant de rejoindre leurs familles respectives pour les fêtes de fin d’année.

Et puis j’ai réalisé que dès le lendemain je ne te verrais plus pour 2 semaines et à ce moment ça m’a paru insurmontable, douloureux, intolérable. Sans réfléchir je me suis collé contre toi et pendant que tu parlais au patron du bar j’ai enfin osé me lover dans ton cou. C’était encore mieux que ce que je pensais. Ton odeur était délicieuse, ta chaleur enivrante. Tu t’es raidi, tu ne bougeais plus, tu attendais et quand tu as compris enfin que je n’allais pas abandonner ma place tu t’es détendu d’un coup : tes épaules se sont relâchées, ta nuque s’est assouplie, tout ton corps s’était adapté à moi.

Au fil des secondes ta respiration s’est faite plus rapide, ton corps réagissait délicieusement à mon contact alors je me suis enhardie. J’ai profité de ce moment où tu ne gérais plus pour prendre ce que j’avais toujours voulu de toi. Doucement j’ai déposé un baiser juste sous ton oreille, puis un autre près de ta bouche. Le patron du bar te parlait mais j’avais la sensation que tu ne l’écoutais pas, tous tes sens étaient tournés vers moi, vers ce qui se passait. Et d’un coup ton corps s’est tendu vers moi, il cherchait à se rapprocher plus encore, comme un besoin impérieux.

Tu as passé ton bras autours de ma taille dans un geste de possessivité, je sentais ton cœur qui battait vite, j’adorais le pouvoir que j’avais sur toi à cet instant et je t’ai soufflé au creux de l’oreille” viens danser avec moi”

Sans un mot tu as planté le patron du bar pour m’emmener à l’étage. La pièce était encore plus sombre, la musique très forte. J’ai vu du coin de l’œil nos collègues près du bar mais je m’en fichais.

Tu étais le seul chose qui comptait. Tu ne me quittais pas des yeux. Tu t’es collé à moi bien que la musique ne soit pas adaptée. Il n’y avait que nous. Le reste n’existait pas. Je ne pensais pas au lendemain ni à Xavier car pour moi c’était toi mon lendemain. Rien d’autre importait. Ton front était contre le mien, une main dans le bas de mon dos et l’autre sur ma nuque tu dansais doucement contre moi comme un enfant que l’on berce. J’ai posé ma main sur ton torse qui me subjuguait depuis des années et de ma main libre je caressais ton visage, ta nuque, ton cou. Tu as fermé les yeux, ta respiration s’est faite encore plus difficile et que j’ai su que tu te battais contre toi-même pour ne pas m’embrasser.

Sauf que moi je voulais que tu m’embrasses, sans retenue cette fois. Et comme ça serait surement notre unique baiser je le voulais intense, doux et magique comme dans mes rêves.

J’ai profité de ce moment encore quelques instants puis je t’ai forcé à relever le visage vers moi, de surprise tu as ouvert les yeux. Ton regard brulait de désir ; je t’ai touché les lèvres du bout du doigt et je t’ai soufflé “embrasse-moi maintenant “.... Je t’ai entendu gémir comme le grognement d’une bête, il y avait quelque chose de primitif dans ta plainte et enfin........

Enfin tu, enfin nous nous sommes embrassés .... Et ce fut merveilleux. Je me suis laissée aller complétement, je ne pensais à rien juste à ce moment magique. Tu essayais d’être doux mais je sentais le feu qui te dévorait. Ta bouche était chaude, ta langue dessinait des vagues au coin de mes lèvres. Je sentais ton désir pour moi, tes mains qui agrippaient de plus en plus fort ma nuque, ta jambe qui s’était insinuée entre mes jambes, toute ta virilité tournée vers moi, tout ce désir rien que pour moi, j’étais ivre de ce moment si intense.

J’avais conscience que nous étions en public mais rien n’arrêtait ma frénésie de toi, mon besoin de toi, je n’avais pas l’énergie de mettre un terme à ce baiser, je te voulais encore et encore... Quand j’ai commencé à te mordiller la lèvre inférieure tu as gémi de tout ton être, tu t’es tendu, j’ai senti que tu étais au bord de ne plus rien gérer. Tu m’as repoussé gentiment en me disant :

- il faut qu’on arrête ça mon ange. Tout de suite. Je ne vais pas pouvoir me contrôler plus longtemps. Allons boire un verre.

Je t’ai suivi sans un mot en sachant que je n’en resterais pas là ce soir-là. Je te voulais et peu importaient les conséquences. J’étais prête à tout assumer juste pour un moment passé avec toi. Ce baiser était au-delà de mes espoirs alors je voulais une nuit avec toi et ne jamais oublier. Cette nuit serait celle où tu serais à moi et moi à toi, sans autre projet. Même si je devais démissionner après, même si cela nous séparait à jamais. A cet instant je m’en fichais.

C’est en arrivant au bar que je me suis aperçue que tous nos collègues et le Boss nous avaient vu grâce à miroir très mal placé. Ils avaient les yeux braqués sur nous. Non pas qu’ils soient totalement surpris de nous voir nous embrasser, après tout ils pensaient déjà que nous avions une relation, leur surprise venait plutôt du fait que j’avais annoncé moins de 2 heures avant que j’allais vivre avec Xavier et il me connaissait suffisamment pour savoir que je n’étais pas le style à naviguer d’un homme à l’autre sans scrupule.

Comme toujours avec mes collègues, pas de filtre, et l’alcool aidant les questions se sont bousculées :

- vous êtes enfin ensemble officiellement ? il était temps dis donc.

- Tu vas dire à Xavier que c’est terminé ? purée le gars il va être dingue.

- alors il va y avoir un mariage et des bébés ?

Je ne pouvais pas répondre, gênée par la tournure que prenait cet interrogatoire. Pour moi cette soirée serait la seule et l’unique et j’étais bien décidée à en profiter jusqu’au bout sans me soucier du lendemain. Après quelques secondes c’est toi qui a pris la parole, à ma grande surprise :

- On va prendre notre temps, je ne veux pas brusquer les choses et après 10 ans on a encore beaucoup de choses à découvrir l’un de l’autre. Pour Xavier bah il va falloir qu’il se fasse à l’idée que Bella est avec moi maintenant, pas question que je lui laisse la place même pour une minute.

Tu as dit cela en me regardant dans les yeux, tes paroles étaient autant destinées à moi que pour répondre à nos collègues et je le savais.

- Quant au mariage et aux bébés vous recevrez le faire part comme tout le monde....

Ton bras toujours autours de ma taille, quelques baisers dans le cou et de nombreux échanges de regards plein de désirs la soirée s’est déroulée comme dans un rêve. J’étais près de toi, à toi et cela était si naturel pour moi.

Dans les miroirs du bar je nous voyais et j’admirai ce couple enlacé. Toi et moi !!! Je n’arrivais pas à croire qu’un homme comme toi puisse être attiré par une fille comme moi. Toi si sexy avec ce look de Bad boy, si grand et fort. Tes magnifiques yeux verts pétillants braqués sur moi à chaque seconde. Moi si insignifiante comparée à toutes les filles que j’avais vu en ta compagnie. Ni grande ni mince ni vraiment jolie je ne comprenais pas ce que tu me trouvais et à ce moment-là je m’en fichais. Si j’avais la chance de partager ne serait-ce qu’une nuit avec toi je serai la femme la plus comblée du monde. Tes mannequins te retrouveraient bien assez vite, ce soir tu serais à moi quoiqu’il se passe.

Vers 4h tu m’as dit : “viens je te raccompagne chez toi ».A l’arrière du taxi, dans tes bras je ne pensais qu’à la nuit que nous allions assurément passer ensemble et mon désir pour toi était si fort que j’en avais mal au ventre. Je voulais découvrir chaque partie de ton corps pour le garder graver dans ma mémoire. Je voulais te toucher, te sentir, juste t’aimer sans contrepartie de ta part. je voulais me livrer à toi sans filtre, sans limite.

Quelques minutes avant d’arriver chez moi tu as repris la parole :

- mon ange j’ai terriblement envie de passer la nuit avec toi, je te jure que je rêve de rien d’autre que cela, mais ce soir je ne vais pas monter chez toi. Je veux vraiment que nous prenions notre temps, je veux pouvoir me réveiller à tes côtés et même passer un weekend près de toi et surtout avant de pouvoir te faire l’amour je veux que nous parlions de nous, de notre avenir. Je dois partir 15 jours comme tu le sais à Dubaï et je ne serai pas joignable mais à mon retour nous irons diner tous les 2 et nous aurons cette discussion. Je te promets que je vais penser à toi chaque minute, chaque seconde et j’aimerai tellement que tu le fasses aussi. Pour Xavier je ne peux t’obliger à rien, tu es la seule à pouvoir décider mais sache que ça me rend dingue de penser à toi avec un autre. Et ce soir quand tu as annoncé que tu allais vivre avec lui ça a été trop pour moi. J’ai cru que j’allais devenir fou. C’est Alexis qui a dû me calmer et m’empêcher d’aller voir ton Xavier pour le fracasser.

J’étais tellement abasourdie par tes paroles que je n’ai pas su quoi répondre. Tu étais vraiment en train de me dire que tu souhaitais une relation avec moi ? est-ce que je me berçais d’illusion ou tu me proposais plus qu’une nuit avec toi ? et puis comment ça tu ne voulais pas monter ? comment ça tu partais 15 jours sans possibilité de nous voir, de nous parler ? Je naviguais entre l’euphorie et la déception…

- Bella, est ce que tu veux bien m’attendre encore 15 jours ?

Je t’ai répondu que oui, que nous n’étions plus à 15 jours près.

Tu m’as souri, tu m’as embrassé tendrement et tu es venu m’ouvrir la portière du taxi. Devant ma porte d’entrée, tu m’as serré contre toi :

-Bella attends-moi s’il te plait, crois-en moi, crois-en nous !

Je n’ai pu qu’acquiescer et après un dernier baiser léger tu es remonté dans le taxi.

2 semaines, 2 semaines d’attente, 2 semaines avec l’espoir d’avoir de tes nouvelles même juste un sms, 2 semaines à croire en nous puis à ne plus croire en nous. 2 semaines à t’aimer, à te détester- 2 semaines à ressasser ce qu’il s’était passé ce soir-là.

Le lendemain de ton départ je me suis réveillée bizarrement très tard. À mon réveil j’étais encore sur mon petit nuage de la veille. Même si ton départ pour Dubaï assombrissait un peu mon humeur, j’étais bien décidée à partir de bon pied et je t’ai envoyé un sms pour te dire que tu allais me manquer…et pas de réponse bien sûr.

Tant pis il fallait que je crois en toi, en nous comme tu me l’avais demandé. Tout d’abord je suis allé voir Xavier. Il était étonné de me voir ce jour-là. Il supposait que j’avais dû me coucher tard avec l’équipe et s’attendait à ce que je me repose un peu. Comme toujours pas de réflexion sur le fait que je n’ai pas répondu à ses appels ou sms de la veille. Ni même par rapport à son horrible surprise qui m’avait finalement jeté dans les bras d’Aurélien. Il était vraiment d’une grande patiente avec moi. Ah si seulement ! Je ne savais pas comment lui dire que c’était fini sans qu’il en souffre. Alors j’ai préféré lui dire la vérité.

-Xavier tous ces moments passés avec toi c’était génial. J’aurai aimé que l’on continue ainsi mais ça serait égoïste de ma part de t’imposer cela. Je ne suis pas amoureuse de toi et malheureusement ça ne viendra pas. Et puis je sais que tu es un grand romantique mais moi pas, la vérité c’est que ta petite surprise d’hier soir ça m’a terriblement mis mal à l’aise. J’ai détesté ça. Tu vois c’est à des choses comme ça que je m’aperçois que tu ne sais pas qui je suis au fond de toi.

- contrairement à Aurélien ?

- c’est quoi le rapport ? je lui ai demandé abasourdie.

- le rapport c’est qu’Aurélien lui te connait tellement qu’il n’aurait pas fait cette erreur. Mais je ne suis pas Aurélien. J’espérais qu’avec moi tu réussirais à l’oublier mais je constate que non. Dès la 1ère fois où je t’ai aperçue avec lui j’ai su que tu étais amoureuse de lui et que tu ne l’oublierais jamais pour moi ni pour un autre d’ailleurs, j’aurai dû suivre mon instinct. J’espère que tu ne te trompes pas en le choisissant lui.

Je l’espérais aussi. En 10 mois nous n’avions quasi jamais parlé de toi mais Xavier avait réussi à cerner mes sentiments pour toi. J’étais vraiment transparente.

Dans les films celui qui abandonne demande toujours à l’autre s’ils peuvent rester amis. Bah là c’est Xavier qui me l’a demandé. Il m’a dit qu’il ne me gardait aucune rancœur et que si je n’étais pas bien je pouvais l’appeler pour aller boire un verre entre amis. Et ça m’a fait du bien de savoir que je pouvais toujours compter sur lui. Après tout, ces derniers mois nous avions été plus des amis qu’un couple. Nos rapports sexuels étaient plus une recherche de contact humain que d’un réel désir. Nous étions des amis en manque d’affection et de chaleur humaine je pense. Plus j’y pensais et plus je me disais que je devrais le présenter à ma copine Anne. Ils étaient tous les 2 très fleur bleue. Affaire à suivre....


Ensuite j’ai fait mes valises pour rejoindre ma famille en Normandie. Un soir autour du feu mon père a commencé à me parler de toi, mon père me parlant de toi !!!!!! incroyable ! bien sur depuis 10 ans ton prénom apparaissait dans des conversations mais j’avais toujours fait attention de ne pas trop insisté sur toi.

- tu sais ma fille je n’interfère jamais dans ta vie privée mais là je commence à m’inquiéter, tu vas avoir 30 ans et tu ne vis que pour ton travail.

- ne t’inquiète pas papa j’adore ma vie. Je suis heureuse entre mon travail et mes amis à Paris. Et puis vous bien sûr.

- tu es sure ? car moi j’ai l’impression que ça fait quelques années que tu attends que ton collègue Aurélien se rende compte de tes sentiments pour lui et franchement je commence à me dire que c’est un vrai idiot de ne pas le voir.

- comment es-tu courant pour Aurélien ? je lui ai demandé éberluée.

- tes yeux pétillent dès que tu parles de lui. Tu es ma fille et je te connais mieux que personne. Même si tu ne nous as jamais parlé de lui franchement, il revient dans chacune de tes histoires, et ta mère et moi voyons bien qu’il te plait. A chaque fois que ton téléphone sonne il suffit de voir ton visage s’illuminer pour savoir que c’est lui.

Et là j’ai tout avoué à mon père.... Toute notre histoire. Depuis notre rencontre à la soirée au bar. Et ça a été son tour d’être estomaqué. Mon père ne comprenait pas pourquoi tu n’avais jamais donné suite à notre 1er baiser ni pourquoi tu n’avais pas annulé ton voyage à Dubaï ou pourquoi tu me donnais pas des nouvelles depuis 1 semaine.

Ça faisait fait tellement du bien de me livrer à mon père. Ça faisait 10 ans que je gardais ça pour moi. Que je traversais ça sans soutien de ma famille. Le reste du séjour mon père m’a interrogé régulièrement sur des nouvelles de toi et à chaque fois ma réponse était négative. Il ne comprenait pas et moi non plus j’avoue. J’essayais de croire toujours en toi mais j’avoue que c’était chaque jour de + en + difficile. Dubaï ce n’était pas non plus un pays déconnecté complétement.

Le reste du séjour s’est très bien passé. Ma mère était ravie de m’avoir près d’elle aussi longtemps. C’était si rare. Alors je faisais tout ce qu’elle aimait faire : shopping entre filles, petits sablés de noël, décoration de la maison, achat des cadeaux de noël, soins au SPA et bien sûr les pauses thés avec ses copines durant lesquelles elle leur expliquait à quel point mon métier était extraordinaire et me demandait de raconter en détail mes rencontres avec de gens célèbres. ...et à chaque étape mon esprit voltigeait vers toi: devais je t’acheter un cadeau de noël ? est-ce que toi tu allais m’offrir un cadeau ? est-ce que tu aimerais décorer notre maison un jour ? est-ce que tu aimerais avoir des enfants et leur faire des sablés de noël ? est-ce nos pause thés/cafés te manquaient ? est-ce que toi aussi tu vivais ce genre de moments à cet instant ? avec qui partageais tu ces fêtes à Dubaï ? et si l’année prochaine je te demandais de venir dans ma famille est ce que tu aimerais faire tout cela ? et toi à cet instant où étais tu ? est-ce que tu pensais à moi ? est-ce que j’avais rêvé tout ça ?

Les jours passaient et tout se passait à merveille dans ma famille. Ils m’avaient manqué ces derniers mois. Le fait que tu partes à Dubaï et que j’ai aucune envie d’être seule toute la journée à Paris m’avait permis d’être avec eux.

J’ai passé Noel avec ma famille au complet et c’était super. Et j’avais tellement envie de te les présenter un jour.

Pour le 31 j’ai décidé de retourner chez moi. J’étais invitée chez notre collègue Alexis. J’espérais au fond moi que j’aurai des nouvelles à 00h pour commencer cette nouvelle année avec toi à distance ou pourquoi pas dans mes espoirs les plus fous j’espérais même que tu serais présent pour commencer cette année en nous embrassant. Mais aucune nouvelle de toi, même au 12 coups de minuit. Aucune news. !!!! allez je devais croire en toi, en nous.... Encore et encore comme je te l’avais promis !

Nous devions reprendre le travail le jeudi 2 janvier et toujours pas de nouvelles de toi.

Le 1er janvier j’étais sur mon canapé à déprimer un peu je dois l’avouer. J’étais aussi en colère contre toi car jusqu’au bout tu n’aurais pas pris le temps de me contacter malgré tes belles paroles. Le mercredi soir 22h enfin un sms.

SMS : Bella, demain je ne pourrai pas être au bureau. Le Boss est prévenu on se voit à 20h à notre resto ok ?

Voilà 2 semaines d’attente, d’espoir et un sms très sec pour me donner rdv. Comment je devais prendre ça ? tu ne me demandais même pas comment j’allais ? tu me disais pas que je t’avais manqué, que tu avais hâte de me voir. Non rien de tout ça. Juste un sms informatif ? bon ok j’ai décidé de te laisser t’expliquer, dans 22h nous serions enfin ensemble et j’étais sûre que mes angoisses s’envoleraient, enfin je l’espérais.

Le lendemain la journée a passé super vite. Au bureau c’était de la folie. On était tous super excités par notre retour et cette nouvelle année. Les mails s’étaient accumulés et j’avais décroché 3 appels d’offres énormes.

Le Boss était aux anges il en avait presque oublié que j’étais qu’une femme. Ces nouveaux clients allaient lui rapporter 5 millions de marge et à moi 100 000€ de commission. Pas mal le début d’année.

J’ai appelé mon père pour lui annoncer la bonne nouvelle. Il m’a bien sur demandé si tu étais là, et quand je lui ai dit que non et que je devais te voir le soir il m’a conseillé de laisser mon armure chez moi et de m’ouvrir complétement à toi, sans filtre, de ne pas avoir peur de mes sentiments. Je ne pouvais pas m’empêcher de sourire. Il avait tellement raison. Si moi je te montrais pas que je croyais en nous ça n’avancerait jamais.

A 19 h j’étais toujours au bureau. Je pensais vraiment avoir le temps de rentrer me changer mais mes clients en avaient décidés autrement. Heureusement le matin j’avais mis un jean, un chemisier blanc et des boots à talons. Avec une veste en cuir que je gardais toujours au bureau ça ferait l’affaire. Je me sentais bien, je savais que tu me trouverais de toute façon désirable. Tu m’avais vu dans des tenues sales et démodées et je t’avais de tout de même senti attiré par moi. Et comme disait ma copine Anne « ce n’est pas la tenue qui fait l’élégance mais celle qui la porte ! »

A 19h55 j’ai pénétré dans notre resto. J’ai été accueillie par José le patron. Tout de suite il m’a demandé où était le Grand Chef en parlant de toi. Je lui ai dit que tu serais là dans quelques minutes il m’a proposé de boire une coupe avec moi en t’attendant. Nous parlions des fêtes, de sa famille ; il avait 7 enfants et m’a montré des photos. Ils étaient tous beaux. Et je me rendais compte que ça me manquait d’avoir un enfant. Et c’était bien la 1ere fois que ça m’arrivait. Et si j’avais un bébé moi aussi ? est-ce que je serai une bonne mère comme ma maman ou est-ce que je serai trop égoïste pour lui octroyer le temps nécessaire ? est-ce que mes enfants seraient heureux dans ce monde ?

A 20h15 José s’est étonné que tu ne sois toujours pas là. Il connaissait ta rigueur et ta ponctualité. Nous continuions à discuter mais je commençais à jeter des regards réguliers vers la porte et vers mon téléphone.

A 20h35 José devait aller en cuisine. Je me suis installé dans un coin discret du resto. De là je pouvais voir la porte. Je buvais ma 2nde coupe mais le cœur n’y était plus.

A 21h j’ai su que tu ne viendrais pas. Quelque chose s’est brisé en moi. Ces 2 dernières semaines, cet espoir ça avait été ta dernière façon de te jouer de moi.

POURQUOI ? POURQUOI ? POURQUOI ? tu devais vraiment me détester pour me faire ça. Tu avais du beaucoup souffrir pour avoir envie de faire souffrir autant. J’avais toujours essayé d’être bienveillante avec tout le monde alors cette violence que tu m’infligeais était tout simplement incompréhensible.

A 21h15 je me suis levé, je me suis dirigé vers la porte et enfin un sms de ta part.

Une lueur d ‘espoir s’est insinué en moi, juste quelques secondes « désolé Bella je peux pas venir”. Encore un ascenseur émotionnel. Quelle idiote j’étais !

Comment expliquer que j’ai pu survivre aux jours suivants : en sortant du restaurant je suis allé tout droit chez le Boss. Quand il a ouvert la porte il était estomaqué. Je n’avais jamais mis les pieds chez lui malgré ses invitations à des soirées entre collègues. Je lui ai dit de but en blanc que je voulais prendre la direction de la filiale normande. Ça faisait des mois qu’il en parlait au bureau. Il voulait qu’un de ses cadres y aillent pour développer l’activité car le gars en place ne faisait pas l’affaire selon lui. A aucun moment je n’avais parlé de prendre le poste, surement parce que ça m’aurait éloigné de toi, mais là, à cet instant, c’était une évidence : je ne pouvais plus rester dans les mêmes bureaux, dans la même ville, ni même dans la même région que toi.... Je devais partir loin, le plus loin possible pour ne pas devenir folle.

Pendant 1 heure j’ai expliqué au Boss mes ambitions pour la filiale : je lui ai dit que je continuerai à gérer mes gros clients et mes 3 nouveaux clients à distance, et que je ferai les déplacements pour les événements bien sûr.... Le prochain qui exigeait ma présence ne se déroulerait pas avant 3 mois de toute façon. Étonnamment il n’a a pas cherché à me piéger ou à me contredire. Je ne sais pas s’il a senti l’urgence de ma demande ou si finalement mon départ lui convenait mais il a été décidé que dès le lendemain je serai à Rouen pour me présenter aux équipes car il y avait un concert important le soir même.

Il a été décidé que durant quelques mois je serai logée à l’hôtel, payée par l’agence et il a été décidé que je ne demandais pas d’augmentation (très important pour le Boss bien sûr). Et enfin il a été décidé que j’avais 6 mois pour faire mes preuves sinon je réintégrais le siège. Au moment de partir le Boss m’a pris dans ces bras et m’a dit gentiment “ça va aller, je garde la maison, ne vous inquiétez pas” …. Purée j’ai failli pleurer. Je n’avais pas pleuré depuis des années mais à cet instant, sa soudaine sollicitude m’a bouleversé. Je suis partie sans me retourner.

Je suis rentrée pour faire mes valises. Je comptais bien ne pas revenir avant longtemps sauf lorsque je viendrai pour mes évènements, ainsi mon petit appartement que j’aimais tant aller devenir mon pied à terre parisien.

J’ai vidé le frigo, nettoyé l’appart à fond toute la nuit. J’ai chargé ma voiture et à 6h du matin j’ai pris la route. J’ai bien sûr du faire une petite pause au bureau pour vider mes affaires.

J’ai pris soin de ne rien prendre en relation avec toi. Ni ma tasse de thé avec ta photo dessus (idée de notre Boss qui t’avait offert aussi une tasse avec ma photo, un jour pour se moquer de nous les inséparables) ni la photo de nous 2 prise lors de notre 1er jour de l’an sur les Champs Elysées, posée sur mon bureau, ni le plaid que tu m’avais offert pour me couvrir quand je m’endormais sur le canapé de ton bureau les soirs où je t’attendais pour partir et qui était imprégné de ton odeur. J’ai juste mis sur le siège passager la petite orchidée que tu m’avais offerte le jour de mon arrivé. Pour me rappeler que c’est ce jour-là que j’avais mis entre parenthèse ma vie pour toi et surtout pour me souvenir de ne plus jamais le faire.

A 11h j’étais à Rouen. Les équipes avaient été prévenus de mon arrivée. Je pensais que le responsable d’agence serait très contrarié de me voir débarquer mais au contraire il avait été ravi. Francky avait la petite cinquantaine. C’était un mec qui aurait pu faire de la pub pour le GIGN tellement il transpirait l’ancien flic. Il était massif, sportif et quand il parlait on sentait qu’il était adorable et bienveillant avec tout le monde. Peut-être un peu trop pour ce métier.

Il m’a invité à déjeuner et je suis rentrée tout de suite dans le vif du sujet :

-pourquoi tu n’arrives pas à développer Francky ?

- c’est parce que je ne suis pas assez strict avec les équipes. Je les connais tous depuis qu’on est gosses, on a fait nos études ensemble et certains sont même mes anciens collègues de ma période police, du coup je n’arrive pas à me faire respecter, je me sens pas légitime à les commander alors que certains ont plus d’expérience que moi. À chaque événement que je coordonne c’est le bordel : retards, absences, tenues négligées des hôtesses et des mecs de la sécu, et en province les prestataires c’est souvent eux qui font la loi et du coup je ne suis pas bien entouré... et les clients gueulent et notre réputation n’est pas bonne donc on passe pas sur les contrats d’après.

- ok c’est cool de l’assumer. Comment je peux t’aider ?

- j’aimerai que tu reprennes le management totalement. Moi je suis un mec de terrain. Je sais analyser une situation, mettre en place un plan, obéir aux ordres, exécuter ... mais je ne sais absolument pas manager, ni faire respecter le rétro planning aux prestataires ou négocier avec les clients.

- ok Franky. Voilà ce que je te propose. Officiellement tu restes le chef d’agence. Moi tu me présentes comme l’audit venu du siège pour améliorer les process. Ainsi je me fais une idée en interne des éléments perturbateurs et après on trouve des solutions ça te va ? je serai ton support administratif et je m’occuperai aussi des relations commerciales. Et puis on va faire une nouvelle sélection de prestas, après tout n’y a pas que Rouen. S’il faut j’irai chercher des gars plus loin.Ce que j’aimerai à moyen terme c’est que tu réussisses à reprendre en main les équipes car moi ce n’est pas mon métier. Donc une fois que j’aurai fait du ménage dans les équipes, que j’aurai redoré notre image et que nous croulerons sous les contrats je repartirai sur un autre poste en te laissant un bateau à flot. Ça te va ?

- oui super. C’est parfait. Mais tu penses que ça va se faire facilement et rapidement ?

- euh non je pense pas. En toute honnêteté, mais j’ai de la patience, j’ai beaucoup de temps à consacrer à mon travail et je ne suis pas pressée de partir d’ici. Donc si on collabore étroitement et que tu me fais confiance ça va le faire. Tu verras d’ici l’été on aura déjà montré nos preuves au grand Boss.

Les 1ers jours à l’agence ont été intenses. En toute honnête je n’ai pas pensé à toi ou très peu. J’étais focus sur mon objectif. J’ai à peine lu les sms que tu m’as envoyé me demandant de t’appeler, j’ai rejeté tous les appels de ta part. non par colère (je n ‘en étais plus là), non juste parce que j’étais à fond dans mes nouvelles fonctions et que pour une fois tu passais au 2nd plan.

C’est seulement le vendredi matin de la semaine suivante que j’ai réalisé que la semaine était déjà passée. C’était l’heure de la réunion hebdomadaire au siège et pour la 1ère fois en 10 ans je la ferai à distance.

Je me suis connectée au lien TEAMS et le Boss a annoncé mon arrivée. J’entendais tout le monde me saluer et faire des blagues sur mes nouvelles fonctions, sauf toi.

J’ai répliqué avec légèreté et avec un tout nouveau sentiment de liberté. Toi je ne t’ai pas entendu une seule fois. Sur l’image je te voyais adossé à ta chaise avec ton bras sur ce qui était ma chaise avant, les jambes allongées en mode détente totale. A part quand le Boss t’a demandé de parler de tes clients tu n’as pas dit un mot. Étonnant quand on te connaissait. Par compte moi j’étais très détendue. Comme si être loin de toi me permettait de me libérer.

La réunion s’est terminé 2 heures plus tard et j’avoue qu’on avait bien rigolé même à distance. J’avais annoncé que je me donnais 6 mois pour réussir le pari et tout le monde avait trouvé ça courageux de ma part de partir. Le Boss avait précisé que nous ne devions pas oublier la soirée annuelle organisée pour tous nos clients, dans 1 mois. Évidemment nous devions en faire venir le plus possible, c’était une méthode selon lui pour garder nos clients.

J’avais oublié cette soirée et je me demandais comment m’y dérober. Aucune envie de revenir même dans 1 mois ça serait trop tôt pour te revoir. Le Boss nous avait dit de venir accompagné. Tu avais toujours été mon + 1 et moi ta + 1 mais pas cette année. Il allait falloir que je trouve quelqu’un et vite.

L’avantage des petites villes comme Rouen c’était que les nouvelles allaient vites. Le weekend suivant des anciens potes m’avaient déjà invité chez. Je n’avais absolument pas envie d’y aller mais à choisir entre une soirée supplémentaire devant ma TV et une soirée à rencontrer de nouvelles personnes je cédais et rejoignais la bande de filles de mes années lycées.

Et ce jour-là j’ai fait une rencontre merveilleuse. Vous voyez Marc Saint James dans la série Uggly Betty ? bah le même. Une langue de vipère mais un cœur d’or. Le copain gay que nous rêvions toutes d’avoir.

Après quelques cocktails à base de champagne et de fraises dans un bar de la célèbre Place du Vieux Marché de Rouen, avec Mickael (que je décidais tt de suite de surnommait Saint James et lui Mandy comme dans la série) nous nous sommes installés dans ma chambre d’hôtel pour papoter entre filles comme il disait.

Il m’a posé de milliers de questions, il s’intéressait vraiment à moi et je m’apercevais que finalement le seul ami que j’avais c’était toi. Sauf que je ne pouvais parler de toi à toi ! ça aurait été hilarant de le faire. Me plaindre à mon ami Aurélien de mon amour non réciproque pour Aurélien. Hilarant !!!

Saint James voulait tout savoir, il creusait, il savait écouter et posait les bonnes questions et je me suis livré à lui comme jamais je m’étais livrée avant.

Je lui ai dit tout ce que je ressentais, sur le mal que tu m’avais fait et enfin j’ai accepté mon statut de femme bafouée, trahie, humiliée, de femme fragilisée. Grâce à lui j’ai pleuré, pleuré, pleuré pendant des heures. Toute la nuit nous avons regardé des films et j’ai pleuré. Tout me rappelait toi et je pleurais.

Tous les gestes de tendresse de Saint James me ramenaient vers toi et je pleurais... Saint James que je connaissais depuis à peine 12 heures était là. Et toi tu ne serais plus jamais là. Il m’a demandé de transférer toute l’attention que j’avais pour toi sur moi et il avait raison. Je ne pouvais plus vivre à travers toi, pour toi. Je devais vivre plus pour moi. Je devais m’aimer plus et t’aimer moins.

Ce weekend là il ne m’a pas lâché une seconde. Il est resté près de moi. Il m’a dit que je devais verser toutes les larmes que je m’étais interdit de verser ces 10 dernières années et je l’ai fait. En regardant des comédies romantiques ou en écoutant des musiques tristes et j’ai fini par ne plus avoir de larmes. Plus de larmes mais plus de colère non plus. Comme si tout était retombé. Comme un bien être. J’ai su que tout irait mieux, que je pouvais te revoir et que cette relation toxique que l’on s’imposait depuis des années ne pourrait plus jamais revenir comme avant.

Les semaines suivantes sont passés à une vitesse incroyable. Entre les équipes à rencontrer, à reformer ou à évincer si besoin. Les recrutements de nouveaux effectifs et de nouveaux prestataires. La gestion des évènements en cours. Les rencontres avec des prospects et rassurer nos clients actuels, de 6h à 22h j’étais en mission. Et quand j’avais un peu de temps c’était Saint James qui était là. Après notre weekend de pleurs intensifs nous avions décidés d’un commun accord de ne plus aborder ton sujet. Et ça m’allait très bien. Ce rythme entre le travail et Saint James me convenait parfaitement. Je m’écroulais de fatigue le soir. Je m’épanouissais tellement loin de toi que j’en étais venu à me dire que la vraie moi c’était sans toi.

Quelques jours avant la soirée clients j’en parlais à Saint James. Je voulais qu’il vienne avec moi.

- écoute moi Saint James, chaque année ma société organise une grosse fiesta pour tous nos clients. C’est notre façon de les remercier pour leur confiance. C’est toujours très haute gamme et j’aimerai cette année que tu sois mon +1. Je risque de devoir te laisser seul souvent car j’ai au moins 50 clients qui seront présents et qui voudront me parler mais pour plusieurs raisons j’ai besoin que tu sois là. Ça se déroulera au Grand Palais cette année.

- Attend mais oui carrément je viens. Je rêve d’une soirée parisienne depuis toujours, s’est exclamé SJ.

- avant que tu prennes ta décision il faut que je te dise pourquoi je veux que tu viennes. Tout d’abord je dois absolument être accompagné mais je ne veux pas que “tu sais qui” penses que je suis accompagné d’un mec qui pourrait être mon mec. Ça ferait la fille qui est désespérée, qui a cherché dans ses vieux contacts un mec pour l’accompagner et essayer de le rendre jaloux. Et avec toi aucune chance qu’il pense ça. Ensuite je ne sais pas comment ces retrouvailles vont se passer, ça fait 1 mois que je ne lui ai pas parlé et même s’il n’a plus essayé de me joindre depuis longtemps je suis persuadée qu’il va chercher mon contact et moi le sien d’ailleurs. Qu’est-ce que tu en penses ?

- Je viens. Je serai ton garde du corps, et je t’empêcherai de l’approcher, et de boire aussi car je sais à quel point l’alcool peut rendre amoureux .... Mais j’ai quand même une question importante avant d’accepter : comment on s’habille ? il a hurlé d’excitation.

Et voilà, comment nous avons basculé dans un épisode de “Sex and the city”. Tous les jours Saint James m’apportait des tenues à essayer pour le grand soir. Je ne sais pas où il se procurait ça mais à chaque fois c’était des vêtements sublimes. Et chaque soir autour d’une coupe de champagne nous organisions des essayages dans ma chambre d’hôtel. Parfois des copains s’incrustaient et ça finissait en soirée de défilés fashion. Avec Saint James tout était si drôle, si fun, si facile !

Le jeudi soir enfin j’avais trouvé la robe parfaite : une longue robe bustier verte, échancrée sur la longueur de la jambe droite. Évidement sans le soutien de SJ je n’aurai jamais osé mettre une telle robe mais en voyant sa réaction je me suis laissé persuader.

- Tu es magnifique. On croirait une princesse moderne. Avec tes escarpins à lanières dorés et juste des petites pendants d’oreille ça sera super. Et la coiffure ? je te ferai un chignon banane- je suis doué pour ça.

Nous avons décidé de partir pour Paris dès le vendredi. Mon appartement n’ayant qu′1 chambre nous partagions le même lit, de toute façon à l’hôtel SJ dormait très souvent avec moi.

SJ voulait tout voir de Paris alors nous avons fait un tour de Paris by Night en TUKTUK.

SJ était rayonnant ici. Il pouvait exprimer son excentricité encore plus qu’en Normandie. Il s’extasiait de tout et moi ? bah moi j’étais blasée et triste. Peut-être était-ce ta proximité ou peut-être parce que nous avions déjà vu tous ces endroits ensemble mais je n’arrivais pas à te sortir de ma tête. La Tour Eiffel : jour de l’an chaque année avec l’organisation du feu d’artifice / Trocadéro : concert d’un DJ très connu / Notre Dame : le lancement d’une campagne pub / les Champs Elysées : tellement d’événements dont le 14 juillet ....

En rentrant chez moi je me suis enfermée dans la salle de bain pour pleurer.

- tu n’as pas besoin de te cacher pour pleurer ma belle, m’a dit SJ en me prenant dans ses bras au moment où je sortais de la salle de bain. J’ai bien senti toute la soirée que tu n’allais pas bien. Et je savais que ça se passerait ainsi. Pas évident pour toi de revenir dans des lieux que tu associes à lui. Pas évident de le savoir si proche. Et pas évidement de te dire que tu pourrais aller le voir en moins de 10 minutes. On va se faire une séance de pleurs intensifs tous les 2. Moi je vais pleurer sur les enfants que je n’aurai jamais puisque je suis gay, sans homme sérieux à mon actif en 28 ans et toi tu vas pleurer sur cette relation qui n’a jamais pu aboutir. Et après plus de pleurs, demain je te veux fraiche et rayonnante. OK ?

-ok SJ. Merci d’être là.

Quel meilleur moyen que de la musique triste pour pleureur. Tout y est passé : Céline Dion, Lara Fabian, Francis Cabrel. Mais celle qui marchait toujours te concernant c’était “je te promets de Johnny », cette chanson m’a toujours fait penser à toi car les paroles c’était vraiment ce que nous avions vécu. Toutes tes promesses non tenues. Et cette chanson nous l’avions écouté lors d’un concert de Johnny. Tu me tenais dans tes bras et ce fut un des meilleurs moments que nous avions vécus, peut être le + beau pour moi.

Au bout de 2 heures, plus de larmes. Nous sous sommes endormis en nous promettant de profiter à fond de notre weekend ici.

Le samedi matin nous sommes partis pour un brunch dans le Marais. SJ ne savait plus où donner de la tête. Il était très regardé par les autres gays du quartier. Même le serveur lui avait donné son numéro en lui faisant promettre de l’appeler le soir après notre soirée de gala.

Après une très longue balade dans les rues de Paris nous sommes rentrés pour nous préparer. Enfin SJ me préparait et moi je commençais à me concentrer pour le soir : je révisais mes fiches pour ne pas faire d’impair avec mes clients. Qui était qui ? la femme qui accompagnait mon client était-elle l’officielle ou une passagère et avais-je déjà rencontrer cette personne ? quels clients étaient susceptibles de me parler de travail et y avait-il des projets en cours sur lequel je pourrais apporter un conseil qui me permettrait de me positionner ? heureusement SJ travaillait en silence. Il m’a coiffé, m’a maquillé et m’a même passé ma robe. Je savais qu’il avait l’impression de jouer à la poupée donc je le laissais faire.

S’il savait qu’avant lui mes préparatifs ne me prenaient jamais plus de 15 minutes ? il ne comprendrait pas, lui qui passait minimum 1 h à se préparer, juste pour aller chercher le pain.

A 19h nous étions prêts. Même si la soirée démarrait à 20h, SJ refusait que l’on y aille avant 21 h. Pour faire une entrée comme dans les films. Il voulait son moment de gloire comme il disait.

Alors pour passer le temps je l’ai emmené en bord de Seine. J’avais apporté une bouteille de champagne et 2 coupes.

- SJ je veux te remercier pour tout ce que tu fais pour moi. Pour ta présence. Pour ton soutien. Ça fait 1 mois que nous nous connaissons mais pour moi c’est une évidence : tu es mon âme sœur amical. Je n’aurais jamais pu rêver meilleur ami. Je t’aime. Tu fais de moi une meilleure personne. Quelqu’un qui m’apprend à exprimer mes sentiments et j’adore ça, même si je pensais avant que seuls les faibles le faisaient.

- Bon ma belle je suis d’accord avec toi mais please arrête sinon tu vas faire couler mon mascara.

Nous sommes restés en silence à regarder Notre Dame au loin.

A 20h45 c’était le moment de partir. Plus d’alternative possible je savais que dans quelques minutes je te verrai. J’avais de plus en plus de mal à respirer. Nous montions les marches du Grand Palais, mon souffle se faisait difficile, nous pénétrions dans le hall ma tête tournait, j’ai donné mes affaires au vestiaire et j’ai à peine pu remercier l’hôtesse que je connaissais pourtant et enfin nous étions devant la porte de la grande salle. SJ m’a pris le bras et m’a dit :

- quelle classe d’entrer avec la plus belle femme de la soirée à mon bras, mon père serait fier. Je vais faire des jaloux c’est sûr ! mais purée j’ai le trac.

J’étais incapable de répondre mais j’ai sourie... il savait toujours faire redescendre la pression, comme s’il était connecté directement à mon cœur. Et c’est que je ressentais quand nous étions ensemble à l’époque toi et moi.

Nous sommes entrés.... Et effectivement notre entrée a été très remarquée comme SJ le voulait.

J’ai senti de nombreuses têtes se tournaient vers nous mais le 1er que j’ai vraiment vu ce fut toi.

Toi dans cette tenue de soirée, si élégant, si beau, si charismatique, si animal. Mon cœur battait à tout rompre, je n’arrivais pas à détacher mes yeux des tiens. Ton visage était fermé, tendu, presque furieux. Tu t’es avancé vers moi, je t’ai vu éviter des personnes qui essayaient de t’intercepter et même en bousculer quelques-uns, tu fonçais entre les convives. Je savais que l’impact entre nous aller être intense alors j’ai décidé de dégoupiller la situation, de reprendre la main.

J’ai resserré ma main sur le bras de SJ, je t’ai sourie de la plus belle des façons et nous nous sommes avancés vers toi. Tu as à peine eu le temps de comprendre que j’avais bougé et tu t’étais retrouvé un peu déstabilisé de me trouver si près d’un coup :

- Salut toi ! comment vas-tu ? la soirée a l’air super !!! tu es arrivé y a longtemps ? tu es superbe dans cette tenue. Ah mais j’ai oublié de te présenter mon ami de Rouen, Saint James.

Je t’ai abreuvé de mots, technique acquise au fil des années pour calmer un client mécontent. Je voyais bien que tu étais incapable de me répondre, tellement persuadé que j’allais t’éviter ou te faire gueule ou pourquoi pas te faire une scène. Mais être aussi charmante et détendue avec toi ça tu ne t’y attendais pas. Tu as fini par me lâcher des yeux pour te fixer sur SJ. Tu l’as détaillé et “mon dieu” ce que j’aurai détesté être à la place de SJ à ce moment-là ; Mais lui n’a pas bronché et il n’a pas baissé les yeux. Et enfin quand tu as décidé que SJ n’était pas une menace pour toi tu as fini par lui serrer la main.

- bonjour Bella.je suis heureux de te voir ce soir. Ça fait longtemps.

- oh pas tant que ça. À peine 1 mois

- 1 mois et 21 jours pour être exact

- ah oui peut être tu sais les jours passent si vite en ce moment. C’est si intense à Rouen je ne me suis pas rendue compte. Ecoute Aurélien ce n’est pas que je m’ennui avec toi mais on a qu’une soirée pour voir tous nos clients et j’en ai pas mal à voir. On aimerait repartir en Normandie le plus tôt possible ce soir. Tu viens SJ on se trouve un verre et après on fait le tour de l’assemblée pour te trouver un joli cavalier et moi je vais bosser comme ça. En tout cas Aurélien ravie de t’avoir revue et bonne soirée à toi si on ne se recroise pas.

Je ne t’ai pas laissé le temps de me répondre. Nous nous sommes dirigés vers le buffet. Mon corps tremblait de partout, je me sentais au bord de l’évanouissement. SJ s’est penché vers moi

- ne te retourne pas mais putain il te lâche pas de yeux, on croirait une cocote minute sur le point d ‘exploser. Tu as été grandiose. Le mec il est au bord du précipice, tu l’as séché. Pas une trace d’animosité dans ta voix, ni de stress, ni d’émotion de le revoir.... Comme si tu t’adressais à n’importe quel mec.... Je suis fière de toi ma Mandy.

- pourtant je n’ai jamais été aussi mal. Je suis rouge de l’intérieur. Je brule. Vite il faut qu’on trouve de quoi boire et ensuite on sort prendre l’air. Ok ?

Après avoir joués des coudes près du bar nous nous sommes enfin retrouvés sur le balcon extérieur avec nos coupes de champagne. Même si je m’étais promis de ne pas boire plus que de raison pour garder mon calme je dois dire qu’à ce moment-là le champagne m’a fait un bien fou.

- purée j’ai cru que j’allais exploser. Mon cœur battait si fort que j’avais l’impression que tout le monde l’entendait, quand je l’ai vu s’approcher j’ai paniqué. J’avais peur de bégayer ou de m’évanouir. Imagine !

- moi je t’ai trouvé magistrale petite Mandy. Par compte tu avais oublié de me dire que ton ex était si sexy. Je t’assure il m’a donné chaud.

- arrête de l’appeler comme ça. C’est juste un collègue dont je suis tombée idiotement amoureuse. Il s’est jamais rien passé. Mais c’est vrai qu’il n’est plutôt pas mal. Surtout ce soir. J’ai toujours adoré le voir en chemise blanche.

- PAS MALLLLL ? tu rigoles ou quoi ? il est entré directe dans le club très fermé des chauves sexy. Entre Franck Gastambide et Jason Statham. Je comprends mieux pourquoi tu te sentais comme une poupée près de lui. Il est si impressionnant et charismatique que tout le monde se sentirait petit près de lui.

- ouais pourtant il n’est pas si grand. À peine 1.85 cm mais j’ai toujours l’impression d’être minuscule près de lui.

- tu sais ma Mandy que je suis sans filtre et que je dis toujours ce que je pense alors ne le prend pas mal mais vous auriez fait un superbe couple et de magnifiques enfants s’il avait été moins con.

- arrête tu vas me faire pleureur. Tu crois que je vais finir un jour par l’oublier et faire ma vie avec un autre ? j’ai tellement envie de vivre des choses en couple., je lui ai demandé avec un sanglot dans la voix.

- bien sûr, fais-moi confiance. Dans pas longtemps tu recouleras avec un gentil normand et du coup tu resteras près de moi toute ta vie et on fera des sortis à 4 car moi je viens de repérer un petit mec tout mignon. Regarde discrètement à droite du buffet. Il porte une tenue blanche.

J’ai failli en lâcher mon verre. Il parlait d’Alexis, ton assistant. Alexis à qui tu avais failli mettre une raclée parce qu’il s’était assis près de mois dans le canapé au début de son contrat.

- euh tu es sur qu’il est gay ? j’ai dit plus que ravie de changer de sujet.

- petite Mandy j’ai un radar à gay alors oui à 100000% il est gay. Tu le connais ?

- oui c’est l’assistant prod de “tu sais qui “. Il est en charge de tout son booking. Et dans ce métier si veux être le meilleur tu dois avoir le meilleur booker. Un qui sache lire en toi. Et j’avoue qu’Alexis est très doué avec lui. Après moi je pense que c’est celui qui le connait le mieux.

-ah mais de mieux en mieux ça. Comme ça après une nuit sur l’oreiller il pourrait me dire des trucs sur ton ex.

J’étais morte de rire. Rien qu’imaginer SJ avec Alexis parler de toi… Je trouvais tellement cela improbable et en même temps j’avais bien envie de savoir ce que tu avais fait ces dernières semaines. Si mon absence t’avait un peu chamboulé ou pas. Sans étonnement aucun de nos collèges n’avait parlé de toi. A chaque fois ils se contentaient de me demander si j’allais bien et si ça se passait bien. Aucun n’avait osé faire mention de cette soirée de noël, celle où tu avais annoncé à tous que nous étions ensemble. Soit tu les avais menacés pour qu’ils en parlent plus jamais soit tu étais tellement dans des mauvais jours qu’ils avaient peur pour leur vie s’ils en parlaient.... Et je t’avoue que j’étais soulagée d’être loin de tout ça.

La soirée se passait très bien. Mes clients étaient ravis de me voir et je dois dire que ma tenue faisait son petit effet.

A ma grande surprise 4 clients m’ont proposé d’aller boire un verre ou même diner. L’un d’entre eux pensant que nous étions en couple depuis plusieurs années m’a demandé si un mariage était prévu. Et dès que je lui ai dit que n’étions pas ensemble, a enchainé en me disant que je méritais bien mieux que toi et qu’il était ravi de voir que j’en avais pris conscience. AH s’il savait !

SJ a tout fait me tenir éloigné de toi, dès que tu étais dans les parages il me prenait le bras pour m’emmener loin de toi. J’essayais de ne pas te chercher du regard, je me sentais pas encore prête à une confrontation mais j’avais tellement envie de sentir encore ta force, juste une dernière fois avant de partir.

Vers 1h du matin j’avais mal aux pieds et je n’en pouvais plus de toute cette agitation et avant que le groupe de musiciens commence à ambiancer tout le monde je voulais partir. Le problème c’est que je n’avais toujours pas salué le Boss alors je suis partie à sa recherche. Je redoutais de tomber sur toi mais je ne trouvais pas convenable de partir sans le saluer.

SJ était en grande conversation avec Alexis près de l’orchestre et je n’avais pas envie de les déranger. Si seulement SJ pouvait rencontrer quelqu’un de bien. Il le méritait tant. Et je sentais qu’il n’était pas prêt à partir, lui irait jusqu’au bout de la nuit. Et Alexis était incontestablement sous son charme.

En arrivant près du balcon j’ai enfin repéré le Boss. Il parlait avec quelqu’un que je ne voyais pas car caché par le rideau extérieur. En m’approchant je me suis aperçue que c’était toi. Le ton était assez agressif entre vous. Vos visages étaient fermés. J’ai voulu faire demi-tour et prendre la fuite mais le Boss m’a intercepté :

- Eh bien la plus belle femme de la soirée nous fait l’honneur de sa présence !!!

J’étais comme un lapin pris dans les phares d’une voiture. Je ne pouvais plus reculer.

-je me demandais si j’allais enfin vous voir

Sur cette phrase il m’a donné l’accolade.

-vous savez que vous me manquez, vous ! je ne pensais pas vous le dire un jour mais au bureau c’est bien triste sans votre joie de vivre et votre sourire, n’est-ce pas Aurélien ?

J’étais estomaquée. Pourquoi cette gentillesse d’un coup ? je me méfiais de lui mais il avait l’air sincère pour une fois.

- j’espère que je ne vous ai pas interrompu ?

- bien sûr que non. Au contraire un peu de douceur, ne fera pas de mal. N’est-ce pas Aurélien ?

Pour la 2nde fois il te demandait ton avis mais tu ne disais toujours pas un mot ; je me suis donc tournée légèrement vers toi. Je te connaissais suffisamment pour savoir que vous veniez d’avoir une vraie engueulade et que tu étais furieux de me voir débarquer. Ta veine sur la tempe palpitait, tes yeux lançaient des éclairs et tu avais du mal à respirer. Pour quelqu’un de l’extérieur tout cela serait passé inaperçu mais moi je te ressentais, je te sentais depuis tant de temps. Ce mois et demi de séparation ne m’avait pas fait oublier toutes ces sensations. Après quelques secondes tu as enfin repris le dessus.

- oui bien sûr c’est toujours un plaisir de te voir. Surtout après tant de temps.

- ah bon. Vous voulez dire que vous ne vous êtes pas revu depuis votre départ ? est intervenu le Boss. Pas même un petit resto ?

- non monsieur. Nous avons été débordé l’un comme l’autre. Pas une minute à nous et encore moins pour un resto.

Tu ne me lâchais pas des yeux. Je savais, et tu savais que le Boss nous avait lancé sur ce sujet pour foutre la merde. Et tu savais que ma réponse était pour te reprocher de n’être jamais venu à notre rdv. Même si je l’avais dit sur un ton léger tu avais su percevoir le reproche dans ma voix.

- mais alors vous devez avoir de nombreuses choses à vous dire. Et du temps à rattraper. Allez je vous laisse le temps d’aller au bar. Souhaitez quelque chose à boire ?

- euh je vais venir avec vous Monsieur.

- mais non voyons. Restez ici je reviens dans 5 minutes. Une coupe ?

- oui merci

- ne faites pas de bêtises, papa revient !

Voilà il était parti. Mais quelle idiote. Je m’étais laissé piégée par notre Boss. Je le connaissais pourtant assez pour savoir que ce genre de situation était un vrai plaisir pour lui. J’aurai voulu fuir mais j’allais bientôt avoir 30 ans tout de même, j’avais passé l’âge de me comporter comme une enfant. Allez du courage !

J’ai levé les yeux vers toi. Nous sommes restés ainsi pendant au moins 1 minute et c’est très très long dans un silence absolu. Pas une parole, pas un geste. Juste nos regards accrochés par un fil invisible et pendant un instant toutes mes bonnes résolutions se sont envolées. J’avais envie de me jeter dans tes bras et tout reprendre comme avant. Je voulais te dire que j’avais menti que tu m’avais manqué constamment, que j’avais compté chaque minute passée loin de toi, que je ne pouvais pas me coucher sans penser à toi, que je me sentais comme orpheline sans toi. J’avais envie de tout te dire et sans la sonnerie de ton téléphone je crois que j’aurai craqué.

Je t’ai vu le saisir pour décrocher, j’en ai profité pour m’éclipser, j’ai commencé à faire demi-tour pour te laisser seul. Mais avant de pouvoir entrer dans le hall tu m’as attrapé par le bras

- Bella attend ...

Ta voix m’hypnotisait, je ne bougeais plus, je ne me retournerais surtout pas vers toi car je te sentais près de moi, trop près de mois ... je pensais que tu allais te lasser et me lâcher si je ne faisais pas un mouvement. Je devais fuir, pour mon bien être mental je devais m’éloigner de toi. Qu’est-ce que j’avais pu être bête de croire un seul instant que j’étais guéri de toi, que j’avais oublié ces sensations magnifiques. Et encore et toujours cette odeur envoutante : un mélange de ta peau chaude, de lessive et de parfum....

- Bella je suis désolée ....

Et là tout s’est fracassé. J’ai eu envie de te détruire, de te faire mal au même titre que ce que tu m’avais fait. J’ai ôté ta main de mon bras, je me suis planté bien face à toi et droit dans les yeux j’ai commencé d’une voix dure :

- 4 ça commence à être récurrent chez toi

- 4 quoi ? tu étais étonné de ma réponse.

- 4 fois que tu t’excuses. J’ai l’impression que tu passes ta vie à ça non ?

- je ne comprends pas Bella

- alors déjà arrête de m’appeler Bella, je suis ta collègue donc les petits noms ne sont pas de rigueur. Je suis Ella, seulement Ella. La 1ere fois tu t’es excusé parce que tu ne pouvais pas assumer de m’avoir embrassé dans mon bureau, la 2eme fois tu t’es excusé de ne pas monter chez moi avant de me planter pour partir sans disant à Dubaï, la 3eme fois tu t’es excusé pour m’avoir planté comme une conne au resto et là pourquoi tu t’excuses en fait ? tu t’excuses de toujours t’excuser ? tu sais quoi Aurélien si tu ne veux pas t’excuser arrête de faire n’importe quoi avec les gens et surtout avec moi. Je ne suis pas, je ne suis plus ton jouet.

Je m’étais exprimée d’une voix calme et posée. Celle que je prenais quand je sermonnais un membre de nos équipes. Et ça tu le savais. Je voulais que tu te sentes diminué. Je ne levais pas la voix pour rester discrète sur ce qui se passait entre nous à cet instant, j’avais été assez souvent le dindon de la farce en public grâce à toi ; Plus d’humiliation, pas d’esclandre, pas de grande déclaration et de promesses non tenues devant les autres.

Tu étais comme choqué. Tu as penché légèrement la tête, tu avais l’air perplexe, blessé. Tes yeux brillaient comme jamais avant. Quand tu as repris la parole c’était d’une voix tendue et dure.

- Ok donc c’est ça nous ? ça fait 1 mois et 21 jours que nous ne nous sommes pas vus, pas parlés, et c’est tout ce que ça te fait ? tu me calcules pas de toute la soirée et tu essaies de t’échapper dès qu’on se retrouve enfin seuls. Dis-moi que tu réagis comme ça parce que tu m’en veux Bella, que tu es en colère.

- Je ne t’en veux pas du tout. Pourquoi je devrais t’en vouloir ? aurais tu fais quelque chose susceptible de me faire souffrir ? plus que d’habitude je veux dire ? non rien de pire finalement. J’ai juste réalisé en m’éloignant que nous n’étions rien de plus que des collègues. Certes plutôt efficaces en binôme mais c’est tout.

Je t’ai vu reculé d’un pas, ton visage s’est de nouveau fermé.

- ok donc si tu es parti c’est à cause de moi ?

- non c’est grâce à toi !!!! merci d’ailleurs je suis enfin heureuse.

- en gros c’est moi qui t’empêchait d’être heureuse. C’est ce que tu essais de me dire ? c’est ce que je dois comprendre ?

Tu t’es rapproché très près de moi, ta voix était tempétueuse, tu étais dangereux à cet instant et je le savais.

Je ne me suis même pas donné la peine de te répondre. Je t’ai planté là et suis partie directement de la soirée.

Dans un nuage j’ai dévalé l’escalier central, me suis dirigée vers le vestiaire. L’hôtesse a eu la gentillesse de m’appeler un taxi car j’étais incapable de le faire à ce moment précis et c’est seulement quand je me suis retrouvée seule dans la rue je me suis rendue compte que je pleurais. Je me sentais vraiment démunie et abattue.

Une femme d’une cinquantaine d’années s’est approchée, elle s’est postée près de moi.

- mademoiselle vous vous sentez bien ?

- oui j’attends juste mon taxi, merci

- je vais rester à attendre avec vous. Ce n’est pas prudent de rester seule surtout quand on est jolie comme vous. Et puis moi aussi il faut que je trouve un taxi.

- c’est très gentil de votre part. ça ne devrait pas tarder. Si vous voulez on partage le taxi. Moi je ne suis pas pressée on peut vous déposer avant.

- mais oui avec plaisir je vais dans le 17eme. Je loge chez mon fils pendant quelques jours. Lui nous plus n’a pas le moral d’ailleurs.

- ça tombe bien moi aussi je vis dans le 17ème. Désolée pour votre fils. J’espère que ce n’est pas trop grave

- bah une immense peine de cœur. Comme vous si je ne me trompe pas ?

- comment le savez-vous ?

- les signes ne trompent pas. Vous pleuriez sans même vous en apercevoir. Je vous ai vu devant l’hôtesse vous n’arriviez même pas à répondre à ses questions. Et puis je présume que ça ne date pas d’aujourd’hui. Vous avez du beaucoup maigrir ces derniers jours, ce manteau est bien trop large. Comme vous êtes une femme élégante ce n’est pas fait exprès ou alors ce n’est pas le vôtre...

- non vous avez raison. C’est une histoire assez compliquée mais la peine de cœur se déroule sur plusieurs années. Ce soir je souffre plus d’avoir été cruelle que de cette peine de cœur. J’ai voulu faire aussi mal qu’on m’en a fait. Et ça m’attriste.

- voyons voyons vous allez l’air si gentille, ça m’étonnerait que vous puissiez faire mal à quiconque.

- après réflexion, vous avez surement raison. Je m’en fais surement pour rien car lui n’a pas de cœur, c’est un monstre. Je suis sûre que là tout de suite il est déjà passé à autre chose. Surement en train de danser avec la fille la plus vulgaire de la soirée. Au final c’est moi que je fais encore souffrir. Je suis trop bête. Et votre fils il va s’en remettre ?

- je ne sais pas pour être honnête. Il est tellement comme son père : buté, orgueilleux, fière et handicapé des sentiments.

J’ai éclaté de rire. Handicapé des sentiments. Ça t’irait tellement bien à toi cette expression. Et à moi aussi par la même occasion. Au lieu de te dire que je t’aimais je t’avais blessé. En espérant me sentir mieux et c’était un échec total.

- oui je sais vous vous dites que je suis dure comme mère mais écoutez donc. Depuis des semaines il se lamente sur cette relation qui ne fonctionne pas et au lieu de régler ses problèmes il gère ceux de sa sœur. Alors oui sa sœur a épousé un con mais il devrait penser à sa vie à lui aussi. Ce soir, après des jours à le tanner avec sa “chérie” j’ai enfin réussi à le convaincre de se livrer et de ne pas tout gâcher. Il doit lui avouer ses sentiments. Je croise les doigts. Il devrait à ce moment précis être en train de roucouler s’il m’a obéis.

- je l’espère pour vous. Pour lui. L’amour faut bien que ça fonctionne des fois.

- oui vous aussi ma beauté vous trouverez le bon, tant pis pour celui qui vous a brisé le cœur et qui n’a pas compris votre valeur. Et puis si mon idiot de fils a encore tout foiré ce soir je vous le présenterai ; vous êtes absolument son style de femme et je vous trouve adorable. Ainsi pas de problème entre la belle mère et la belle fille pour organiser le mariage, elle a dit en s’esclaffant.

Cette femme était super. Elle m’a fait rire et je ne pensais pas que c’était possible. J’ai répliqué avec humour et avec une fausse solennité.

- madame avec grand plaisir. Je serai ravie d’entrer dans votre famille. J’espère que votre fils rentrera ce soir heureux mais dans le cas contraire moi je serai ravie de vous revoir. Je m’appelle Ella. Voici ma carte.

- moi c’est Stéphanie

- enchantée future belle maman

- enchantée future belle fille

Nous nous sommes serré la main et pendant un instant je me suis sentie mieux. Elle m’a comme transmis son énergie.

- je suis arrivée. Merci pour le partage de taxi. Les lumières chez mon fils sont éteintes ça doit être bon signe ça. Enfin j’espère car mon mari va demander le divorce si je ne rentre pas vite. Ça va aller ce soir ? vous n’êtes pas seule j’espère.

- non mon meilleur ami dort chez moi. Il devrait rentrer dans pas très longtemps. Le temps pour moi d’enlever ma tenue de princesse et de redevenir cendrillon.

- allons je suis sûre que vous êtes jolie comme un cœur même en pyjama. Je suis contente de vous avoir rencontré et dès que je serai à Paris de nouveau je vous appel si vous le voulez bien.

- avec plaisir. Vraiment Stéphanie.

Quelle magnifique rencontre. Je t’ai oublié quelques instants. Cette femme m’a rappelé que je n’étais pas la seule à souffrir de mal d’amour dans le monde et qu’il fallait que je me bouge. Plus de pleurs et oublions toute cette soirée.

- Allo Saint James c’est moi.

- Ma Mandy mais où est tu ? on te cherche depuis 1 heure.

- on ?

- oui Alexis et moi ? et sexy boy, qui est comme un fou, il te cherche partout. Il m’a demandé 2 fois de t’appeler mais j’ai refusé. J’ai cru qu’il allait me frapper.

- Ah merde. Désolée de te mettre dans cette situation mais je ne me sentais pas bien du coup je viens de rentrer.

- est ce que ça va ? cet idiot t’a pas mal parlé j’espère sinon je le dérouille.

- non SJ ne t’inquiète pas., j’ai répondu en riant de sa proposition. Merci

- bon j’arrive

-non!!!!! reste à la soirée avec Alexis. J’ai besoin d’être un peu seule si ça ne te dérange pas.

- pas du tout ma belle. S’il te plait ne pleure pas pour lui. Il ne te mérite pas. Tu es la femme la plus merveilleuse que je connaisse.

- merci mon SJ. Je ne pleure pas, je ne pleure plus.J’ai hâte de repartir pour Rouen. Je me sens mieux là-bas

- loin de lui ?

- peut être oui. Bonne soirée SJ et si tu veux rentrer avec Alexis pas de problème je prendrai le canapé.

- non non ma belle on va chez lui. Il habite pas loin et on ne voudrait pas t’empêcher de dormir, il a répondu coquin.

- profite et soyez heureux.

- je t’aime ma Mandy

- je t’aime SJ

Je suis allée me coucher tranquillement après un bon bain, je me suis endormie en repensant à notre échange. Je regrettais de m’être emportée contre toi. Après tout tu ne me devais rien. Après tout à part une potentielle discussion sur notre avenir tu ne m’avais jamais rien promis. C’est moi qui m’était fait des films sur la suite de notre relation. Plus j’y pensais et plus je me disais que j’étais juste une midinette qui avait cru au prince charmant, qui avait voulu te changer en prince charmant alors que toi tu ne voyais en moi qu’un fantasme non réalisé.

Normal avec notre métier, tout était exacerbé. Après une pression énorme au travail, embrasser ou serrer dans les bras, avoir envie d’une collègue ça se comprenait. L’amour c’était autre chose. Probablement que si nous nous étions rencontré en dehors du travail je n’aurai même pas été désirable à tes yeux. Après tout tu étais plus souvent dans les bras de blondes que de brunes. Je m’étais fait des idées pendant des années : ce que je prenais pour des sentiments à mon égard c’était juste un mix entre des relations de collègues, amicales et du désir généré par l’adrénaline de notre métier. Rien de plus.

Vers 4h du matin je me suis réveillée en sursaut, avec une douleur intense au niveau de la poitrine. J’ai pris quelques secondes pour reprendre mon souffle. Quand la douleur a diminué j’ai pris mon téléphone pour t’envoyer un SMS, c’était instinctif, sans aucune réflexion.

SMS : je suis désolée de t’avoir parlé ainsi. Je déteste faire du mal alors à mon tour de m’excuser. Tu es et resteras pour toujours bien plus qu’un simple collègue et tu le sais. Sois heureux s’il te plait, et je le serai aussi.

Voilà je devais le faire. Ce n’était tellement pas moi d’être méchante. Je pouvais me rendormir plus sereinement cette fois.

C’est la sonnette de l’appartement qui m’a réveillé cette fois. Levée dans un brouillard. C’était SJ ! il avait l’air paniqué. Au début je ne comprenais pas ce qu’il disait et enfin mon cerveau a assimilé.

Aurélien était entre la vie et le mort à l’hôpital de Paris. Accident de moto...c’était arrivé cette nuit.

J’ai fait un pacte avec Dieu cette nuit-là : « Dieu je te promets que si tu le laisses vivre je lui dirai la vérité. Je lui dirai à chaque minute, à chaque seconde que je l’aime. Et même si ce n’est pas réciproque je le chérirai sans rien attendre en retour. Je mettrai tout en place pour qu’il ne manque de rien, pour qu’il puisse en finir avec ses démons. Je l’entourerai de mon amour. Je serai présente à chaque minute. Je lui redonnerai confiance en lui. Je le persuaderai d’arrêter ses excès. Je l’aiderai à se reconstruire, à se construire une vie amoureuse. Je l’aiderai à trouver la femme idéale pour lui. Je serai dévastée au fond de moi mais je le ferai. Pour lui ! parce que l’amour c’est ça : se sacrifier pour l’autre »