Chapter 1
Le paysage défilait à une vitesse soutenue. Les feuilles des arbres commençaient à se teindre d'orange et de jaune. Le ciel était couvert et quelques gouttes s'échouaient sur le pare-brise du Pick-Up de la famille Dawson. Une journée pluvieuse, encore une.
Tina s'amusait à faire de la buée sur la vitre côté passager. Ensuite, à l'aide de son index, elle dessinait des petits bonhommes. Un sourire innocent prit place sur son visage à moitié caché par ses cheveux roux. Depuis toute petite, elle adorait faire ces petits dessins éphémères.
James conduisait prudemment. Il regardait par moment sa fille pour voir si elle allait bien. Il fut soulagé de la voir sourire. Malgré le nouveau déménagement, Tina semblait sereine, bien décidée à affronter sa nouvelle vie. Mais au fond d'elle se cachait une peur increvable. Une peur qui avait grandit en même temps qu'elle.
Tina sentit le regard de son père. Elle tourna la tête vers lui pour lui offrir un sourire radieux. Ils n'échangèrent aucun mot, juste des sourires. C'était leur petit truc.
La route fut longue jusque dans le Maine. Le chef de famille venait d'être promu Shérif dans la petite ville de Vallerty. Une occasion comme celle-ci ne se présentait qu'une seule fois dans une carrière. James avait pourtant hésité un long moment. Imposer un énième déménagement à sa fille l'inquiétait. Il ne souhaitait pas la perturber une nouvelle fois, elle avait déjà endurée tellement de choses en dix-sept ans d'existence.
Contre toute attente, Tina avait sauté de joie à la nouvelle de son père. Le rêve de son père se réalisait enfin, elle n'allait sûrement pas gâcher son bonheur. En moins d'une semaine, père et fille firent leurs valises, leurs cartons, quittèrent école et boulot. Puis ciao Chicago ! En route pour Vallerty !
Ils n'avaient de toute façon aucune attache à Chicago. Tina n'avait aucun ami au lycée, James ne s'entendait pas très bien avec ses collègues. Le choix fut vite fait. Ils prirent la route ensemble, confiants de trouver dans leur nouvelle ville d'adoption une belle vie. Une magnifique vie sans nuage.
Tina dessina un Soleil sur sa vitre et ne put retenir un bâillement timide. Son père l'imita mais le fit bruyamment. La jeune adolescente ne put se retenir de rire.
- Tu connais la discrétion ? Demanda Tina en délaissant ses dessins.
- Dit celle qui n'a fait que dormir durant le trajet.
- Je n'ai dormis que deux heures !
- Et moi zéro. Dommage que tu n'aies pas ton permis, on aurait échangé les places.
- Tu tiens trop à ta voiture pour me laisser la conduire.
- C'est pas faux. Rit James en tapotant la cuisse de sa fille.
Le pick-up passa le panneau qui annonçait la ville de Vallerty. Ils approchaient envie de leur nouvelle vie. La ville était entouré par une belle forêt, on aurait pu croire que le haut des arbres chatouillaient les nuages. En passant par le centre ville, Tina colla son visage contre le carreau de la voiture pour pouvoir admirer les boutiques. Elles étaient peintes de diverses couleurs, toutes aussi chaleureuses les unes que les autres.
Les habitants semblaient aimables et se saluaient chaleureusement. Quand les regards se portèrent sur le pick-up de la famille Dawson, Tina se recula au fond de son siège et baissa la tête. Elle remit sa mèche de cheveux convenablement devant son visage.
James remarqua le malaise de sa petite fille et posa sa main sur son genou. Mais la tête de la belle rouquine resta baissée.
- Tu verras chérie, on va être bien ici. Je le sens. Tu vas te faire beaucoup d'amis et ta dernière année de lycée va être la meilleure.
- Tu ne sais pas mentir papa. Soupira Tina.
- Crois moi. Tu vas faire de belles rencontres et t'amuser comme une folle. Tu vas passer tes soirées à faire la fête avec tes amis, connaître ta première gueule de bois ... et j'en passe !
- Conduis au lieu de dire des conneries !
- Surveilles ton langage jeune fille ! Bordel de merde ! S'exclama James, avec un sourire.
Tina se mit à rire de bon cœur. Son père avait un don pour lui transmettre de la bonne humeur. La voiture s'engagea dans un quartier tranquille. De chaque côté de la route se dressaient des maisons au style victorien. Les jardins étaient parfaitement entretenus et des enfants s'amusaient à faire des dessins sur les trottoirs à l'aide de grosses craies de couleur.
James tourna à droite. Ils arrivèrent dans un cul de sac. Le véhicule s'arrêta au fond de la rue, devant une maison peinte d'un rouge délavé. James fut le premier à descendre. Tina vérifia que la rue était déserte avant de s'aventurer hors de la voiture.
Nerveusement, elle remit encore et encore sa mèche devant son visage et alla se poster devant leur nouvelle maison. Les volets étaient tous fermés. Les buissons se trouvant devant méritaient une bonne taille. Heureusement, James aimait jardiner. Il passait ses dimanches à s'occuper de tout dans leur ancienne maison. Il ferait de même ici.
La maison était tout de même très grande pour eux deux. Elle avait un étage et très certainement un grenier. Une cave aussi, peut-être. Tina était impatiente de la visiter. En voyant sa fille sautiller d'un pied à l'autre, James lui tendit les clés.
- Fonce jeune fille. Sois la première à y entrer !
Tina ne se fit pas prier. Elle remercia son paternel et grimpa les marches du perron menant à la porte d'entrée, serrant les clés dans sa main. Une fois déverrouillée, la porte s'ouvrit dans un grincement terrible. Ce son aurait pu être l'annoncement d'un décor terrible, de toile d'araignée au plafond, de la poussière à gogo, de la moisissure sur les murs. Mais non, ce fut tout le contraire.
La maison, même si elle sentait un temps soit peu le renfermé, était d'une beauté chaleureuse. Le parquet brillait et ne grinçait même pas. Les murs étaient peints dans les tons beige. Juste en face de l'entrée se dressait un grand escalier en bois clair. En levant les yeux vers le palier, Tina eut le souffle coupé en voyant un vitrail. On y voyait le dessin d'une rose bleu en son centre. Les rayons timide du Soleil passait à travers, projetant une couleur bleutée sur les murs.
- Wow ... Lâcha Tina.
Subjuguée par cette vue, la jeune adolescente se désintéressa du reste. Elle monta lentement les marches de l'escalier. Arrivée sur le palier, elle s'arrêta devant le vitrail peint. Il faisait toute la hauteur du mur, dans les trois mètres à peu près. La rose se trouvait en plein milieu, brillante et envoutante. Tina ne put se retenir de glisser ses doigts dessus. A vue d'œil, la fleur faisait à elle seule un mètre de longueur, voir plus. Elle était entourée par des feuilles, des branches, des épines. Les détails étaient extraordinaire, les couleurs tellement vives.
- Tina ?
La rouquine se retourna et put voir que son père venait de la rejoindre sur le palier. Ils regardèrent ensemble le vitrail, un sourire fin sur les lèvres. James passa un bras autour de la taille de sa fille unique. Cette dernière laissa choir sa tête contre l'épaule de son père, lâchant un long soupir.
- C'est magnifique. Souffla Tina
- Tu as raison, ce vitrail est splendide.
- Maman aurait adorée.
Père et fille se perdirent soudainement dans un silence lourd de sens. James ne put qu'hocher la tête et presser un peu plus sa fille contre lui. Une boule de tristesse prit place dans sa gorge et les larmes commencèrent à lui brouiller la vue. L'absence de sa femme avait laissée en lui un vide impossible à combler. Chaque réveil sans elle était une épreuve plus que pénible. Mais il s'estimait chanceux d'avoir une fille comme Tina à ses côtés.
Il se sépara de sa fille et lui déposa un baiser sur le front. Il descendit quelques marches avant de se faire arrêter par la voix de Tina.
- Excuses moi papa. Je n'aurais pas dû parler d'elle aujourd'hui.
James se tourna vers elle et la rassura d'un sourire.
- Tu n'as pas à t'excuser Tina. Tu as le droit de parler de ta mère quand tu veux, tu le sais très bien. C'est juste qu'aujourd'hui ... avec le déménagement, la route ... je suis fatigué et légèrement sensible.
Il rit faiblement, essayant de rassurer sa fille. Mais Tina voyait bien dans le regard de son père la douleur et le chagrin. Ils se tournèrent tous les deux vers la porte d'entrée, attirés par le bruit d'un imposant camion.
- Ce sont les déménageurs. Je vais aller les accueillir, profites en pour te choisir une chambre.
- Ok, papa. Je t'aime tu sais.
- Moi aussi je t'aime crapaud.
- Vive le surnom ! Rit Tina.
Cette fois, le sourire de James fut éblouissant en entendant le rire de sa fille. Une fois son père dehors, Tina entreprit d'explorer le premier étage. Il y avait trois grande chambre avec penderie dans chacune d'entre elles. Au fond du couloir se trouvait une salle de bain carrelée, il y avait une grande baignoire au milieu de la pièce.
Tina passa devant un escalier en bois usé par les années. En haut des marches, une porte en bois foncé était fermée. Il s'agissait très probablement du grenier. Elle monta les marches grinçante et posa sa main sur la poignet ronde. Une décharge électrique passa dans sa paume et la fit sursauter. Elle grimaça et recula sa main.
La porte s'ouvrit d'elle même dans un silence de mort. Prudemment, Tina entra. La pièce était spacieuse et très éclairée. Une impressionnante fenêtre ovale laissait passée la lumière du jour. Le plafond était traversé par une grande poutre en bois. Au bout de la pièce, à gauche, se trouvait une grande armoire. Tina alla l'ouvrir. Elle fut déçue en voyant qu'il n'y avait aucun trésor à l'intérieur.
Elle délaissa le meuble et marcha silencieusement dans la pièce. Elle s'y sentait bien, à l'aise. Mais il y avait quelque chose d'étrange. Tina avait l'impression d'être comme ... observée. Elle se dirigea alors vers la fenêtre ronde pour voir si quelqu'un la regardait depuis l'extérieur. Elle ne vit que son père en compagnie des déménageurs. Personne ne levait les yeux.
En ce concentrant davantage, Tina comprit que cette sensation ne venait pas de dehors. C'était bien ici, dans cette pièce. Elle eut le réflexe de regarder de nouveau dans la direction de l'armoire ouverte. Mais il n'y avait rien, juste le vide.
Elle observa la pièce de son regard perçant. Elle était seule. Mais les frissons qui se mirent à parcourir son dos ne voulaient la laisser sur cette idée. C'était comme si son corps voulait l'alerter de quelque chose. Tina ne se sentait pas mal à l'aise, elle était juste préoccupée.
- Tina ? Cria son père depuis l'entrée.
D'un pas rapide, Tina regagna la porte de la pièce et s'arrêta en haut des marches.
- Oui ?
- Les déménageurs vont monter tes affaires ! Tu as trouvé ta chambre ?
A cette question, Tina regarda une dernière fois l'endroit.
- Oui j'ai trouvé !
Tina quitta sa nouvelle chambre. Les marches de l'escaliers se mirent à gémir sous son poids. Quelques secondes après son départ, la porte de la pièce se referma comme elle s'était ouverte : d'elle-même.