Le Petit Secret De Mon Cher Voisin by Mona at Inkitt
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Le petit secret de mon cher voisin

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Summary

Mark a des vues sur son voisin de palier même si pour lui ce n'est qu'un branleur. Il dort toute la journée, sort la nuit et revient souvent bandé. Mais que fait-il réellement ?

Genre
Romance
Author
Mona
Status
Complete
Chapters
1
Rating
5.0 3 reviews
Age Rating
18+

Partie unique

Mark savait parfaitement qu'il était en retard. Son réveil avait sonné déjà deux fois ce matin et la tasse de café posée en urgence sur le rebord de la table à manger avait refroidi. Le jeune homme ne fit pas attention au désordre de la pièce et gagna son armoire. Ses affaires de nuit gisaient sur le sol de sa chambre et le salon de son appartement était un vrai désastre. Il prendrait le temps de ranger demain - c'était ce qu'il s'était dit la veille et même quelques jours, voire des semaines auparavant.

Il se pressa d'enfiler son bas, et trébucha sur un magazine en y arrivant. Puis, il prit rapidement ses clés et son sac dans lequel se trouvaient ses chaussures de sport. Il avait entraînement de football et son coach avait été clair avec lui : « Tu es excellent Jourdan, mais ne va pas t'imaginer que je serais indulgent avec toi si tu rates les entraînements. ». Deux d'entre eux étaient déjà marqués pour ce mois-ci (sans justificatif valable), alors un troisième et il prendrait sûrement la porte au lieu du ballon. Il se hâta et oublia son café sur la table.

En fermant la porte de chez lui, il ne put s'empêcher de jeter un œil sur le palier de son voisin. Le lait frais et le journal livré du matin se trouvaient toujours sur le tapis d'entrée, les deux objets semblaient attendre qu'on ouvre, un peu comme des gamins qui seraient rentrés chez eux trop tard la nuit, sans leurs clés et qui attendaient le sermon parental du matin.

Mark secoua la tête, désapprobateur. Il traînait encore à penser à son voisin. L'objet de son ralentissement, Arthur King était un gars peu commun. Il était du genre à ne jamais être là ou bien dormait jusqu'à 15 heures. Aussi, les rares fois où il l'avait croisé, la conversation n'était jamais allée bien plus loin qu'un « bonjour » et « bonsoir ». Et même si la cause était dû au côté introverti de l'homme, Mark n'y était pas pour rien non plus : car il avait cette fâcheuse manie d'éviter son voisin qui lui faisait, à vrai dire, pas mal d'effet.

Malheureusement pour lui, il faisait partie de cette catégorie incomprise des gens qui évitent les personnes qui paradoxalement leur plaisent. Arthur lui faisait penser à un certain Jughead Jones de la série Riverdale – un charmant jeune homme à l'allure mystérieuse qui en faisait craquer plus d'une et plus d'un. Mark ne pouvait nier la beauté de ses yeux sombres encerclés de longs cils sur un visage à couper le souffle, d'un regard il lui ôtait tout mot de la bouche. Le brun se mordit la lèvre pendant qu'il sortait de l'immeuble, et ce n'était pas tout, Arthur était grand, très musclé, tatoué au moins sur les bras à ce qu'il avait pu voir et bordel, il ne savait pas comment il pouvait atteindre une perfection physique avec une telle fainéantise.

Il secoua la tête. l'heure tournait, et il aurait dû appuyer sur le bouton de l'ascenseur depuis déjà un bon moment ! Il pressa trois fois le bouton lumineux, pesta en voyant le numéro -2.

Vingt minutes plus tard, après une course effrénée, il était devant le stade. Il n'habitait pas très loin, il avait trouvé un appartement à un emplacement pratique dès qu'il avait su qu'il était accepté par l'équipe Doncaster Rovers. C'était probablement la raison pour laquelle il était si souvent en retard. Il franchit la grille du stade.

« Hey Karl ! »

Le gardien leva la tête, éloigna le gobelet de café de sa bouche et vint lui adresser un sourire poli légèrement dissimulé par sa moustache grise. Karl Grunch était un grand bonhomme, encore assez musclé pour son âge mur et au ventre dépassant de sa ceinture. Il avait déménagé lorsqu'il était bien jeune dans cette ville et en était tombé amoureux, et de sa femme aussi, mais il gardait ses petites aventures avec elle pour lui. Il n'avait pas eu une carrière de footballeur très flamboyante mais il avait trouvé un bon compromis en offrant ses services pour le poste de gardien du stade ; c'était pas très bien payé mais il avait pleins de places gratuites.

« 'lut Mark, ils sont déjà sur le terrain. » le salua-t-il.

Le footballeur hocha la tête, pressant le pas jusqu'aux vestiaires pour poser ses affaires. Lorsqu'il arriva enfin sur le terrain, il fut heureux de voir que l'entraînement n'avait pas encore commencé. Il trottina encore un peu, s'avança vers ses coéquipiers qui écoutaient religieusement les conseils de l'entraîneur.

Darren Moore, 45 ans, 1.88m, tout en muscle, était l'entraîneur pro et directeur de Ligue 1 de Doncaster. C'est vrai qu'au premier regard, il inspirait une profonde autorité, mais en fouillant un peu plus, on découvrait un homme charmant, avec des principes et pleins de bonté. Chrétien dévot, Mark savait qu'il avait fait de nombreuses fois preuve d'une charité absolue ; en sachant cela, et en apprenant à le connaître par le biais des entraînements, il avait commencé à lui dévoiler un immense respect.

L'entraîneur donna un coup de sifflet. Toute l'équipe se leva d'un seul et même mouvement, et commença à tourner autour du terrain. Ils couraient pendant huit minutes avant de démarrer les exercices de plots (slalom et autres), les étirements viendraient ensuite et ce ne serait qu'à ce moment qu'ils prendraient un ballon.

Un des joueurs arriva à ses côtés.

« Tu étais à deux doigts de te faire réprimander, lui souffla-t-il amusé.

— Salut à toi aussi Verga », rétorqua le brun.

L'abruti qui se moquait de lui était Antoine Verga, son acolyte de jeu. Ils s'étaient rencontrés lors des qualifications et avaient tout de suite sympathisé. C'était un jeune homme taquin, bien dans sa peau et qui avait le don de cerner les gens en un claquement de doigts. D'ailleurs, son physique avantageux, un grand métis à la barbe bien rasée, semblait lui permettre de déstabiliser n'importe quel interlocuteur.

« Alors avec Caroline, ça se passe bien ? » demanda Mark.

Un sourire s'étira sur ses lèvres et il laissa échapper un « hun, hun » assez satisfait. Caroline, alias Caro pour les intimes, était la dernière copine en date du footballeur. Il l'avait rencontré totalement par hasard dans la rue après qu'elle eut fait tomber son portable à la suite d' un brusque coups avec un connard trop pressé. Il l'avait aidé, crié après l'homme qui avait fait mine de ne rien entendre. Antoine ne l'avait pas laissé filer et lui avait expliqué en quoi consistait une bonne éducation : « Excuse toi auprès d'elle, tu sais combien ces merdes coûtent au moins ? ». Après quoi il s'était confondu d'excuse sous sa colère (il s'excusait plus envers l'homme qu'à la femme) et avait repris rapidement sa route en trottinant. Caroline avait tout de suite apprécié le garçon et avait couru à sa suite pour prendre son numéro. Ils s'étaient revus quelques fois après ça, et de ce que savait Mark, ils s'étaient mis ensemble après un bon mois de flirt.

« C'est quoi hun, hun ? » s'intéressa son ami.

Alors qu'Antoine s'était penché vers lui pour lui expliquer en long en large et en travers sa relation amoureuse, le sifflet de l'entraîneur s'éleva, coupant net leur échange.

« Vous deux ! Vous arrêtez de parler pour vous mettre au travail ou il vous en coûtera cent cinquante pompes », leur cria Darren.

Ils perdirent la face et se remirent à courir sérieusement.

Après leur journée d'entraînement, Mark et Antoine se rendirent à la piscine. C'était un bassin privé, réservé à l'équipe de natation de la ville, mais leur entraîneur connaissait bien le propriétaire et avait négocié qu'ils puissent y aller tant qu'ils fermaient derrière eux et ne foutaient pas le bordel. Les deux footballeurs avaient pris l'habitude d'y aller après l'entraînement, et pendant leurs jours de repos afin de ne pas trop endormir leurs muscles. C'était surtout Mark qui en profitait, car son compère restait le plus souvent sur le côté, son téléphone en main à parcourir les réseaux sociaux en quête de la dernière vidéo à mourir de rire. Après quoi ils se rendaient souvent chez Massy, une amie de longue date qui gérait un petit bar-brasserie avec son père. Ils papotaient un peu, se prenaient une bière ou un coca et finissaient par rentrer. C'était un petit rituel agréable.

Ce soir- là, après être allé saluer Massy et son père, Antoine accompagna le footballeur jusqu'à chez lui pour y récupérer quelques affaires.

« Tu aurais dû prendre son numéro, Marky », soupira le métis.

Les deux hommes arrivèrent devant la résidence et le brun entra le code de la porte. Il aimait bien Antoine, c'était quelqu'un d'entier, bienveillant et amusant, mais s'il y avait bien une chose qu'il détestait chez lui, c'était sa fâcheuse manie à vouloir le caser. L'homme s'immisçait dans sa vie personnelle presque autant que sa mère, et cela lui sortait parfois par les yeux. Il ne se souvenait absolument pas du nombre de fois ou il avait prononcé cette phrase ou utilisé ce surnom.

Il se tourna vers lui en soufflant, lasse.

« Pour quoi faire ? A part ses dents blanches, il ne m'intéressait pas.

— Tu es désespérant », soupira-t-il en secouant la tête.

Antoine lâcha tout de même un rire. Il n'avait pas tout à fait tort, Hugo, le gars qu'ils avaient rencontré était un peu lourd et vantard. Même s'il aurait fait un bon coup d'un soir, ses intérêts sur la mode et les soins à gogo pour le corps ne leur avaient pas vraiment plus. Aussi, le métis savait que son ami ne se focalisait que sur les mauvais côtés des personnes lorsqu'il se faisait draguer, n'appréciant pas les compliments et ne laissant aucune chance pour que la tension grimpe doucement durant un échange.

« Je fais ce que je veux, se défendit le jeune homme.

— A ce stade-là, tu vas finir seul. Marky, t'imagine, tu as vingt-cinq ans et à part des relations d'un soir tu n'as rien eu depuis le lycée, observa-t-il pendant qu'ils prenaient l'ascenseur.

— Et je m'en sors très bien. »

Les portes s'ouvrirent et ils montèrent au cinquième étage. Mark n'était pas intéressé par les relations, il tenait ça de ses parents qui s'étaient séparé lorsqu'il n'était qu'un gamin et qui l'avaient élevé par tours de garde. De plus, la seule amourette qu'il avait connue s'était mal terminée. Il n'était nullement complexé par son attirance pour les hommes, quoique désormais comme il faisait partie la presse ne devait pas l'apprendre,, il ne se sentait pas pour autant efféminé, mais le fait de ne l'avoir jamais caché en l'ayant toujours su lui avaient causé quelques soucis lors de son parcours scolaire. Il avait subi des regards insistants, parfois des moqueries, et avait heureusement été soutenus par un merveilleux groupe d'ami. Cela l'avait tout de même refroidi d'en l'idée d'entamer une relation sérieuse, et pour le moment il croquait pleinement à la joie de son métier.

« C'est pas ton voisin ? » Souffla brusquement Antoine.

L'homme, qui insérait la clé dans son appartement, tourna la tête. Arthur McKing sortait de chez lui, la capuche de son sweat noir rabattue sur la tête qui cachait son visage de la lumière du couloir. Ça lui donne un air de mauvais garçon hyper sexy, pensa Mark. Ses pieds glissèrent au sol, lorsqu'il se déplaça vers la sortie. Il ne les regarda pas vraiment, mais leur adressa un bonsoir poli et mâché avant de quitter l'étage par les escaliers.

« Il est toujours aussi mystérieux », lâcha soudainement le métis.

Mark tressaillit.

« N'empêche, il est tellement à ton goût.

— Commence pas », le coupa-t-il vivement en entrant chez lui.

Curieusement irrité, il n'autorisa pas son ami à le suivre dans son appartement, lui claquant presque la porte au nez, et revint quelques instants plus tard, muni d'un DVD qu'il avait promis de lui prêter.

« On se voit demain », fit-il simplement en lui donnant les affaires.

Antoine le considéra un instant, mais ne rechigna pas. Il avait l'habitude de ce petit caractère de merde et il l'avait aussi cherché. Il le salua et s'en alla.


Dimanche, pendant son jour de repos, Mark fut pris de ce qu'il appela par distraction « l'illumination du nettoyage ». Il rangea tout son appartement et fit même le tri de ses biens (il avouait avoir été poussé par sa mère qui comptais participer à un vide grenier la semaine prochaine). Cela lui permit d'être à l'heure, même en avance, le lundi suivant.

Lorsqu'il sortit de chez lui, absolument pas pressé, il fut surpris d'entendre la porte de son voisin s'ouvrir. Visiblement Arthur était aussi à l'heure.

« Bonjour », le salua le ténébreux dans un adorable sourire.

Un peu gêné – comme à chaque fois qu'il le croisait – Mark déglutit. Pourquoi ne pouvait-il pas se montrer aussi assuré que lui ? Il voulait lui montrer qu'il n'était pas une de ces adorables jouvencelles devant leur premier amour. Il se racla la gorge.

« Bon matin aussi », répondit-il.

Il lui emboita le pas puis ils grimpèrent en même temps dans l'ascenseur. Mark se plaça maladroitement sur le côté. Dans la boite métallique, une tension grimpa en flèche, si Arthur n'affichait aucune expression particulière derrière l'écran de son portable, Mark se pinçait la cuisse. Faite qu'il y ait une panne, se surprit-il à penser. Il ne voulait pas se retrouver coincé dans un ascenseur, cela nuirait à son état mental et à sa carrière de footballeur mais l'idée d'être coincé dans un ascenseur avec lui, lui plaisait sincèrement.

Les deux hommes se seraient d'abord inquiétés, avant de briser la glace. Peut-être se seraient-ils sauté dessus comme dans les films d'amour ? Arthur l'aurait plaqué contre la paroi froide dans une douceur qui le surprendrait. Puis il serait venu se saisir de ses lèvres ou bien aurait embrassé son cou et lui aurait susurrer le doux secret de son physique si sexy. Il rêvait de sentir ses mains sur sa taille et... Non, son voisin n'était surement pas gay. Il n'y avait qu'une piètre chance pour qu'il le soit.

« Tu ne descends pas ? »

Mark releva la tête. Arthur le fixait avec amusement depuis l'extérieur de la boite métallique.

« Tu devais penser à quelque chose d'important, rit-il, passe une bonne journée.

— A-à toi aussi », bafouilla-t-il les joues rouges.

Il sortit de l'ascenseur et lorsque le brun disparu de son champ de vision, il jura contre lui-même.

« C'est pas possible d'être aussi con Mark ! T'aurais pas pu être plus convaincant l'espace de deux minutes ? Ah put... »

Madame Guaira, vieille idiote du troisième étage apparu (ou peut-être fut-elle déjà là depuis le début) sur le côté des boites aux lettres.

« B-bonjour Ma-madame Guaira », bredouilla-t-il.

Elle ne répondit pas, mais le salua en pensant que cela ne fut pas tous les jours facile pour lui.


Bien qu'il soit à l'heure et même en avance, Mark ne fut pas au meilleur de ses performances. Il manqua de concentration, rata des exercices communs et se roula dans l'herbe de honte lorsque personne ne fit attention à lui. Toute la matinée il se sentit dans la peau d'une adolescente devant son crush. Il avait vingt-cinq ans et merde il n'arrivait même pas à faire la causette à son voisin. Enfin, sa condition était pire car à l'époque, en kiff sur son camarade Martin, il arrivait quand même à discuter calmement et rire avec lui (toutefois, il ne lui avait jamais avoué ses sentiments). Il soupira.

Après l'entrainement, lorsqu'ils allaient commencer à s'étirer, son coach arriva avec le kiné pour leur soin. Et quand il vit la troisième personne qui les accompagnait, il paniqua. Sa gorge se contracta, ses poumons ne relâchèrent plus l'air qu'ils contenaient, comme son diaphragme qui ne sembla plus vouloir effectuer sa fonction primaire : celle de respirer.

« Les gars, commença Darren, je vous présente Arthur McKing, il est en stage pour le mois et s'occupera de vous pour les soins. »

Si la mâchoire de Mark pouvait se décrocher et tomber au sol comme dans les dessins animés, elle l'aurait fait. A la place, sa peau prit une teinte rouge brulante qui ne passa pas inaperçu au regard amusé d'Antoine.

« Arrête de le mater Marky, tu ne tiens pas à aller t'occuper d'un futur problème dans les vestiaires ?

— T-tait toi Antoine, coassa-t-il d'abord avant de reprendre de l'assurance. Je vais te faire bouffer l'herbe si t'ose rajouter quoi que ce soit. »

Mark était quelqu'un qui mettait à exécution ses menaces. Jamais il était revenu sur ses paroles, même si son interlocuteur rigolait, alors il n'employait pas les grands mots comme « Je vais te tuer ». Antoine en avait déjà fait les frais d'ailleurs, et à la troisième fois il s'était dit qu'il tournerait sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler.

Le footballeur passa une main sur son visage. Qu'est-ce qu'il faisait là ? Il était un étudiant en kiné ? Il croyait pourtant qu'il passait ses journées à glander et à sortir le soir, qu'elle était sa surprise de le découvrir aussi studieux. Puis, l'idée que son voisin de pallier soit celui qui lui fasse ses soins s'immisça dans son esprit. Il le toucherait, le masserai, prendrait soin de lui... Il frissonna et se sentit rougir jusqu'à la moelle.

Arthur fit quelques pas dans sa direction, sourire aux lèvres, une fois que l'équipe fut assignée à regagner les vestiaires pour prendre une douche avant les soins. Il restait une énigme pour lui. Si parfois il semblait distant avec ses écouteurs dans les oreilles, la manière dont il le regardait à cet instant le laissait pantelant. Bordel, il ne savait pas quoi faire. Aller le draguer ? Lui proposer un verre ? Peut-être qu'il ne se prendrait pas un vent qui sait. Mais quelle était sincèrement la probabilité qu'il lui plaise ?

« Je ne savais pas que tu pratiquais le foot à un aussi haut niveau », engagea Arthur.

Mark sourit doucement, priant pour ne pas paraitre aussi empoté que ce matin.

« Je ne savais pas non plus que tu faisais des études aussi poussées.

— Ah bon ? Tu me voyais dans quoi alors ? »

Le garçon ravala sa salive, mal à l'aise.

« En fait, je pensais... eh bien, que tu passais tes journées à glander », avoua-t-il.

Arthur rit franchement.

« Qu'est-ce qui t'a fait penser ça ?

— Quand je sortais le matin, ton lait était toujours sur le pallier, et on ne se croise pas souvent.

— C'est pas faux, mais c'est parce que je ne vais qu'en cours de pratique, ça limite mes sorties », répondit le ténébreux.

Mark n'ajouta rien, mais il se demanda tout de même ce qu'il faisait le soir, parce qu'il se doutait que même les cours de pratiques n'avaient pas régulièrement lieux la nuit.

Ce soir-là ne fit pas exception. Après être allé nager et d'avoir profité de cette sensation fluide et rafraichissante en repensant à cette journée, il remarqua la présence d'Arthur qui quittait la résidence. Le jeune homme ne l'avait pas vu, portant un sweat noir et la capuche rabattue. Bien qu'en temps normal il aurait fallu s'approcher pour le reconnaitre, Mark savait à son allure, qu'il s'agissait de lui. Le ténébreux marchait vite, en direction du parc. Curieux, le footballeur le suivit.

Arthur n'avait fait que traverser le parc, il s'était ensuite rendu dans des quartiers plutôt sombres. Mark n'aimait pas ces quartiers, d'ailleurs, son corps commençait à se tendre sous la peur de l'inconnu, et il tenta de se rassurer en se disant qu'il pouvait s'en doute fuir rapidement, le football avait quelques avantages pour la course. Puis il le vit rentrer dans un genre de club par ce qui ne semblait pas être l'entrée principale puisque de nombreuses personnes attendaient de l'autre côté.

Mark hésita un moment. Le videur, un grand et gros gaillard qui pourrait le claquer au sol comme un joueur de rugby avait l'air peu commode avec ses deux mètres et son regard perçant. Il ravala sa salive, tremblant sur ses jambes pareillement à un chevreau qui venait de naitre et s'avança.

« Quel côté ? » demanda-t-il.

La voix rauque de l'homme lui parvint rapidement. Il leva les yeux, totalement intimidé.

« Pardon ?

— Tu joues où tu regardes ? »

Son regard s'était un peu adouci en remarquant que c'était la première fois que le petit venait et il aurait presque pu lui paraître gentil s'il n'avait pas cette expression dure figé sur son visage.

« J-je regarde, répondit-il.

— A droite, et fait gaffe. »

Mark s'exécuta, payant au comptoir qui se trouvait directement sur la gauche.

L'endroit était bondé, de femmes aux vêtement trop court ou bien très rock, et de mecs torse nu. Quelque part, c'était un plaisir pour les yeux, nonobstant il ne se serait jamais douté qu'Arthur, futur kiné, fréquentait ce genre d'endroit. Et ce ne fut pas sa plus grande surprise. En s'avançant plus loin dans le club, il découvrit un grillage, entourant un espace d'une bonne dizaine de mètres carrés, où les personnes s'agglutinaient avec excitation.

« Le duel tant attendu va commencer ! »

Des corps le bousculèrent un peu, s'excusant platement ou l'ignorant royalement pour cheminer davantage vers le grillage. Et lorsque trois personnes rentrèrent dans la zone fermée, deux boxeurs et un arbitre visiblement car il tenait un sifflet, Mark comprit ce qu'il se passait. Ses oreilles sifflèrent, et il se laissa emmené par la vague de gens contre le métal.

« A gauche, notre cher Firth ! » fit une voix suivit de l'acclamation euphorique des supporters. Elle reprit quelques instants après avec : « Et à droite nous avons le fameux Roi ! »

Mark leva les yeux vers les deux concurrents et cru défaillir sous la surprise.

Roi. Le roi était Arthur McKing, son voisin. Le glandeur, ténébreux sur qui il avait un crush depuis qu'il avait emménagé dans l'appartement d'à côté se révélait être un futur kiné et participait à des combats de boxe. Impossible, pensa-t-il avant de détailler les traits de l'homme qui se tenait à moitié nu dans la cage métallique. Oui, c'était bien Arthur ses cheveux, sa bouche, ses yeux, rien ne mentait sur son identité.

Dès que le départ fut lancé quelques coups fusèrent avant de se stopper net. Firth et Roi se jugèrent, l'œil attentif au prochain mouvement de leur adversaire, et avec un poing par-ci par-là, ils étudièrent leur jeu pour tenter de déstabiliser l'autre.

Le combat dura longtemps, trop longtemps pour Mark qui manquait d'air. Il découvrit ce qui se cachait derrière son expression ténébreusement mystérieuse, et il n'aima pas ça. Voilà pourquoi il l'avait déjà vu avec des bandages ? Que des blessures apparaissaient sur son visage ? Qu'il l'avait vu boiter un matin ? Pourquoi faisait-il cela ? Pourquoi appréciait-il se faire du mal ? Quelle était la raison de cette mascarade grotesque ?

Mark se sentit mal.

Quand enfin Arthur arriva à percer la défense, Firth était terminé, ainsi que le combat. Les applaudissements fusèrent et alors que Mark était sûr d'être dans l'ombre et derrière la vague de gens effervescents, son regard se posa sur lui. Il fut peut-être surpris au début mais par la suite, il lui sembla intensément brûlant. Cela ne dura qu'un instant avant que le bruit et la chaleur infernale ne vienne rompre le charme. Ebranlé, Mark sortit.

Il bouscula quelques personnes qui ne firent absolument pas attention à lui, jusqu'à ce qu'une le retienne fermement – il venait pourtant d'atteindre l'extérieur et commençait à peine à respirer plus convenablement.

« Hé !

— D-désolé.

— C'est quoi ton problème morveux ? T'as la gerbe ? »

Mark leva les yeux vers son interlocuteur. C'était un jeune homme un peu plus vieux que lui, abordant la trentaine, blond, et plutôt beau gosse si on omettait l'air désabusé et écœurant qu'il lui adressait. De plus, il était à peine plus grand que lui mais avec une tonne de muscle en plus – côté, le brun n'avait à se vanter que de ses cuisses et de son cul.

« Non, ce n'est pas...

— T'es pas d'ici, nota-t-il finalement comme s'il était trop con pour l'avoir remarqué avant. T'es qui ? Qu'est-ce tu veux ? »

Il se fit plus menaçant, mais ne put rien ajouter de plus. Arthur sembla sortir de nulle part et coupa net à leur échange qui virait au vinaigre.

« Laisse le Shawn, il est venu me voir.

— Parce que tu le connais ? »

Ledit Shawn dévisagea Mark avec effronterie.

« J'savais pas que tu avais changé de bord pour les prudes, fit-il d'abord, mais je te l'accorde, il est plutôt beau gosse. »

Mark aurait vomi, réellement, cette fois s'il avait accordé plus d'attention à cet inconnu. Arthur, de nouveau habillé de son sweat noir, marcha d'un pas décidé vers lui et se plaça entre eux comme s'il le protégeait. De dos il ne sut quel regard il adressa à l'individu, malgré cela, au vu de la tête qu'il fit, Shawn sut qu'il devait se ranger.

Une boule se forma dans sa gorge, retenant l'envie de sangloter sous la honte de n'avoir pas pu se défendre face à cet homme, d'avoir laissé voir ce côté sensible et presque soumis à l'homme qu'il appréciait secrètement. Il avait vingt cinq ans et pourquoi dès qu'Arthur se trouvait proche de lui il ne savait plus rien faire ? Il n'arrivait pas à aligner plus de trois mots ni à se défendre en tant qu'homme qui se respecte. Il ne disait pas qu'un homme devait savoir se battre, chacun savait manier la violence à sa manière, mais il ne devait pas avoir honte de dire haut ce qu'il pensait.

Finalement, le blond lui destina un sourire insolent avant de faire signe à ses potes et détala.

Si cette scène avait chamboulé l'esprit de Mark, son cœur fut ébranlé lorsqu'il sentit la main ferme du ténébreux prendre son poignet.

« On s'en va », décréta-t-il abruptement.

Sans penser un seul instant à s'y opposer – d'ailleurs, cela n'aurait probablement jamais été possible au vu de la force qu'il possédait – il le suivit.

Ils marchèrent un long moment dans les rues. Le froid extérieur en contraste avec sa poigne brulante fit grincer des dents au footballeur. Il lui ne lui faisait pas vraiment mal mais Mark aurait probablement quelques rougeurs jusqu'à demain s'il ne le lâchait pas.

Arthur n'en avait pas l'intention. Il le tira encore quelques rues plus loin et le plaqua finalement dans une ruelle à l'abri des regards. De toute manière il n'y avait personne dans la ville, quelques voitures passaient, quelques appartements étaient encore éclairés, mais aucun passant s'amusait à parcourir les quartiers à cette heure tardive.

« Qu'est-ce que tu faisais ici ? »

La voix d'Arthur se voulut douce, mais ne le fut pas. Elle crachait toute l'adrénaline qui traversait les veines du boxeur, brulait d'une colère sourde et violente qui n'échappa absolument pas au footballeur. Celui-ci ravala sa salive et osa lever les yeux vers le brun.

« Je... »

Il trembla. Au vu de la situation il vaudrait mieux pour lui se trouver la meilleure excuse et ce le plus rapidement possible. Il tremblait de peur et frissonnait d'excitation. Arthur puait la virilité, quelque chose qu'il avait toujours aimé et avait envié aux femmes du fait qu'elles pouvaient posséder ces hommes plus facilement que lui. La gorge sèche, il se chercha vite une explication.

« J'étais... Un pote m'a proposé de venir mais il est reparti avec une fille », souffla-t-il en maudissant son manque d'assurance.

Arthur se recula un peu et le dévisagea.

« J'suis étonné que t'aies ce genre de connaissance »

Il n'en n'avait pas, les deux le savaient, pourtant ils laissèrent ce mensonge paraître vrai comme si cela allait alléger l'atmosphère pesante.

Le ténébreux le lâcha – la peau de Mark lui sembla soudainement froide. Arthur repris le pas, sans porté de réelle attention au garçon qui gagna ses côtés. Que pouvait-il dire pour le calmer ? Il savait bien qu'il devait préférer le silence face à une conversation sans queue ni tête, mais Mark rêvait de pouvoir lui parler ! Il en avait l'occasion, enfin il pourrait très bien aller sonner chez lui dans quelques jours toutefois il savait qu'il n'oserait pas. Il avait l'opportunité de discuter avec lui lors du retour chez eux, et même s'il était embarrassé d'avoir joué le rôle de la demoiselle en détresse, il était temps qu'il prenne un peu ses couilles en main.

« Je ne savais pas que tu étais boxeur », spécula soudainement le brun.

Sa tentative de débuter une conversation échoua. Arthur se contenta de marcher, le regard fixe devant lui sans laisser une expression transparaître sur son beau visage (même ces quelques blessures semblaient lui faire ressortir un côté bestial et affolement sexy aux yeux du footballeur).

Mark ne baissa pas les bras et sourit en ajoutant.

« T'étais excellent », ajouta-t-il.

Finalement Arthur se stoppa. Il avait les mains dans les poches, le regard haut, impressionnant. Il s'approcha du jeune homme, le forçant à reculer. Mark trébucha, et son voisin le retint, non sans lâcher un juron disgracieux au passage. Il passa une main dans ses cheveux, plus agacé qu'en colère.

« Je sais que t'es pas con Mark, commença-t-il, t'as bien vu ce qu'il s'est passé là-bas. Pas d'affiche, pas de publicité, pas de vidéo et que des mauvais gars, tu t'es bien rendu compte que t'avais rien à faire dans ce genre d'endroit. » Il souffla.

Ses yeux furent ardent et sa lèvres inférieure, coupée, trembla de ce que Mark ne pouvait identifier. Il reprit :

« Savoir que je fais des études de kiné devrait te suffire, contente-toi de ça. »

Le footballeur ravala sa salive. Il ne voulait pas se contenter de ça comme il le demandait. Il voulait en apprendre plus sur lui, quitte à mettre un pied dans un monde qui lui était inconnu (il n'était pas fou au point de virer de bord et de sauter dans ce tas de merde, mais s'il voulait connaitre d'avantage son crush, il fallait qu'il lui prouve qu'il savait garder la tête haute, plus qu'il l'avait prétendu jusqu'à lors).

« Je veux savoir à côté de qui je vis, et avec qui je veux être ami.

— Ami ? répéta-t-il.

— Ouais. »

Si Mark avait pensé qu'Arthur était un gentil glandeur, c'était visiblement tout le contraire : il était un sang chaud. Il passait les trois quarts de son temps à étudier, à montrer une image de lui calme et il explosait sur le ring. Il crevait d'un feu intérieur qu'il n'apaisait que par la violence des coups.

Soudain, l'expression du ténébreux se fit plus douce. Il sortit une des mains de son pantalon noir et vint dégager les mèches qui tombaient sur le visage du plus petit.

« Dans ce cas en tant qu'ami, je te mets en garde. C'est pas un monde de bisounours dans lequel tu mets les pieds, alors évite de faire des conneries si tu viens, on sait jamais sur qui on peut tomber », dit-il avec un semblant de sourire sincère.

Mark sourit. Ami, c'est bien pour commencer, pensa-t-il.


Le week-end passa. L'équipe de foot n'avait pas eu de match ce samedi en raison d'une conférence à laquelle leur coach devait assister et les avait priés au repos pour mieux attaquer le lundi. Mark était pile à l'heure aujourd'hui et pour une fois, c'était Antoine qui avait un peu traîner. Lorsqu'il le rejoint sur le terrain, le garçon se trouvait déjà en train de s'échauffer.

Antoine siffla.

« Bah alors, qu'avez-vous fait de mon Marky ?

— Le sarcasme ne te va pas tu sais.

— Je m'essaie à ton humour, nuance. »

Mark soupira. Son ami releva ses chaussettes jusqu'au-dessous de ses genoux et se joint à lui.

« J'en connais un qui a passé un bon Week-end

— Qu'est-ce que tu insinues encore ? soupira Mark.

Antoine se pencha vers lui.

« Comment était ta soirée de vendredi ?

— Vendredi ? répéta-t-il.

— J'suis passé te rendre les matrix. J'ai été surpris de voir que tu n'étais pas chez toi, et je sais que tu n'étais plus à la piscine.

— Qu'est-ce que t'en sais ?

— Je rentrai d'un resto avec Caro, il faisait nuit. »

Mark ravala sa salive. Il ne voulait pas cacher ce qu'il avait fait par honte, en fait, il ne voulait simplement pas que son ami mette son nez dans ses affaires, surtout maintenant en plein entrainement.

« Et ?

— Qu'est-ce que tu as fait ? demanda légèrement Antoine.

— Rien, je suis allé à la superette acheter des bières.

— Menteur, tu ne bois jamais seul, rit-il. Sauf si tu étais avec quelqu'un. »

Mark soupira et se pencha en avant pour étirer l'arrière de ses jambes.

« J'ai vu juste hein ? »

Le garçon haussa les épaules, feignant l'ignorance alors qu'il sentait le regard accusateur de son ami sur lu. Après un moment à l'entendre geindre comme l'une de ces femmes en manque de potins, il rendit les armes.

« J'ai suivi Arthur.

— T'as fait quoi ? » cria-t-il presque.

Darren n'eut pas même besoin de réprimander son joueur que Mark le fit à sa place, lui tapant l'arrière du crâne.

« Tait toi idiot et concentre toi un peu ! »

Plus tard, lorsque la journée toucha à sa fin, Mark aperçu son voisin ranger ses affaires. Le ténébreux était seul, et il pensa avec fougue qu'il pourrait l'inviter à prendre un verre. Il s'élança.

Dès qu'il pénétra dans la pièce, les yeux du futur kiné se posèrent sur lui, et un adorable sourire étira ses lèvres en dévoilant ses dents blanches. Finalement, tout le courage avait semblé s'envoler à la seconde même où leurs regards s'étaient trouvés. Que faire face à cet homme ? Comment agir lorsque son cœur semble se gonfler de bonheur comme à cet instant ? Il ne le connaissait pas. C'était un mauvais garçon et peut-être qu'il était pire que cela.

Mark n'en avait que faire. Il avouerait être curieux, surement trop pour justifier autre chose qui lui semblait impossible – l'amour – car il était du genre à croire que ce sentiment complexe et inexplicable ne prenait racine qu'au fur et à mesure d'une relation.

« Mark ? »

Perdu dans ses pensées, la voix presque inquiète d'Arthur le ramena sur terre.

Il déglutit. Pas bonne comme approche, pas bonne du tout, pensa-t-il.

« Tu voudrais aller boire un verre ? » demanda-t-il brusquement.

Un ange passa. Mark n'osait quitter le regard surpris du ténébreux, et bien qu'un rictus semblât se dessiner sur les lèvres de son voisin, l'attente se fit trop longue.

« Qui te dit que j'en pince pour les mecs ? »

Un frisson de honte remonta l'échine du garçon et il trouva soudainement plus intéressant de fixer ses pieds que de faire face à l'homme. Qu'avait-il espéré au juste ? Qu'un gars comme lui soit attiré pat les hommes ? Et puis il n'en pinçait probablement pas pour lui.

Ne sachant ni quoi faire ni quoi dire après ça, il tourna les talons, ne s'attendant pas un seul instant à ce que, d'un geste ferme et paradoxalement très doux, Arthur le retienne.

« Relax beauté, je t'emmène. »

Mark se sentit rougir jusqu'à la moelle et il osa à peine se tourner vers Arthur qui lui souriait. Cet homme aurait sa peau !

Les deux hommes se rendirent dans un petit café chic et discret en fin de rue. La bâtisse donnait l'impression d'être un peu vielle pourtant lorsque l'on rentrait à l'intérieur, on était tout de suite touché par la beauté à la fois moderne et rétro de la décoration. Ils prirent place à une table en coin, cherchant un peu d'intimité.

« Deux bières s'il vous plait », ordonna poliment Arthur à la serveuse.

Celle-ci s'exécuta rapidement ne laissant rien paraître si ce n'était un professionnalisme sans faille.

« Donc, commença-t-il, on m'invite à boire ? »

Mark se mordit la lèvre et se pinça discrètement la cuisse. Comment lui dire simplement mais pas abruptement que c'était parce qu'il lui plaisait, et ce depuis pas mal de temps ?

« Détends-toi, je ne vais pas te manger » rit-il doucement.

Arthur voyait bien que le garçon ne se sentait pas à son aise. Après tout, il savait quelle image les gens avaient de lui, il possédait un petit quelque chose, un côté mystérieux, qui attirait ou repoussait son entourage. Mark faisait parti de la catégorie qui ne pouvait pas s'empêcher de lui jeter un regard curieux qui traduisait limpidement sa pensée : il voulait le connaître, en savoir plus pour lui.

De son côté, c'était pareil. Pas que Mark ait un quelconque côté mystérieux, avouons-le ses expressions se lisaient parfaitement sur son visage, mais Arthur trouvait en lui un charme auquel il ne pouvait pas résister. Et si en prime il pouvait le taquiner un peu il ne s'en plaindrait pas. Cependant, dire que son voisin était son genre n'était pas totalement vrai. Il avait un faible pour dominer son partenaire, mais il avait toujours aimé avoir de la confrontation. Peut-être était-ce parce qu'il n'avait connu que des brutes ? Ce Mark, joueur de foot, était l'incarnation de ce qu'il pensait être des gens purs, c'est-à-dire gentil, adorable, et dans le droit chemin, pas comme lui.

« Avec le regard que tu me lances j'ai des doutes là-dessus », chuchota Mark si doucement qu'Arthur n'aurait jamais pu l'entendre s'il n'y avait pas eu un calme impeccable dans la pièce pendant deux secondes.

Le boxeur haussa un sourcil, amusé, mais il n'ajouta rien. Le footballer reprit :

« Je n'aurais jamais cru que tu puisses accepter. J'avais espoir mais je ne pensais pas que les mecs, dans mon genre t'intéressaient. »

Il s'esclaffa, et Mark le joignit, tout de même un peu embarrassé d'avoir osé lui révéler ça.

« Qu'est-ce qui t'a fait croire ça ? »

Le brun se laissa tomber sur son dossier. Il s'est un peu détendu, pensa Harry. Il avait toujours cette adorable couleur rosée sur les joues, toutefois les tensions de son sourire avaient toutes disparue, il était à craquer.

« Peut-être ton côté mystérieux, et je ne connais pas le cliché du kiné et boxeur gay.

— J'en déduit que c'est ce qui t'a attiré chez moi ? »

Sa question fit frissonner le footballeur. Oui, c'est vrai, aurait-il répondu s'il avait été quelqu'un de spontané ; ces quelques mots ne purent sortir de sa bouche.

Au même instant, la serveuse revint avec leur boisson, (sauvant aussi le garçon de répondre).

« Tu me plais bien Mark, je ne vais pas te le cacher. Mais je ne suis pas sûr que tu tiennes le coup en entrant dans mon monde.

— Que veux-tu dire ?

— Je veux dire que tu vis dans le monde des bisounours, et là, fit-il en se penchant sur la table, t'es l'agneau qui va se jeter dans la gueule du loup. Je fais peut-être des études de kiné, mais je viens du fond des égouts, j'suis pas le bon type que t'aimerai que je sois. »

Il porta la bière à ses lèvres et pris une gorgée.

« Tu fais de la boxe depuis longtemps ? » demanda subitement Mark.

Arthur le dévisagea. L'homme en face de lui n'avait pas l'air confiant de ce qu'il d'avancer avec ces quelques mots. Il ne semblait absolument pas au courant de ce qu'il faisait, malgré cela la certitude qu'il lisait dans ses yeux ne faiblissait pas. Le boxeur le regarda longuement, si longtemps que Mark cru qu'il ne répondait pas.

« Tu te souviendras que je t'aurais prévenu, Mark Jourdan. »

Sa voix rauque lui envoya une décharge électrique. Il n'avait pas l'air contrarié, simplement calme et touché par ce qu'il s'apprêtait à révéler.

« J'ai commencé la boxe assez jeune, après quelques années de judo, j'ai voulu un sport un peu plus... douloureux. Mon enfance s'est bien passée, mais ça, ça me faisait sentir vivant. Lorsque je suis rentré au lycée, j'ai fait le con. J'aurais pu être comme les autres, tu commences à fumer, à un peu boire, mais je ne me suis pas arrêté là. J'ai eu de très mauvaises fréquentations pendant deux ans. Puis j'ai passé mon bac, j'ai pris une année. C'est là que pas mal de choses ont changé. »

La respiration du footballeur s'était coupée. Arthur était désormais bien loin de son crush de glandeur. Aussi, il percevait les regrets dans sa voix.

« J'ai rencontré un mec, ça a été, une grande révélation sur moi-même et je l'ai suivi. »

Le ténébreux se souvenait parfaitement du jour de la rencontre avec son ex. Il était dehors, encore à fumer assis contre le mur de derrière un café dans lequel il bossait à temps partiel, quand un garçon, d'un an de plus que lui avait posé son pied près de sa tête, attrapant d'une main libre le mégot. Il avait tiré un coup avant de le jeter par terre. Ce jour-là Arthur était resté bouche bée, incapable de ressentir de la colère face à l'air insolent qu'avait le gars. Il se souvenait parfaitement de cette première phrase qui l'avait laissé complètement choquer : « Si tu veux te tuer à quelque chose, y a mieux que la clope. ». Et il avait eu raison.

« C'est là que j'ai débuté les combats. Contrairement à ce qu'on peut penser ça m'a aidé, j'ai arrêté de fumer, et j'ai trouvé ma voie. Ces coups m'ont permis d'y voir plus clair », termina-t-il.

Lorsqu'il se tut, Mark se sentit extrêmement mal. Au-delà de cette apparence mystérieuse, Arthur était simplement un homme, sensible mais courageux.

« Je ne voulais pas paraître indiscret », fit-il le souffle bas.

Arthur posa sa main sur la sienne.

Surpris par ce geste tendre, le brun releva ses yeux sombres, les faisant rencontrer avec les prunelles claires de son vis à vis. Adorable, pensa le boxeur.

« Ne t'inquiète pas, je vais bien. Par contre, soit bien conscient qu'il n'y a plus de retour en arrière, il faut que tu sois prêt à accepter les conséquences si tu veux te rapprocher de moi », souffla Arthur.

Le cœur de Mark battit à tout rompre, il ne l'avait jamais vu aussi souriant et beau. Et pendant qu'il se fit à l'idée de s'engouffrer pas à pas dans un monde inconnu, un sentiment de chaleur s'intensifia dans sa poitrine.


Peu après onze heures, et un petit repas au Steak-Fisch à côté du parc, les deux hommes retournèrent vers leur résidence. La nuit était tombée depuis un moment, tous deux savaient parfaitement que le lendemain serait un jour bien rempli, et pourtant aucun ne voulait mettre un terme à leur sortie. Lorsqu'ils arrivèrent devant la porte de l'appartement de Mark (il était plus proche de l'ascenseur que celui d'Arthur), ils ne purent retenir un soupir commun.

« J'ai passé une excellente soirée », confia le footballeur.

Le boxeur passa une main dans ses cheveux courts, visiblement, lui aussi pouvait être parfois un peu gêné.

« Moi aussi, beaucoup. »

Le ténébreux effectua un mouvement de recul, s'apprêtant lui aussi à rentrer alors que Mark déverrouilla son domicile. Il allait entrer à l'intérieur sans un regard en arrière avant d'être pris d'une pulsion qui le fit se retourner pour attraper la manche d'Arthur. Mais qu'est-ce qu'il lui prenait bordel ? Il se croyait dans un drama coréen ? La niaiserie puait de ses pores sans qu'il ne puisse la contenir. Intrigué, le plus grand se tourna, attendant sa prochaine action.

« Arthur, tu voudrais... »

Bien qu'incapable de terminer sa phrase, l'intéressé avait très bien compris ce qu'il voulait sous-entendre. Dans une confidence, il avouerait qu'il s'était toujours mis des barrières : ne jamais toucher à une personne qui n'était pas de son monde. Il ne voulait pas mêler les gens à ça et créer des emmerdes, pour lui-même comme pour eux. Seulement, Mark lui paraissait à part. Il n'avait pas flanché lorsqu'il avait su cette partie sombre de sa vie et s'apprêtait aussi à l'inviter dans la sienne. Il exprima ses doutes de vive voix :

« C'est une bonne idée ? »

Mark releva la tête vers lui. Dans ses yeux, le plus petit y voyait cette lueur ardente qui brûlait – comme celle dans les siens – et il savait, que cette histoire ne serait pas celle d'un soir.

Le boxeur fut soudainement très proche. Son souffle s'échoua sur son visage et ses lèvres s'entre-ouvrirent d'impatience. Le footballeur trembla, et lorsqu'Arthur prononça ces quelques mots, une sensation grisante s'insinua en lui.

« Est-ce que je peux t'embrasser... ? »

Les yeux du brun s'arrondirent de surprise face à la douceur de ces paroles et quelques larmes d'allégresse montèrent jusqu'à ses yeux. Déstabilisé, Arthur se recula, il ne voulait pas forcer son voisin à devenir son amant, et même s'il en rêvait plus que tout, il n'allait pas se jeter sur ces lèvres. Toutefois, Mark passa une main sur sa nuque, l'attirant jusqu'à lui pour l'embrasser. Leurs lèvres se mouvèrent l'une contre l'autre avec timidité, découvrant un plaisir si intime qu'ils soupirèrent de bienêtre. Tout en se délectant de leur vis-à-vis, ils parvinrent à entrer dans l'appartement du footballeur. Le boxeur venait de le plaquer contre le mur et le brun s'était empressé de défaire leurs vêtements.

A bout de souffle, le brun se recula, et le kiné en profita pour stopper ses doigts avec délicatesse.

« Mark... »

Le garçon avait le regard sur le col de t-shirt du plus grand, incapable de le détacher de ses doigts tremblants.

« Quoi ? souffla-t-il.

— Es-tu réellement intéressé ? »

Le cœur de Mark se gonfla d'amour. Il voyait bien que McKing en pinçait grave pour lui, mais il acceptait de le laisser, de le respecter et de se frustrer, bien que son côté sombre et bestial soit dominant. Il prenait soin de lui, le chérissait. Il lui demandait son accord pour aller plus loin. Pour le faire sien. Ce n'était pas que de la baise. C'était une porte s'ouvrant sur une relation qui pourrait les mener vers ce sentiment chaud un amour qui les prendrait aux tripes. Il pressa son entre-jambe contre la cuisse du ténébreux.

En réponse à ce touché Arthur s'empara de son amant. Il sentit le boxeur s'enrouler autour de lui pour passer ses doigts dans ses cheveux, avant de le déposer sur le canapé du salon (il n'avait pas la force de demander où se trouvait la chambre), sans jamais le lâcher. Le sang affluait dans ses veines et le moindre souffle qu'il provoquait dans son cou, lui donnait la chair de poule.

« Je vais vouloir aller plus loin, t'es...

— Ravale tes mises en gardes et embrasse-moi, putain. »

L'ombre d'un sourire passa sur les lèvres avant qu'Arthur vienne les déposer avec douceur et convoitise.

Mark le voulait. Il le désirait. Il appréciait le contact de son corps. Il aimait sentir cette chaleur. Et rien ne lui sembla plus naturel. Il sera tout de même la mâchoire, cachant une partie de son plaisir à son amant lorsque celui-ci effectua un mouvement de hanche osé. Lui qui pouvait encore le repousser il y a un instant, fut assailli par ce point de non-retour en un geste. A présent, une partie de lui rêvait d'atteindre le sommet, avec en prime Arthur.

Le boxeur n'était pas sans reste. Il goûtait, léchait, s'appropriait les lèvres du footballeur avec une envie non dissimulée. Il commença par remonter un peu son haut, avant de retirer le bas et de faire suivre son propre t-shirt juste après.

Ils se regardèrent un bref instant, grisé par le désir qui les consumait jusqu'à ce que la sonnerie d'un téléphone ne vienne les interrompre.

« C'est quoi ça, bordel », fit Harry le souffle court.

Malgré l'envie dévorante de poursuivre leur échange, il savait qui était en train d'essayer de le joindre et il devait absolument répondre. A contre cœur, tant pour lui que pour laisser Mark, il décrocha.

« Ouais ? »

Pantelant et désabusé, Mark se contenta de ramener ses jambes vers lui, cachant le peu de pudeur qu'il lui restait.

« Sérieux ? Déjà ! Ok, oui, j'arrive.

Gêné, il se releva, renfilant maladroitement son pantalon. Il s'en voulait terriblement de devoir quitter le jeune homme, et le regard qu'il lui adressait renforçait son sentiment de culpabilité.

« Je dois y aller.

— Hum », souffla le brun, tentant un mince sourire pour cacher son désarroi.

Arthur ravala sa salive. Il avait déjà fait des faux bonds à des amants, mais laisser ces beaux yeux lui semblait inconcevable. Il ne voulait pas qu'il le prenne plus pour un mauvais garçon qu'il ne l'était déjà, surtout qu'il n'était pourtant jamais du genre à remettre quelque chose à demain.

« C'est ma sœur, elle est enceinte, et elle va accoucher », se justifia-t-il.

L'expression tendue de Mark s'adoucit, ne dit rien et il se contenta de se rhabiller à son tour pour le raccompagner au moins jusqu'à la porte.

« Je me rattraperai bientôt, je te le promets. »

Mark hocha la tête puis le vit courir vers l'ascenseur.

« Crétin », souffla le brun pendant que les portes se renfermaient sur lui.


La fin de semaine arriva vite. Arthur s'était fait discret ces quelques jours. Il avait prévenu Mark et ses supérieurs qu'il serait absent en raison de sa sœur, et après avoir reçu une photo du nouveau-né, le footballeur s'était tout de suite sentit plus serein. Il ne pouvait pas dire que le côté mauvais garçon d'Arthur lui plaisait (sauf sur le plan sexuel) mais il l'acceptait en ravalant le manque de confiance qu'il avait. C'était aussi peut-être rapide entre eux, ils ne se connaissait pas bien si ce n'était qu'ils s'étaient mutuellement observés pendant quelques mois.

Toutefois, ils s'attiraient autant que deux aimants.

« Tu fais quelque chose ce soir ? »

Mark sursauta. Il venait de quitter les vestiaires du gymnase après une douche méritée quand une voix qu'il connaissait bien l'avait interpellée. Arthur McKing se trouvait adossé au mur, portant un t-shirt noir et une veste en cuir ; cet accoutrement fit rougir au plus haut point le brun. N'arrivant pas à prononcer un moindre mot il se contenta de secouer la tête.

« Parfait, je te kidnappe. »

L'adorable sourire s'étira sur ses lèvres et Mark se rendit compte à quel point pendant ces quatre pauvres jours il lui avait manqué. Le ténébreux l'attrapa par le poignet, le guidant jusqu'à sa voiture.

Après quelques minutes ils arrivèrent face à une salle de sport et lorsqu'ils pénètrent à l'intérieur, Mark ne put retenir un soupir amusé.

« De la boxe ? », s'enquit le footballeur.

Le kiné lui adressa son plus beau sourire insolent avant de se débarrasser de quelques affaires encombrantes.

« Je ne sais pas en faire », ajouta Mark.

Arthur haussa les épaules, se fichant pas mal de cette remarque et lui demanda de se changer. Ils n'allaient pas faire un entraînement de fou, ils échangeraient quelques coups tout au plus, et il lui apprendrait les bases de sa passion. La salle n'était pas trop bondée ce soir et il y avait plusieurs petits rings de libre.

Ils montèrent, prêts à en découdre selon l'expression. Avant toute chose le ténébreux lui expliqua quelques tactiques et quelques enchaînements : comment placer ses jambes, où tenir ses bras et tout un tas de truc que Mark finirait par oublier en sortant.

Sous quelques regards curieux ils échangèrent quelques offensives.

« Le foot te réussit, tu as un jeu de jambe plutôt bien », assura Arthur au bout d'un moment.

Mark grimaça, peu convaincu.

« C'est parce que tu y vas doucement. »

L'instant d'après le boxeur avait foncé sur lui, évitant totalement de le toucher, mais en faisant une prise pour l'emmener au sol. Ce coup-là ne faisait pas vraiment parti de la boxe, il l'avait appris sur le tas, en combats illégaux. Paré dans sa chute, Mark atterrit sans grande violence sur le sol, avec son voisin penché au-dessus de lui. C'était comme l'autre soir. Ils avaient le souffle court, l'envie dévorante de se jeter dessus.

« Tu préfèrerais comme ça ? »

Le footballeur déglutit.

« Nous avons un peu trop de publique tu ne penses pas ?

— Ils n'ont qu'à regarder ailleurs. Et puis, même si je préférais te savoir vu que par moi je suis content que je sois celui qui en profite. Autant que les autres apprennent leur place », rétorqua Arthur d'une voix suave.

Le regard brumeux te le cœur battant, Mark ne parvint pas à lui répondre quoi que ce soit. Le boxeur était toujours penché sur lui, mais son attention avait failli un instant sur l'heure.

« On ne devrait pas tarder. »

Le plus petit hocha la tête et accepta la main que le jeune homme lui tendait.

« Les douches sont là-bas », indiqua-t-il.

Sans ajouter quoi que ce soit, ils avaient pris la direction des vestiaires, prenant au passage leur affaires. Lorsqu'ils arrivèrent devant la grande salle d'eau, Mark paru choqué.

« Elles sont... communes ? » demanda-t-il le souffle court.

Un sourire d'insolence se dessina sur les lèvres du plus grand pendant qu'une vague de chaleur gagnait le bas ventre du footballeur.

« Je suis un mauvais garçon mais je garde des principes, gardons ce fantasme pour un autre jour », souffla le ténébreux au creux de son oreille.

Pas question qu'ils fassent des trucs ici. Déjà quelqu'un pourrait venir et puis Arthur, au cœur d'artichaut, ne voulait pas que leur « première foi ensemble » se fasse aussi abruptement dans des douches. Toutefois, il ne se gêna pas un seul instant de le relooker.


Quelques semaines étaient passés depuis leur premier rendez-vous et les deux garçons appréciaient leur petite relation. Ils n'étaient pas officiellement en couple même si c'était tout comme, et sans sexe pour le moment. Cela ne servait à rien de presser les choses, car tout se passait à merveille ; ils avoueraient se délecter de cette tension exaltante qui régnaient entre eux.

Ce samedi, Arthur avait invité Mark à le rejoindre au hangar, il s'agissait du bâtiment dans lequel il l'avait suivi plus de deux mois auparavant, un genre de club privé à l'abri des regards et des flics. Le footballeur n'avait pas été très enclin de venir à cause de l'idée que son « copain » se ferai taper dessus, pourtant il avait ravalé sa crainte effacer le songe qu'il pourrait se casser un os et accepta.

« 23 h au hangar, le videur te laissera entrer par les loges, Bébé », disait le message du boxeur.

A son arrivé, il remarqua la présence du même videur que la dernière fois, 2 mètres, tout en muscles, et tellement stoïque. Il le dévisagea de son regard impressionnant, Mark cru qu'il lui dirait d'aller jouer ailleurs, pourtant sans un mot et avec un hochement de tête poli, il le laissa aller vers les loges, sans payer.

La même ambiance régnait dans le club et quelque part, le footballeur trouvait cela grisant. Il commençait à comprendre pourquoi combattre et venir ici pour prendre une bouffé de cette atmosphère pesante plaisait autant au ténébreux, il avait la même sensation lorsqu'il se trouvait sur le terrain de foot, quand les fans criaient leur nom. D'un pas prudent, le jeune homme se faufila parmi les concurrents, évitant soigneusement de les toucher comme le lui avait conseillé son voisin. Il s'apprêtait à rejoindre son plus qu'ami lorsqu'une personne le retint.

Un peu tendu, le footballeur se retourna lentement, et il fut médusé de tomber nez à nez avec le blond d'il y a quelques semaines. Il n'avait pas changé un brin, c'était surement pour ça qu'il l'avait aussi vite reconnu, lui et son air insolent.

« T'es celui qu'Arthur a ramené la dernière fois », fit-il.

Mark ne répondit pas, et tira sur son bras pour le retirer, il n'y arriva pas.

« Je n'aurais jamais pensé qu'il te ramène une nouvelle fois, pensa-t-il à haute voix. Je suis Shawn en passant et désolé pour la dernière fois, j'étais un peu bourré, j'ai sur-réagi.

— Ce n'est pas grave. »

Le footballeur avait parlé lentement, comme s'il cherchait un moyen de gagner du temps pour qu'on vienne à nouveau le sauver. Déjà qu'il n'était pas rassuré à l'idée d'être entouré de grosses brutes, il était terrifié à l'idée qu'une d'elle ait déjà une dent contre lui.

« Qui es-tu ?

— Mark », souffla-t-il après trois seconde à essayer de trouver un moyen pour se sortir de sa poigne.

Le blond s'humecta les lèvres. Il avait bien compris la distance que ce essayait de mettre avec lui, malgré cela il en avait décidé autrement.

« C'est Arthur qui t'a emmené ici ? Tu es venu le voir ou tu es libre ?

— Je suis là pour Arthur, insista le garçon.

— Vraiment ? »

L'homme s'approcha dangereusement de lui, causant l'attention de quelques regards vers eux lorsqu'il rencontra le mur.

« Tu devrais regarder ailleurs, tu trouverais mieux, surtout si tu cherches un mauvais garçon.

Il s'approcha encore, posant son bras juste à côté.

« Un gars comme toi, aussi... prude, ne devrait pas rester avec un pauvre type dans son genre.

— Arthur n'est peut-être pas le bon type pour moi mais il me suffit et je n'ai pas besoin de ton avis, rétorqua-t-il.

Mark n'était pas du genre à s'énerver. Il prenait même souvent la fuite lorsque la situation paraissait lui filer entre les doigts ou dangereuse. Mais il savait lui aussi exploser face à des connards comme ça.

Peu intimidé par le jeune homme, Shawn avança sa main vers sa joue, et alors qu'il allait la poser, une poigne ferme l'en empêcha. Arthur se tenait là, le regard noir et les traits tirés.

« Quand on parle de la brute.

— Laisse le tranquille Shawn », ordonna-t-il.

Sa voix n'avait pas tremblé, basse et forte quand il avait tiré l'homme loin de son chéri. Il n'avait peut-être jamais dit qu'il formait un couple avec Mark malgré ces doux surnoms et attentions, ça ne laissait sous aucun prétexte le droit à quiconque de l'approcher ainsi.

« Oh allé Arthy, tu ne voudrais pas qu'on s'amuse ensemble ? Comme au bon vieux temps. Toi, moi et même lui, qu'en dis-tu ? »

Jamais, fut le mot le plus concis qui franchis les lèvres du boxeur. L'instant d'après le regard du blond changea, devenant bien plus sombre et c'est à ce moment-là que le brun compris qui était ce con : l'ex d'Arthur. Ça lui sautait aux yeux à présent, ces sauts d'humeur, cette façon de le détailler, tout le trahissait.

« Très bien, alors tu sais comment ça va se régler ? » siffla l'ex d'une voix plus élevée.

La salle indiscrètement à l'écoute se tut. Le silence s'installa un peu comme lorsqu'on éteignait une lumière. Derrière le boxeur, Mark s'agita, ne comprenant absolument pas ce qu'il se passait.

« Arthur ? »

Celui-ci l'ignora, mais il prit délicatement sa main dans la sienne. Il ne permettrait pas que cet être pur soit détruit par son monde.

« Il n'a rien à voir avec tout ça, laisse-le. »

Shawn le considéra un moment avant de crier haut et fort.

« Je demande un duel ! »

Les exclamations, sifflement fusèrent dans la salle. Sourire mauvais étiré sur un côté de sa bouche, il s'avança des deux hommes.

« Et celui qui gagne repart avec cette beauté. »

Excédé, Mark lâcha la main de son compagnon puis passa devant pour se planter face à ce coprolithe (c'était une expression que sa grand-mère utilisait lorsqu'elle avait vu cette mégère de Madame Mimio) et lui cracha presque au visage.

« Ecoute moi bien mon coco, je ne suis pas un objet, je n'appartiens qu'à moi-même, et si tu oses abîmer la belle gueule d'Arthur, crois-moi, c'est moi qui te le ferai regretter. »

Le voisin se tendit, surpris de cette répartie qui venait de faire vibrer son cœur alors que Shawn ricanait.

« Tu te dégonfles McKing ? »

Le footballeur souffla, avant de se tourner cette fois vers son voisin. Il voulait le raisonner, partir d'ici et ne devoir rien à personne, profiter d'une soirée plus paisible au lieu de jongler sous les coups de cette testostérone.

« Arthur tu ne lui dois rien.

— Je t' avais prévenu Mark, ce monde n'est pas le tiens, tu ne connais pas les règles, souffla-t-il. Je n'ai pas droit de fuir. »

Ses mains encerclèrent son visage, puis il déposa un baiser sur son front. Mark le laissa partir, le cœur au bord de l'explosion et murmura :

« T'as pas intérêt à perdre. »


Finalement le combat auquel Mark assista ne fut pas le même et il le regrettait. La soirée aurait dû bien se passer, avec quelques bons coups sans cette pression suffocante avec cette histoire de « prix ». Ce n'était pas qu'un combat qu'il perdrait, il le perdrait aussi. A ce qu'il venait de comprendre, dans ce monde, tout se réglait par la force, comme des gangs visiblement, et personne n'avait plus le droit de dire son mot une fois partie perdue ou remportée.

Le duel ne tarda pas à commencer et la tension monta, insupportable. Mark ne put regarder l'échange de poings. Il avait beau le vouloir, lever les yeux comme pour soutenir Arthur, mais il n'y arriva pas.

Il savait qu'une étude scientifique avait prouvé que deux choses fascinaient particulièrement le cerveau : la violence et le sexe. Si pour certain cela choquait, pour d'autres personnes, elles ne pouvaient détourner leurs yeux de la scène. Dans le cas de Mark, celui-ci ne pouvait absolument pas regarder. Non pas par dégoût, plus par douleur de voir son voisin se prendre des coups.

La tête baissée, il entendait seulement le brouhaha de la foule, les acclamations, le bruit de poings et priait pour qu'Arthur soir indemne. Il ne l'avait pas remarqué, le regard perdu sur ses mains aux jointures blanche par l'effort de les serrer sur son jeans, pourtant quelques larmes roulaient sur ses joues en venant s'écouler vers le bas de son menton.

Pour lui, le combat dura une éternité, si bien qu'il sursauta quand une main le toucha. Avec la plus grande délicatesse, elle vint lui lever la tête et chasser toute crainte de son esprit. Peu importe s'il avait gagné, perdu, c'était ce jeune homme et pas un autre.

« Arthur, je t'aime. »

Il ne savait pas s'il l'avait dit à voix haute, toutefois le sourire – égratigné – que lui adressa le boxeur refléta un bonheur immense. Mark rit, un peu nerveusement et surtout de soulagement. Sans qu'il ne puisse ajouter quoi que ce soit, Arthur le tira hors du club, sans un regard en arrière (Le footballeur ne vit pas Shawn se faire soigner pour quelques os fracturés).

Leurs doigts étaient entre-mêlés, refusant un seul instant d'être séparé. Malgré ses blessures, le boxeur prit la direction de son appartement. Il n'avait que faire de cette arcade qui saignait un peu, de ces égratignures et ces coups qui vireraient demain au rouge et violet, il avait largement autre chose en tête. Le feu qui circulait dans ses veines lui dictait d'assouvir son désir.

Lorsqu'ils furent dans l'ascenseur, Arthur déglutit difficilement et Mark sut ce qui allait suivre. Sans penser davantage, le ténébreux s'était redressé, venant se saisir des lèvres du plus petit. Il ne lui laissa pas le temps de protester qu'il vint le plaquer contre la paroi froide créant en lui un doux frisson de contraste. Il se saisit de ses fesses, vint le porter à sa taille pendant que ses jambes s'enroulaient rapidement autour. Le footballeur l'embrassait en retour avec autant d'ardeur qu'il le pouvait. D'ailleurs il ne pouvait pas protester, Arthur ne lui en laissait pas le loisir. Dans cette boite métallique et publique, le footballeur était à la merci du boxeur.

Puis soudainement, le boxeur se retira, laissant Mark pantelant qui retouchait le sol.

« J'ai gagné le match », assura Arthur.

Le brun leva ses yeux embrumés vers lui. Les portes s'ouvrirent, et le ténébreux ne perdit pas une seconde pour le tirer vers son appartement. Par miracle, il trouva vite ses clés et poussa doucement le plus petit à l'intérieur. Il n'y avait pas le feu, il n'était pas pressé, il voulait faire ça bien, mais bordel il le désirait ardemment.

« Et la récompense de mon combat c'était toi. Tu m'appartiens Mark », souffla-t-il.

Le sang afflua avec vivacité dans leur veine. Le moindre souffle qui s'échouait contre la peau de leur amant les faisait frissonner de désir, pire fut lorsque Mark fit rouler ses hanches contre le boxeur. En accord, un soupir leur échappa. La chaleur grimpa encore, et l'un contre l'autre ils se mouvèrent pour assouvir cette tension grisante.

« Arthur... »

Le cœur du boxeur rata un battement.

Leurs vêtements volèrent rapidement et ils furent peau contre peau, animés de ce désir de luxure et de cette douceur sentimentale qui les dictaient à s'unir. Depuis quand étaient-ils arrivé dans la chambre ? Arthur fit glisser sa main le long de sa courbe pour venir caresser son fessier. Il prit son temps. Le prépara avec délicatesse, attention et appréhension. Et après de longues minutes d'envie grandissante, il savoura la sensation de sentir la chair du footballeur frémir d'impatience autour de ses doigts. Les deux hommes haletèrent.

« Tes hanches tremblent », souffla le ténébreux.

Par la suite il le retourna, de telle sorte à ce que la position lui fasse le moins mal possible pour leur première fois et aima avec douceur Mark. Aucun des deux ne put décrire cet instant intime de plaisir, ils tremblaient, frissonnaient, gémissaient incapable de mettre les mots sur ces sensations suffocantes. Ils n'étaient pas violents, ils étaient passionnés, et c'était au-delà de tout ce qu'ils pouvaient espérer.

« Ne regrette pas de te faire emporter par les ténèbres de mon monde », souffla Arthur, profond.

Mark secoua la tête.

« J-je n'ai pas peur. Tant que tu restes avec moi », répondit-il.

Le boxer serra les dents et un mouvement brusque lui échappa tandis que son voisin jeta sa tête en arrière prenant une grande bouffée d'air. Une vague euphorique l'emplissait car il avait touché ce point. Sa poitrine se souleva et Arthur en profita pour le redresser puis l'attirer à lui.

« Accepte d'être ma lumière dans ce cas. »

Mark l'embrassa en s'abandonnant au nouvel amour que lui prodiguait son amant.

Ce fut la promesse d'une nuit, d'une vie.

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