Chapitre 1
Des reflets verts dansaient sur le plafond, tandis que Chantrea observait ce spectacle allongé sur un matelas noirci. Ses cheveux auburn était dispersé autour de son visage comme un halo, ses iris jaunes suivait les lents mouvements que faisait les reflets. Son passé revenait la hanter, son esprit partait puis revenait comme les vagues contre les rochers. Elle laissait le silence la bercer, observant de temps à autre les meubles de sa maison. Un bruit bref mais fort attira son attention, elle se redressa sur ses coudes. Un hoquet de surprise vint lui titiller les oreilles puis des bruits de pas précipités, s’éloignant de chez elle. Chantrea soupira « encore un curieux pour voir la bête » pensa-t-elle agacée. Elle se leva, le parquet grinçant sous son poids.
Elle s’arrêta devant un meuble en sapin sur lequel était posé une peluche. Une petite chouette brune au bec ocre, un léger sourire se forma sur ses lèvres, elle lui caressa le sommet de la tête. Du bout des doigts, elle effleura l’émeraude qui était incrustée sur son collier ras-le-cou. Son sourire retomba, la mine renfrognée, elle sortit de sa maison. Elle passa la pulpe de son index sur trois symboles peints sur le mur puis recula. Un cercle se forma autour de la maison, un dôme transparent s’érigea englobant la maisonnette. Chantrea tapota le dôme s’assurant de sa force. Puis d’un pas léger, elle s’éloigna dans les rues slalomant entre les gens. Les échoppes de la rue principale était bondé ce qui permis à la jeune femme de voler de quoi se nourrir. Elle s’arrêta face à un bâtiment de pierres brunes, elle poussa la porte à double battant pour entrer. Une voix traînante s’éleva d’un rayonnage.
— Chantrea ? C’est toi ?
— Oui maître Dusan ! En quoi puis-je vous aider ?
Elle traversa les immenses allées dont les rayons étaient recouverts de livres. Elle retrouva dans le rayon historique celui qui lui avait parlé. Un homme plutôt âgé, son visage était mangé par une grosse barbe noir parsemé de poils blancs, les cornes sur son crâne tombaient vers l’arrière dû à la vieillesse. Cet homme était le seul à l’accepter, il lui offrait un travail, la payait, et lui donnait de quoi se nourrir même lorsqu’elle refusait.
— Ah bien, bien, il y a des livres dans la réserve. Il faudrait les rangées dans les allées adéquates. Est-ce que ça te dérangerait de t’en charger ? Questionna-t-il en la regardant du coin de l’œil.
— Sans soucis. Répondit-elle simplement, elle allait partir puis s’arrêta. Faites attention à ne pas tomber. déclara-t-elle finalement en jaugeant l’échelle sur laquelle il était perché.
— Tu me connais, je fais toujours attention.
Il fit rouler l’échelle lui permettant d’accéder le haut des rayons, parfois celle-ci se détachait puis retombait lourdement contre le bois. Chantrea grogna puis se détourna, détailla ce qui l’entourait. Une vingtaine d’étagères l’entourait d’où pendait des lanternes, l’intérieur étaient ornés de fleurs blanches lumineuses. Chantrea poussa un soupir, un sourire naître au coin de ses lèvres. Chantrea s’attela à sa tâche transportant des piles de livres assez imposantes. Elle commença à les ranger, ignorant les personnes qui entraient et sortaient. Une habitude depuis qu’elle travaillait dans cette boutique. Les coups d’œil curieux, les mots prononcés à mi-voix le plus souvent désobligeants. Quelques marmonnements de dégoût en la voyant, lui fit lever les yeux au ciel. Perchée sur l’échelle en train de ranger un ouvrage épais. Une lumière blanche attira son attention, brisée en plusieurs filaments, et émanant d’une étagère dans le fond de la pièce. Elle interpella Dusan tandis qu’elle descendait de l’échelle.
— Que se passe-t-il très cher ? Questionna le vieil homme en passant la tête à côté d’une étagère
— Voyez-vous aussi cette lumière ? Demanda-t-elle en retour en pointant un point dans le fond.
— De quoi parles-tu ? Il n’y a aucune lumière. Ajouta Dusan le front plissé d’incompréhension.
Elle secoua la tête, fixa le point d’où la lumière émanait. Le filaments avait disparu au même titre que la lumière. Il tourna la tête vers la jeune femme, les sourcils froncés.
— Désolée, j’ai dû me tromper. Conclut Chantrea en détournant les yeux.
— Tu es sûr que tu vas bien Chantrea ?
— Oui, oui, ne vous inquiétez pas, mon imagination certainement.
— Bien, si tu te sens mal, n’hésites pas à rentrer chez toi, je n’y vois aucun inconvénient, je saurais me débrouiller.
— Si je devais partir, j’irais. Je vais continuer pour le moment.
Dusan s’éloigna pour rejoindre le comptoir. Chantrea reprit son travail comme si de rien était. Elle tapota les livres, dépoussiérant certaines couvertures, vérifiant les pages jaunies par le temps, et parfois, elle se prit à lire quelques paragraphes. Un bruit attira l’attention de Chantrea. Elle descendit de l’échelle sur laquelle elle s’était de nouveau perchée, puis se dirigea vers la provenance de celui-ci, elle s’arrêta dans une allée déserte, une sensation d’angoisse commença à lui tirailler le ventre. La lumière réapparut et attira son collier, qui émettait de la chaleur. Chantrea trouva la lumière qui l’éblouit pendant quelques secondes. La tranche d’un livre en cuir brillait, elle l’attrapa et lut sur la couverture, mythes et légendes, elle feuilleta les pages, blanches. L’angoisse s’amplifia, son cœur palpita et elle sentit de la transpiration lui dégouliner dans le dos. Elle serra l’ouvrage contre son cœur cherchant à en atténuer les battements, la jeune femme revint vers l’avant de la boutique. Retrouvant le vieil homme qui feuilletait un carnet recouvert de nombres.
— Maître Dusan, puis-je rentrer finalement ? interrogea Chantrea les doigts crispés sur le livre
— Bien sûr, je te l’ai dit tout à l’heure. Mais avant j’aimerais savoir quel est le livre que tu tiens ?
— Oh. Elle baissa les yeux vers l’ouvrage, puis lui donna. Je l’ai trouvé au fond de la boutique, pourrais-je l’emporter ?
Il le prit, l’examina sous toutes les coutures suivant de l’index les arabesques sur la couverture. Puis lui tendit avec un petit sourire.
— Fait donc mon enfant.
— Merci, au revoir maître.
Une pointe d’apaisement noya une partie de son stress. Cependant ses doigts tremblaient en maintenant l’ouvrage contre sa poitrine. Dusan lui sourit en faisant un signe de la tête. Elle s’éloigna à grands pas, évitant les grandes rues, le regard fuyant. Lorsque le vieil homme eut la certitude qu’elle était loin et que sa boutique était vide, il s’extirpa de derrière son comptoir, ferma la porte puis retourna le panneau sur la face fermée. Il tira les rideaux afin que personne ne le voit. Ses pensées se tournèrent vers Chantrea puis il murmura « mon travail est accompli désormais, mais on se reverra bientôt du moins je l’espère ». Une lumière turquoise s’échappa de lui, le faisant disparaître dans une spirale d’énergie bleue.
Chantrea fonça jusqu’à chez elle, personne ne l’avait observé. Elle passa à travers le dôme qui vacilla, passant la porte, elle la referma derrière elle, s’installant sur son matelas. Le livre à la couverture de cuir sur les cuisses. Elle tourna les pages tout aussi blanches que dans la boutique, ses doigts glissant sur le papier blafard espérant y trouver une marque. Le papier était lisse comme si aucun mot n’avait été couché, qu’aucune plume ne l’avait touché. Ses yeux passèrent sur les murs, s’arrêtant sur la peluche perchée sur la commode puis continua sur chaque morceau de bois tenant encore debout.
Un cri résonna de l’extérieur la faisant sursauter, elle cacha le livre sous son oreiller par instinct. Elle sortit de sa maison curieuse de découvrir d’où venait la source de ce cri. Elle passa dans trois ruelles et deux rues pour atteindre ce qu’elle cherchait. Ses pupilles se posèrent sur une jeune femme probablement un peu plus jeune que Chantrea, une chevelure rousse en train de se débattre. Deux hommes la maintenaient, leur visage était fermé, leurs yeux brillaient de colère.
— Lâchez-moi, lâchez-moi ! ordonna la jeune femme toujours agrippé et se débattant comme une furie
— Les étrangers ne sont pas les bienvenus ici, une fée n’a rien à faire sur le territoire du royaume de Tokka, les Déréam sont maîtres ici, tu subiras la punition liée aux intrusions. Tonna la voix de l’un des gardes.
Le premier homme la serra un peu plus. La peau noir de jais des deux hommes luisaient sous la lumière, leurs yeux orange refletaient la haine, les quatre cornes sur leur tête donnait l’impression de tomber en lambeau.
— Je suis fille de la reine d’Autéa , vous en subirez les conséquences si vous me touchez. Elle se débattit encore plus violemment, une expression hargneuse clouée sur le visage.
— Les seules représailles dont nous avons peur sont celles du chef, alors ne t’égosille pas pour rien la fée. Répliqua le deuxième homme, insistant sur le mot avec dédain.
— Je crois que la demoiselle vous a demandé de la laisser tranquille. Intervint Chantrea
— Super, voilà que le monstre vient nous faire la leçon. Ricana le premier.
— Ehhh, Vidarr, je ne tiens pas à risquer ma vie, moi. Paniqua le second le visage se décomposant petit à petit.
— Au moins l’un de vous deux est plus malin que l’autre. Sourit amèrement la femme aux yeux jaunes en restant là où elle est.
— Tu m’insultes là, saleté. Le visage du dénommé Vidarr se tordit à cause de la colère.
— Je n’insultes pas, je remets en question ta capacité à penser et à prendre les bonnes décisions. Son regard montrait son ennui.
— Tiens la fée, je vais m’occuper de la monstruosité. Ragea Vidarr, son égo en ayant pris un coup.
— Monstruosité ? Tu sais que physiquement on se ressemble, la seule différence c’est que moi, je ne renie pas ma nature et que je peux utiliser ma magie. Répliqua-t-elle avec arrogance.
Il ne répondit pas, dégainant l’épée attachée à son flanc. Il tenta de mettre un coup à Chantrea, celle-ci fit un pas sur le côté. Vidarr perdit l’équilibre s’écroulant sur le sol.
— Alors Vidarr, on ne tient pas sur ses jambes, c’est désolant pour un garde du chef tout de même.
Il se redressa et renouvela son attaque qui échoua. Il continua encore et encore à donner le même coup, il ne changea pas de position, jusqu’à ce que son épée réussisse à entailler les côtes de la jeune femme, Vidarr sourit victorieux. Chantrea garda un visage neutre, mais laissa son énergie se propager dans tout son corps.
— Je t’ai laissé une chance, garde, maintenant je suis agacée, je ne te tuerai pas. J’ai du respect pour la vie, mais je ne laisserai plus tes assauts me toucher. Persiffla-t-elle le regard noir.
Le regard de Vidarr se recouvrit d’un voile démontrant sa peur. Les cheveux de la jeune femme s’éleva autour d’elle dans un léger halo pourpre. Son énergie s’échappa puis vint entourer l’homme pour l’immobiliser, il fut bloqué par une force magique, il tenta de bouger. Cela se révéla impossible. Elle se tourna vers le second homme, ses yeux luisaient à cause de l’énergie qui se dégageait d’elle.
— Lâche cette jeune fée si tu ne veux pas finir comme ton collègue. Menaça-t-elle, son aura magique toujours visible.
Il la lâcha chancelant, puis partit en courant. La jeune femme rousse tomba à genoux, ses mèches devant son visage. Chantrea s’avança et lui tendit sa main, l’ancienne prisonnière leva ses yeux noisette vers elle, puis lui attrapa la main. La Déréam l’aida à se relever et entraina la demoiselle vers chez elle. Assez loin du lieu où s’est déroulée l’altercation, elle relâcha sa magie qui libéra Vidarr. Des gouttes de sang coulaient le long de ses côtes, elle attrapa un morceau de tissu de sa tunique, l’arracha puis l’appuya sur sa blessure.
Elle continua son chemin, lançant quelques coups d’œil vers la fée toujours derrière elle. Celle-ci avait un regard effrayé pourtant son corps exprimait une assurance, que Chantrea savait feinte. Elles entrèrent dans la maison de la Déréam. Aucune des deux n’avait pipé mot le temps du trajet. Chantrea prit une trousse de soin, le regard de son invitée se balada sur les meubles branlants, les murs calcinés, le matelas mal en point et le peu de nourriture tenant sur une table dont une patte manquait à l’appel et tenait grâce à une pile de livres. La Déréam, enleva le tissu teinté de quelques points rouges, elle attrapa un onguent, qu’elle appliqua sur sa blessure pour la refermée, ne laissant aucune trace. Pendant ses soins, elle s’adressa à la fée.
— Pourrais-je savoir ce qui vous amène ici princesse ?
— J’étais à la recherche de quelqu’un. Son visage restait neutre, et sa voix se faisait traînante.
— Et qui donc ? Si je puis me permettre, à part des gens qui ne supportent pas la venue des étrangers et ont une aversion pour le monde extérieur à leur royaume vous ne trouverez personne de bienveillant.
— Et pourtant vous m’avez aidé. Déclara-t-elle un sourire en coin se dessinant sur son visage.
— Ne vous méprenez pas princesse, je ne suis certes pas au point d’avoir une haine du monde et des autres peuples mais si j’ai fait ça c’est surtout pour provoquer la colère de notre chef. Pas spécialement pour vos beaux yeux. Elle l’observa un instant, avant de continuer. Replier vos ailes vous allez faire tomber le peu de bien qu’il me reste.
— Vous vivez donc ici, c’est votre maison. Remarqua la princesse l’air un peu chagriné.
— Comme vous pouvez le constater.
— C’est assez… différent.
Elle observa les meubles, une moue dépitée fixée sur les lèvres.
— Différent ? Quelle aimable façon de dire miteux ! Ce n’est peut-être pas digne de votre château mais c’est tout ce que j’ai, elle était mieux avant que les hommes du chef n’y mettent le feu en espérant la faire brûler et moi avec. Reprit la déréam du dédain dans la voix.
— Qu’avez-vous fait pour cela ?
Elle éclata d’un rire sardonique face à cette question. Et rangea l’onguent dont elle s’était servi pour refermer sa légère blessure.
— Comme s’il leur fallait une raison, mais celle qu’ils donnent à tout le monde c’est le fait que je sois une erreur de la nature, notre peuple a abandonné la magie depuis des milliers d’années au point que désormais plus personnes ne naît avec celle-ci, jusqu’à ce que je vienne au monde et que je la ramène une nouvelle fois dans ce peuple.
— Il est vrai que votre situation n’est pas anodine.
— N’ayez pas pitié de moi, je me fiche de celle-ci, je vis ainsi depuis vingt-cinq années et c’est encore pire depuis que ma mère est décédée il y a cinq ans désormais. Je n’ai pas besoin de pitié ou tout autre émotion telle que celle-là dans ma vie.
— Ce n’était guère de la pitié, seulement de la compassion. Corrigea simplement la fée en haussant les épaules.
— Je n’en ai pas besoin.
Elle observa le ciel par sa fenêtre, le soleil déclinait doucement. Elle se mordit la lèvre inférieure en réfléchissant.
— Votre nom ? questionna Chantrea en recentrant ses pupilles sur son invité.
— Changement de sujet. Pouffa la princesse la main devant sa bouche.
— Pas du tout. La nuit va tomber, vous ne pourrez pas sortir d’ici et personne ne nous ennuiera mais je souhaite tout de même connaître le nom de la personne que je vais héberger cette nuit.
— Je vois. Concéda-t-elle avec un sourire. Je me nomme Kaliska Mironnya, princesse d’Autéa. Et le vôtre ?
— Chantrea Promka. Désolée pour l’inconfort de mon logis mais j’espère que cela vous conviendra pour cette nuit.
— Sans problème, ce sera toujours plus confortable que de dormir en extérieur.
Chantrea dégagea un autre matelas qui semblait en meilleure forme que le sien, le posa sur le sol, prit des couvertures qu’elle secoua légèrement avant de les déposer sur le lit.
— J’espère que cela vous suffira je n’ai malheureusement plus d’oreiller, ils ont tous brûlés sauf celui que j’ai.
— Je n’en ai pas besoin, ça m’ira très bien.
La Déréam acquiesça, sortit deux tasses noirci par l’incendie, puis fit chauffer du thé qu’elle avait dérobé la veille. Elle sortit des fruits qu’elle plaça sur la table, puis fit cuire quelques morceaux de viandes. Plaça deux assiettes et le peu de couverts n’ayant pas fondu. Kaliska s’installa sur le sol, face à la table puis fut servi par Chantrea. Elles mangèrent ensemble, ne discutant pas. La déréam de nature taciturne préférait le calme, la fée fut désarçonnée par ce comportement, et se retint à plusieurs reprises de briser cette atmosphère glaciale. La femme aux cheveux auburn s’assit sur son matelas, sortit le livre qu’elle avait cachée. Lorsqu’elle ouvrit à la première page il était désormais écrit Mythes et Légendes dans une écriture délicate et stylisée. Elle tourna une autre page, des mots étaient aussi apparus.
Pour percer les mystères des divers royaumes.
Une clé pour chacun d’eux.
Ouvre une porte menant dans un endroit mystérieux.
Pour trouver la première.
Le gardien des lieux sombres, cracheurs de feux et autres éléments sera caché dans les profondeurs de tout temps.
Déployant ses ailes, montrant son imposante stature.
Trouver cette clé et une vérité sera dévoilé.
Son regard se troubla un instant en lisant ses lignes, elle attrapa un carnet en cuir, une plume, ainsi qu’un encrier avant de recopier ce qui était sous ses yeux, Kaliska l’observa ses mains trouvant refuge dans la longueur de ses cheveux. Elle était curieuse, souhaitant s’approcher mais n’osant pas. Alors elle se rabattit sur le décryptage des expressions de son hôte. La Déréam était tellement concentrée que la princesse n’eut pas le cœur de la déranger. Chantrea ne savait même pas pour quelle raison elle réécrivait ses mots, son corps bougeait sans qu’elle ne le contrôle. Quand elle s’arrêta enfin, elle secoua vigoureusement la tête. Elle regarda encore une fois dehors, la nuit était là, les marcheurs devaient être sorti et patrouillaient sûrement dans les rues. Elle ferma les yeux, concentra son énergie pour vérifier que le dôme était actif. L’énergie afflua dans sa tête, lui indiquant que c’était le cas. Elle rouvrit les yeux, ravie.
— Tout va bien Chantrea ? demanda-t-elle un mélange de curiosité et d’angoisse dans la voix
— Oui, oui, seulement, c’est peut-être étrange ce que je vais dire mais ce livre était complétement blanc lorsque je l’ai trouvé et maintenant des mots sont apparu. Répondit la déréam perplexe tapotant son matelas de ses ongles.
— Montrez-moi. Kaliska lui prit le livre des mains, regarda la page, puis la lut plusieurs fois. Cela semble être une énigme pour trouver l’une de ces fameuses clés.
— Il est écrit mythe et légende sur la couverture, ce n’est peut-être pas une vraie histoire.
— Vous savez, à Autéa nombre de villes utilisent des livres pour transmettre des messages. Le fait de mettre un nom où tous pourraient penser qu’il n’y a rien d’intéressant à l’intérieur, donne une bonne couverture. Alors peut-être que ce livre à la même fonction. Ajouta la fée, son index tapotant son menton, les yeux brillants d’excitation.
— Comment ce message est apparu alors que les pages étaient vierges ? demanda Chantrea perplexe
— La magie, une encre invisible qui montre ce qui est écrit après un certain temps, la lumière. Bon nombre de techniques sont nées au cours des siècles pour transmettre des messages cachés. Expliqua Kaliska en décomptant les techniques sur ses doigts.
— Je vois, je ne le savais pas.
— Ce sont des choses que je dois obligatoirement étudier en tant que princesse.
— Ce doit être ennuyant. Répliqua paresseusement Chantrea
— Cela dépend des informations que l’on me donne. Que comptez-vous faire de ces informations ?
— Je ne sais pas encore, la nuit porte conseil comme on dit alors je vais espérer avoir un bon conseil et savoir si je dois ignorer et considérer que c’est faux ou si je dois suivre cette énigme.
— Vous avez raison, rien de bon n’aboutit lorsque tout est fait dans la précipitation.
— C’est exact. Maintenant je vous souhaite une bonne nuit princesse.
— S’il vous plaît plus de princesse, appelez-moi Kaliska. Déclara-t-elle avec bienveillance
— Bien, comme vous le souhaitez.
— Bonne nuit Chantrea.
— A vous aussi.
La Déréam se mit face au mur, plaça sa couverture sur elle, puis ferma les yeux. Elle attendit d’entendre la respiration calme de la fée avant d’elle aussi s’endormir. Le paysage se brouilla et se dématérialisa avant de se matérialiser à nouveau. Face à elle une grotte s’ouvrit, une voix retentit derrière elle dans un écho.
— Chantrea… Chantrea…
Elle se retourna et pile devant son visage se tint celui d’une femme, de très long cheveux auburn comme les siens, un œil vert alors que l’autre se révéla mordoré, une peau plus clair que la sienne, sans cornes sur la tête. Chantrea lâcha un cri de surprise en reculant d’un pas. La femme tendit sa main en avançant et toucha la joue de la jeune femme. Laissant une lumière turquoise apparaître et provoquer une chaleur dans tout son corps.
— Tu es si grande, si différente, je suis heureuse de te voir.
La femme avait un sourire en regardant Chantrea, rendant son visage lumineux
— Qui êtes-vous ? questionna la déréam soucieuse
— Tu le sauras bien assez tôt, très cher. Si je suis là c’est pour te guider.
— Me guider ? Mais me guider sur quoi ?
— Sur l’énigme, tu as réussi à trouver le livre, c’est déjà une excellente chose, si la première énigme est apparue c’est que tu es en contact avec l’une des résonnantes. Elle croisa ses doigts entre eux comme pour une prière.
— Qu’est-ce que c’est qu’une résonnante ?
— Je n’ai pas le temps de t’expliquer Chantrea. Suit l’énigme, trouve ce que cela signifie, trouve la clé, cache là et protège là jusqu’à toutes les trouver et ensuite rends toi là où la dernière énigme te conduira mais sache une chose, tu n’es pas la seule à rechercher les clés, fait attention aux personnes que tu croiseras lorsque tu trouveras la bonne personne un signe te l’indiquera. Je reviendrai plus tard, lorsque je le pourrais. Au revoir ma belle Chantrea, on se reverra bien assez tôt.
La Déréam n’eut pas le temps ne serai-ce que de produire un son que la femme s’effaça dans un nuage rouge rempli de paillettes vermeilles. Le paysage se brouilla une fois encore dans une spirale noire. Elle se réveilla d’un coup, la lune était encore haute dans le ciel nocturne. Chantrea avait chaud, elle s’approcha du baquet d’eau, et observa son visage baigné de sueur, les mains tremblantes serrant le baquet, le cœur relativement calme malgré son étrange rêve.
Ses yeux louchèrent sur son front d’où émanait une lumière bleutée s’étirant et formant une tiare d’énergie. Elle se frotta les yeux, il n’y avait plus rien. Chantrea prit de l’eau et se nettoya le visage, avant de retourner se coucher, prise en étau par l’incompréhension, et la douceur du moment vécu dans son rêve. Elle se rendormit facilement, la chaleur de son corps et dans son esprit persista pour le reste de la nuit.