Holden by Locked Girl at Inkitt
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Holden

Summary

Que feriez-vous si votre seule échappatoire actuelle était un garçon étrange qui a déjà des cheveux blancs? Tayla, 17 ans, pensait que sa rechute l'avait condamnée à passer l'été enfermée dans la clinique psychiatrique Icarus, à l'extérieur de New York. Mais un soir, elle croise à nouveau Holden, ce garçon à la casquette de chasse rouge et aux mèches blanches. Ensemble, ils décident de s'évader dans les rues de New York. Loin des murs oppressants de la clinique, ils découvrent une certaine insouciance et se rapprochent l'un de l'autre. Mais leur liberté fragile ne peut pas aller plus loin que leur santé mentale. Jusqu'où pourront-ils fuir avant que la réalité ne les rattrape? TW: Mention du sµicide, scène de bagarre

Status
Complete
Chapters
7
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapter 1: La fuite

Tayla


Ça va bientôt faire deux mois d'été que je suis coincé dans ce petit coin près d'une grande ville. La clinique psy Icarus. Son nom est assez drôle, car sûrement beaucoup d'entre nous ont dû connaître l'euphorie, avant le crash qui nous a fait finir ici. Moi, j'ai failli faire le grand saut depuis le balcon. Tout a commencé avec ça, mon signe de rechute. Après avoir été un minimum stabilisé, j'ai fini ici. Apparemment, j'ai de la chance c'est un endroit assez relax. Il y a pire. J'ai vu pire et même si c'était bref ça m'a assez marqué pour que je m'en souvienne comme d'un rêve bizarre.


Pourtant, même ici tout le monde me tape sur les nerfs, quand ils ne me foutent pas la paix. Ça doit se voir à ma tête, parce que personne ne m'approche. Sûrement aussi parce que je garde le nez dans mes livres.

La nuit tombe sur notre large parc. Ça a dû leur coûter une blinde de faire ces enclos...je veux dire mettre ces longs grillages pour nous garder. Tu parles de chance. J'arrête d'observer l'extérieur depuis ma fenêtre qui ne s'ouvrira jamais. Je sors de ma chambre. Je le fais de plus en plus souvent pour lire dehors, dans l'espoir que le Dr.Ross le remarque et me fasse dégager d'ici. Ce serait pour la raison que je serais à première vue moins enfermée. Je lance ma playlist sur mon téléphone et mets mes écouteurs. Je me rends dans le jardin  éclairé par les lampadaires. On dirait plus une forêt avec moins d'arbres.


Il y a peu de gens dehors et ils discutent près du bâtiment dans des fauteuils. Moi, je m'enfonce vers le chemin en restant sous les lumières. Ici, je me sens en sécurité, même si techniquement certaines personnes ont un passé instable ici. Au loin, je remarque quelque chose dans l'obscurité. En avançant hors du chemin, je distingue quelqu'un de grand. Je ne sais pas comment, mais je suis sûre que c'est Holden. Le gars bizarre avec la casquette de chasse sur la tête h24.


Même pas une casquette de baseball normale, non, ce vieux truc rouge.

Il a des cheveux noirs qui en dépassent un peu, mais surtout il a des mèches totalement blanches devant. Elles sont naturellement comme ça. Pendant un moment, je le savais seulement parce que les gens n'arrêtaient pas d'en parler, quand il est arrivé un peu après moi. Un jour, je l'ai croisé sans casquette. C'était rare qu'il ne l'ai pas. Ça m'a donné l'occasion de voir ses mèches blanches comme j'en avais envie, même si c'était bref. Quand on s'est croisés Holden m'a à peine regardée. C'est sûrement à cause de ma tête et ma réputation de fille froide arrogante. J'en ai entendu parler en laissant mes oreilles traîner. Quand on s'est croisés ça avait aussi l'air d'être un de ces jours sans pour lui. Il avait une expression durcie lui donnant l'air un peu plus vieux, même si je sais qu'il a 17 ans aussi. Sa grande taille peut également donner cette impression.


Justement, je l'approche et retiens ma respiration quand il s'arrête près du grillage. Dans l'obscurité pas encore opaque je le vois se retourner. Il doit sûrement me fixer, mais soudain il court et se met à escalader le grillage n'étant pas si haut. Pourtant il ne viendrait pas à la plupart d'entre nous l'idée de l'escalader pour s'échapper. On n'est officiellement pas ici en hospitalisation forcée, même si ma mère m'a dit que ce serait ici ou le public. Quoi qu'il en soit, je finirais enfermée. Choisis ton poison.

Je ne sais pas ce qui me prend, mais j'attache mes tresses, cours et imite Holden. J'ai toujours aimé l'escalade. Pourtant, là le risque de tomber en passant par-dessus le grillage mouvant me fait m'arrêter de grimper. Surtout que j'y vois rien. Soudain, une lampe de téléphone s'allume sur moi et il y a un grognement. Holden me dit de sa voix grave:

-Je devrais te laisser ici.


Je réplique:

-Je leur dirais que t'es parti et t'iras pas loin.


Il ricane et quand je commence à douter qu'il va m'aider il me dit:

-Je monte un peu, tu t'accroches à moi et tu descends. J'espère que tu pèses pas.


Je souffle et après un bruit sourd de quelque chose qui tombe, je sens le grillage bien bouger. Combien lui il pèse? Après des manœuvres compliquées, je m'aide de son grand corps pour passer de l'autre côté, de façon plus rassurante. Quand je suis debout de l'autre côté, je l'entends reprendre ce qui devait être son sac à dos et aussitôt avancer. Je le suis en courant aussi. Au bout d'un moment, j'en peux plus et m'arrête en criant comme je peux:

-Attends m...


Je pense qu'il ne s'arrêtera pas, mais à ma surprise, sa silhouette éclairée par les lumières colorées ou neutres de la route que l'on approche s'arrête. Je le rejoins en courant et on trouve enfin un trottoir. Il regarde autour de lui puis son téléphone, avant de prendre une direction. Je le suis et demande:

-Tu vas où?


-L'arrêt de métro, je dois me tirer loin d'ici.


Je lui demande à lui devant moi, mais surtout à sa casquette le cachant avec ses cache-oreilles:

-Tu comptes aller où? Tu peux pas rentrer, on peut pas rentrer chez nous. Qu'est-ce qu'on va faire?


-Si tu veux faire demi-tour, attends un peu après que je sois monté dans une rame.


-Non, c'est bon, mais je...j'ai rien. Pas ma carte de métro ni d'argent.


Je regarde son sac à dos et dis:

-Je suis pas préparée. Peut-être que c'est foutu pour moi.


Il grogne et dit:

-Oh fais pas comme si t'allais bientôt crever, tu me tues.


C'est assez drôle comme phrase. Il m'entend rire doucement et demande:

-Y'a quoi de drôle?


-Rien.


-Quoi qu'il en soit tu me suis ou tu restes là, à chialer sur le côté de la route. Mais monte pas dans la voiture de quelqu'un. L'auto-stop c'est chaud.


Je réplique :

-J'ai un cerveau merci.


-Tu donnes vraiment envie de te garder.


-Je suis pas un animal à garder.


-T'as raison, pardon, t'es plus du genre petite enfant qui a menacé de me dénoncer.


Je lève les sourcils et on arrive. On descend les escaliers. Une fois en bas dans le métro, je prends enfin le temps d'observer le profil d'Holden. J'en profite vu qu'il est à mon niveau et s'est plongé dans son téléphone. Je redécouvre ses pommettes ciselées, ses longs cils noirs contrastant avec sa peau ivoire et son nez en bouton. Il a aussi des lèvres que je ne devrais pas regarder comme ça. Ça fait des semaines que je ne l'avais pas vu de près, depuis qu'on s'est croisés. Vu que j'évite les gens comme la peste quand j'ai le choix.


Pourtant, là, je l'ai carrément suivi impulsivement. Holden lâche le téléphone des yeux et je croise son regard à la forme fine. Ses iris mieux éclairés sont bleus, tachés de marron au milieu et mis en valeur par ses cils. Il m'interroge du regard et maintenant j'ai chaud, parce que je le fixais. Je lève les épaules, il fronce les sourcils confus, mais s'éloigne. Je le suis pour acheter des tickets. Il le fait avec des billets sortant d'une liasse qui me fait écarquiller les yeux. Je lui dis:

-Eh ben, t'es bon pour survivre un moment.


-Ce sera pas de trop avec toi.


-Non, mais merci pour le ticket, mais t'inquiètes pas je vais pas te coller toute ma vie.


-On sait jamais.


On a de la chance qu'une rame arrive rapidement dans la station ennuyante, quasi vide et grisâtre. On s'assied au fond côte à côte, sur un des fauteuils bleus foncés et surtout, loin des deux gars visiblement bourrés qui se disputent. Ça fait bien rire le groupe de fêtards, accrochés aux nombreuses barres en métal dans la rame. L'homme assis près des deux types alcoolisés, lui, ça ne lui plait pas et donc il se déplace. Ça fait crier l'un des deux hommes. Maintenant, les trois se prennent la tête et ça fait monter mon anxiété. J'ai entendu dire que le nombre de gens qui se faisaient poignarder dans le métro avait augmenté. Holden tire ma veste et se penche sur moi, avec un agréable parfum boisé, pour me dire:

-Je suis là.


Je ne peux pas m'empêcher de rire de nervosité, donc il prend un air renfrogné me le faisant un peu regretter. Holden retourne sur je ne sais quelle page web sur son téléphone. Passé la limite pour entrer dans New York, notre rame se stoppe à l'arrêt de la gare Grand Central. Holden me traine presque dehors pour que je me dépêche. Une fois sortie je me dégage de son emprise en disant:

-Les portes sont pas en mode accéléré comme toi. J'avais le temps.


Il marmonne:

-C'est cela oui.


La parano se faufile à nouveau dans ma tête et je dis:

-On va avoir tellement de problèmes. Ils pourraient même nous foutre à Apple County. Là où il y a vraiment des gens atteints.


-Ben, je pense que c'est un peu tard là, donc on devrait faire en sorte que ça vaille le coup.


Je soupire et le suis. On quitte la station seulement sauvée par la mention "déprimante" par les bandes jaunes au sol. On atteint la gare. C'est un bâtiment géant au plafond très haut et vouté. À chaque fois que j'y suis venue, j'ai eu l'impression d'être un microbe perdu dans un palace. L'architecture marbrée crème fait vraiment ancienne, mais c'est coupé par les écrans affichant les départs et arrivées. Il y a aussi les guichets et les magasins. On s'engouffre justement dans les galeries marchandes. On croise plein de gens, même à cette heure de la nuit. Même ceux en costard, ils bossent peut-être dans la finance. Je demande:

-On va où encore?


Holden répond:

-Faire de la randonnée. Il nous faut une tente d'abord.


-Tu te crois drôle?


Il affiche un air qui me dit qu'il doit se sortir de beaucoup de choses avec ce sourire. Je suis Holden dans un magasin où il achète une trousse de toilette. Je le regarde confuse. La façon dont ce gars agit est tellement étrange, mais en même temps on n'est pas sortis d'un centre de vacances, mais d'une clinique psy. Peut-être que je devrais faire attention. C'est maintenant que j'y pense?

En même temps, il n'a jamais eu de problèmes particuliers à la clinique. De nous deux, je suis sûrement la plus atteinte. Il a aussi acheté une carte SIM et des recharges. Une fois en dehors du magasin je suis Holden qui est devant sur son téléphone. On finit par s'asseoir et il tend la main en disant:

-Éteins ton tél et donne-le-moi.


Je ris, mais pas lui. Il plante son regard couleur froid et chocolat dans le mien, puis me dit sérieusement:

-Tu le fais ou tu te débrouilles seule.


Il éteint le sien et le mets dans la trousse. Je lui dis:

-Mais pourquoi? T'es cinglé? On va faire comment sans téléphones?


-On peut nous localiser. Et tu crois que j'ai acheté la carte SIM pour la manger? Tu me tues.


Il fouille dans son sac à dos et en sort un autre téléphone. Je dis:

-T'avais même assez pour...attends quand tu l'as acheté?


-J'ai beaucoup de chance. J'ai pensé à retirer l'argent avant la clinique et le tél c'est mon cadeau d'anniversaire. Mais je le voulais pas et le gardais, juste au cas où quelque chose arriverait à celui que j'utilise. On le partagera. Si tu restes.


Il ouvre la main et j'hésite. Je soupire, éteins mon téléphone puis le lui donne. Je le préviens:

-T'as pas intérêt à essayer de me faire du mal, parce que j'ai rien pour appeler.


-On était dans une clinique privée, pas un établissement haute sécurité, pour des tueurs qui ont plaidé la folie.


-Après avoir mangé leur mère.


Il lève ses sourcils noirs plein de caractère et dit:

-C'est moi qui devrais avoir peur en fait.


Je souris et il continue:

-Ça te permettra te déconnecter de ces gens qui doivent sûrement faire semblant avec toi.


Je réplique piquée:

-Comment tu peux savoir ce qu'ils font?


-C'est logique. Ils font semblant pour obtenir ce qu'ils veulent dans la vie. Ils font beaucoup semblant avec les gens comme nous. Tu crois vraiment qu'ils révéleraient leurs pensées pleines de jugement?


-Hmmm...mes amis ont coupé les ponts après ma première crise, sans rien dire.


-Tu vois? Après c'est pas tragique. Tu peux faire semblant aussi. Enfin tu le fais sûrement comme tout le monde, même si pas aussi souvent. Pas assez.


Je lui demande:

-Qu'est-ce qui te dit que je le fais pas assez?


-Une impression.


-Toi tu fais semblant là?


-Non, sinon je te sourirais et je te dirais que t'es un plaisir à supporter.


Je souffle et il me sert son sourire charmant, avant de mettre la trousse contenant les téléphones dans son sac. Il se remet en marche en me disant:

-Viens.


On sort dans les rues fraiches, où l'obscurité se bat avec l'éclairage agressif de New York. Pendant qu'on marche un peu plus loin, Holden trouve le moyen d'activer la carte SIM en même temps qu'il avance. On finit par entrer dans un hôtel à la déco sobre, crème et noire. Sur son téléphone restant, Holden montre une réservation pour quelque chose que je ne connais pas, à l'employée de l'accueil. Vu que je ne suis pas de retour dans ce pays de mon enfance depuis longtemps, il y a beaucoup de commerces que je ne connais pas. On suit une autre employée et Holden me dit:

-C'est le moins cher, on pourra laisser les téléphones ici un moment.


Je lui demande curieuse:

-Mais t'as combien?


-Je dois recompter. Pas assez pour refaire ta garde-robe, mais assez pour souffler et réfléchir quelques jours. Heureusement que j'ai retiré. Le cash c'est ce qu'il y a de mieux.


-Je préfère toujours la carte.


Il sourit un peu puis on arrive dans une pièce pleine de casiers noirs aux numéros argentés. L'employée qui nous avait regardés curieusement en venant demande:

-C'est que pour le sac à dos? Vous êtes sûrs?


Je me retiens de sourire et Holden sort la trousse qu'il lui donne en disant:

-C'est juste ça en fait. C'est précieux, on ne veut pas qu'on nous les vole pendant qu'on va jouer les touristes.


L'employée semble confuse, mais prend la trousse sans l'ouvrir et l'étiquette avant de désigner un casier en disant:

-C'est ici, 74.


Holden range la trousse et l'employée m'observe avant de commenter:

-Vous avez l'air jeune.


Oh putain. Holden me regarde concerné et je réponds:

-Oui, on me le dit souvent, je viens de faire 18 ans. On est là pour mon anniversaire.


L'employée dont je lis enfin le badge "Sarah" me dit joyeusement:

-Joyeux anniversaire, vous faites un beau couple.


Je sens mon visage se réchauffer et Holden se glisse à côté de moi. Il prend ma main et j'ai des frissons en sentant la chaleur de la sienne. Il dit à Sarah:

-Merci, mais justement on va être en retard pour ma nouvelle surprise.


Je le regarde et il me sourit avec de la malice dans ses yeux bleus au centre marron. Sarah répond:

-Je ne vais pas vous faire attendre plus longtemps. Je vais vous donner le reçu papier et vous recevrez l'électronique par mail.


Même une fois dehors il m'a lâché, mais je sens encore la main d'Holden dans la mienne. Je ne comprends pas pourquoi ça me fait ça. Je lui dis:

-On ne pourra pas y retourner comme ça. Elle va réfléchir et avoir des soupçons, on est grillés.


-On n'allait pas rester autour.


-Comment ça? J'ai cru que t'allais rester là-bas.


-Tu me tues des fois. Déjà tu viens aussi et on va pas rester près du dernier endroit où se trouvaient les téléphones.


Je souffle et réplique:

-Ouais bah si tu voulais vraiment jouer les espions, t'aurais pu être plus discret. Parce que si j'étais toi j'enlèverais cette casquette.


-Ah oui, parce que le fait qu'on voit mes mèches blanches va aider.


-En fait, tu vois, c'est toi le boulet.


Il esquisse un sourire en coin et souffle en secouant la tête. Il hésite, mais enlève sa casquette et la met dans son sac, d'où il sort une noire qu'il met. Casquette Man on dirait. Je demande:

-Ça t'a fait mal quand tu l'as enlevée?


Il réplique en souriant:

-Oh ferme-là.


Je lève les yeux au ciel et accélère, même si je ne sais pas où on va. Je le laisse me dépasser à nouveau et sous la lumière des éclairages nocturnes, il me demande:

-Tu crois qu'on passera aux infos?


-À moins qu'on représente un danger pour nous même ou les autres, on n'attirera pas vraiment l'attention massivement. En plus, les alertes sont réservées pour les enlèvements. Et il y a des lois pour nous garder anonymes, donc les médias évitent d'exposer les mineurs. En plus dans cette ville il se passe tellement de choses plus importantes, que deux évadés d'une clinique c'est pas grand-chose.


-Putain t'y as bien pensé.


-Ruminer est un symptôme.


-Je sais ça aussi, mon truc c'est les histoires qui partent de rien.


Je hoche la tête et réponds:

-Il y a ça aussi oui.


-Qu'est-ce que t'as toi? Si tu veux bien me le dire.


-Devine.


-Un truc du genre dépression chronique?


-Pas super super loin parfois, mais non.


-T'es bipolaire aussi?


-Tu l'es?


Il me dit amusé:

-Ouais, type 1.Ça semblait logique non? Quand je venais d'a rriver et qu'ils stabilisaient mon traitement des fois je parlais à personne comme un mur et j'étais tout le temps enfermé et d'autres je la fermais pas.


-Ben, c'est pas facile à deviner en vrai, tu devrais le savoir. Ça peut passer pour beaucoup de choses. C'est pour ça qu'ils ont passé des années à trouver avec moi. Je suis 1 aussi.


-Ouais, t'as raison pour deviner c'est oas écrit sur notre front. On fait une sacrée paire.


Je ris et le suis. Trois stations de métro après on finit dans un hôtel à la déco crème et or moderne. Il ne m'a pas l'air trop mal. Holden fait la réservation, avec sa fausse carte d'identité dont il m'a parlé en chemin. Je l'écoute et j'ai envie de rire en lisant mon prospectus. Comme si la carte d'identité qu'il avait fait faire, pour s'acheter des cigarettes n'était pas assez, il force sur le ton de sa voix pourtant déjà grave. Il doit être bien stressé de se faire prendre. Je pense soudain à quelque chose. Je le tire sur le côté en nous excusant. Il me dit agacé:

-Quoi Tayla?


Je ris et dis:

-Tout ce temps, j'avais oublié de te donner mon prénom, mais tu l'as.


-T'imagine pas des choses. J'ai une bonne oreille, contrairement à toi quand tu lis. Les infirmières ont bien répété ton nom.


-Pff.


-Qu'est-ce que tu veux du coup?


-Prends deux lits.


Il sourit puis me rit au nez sous mon regard ennuyé. Il me dit:

-On peut pas faire ça, ça sera suspect.


-Comme c'est pratique. On peut être des amis qui voyagent ensemble, c'est le 21ème siècle.


Il soupire et dit:

-Ici, deux lits coûteront plus cher, donc moins de jours. En plus je lui ai déjà dit que...tu sais quoi c'est moi qui paye. Donc tu dors par terre ou tu te débrouilles, mais je prends un seul lit.


-T'es un vrai connard.


La vague entre ses lèvres bouge pour former son sourire malicieux. Il dit:

-C'est ton choix. Je te donne le choix.


J'inspire longuement et réplique:

-Prends ton foutu lit.


Il me montre ses dents avant de continuer son numéro avec sa voix à la Optimus Prime.

Après un moment trop long, on entre dans notre chambre spacieuse décorée en marron et blanc cassé. Je pose ma veste sur le fauteuil en velours ayant l'air d'avoir été gonflé par son design moderne. Ça me fait penser au siège bulle que j'admirais l'autre jour sur Insta. Holden pose son sac avant de s'approcher de la fenêtre large. Il s'exclame en riant:

-Oh merde!


Je le rejoins et en face de nous dans l'immeuble à côté une fenêtre encore plus large donne sur un couple. L'homme assis sur le lit en peignoir regarde la femme, qui enlève une robe ayant l'air d'être bizarre et super serrée. Du latex? Ça doit être ça. Elle quitte enfin sa robe avec difficulté et on voit son corps aux formes sensuelles. Ok maintenant avec Holden à côté c'est gênant, en plus c'est pas bien. Malgré tout, je ne bouge pas. L'homme enlève son peignoir et heureusement il a un boxer. Soudain...quoi? La femme attrape bien une espèce de fouet et le fouette avec, ce qui fait rire Holden et moi aussi. C'est sûrement les nerfs. Elle continue et Holden dit en riant:

-Oh putain.


Maintenant, elle s'arrête et enlève son soutien-gorge. Ok non. Je m'éloigne de la fenêtre en disant:

-C'est assez pour moi.


Holden ricane puis me suis. Je m'assieds sur le lit et il se tient debout de l'autre côté puis demande:

-Tu comptes dormir dans le lit du coup?


Je réplique:

-Si t'essaies de me toucher, je vais te tuer. Je suis sérieuse, ou au moins j'essaierais et je te ferais très mal.


Il dit en riant:

-Wow, wow. Tu me prends pour quoi?


-Un étranger.


-On a été au même endroit pendant des mois. C'est pas parce qu'on vient de voir une séance BDSM, parce que ces cinglés aiment sûrement qu'on les regarde, que j'ai envie de te sauter dessus.


Je fronce les sourcils puis dis:

-Le fait qu'on ait passé tout ce temps dans le même endroit, n'empêche pas le fait que t'es un menteur.


-Quoi? Comment ça?


-Mens pas encore. Je t'ai entendu de loin, mais j'entendais assez. Je t'entendais raconter tes différentes versions de comment t'as fini à Icarus à différentes personnes et la facilité avec laquelle tu les sortais. Du coup, je compte pas baisser ma garde.


Il rit et dit:

-J'avoue que je devrais pas m'amuser autant avec ça, mais j'essaie de garder ma vie privée privée. Juste comme toi quand tu te caches derrière tes livres.


Je grimace et il ajoute:

-Oui, on a remarqué ton absence Le fantôme.


-M'appelle pas comme ça Le menteur.


-On dirait qu'on a nos nouveaux noms.


Je soupire et il dit:

-Je crois que je veux sortir ce soir.


-Mauvaise idée


Il esquisse un sourire diabolique et réplique:

-Oui, mais je veux baiser.


Je me retiens d'écarquiller les yeux malgré le fait que je me sois tendue. Il le fait exprès. Face à son sourire amusé, je réponds avec un faux air détaché:

-Ben va te trouver une prostituée écoute.


-C'est pas mon style. En plus, je dois pas gaspiller d'argent ni de data. Tu sais dans les années 90 ils avaient pas vraiment de téléphones portables, je pourrais facilement survivre en limitant les contacts.


-Ok, ok.


Je réfléchis à me barrer quand il ajoute:

-Je devrais limiter les contacts oui...mais je veux vraiment appeler ma sœur.


-Oh...


Il me raconte de façon animée:

-C'est une gosse super cool, elle est toute mignonne et super maligne aussi. Le genre qui comprend les films profonds alors qu'elle a que 10 ans. Son film préféré c'est Requiem for à dream. On devait pas la laisser le regarder à la base mais bon...elle le connait par cœur. Ce dont je me souviens du film, moi, c'est le type qui dit "Je ne suis pas une mauvaise personne. Je fais juste de mauvaises choses.".


Je demande moqueuse:

-Est-ce que c'est un mensonge?


Il sourit légèrement et répond:

-C'en est un selon toi?


-J'ai pas envie que ça en soit un.


-Tu sauras peut-être si c'en est un, un jour. D'ailleurs je ne sais même pas pourquoi je te raconte ça.


Je lui demande:

-Pourquoi tu mens sur toi?


-Les autres m'y poussent avec toutes leurs questions. Ma vie privée, je te l'ai dit.


Je bâille et dis:

-Ok.


Il fouille dans son sac et va dans la salle de bain avec une trousse. Je le suis en demandant:

-Attends, t'as du dentifrice?


Devant le miroir, il en met sur sa brosse puis me le tend. Je m'observe un moment dans la glace. J'ai arrêté de me maquiller à la clinique par flemme et manque d'intérêt. Malgré tout, en voyant la tâche marron un peu plus foncée qui me nargue sur ma pommette, je le regrette. En général, j'en fais pas des tonnes, je la recouvre seulement elle et quelques autres et...en fait même quand on en fait peu on en fait beaucoup entre l'highlighter, la poudre matifiante et tout.


Au moins depuis que mes sourcils ont encore plus poussé j'ai un peu plus de confiance et depuis que j'ai arrêté mon tic honteux de m'arracher des cils aussi. J'ai l'air moins étrange sans ces trous occasionnels parmi eux. Pendant que je galère à me brosser avec les doigts, depuis le deuxième lavabo, ce gamin d'Holden se met à rire dans sa mousse. Ça plisse son regard aux différentes teintes. Je me rince la bouche et lui dis:

-Tout le monde n'a pas le luxe d'avoir pris ses affaires.


Il se rince et rit en disant:

-Tu me tues.


Je lui réponds las:

-Je suis trop fatiguée pour me doucher, me juge pas.


-T'inquiète pas on est deux. On n'en est pas encore à un stade critique de toute façon.


Je vais éteindre la lumière de la chambre et me couche face à Holden. Dans le noir interrompu par les lumières de la ville, à cause de la fenêtre qu'on a laissée ouverte, je lui dis:

-Hey, souviens-toi de ma menace Caulfield.


Il me demande:

-Comment tu connais mon nom de famille?


-J'ai des oreilles partout.


-Mais pas de bouche on dirait, enfin sauf quand tu veux. J'ai cru que t'alignerais pas un mot avec moi, mais tu te tais pas.


-Ferme-la.


Il rigole et j'ajoute:

-Et puis je m'entends pas avec beaucoup de gens. Ça crée que du malaise, de l'anxiété et du regret d'essayer.


-Tu ressens tout ça là?


-Oh chut...c'est juste un coup de chance.


Il me dit amusé:

-Tu peux pas gagner si tu joues pas.


-Ben, vous avez pas aidé non plus, vous êtes pas venus me voir.


Il me demande avec de l'amusement dans la voix:

-T'en avais envie?


-Pas que vous vous rameniez tous en même temps.


Il émet son rire diabolique avant de demander:

-Tu voulais que ce soit juste moi qui vienne te voir?


-Rêves toujours, d'ailleurs j'ai sommeil bonne nuit.


Je ferme les yeux pendant qu'il rit et je m'endors près d'une odeur de forêt.

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