Nos âmes en équilibre

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Summary

Nouvelle-Calédonie, peu après la révolte kanak. Un bataillon français est déployé pour traquer les derniers rebelles. Parmi eux, Yowan Lluvio un jeune sergent pieux et convaincu d’agir pour le bien. Dans une tribu reculée des montagnes, il croise le regard de la fille du chef. Elle le fuit, le méprise, le craint. Ses ancêtres ont été tués par l’armée coloniale, et comme les siens, elle voue une haine viscérale aux envahisseurs. Mais une nuit, il découvre qu’elle soigne un rebelle blessé. Il devrait la dénoncer, pourtant il ne le fait pas. Dans un monde où tout les oppose, ils vont apprendre à se connaître, à se défier, à s’apprivoiser. Mais l’amour peut-il naître entre un oppresseur et une résistante, entre un homme de foi et une femme dont les dieux ont été piétinés ? Entre devoir et sentiments, raison et passion, jusqu’où iront-ils avant que la guerre ne les rattrape ? ∆ la couverture à était créé avec l'IA ∆

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1

Septembre 1917 – Fort Téréka, camp militaire

Depuis trois jours, de nouveaux soldats avaient débarqué sur l’île. Sur ordre du commandant, ils furent conduits au Fort Téréka, la principale base militaire de la Grande Terre. Deux raisons précises justifiaient ce passage obligé : d’abord, leur laisser le temps de s’habituer au décalage horaire ; ensuite, les préparer à leur future mission dans le nord de l’île.

Parmi eux, Yowan Lluvio, sergent-chef de l’armée française. Il avait combattu dans la Grande Guerre de 1914 à novembre 1916, et les tranchées lui avaient laissé des cicatrices indélébiles. La puanteur, les explosions, les maladies, la mort… tout cela était devenu son quotidien si bien qu’il eut du mal a retrouver le sommeil dans tout ce silence.

Ce fut un éclat d’obus dans les jambes qui mit un terme à son engagement. Jugé inapte au combat, il fut renvoyé auprès de sa mère, cloué dans un fauteuil roulant. Pourtant, le Colonel Dupont croyait en son potentiel. Il fit transférer Yowan en Angleterre, où il fut pris en charge par les meilleurs médecins du pays. Après de nombreuses opérations et une année entière de rééducation, il parvint à un exploit que peu jugeaient possible : remarcher.

— Tu vois, maman ? Je te l’avais dit… Le Seigneur m’a donné la force de me relever. Il ne ment jamais.

Sa mère l’avait serré contre elle, les larmes aux yeux sachant au fond que ce grand gaillard restait son petit garçon .

Yowan était chrétien, et sa foi n’avait jamais vacillé, malgré les horreurs des tranchées. Depuis qu’il avait retrouvé l’usage de ses jambes, il n’avait plus manqué une seule messe.

Il crût pouvoir retourner au front, mais son colonel lui adressa un courrier avec une toute autre vision.

« Monsieur Lluvio,

Je vous adresse ce courrier avec la ferme conviction que vous saurez faire preuve des compétences et du dévouement que j’ai toujours vus en vous.

La situation sur l’île récemment nommée Nouvelle-Calédonie connaît une crise sans précédent. Les indigènes, restés païens et profondément sauvages, sèment le trouble sur toute la Grande Terre. Leur révolte doit être matée au plus vite, conformément aux ordres du gouvernement. Je compte sur vous pour répondre sans délai à cet appel et rejoindre les forces déployées sur place.

Colonel Dupont »

Yowan réfléchit un instant. Honnêtement, il se voyait plus utile sur le front qu’en Nouvelle-Calédonie. Il avait entendu quelques rumeurs parmi les soldats : ces gens étaient de véritables barbares, des sauvages qui pratiquaient la magie noire.

C’est le mot païens qui acheva de le convaincre. Il était de son devoir de garantir la paix, c’était pour cette raison qu’il s’était engagé dans l’armée.

Bien sûr, Yowan détestait ôter la vie. Mais au front, il avait appris que ce jugement ne lui appartenait pas. Sous les tirs ennemis, on comprend vite qu’il faut courir pour survivre. Pourtant, il s’abstenait autant que possible de viser des points mortels. Non, Yowan se contentait de tirer dans les articulations. Il lui arrivait même d’appuyer trois fois au même endroit pour être certain que l’homme en face de lui ne puisse plus porter d’arme.

C’était sa manière à lui de les épargner, aussi cruel et malsain que cela puisse paraître.

A peine remit sur pied, Yowan Lluvio prit l’avion pour Paris ou il séjourna chez sa famille pendant deux semaines.

— Tu es sur de toi ? Rien ne t’y oblige… Clama doucement sa mère sur le canapé, pliant le linge d’Esther et de Jean

— Je sais, mais je me vois mal rester ici pendant que mes camarades meurent au front ou sous les révoltes païennes. Répondit Yowan, se levant pour débarrasser la table.

— Fais attention à ne pas tomber dans l’extrémisme, mon chéri. Le gronda t’elle sans hausser le ton.

La mère de Yowan était veuve, son mari était mort d'un cancer, avant la première guerre Mondiale. Elle trouva du réconfort auprès du seigneur mais supporter peu les extrémistes aux idées bien tranchés.

— Qu’entends-tu par là ? Crois-tu que je dégainerais mon arme sur une insulte contre le tout puissant ? Demanda t’il à son tour, s’asseyant sur le divan en face de sa mère.

— Bien sur que non, gloussa t’elle, je pense que tu ne dois pas laisser des rumeurs obscurcir ton jugement et ne pas laisser la « vision du bon » te guider sur le mauvais chemin.

Yowan écoutait les dires de sa génitrices avec un calme religieux avant de prendre un vieil habit et de tenter le pliage du tissu.

— Tu pense que je fais fausse route en les nommant de païens ? Et pourquoi ce mots sonne comme une insultes lorsque tu le dit ? Demanda-ils, grimaçant sous l'aspect piteux du tissu plié par ses soins.

-Tout le monde les appelle ainsi pourtant… Grommela le soldat sous le regard plus dur de sa mère.

-Je pense, que tu es un brave garçon Yowan mais que tu es bien trop naïf et que tu prend les rumeurs pour des vérités. Je n'ai aucune idée de qui ils sont réellement, ni s'ils prient d'autres dieux ou s'ils mangent de la chair humaine. Tout ce que je sais c'est que je ne peux pas émettre un avis sur ce peuple que je n'ai jamais vu. Expliqua Marie en reprenant le tissu des mains de son fils.

-Tu ne t'es toujours pas améliorer en pliage à ce que je vois. Lança t-elle avec humour.

Yowan ne put réprimer un sourire avant de soulever Jean, le cadet de sa fratrie.

-Voilà une tâche pour laquelle je ne serais jamais bon, constata l'aîné en replaçant son frère sur ses genoux. Mais… Je crois comprendre ce que tu veux dire maman.

-Je n'en n'ai jamais douté, ton départ est bien prévu dimanche prochain ? Demanda t'elle, un bien triste sourire ornant ses lèvres.

Yowan, le remarquant, reposa le petit au sol avant de s'asseoir à côté de sa mère, il posa une main sur son épaule.

-Ne te fais pas de soucis, ça ne peut pas être pire que les tranchées.

— peut-être… Mais ça fait a peine cinq mois que tu t’es rétablit… Deux ans a la guerre et un an de rééducation ne suffise pas a calmer tes ardeurs ? Demanda Marie, une larme perlant sur sa peau de porcelaine.

Voir son premier enfant partir vers des contrés pleine de danger était difficile a supporter pour chaque mère, particulièrement pour Marie qui croyait l’avoir perdu ce fameux jour de Novembre.

— Maman, le monde va bien trop mal pour que je reste ici les bras croisés…Tu le vois bien. Murmura t’il doucement, les yeux tristes.

La dame d’une cinquantaine d’année, approuva en silence. Puis son regard se posa sur son premier fils, de douce larmes roulant le long de ses joues.

— De toute façon, je n’ai jamais pu t’empêcher de courir après tes rêves, tenta t’elle avec humour.

Yowan se contenta de sourire tendrement, il savait qu’il briser le cœur de sa pauvre mère mais si le Seigneur lui avait parmi de marcher de nouveau c’est qu’il avait des projets à accomplir.

Dans ce laps de temps, Esther vint prendre place à côté d’eux, lançant un regard soucieux a son frère.

Maintenant qu’elle avait eu dix ans, elle comprenait beaucoup plus de choses que Jean. Et ce qu’elle comprenait, c’était que Yowan allait de nouveau s’en aller.

— Est-ce-que la guerre…Ça fait peur ? Demanda-elle de sa voix de fillette.

Yowan l’incita à s’approcher, l’asseyant sur ses genoux avec une douceur que peu lui connaissait.

— Un peu, c’est comme les monstres sous les lits, ça fait peur tant qu’on ne les voit pas.

— Et il y avait des monstres là où tu étais ?

— Oui, il y en avait, beaucoup. Murmura t-il doucement, ses pupilles se perdant un peu plus loin dans le temps.

— Ils ressemblaient à quoi ? Continua la petite fille blonde

— Ils…

Et ses mots moururent sur le bout de sa langue en croisant son reflet dans les yeux de sa sœur tandis qu'un frisson remonta le long de son échine.

Ils me ressemblait

Mais il fut incapable de le dire a Esther ou même devant sa mère, il y avait des choses qui ne valait pas qu’on les énumères.

— Ils étaient fatigués…En colère. Et ils voulaient juste que la guerre s’arrête. Murmura t’il avant d’ébouriffer le tignasse blonde d’Esther.

— Tu reviens quand ? Demanda-t-elle

— Je ne sais pas encore, tu sais, il n’y à jamais de date sur ce genre de mission.

La petite baissa les yeux, la mine boudeuse.

— Moi, ça me faisait plaisir que tu sois là, toutes mes copines étaient jalouse car j’ai un grand frère très beau. Grommela-t-elle sous le rire de sa mère.

— Et même qu’elles disaient vouloir se marier avec toi ! S’écria-t’elle, le bout du nez pointer vers le ciel avec fierté.

— Tu entends ça maman ? Demanda t’il en feignant un état fiévreux, la main sur le front, c’est dont cela, la rançon du succès ?

Autour de lui, les rires fusèrent doucement et bien qu'ils étaient sincères, ils semblaient pâles. Étrangement creux, des ombres dansaient dans les pupilles de sa mère, comme celles qui présagent que bientot, on devra pleurer.