Prologue
Je fixais la tasse de café entre mes mains, perdue dans la banalité de ce matin comme tant d’autres. Les bruits familiers de l’appartement m’entouraient : la télévision en arrière-plan, le ronronnement du frigo, le silence qui emplissait chaque recoin. Rien ne semblait anormal, rien qui ne laissait présager ce qui allait suivre.
Mes pensées vagabondaient ailleurs, comme souvent ces derniers temps. La pile de manuscrits sur la table me narguait, et pourtant, je n’avais pas la force de les ouvrir.
Puis, quelque chose me tira de mes rêveries.
Je relevai les yeux, d’abord distraitement, avant que mon regard ne se fige sur l’écran de télévision. Là, parmi les images défilant, un visage. Un visage que je connaissais trop bien, celui qui avait hanté mes nuits, mes souvenirs... et mon cœur. Ji-hoon.
Mon cœur se serra dans ma poitrine, battant à un rythme effréné que je ne pouvais contrôler. Les années avaient passé, et pourtant, le voir là, sous les projecteurs, ravivait une vague d’émotions que j’avais tenté d’enterrer depuis si longtemps.
Il était là, assis confortablement dans un fauteuil, face à une journaliste qui lui souriait poliment. Il portait un costume impeccable, le genre de tenue qui reflétait le succès qu’il avait atteint depuis notre dernière rencontre. Mais derrière cette façade élégante, derrière ses yeux sombres, je pouvais encore apercevoir l’ombre du garçon qu’il avait été, celui qui m’avait brisé le cœur.
La voix de la présentatrice perça le silence de la pièce.
— Ji-hoon Park, auteur de l’année, annonça-t-elle avec un enthousiasme professionnel. Votre livre « L’échappé des ombres » a conquis le monde entier. Que ressentez-vous face à ce succès incroyable ?
Ji-hoon resta silencieux une fraction de seconde, son regard plongé dans celui de la caméra, comme s’il cherchait ses mots avec soin. Sa voix, grave et posée, résonna enfin, chaque syllabe lourde de sens.
— Parfois, il faut du temps pour accepter la vérité, dit-il doucement. Ce livre, c’est ma façon de partager ce que j’ai vécu, de donner une voix à ceux qui n’ont jamais pu parler.
Une vague de frissons parcourut ma colonne vertébrale. « La vérité ». Ce mot résonnait dans mon esprit, réveillant des souvenirs douloureux. Il n’avait pas seulement dit ça pour le public, pour cette interview. Il parlait de quelque chose de plus profond, quelque chose qui n’avait jamais été dit entre nous.
Je serrai la tasse entre mes mains tremblantes, essayant de chasser les émotions qui menaçaient de submerger mes pensées. Cela faisait des années. Des années que j’avais tenté d’avancer, de construire une vie loin de lui. Mais le voir là, sous la lumière des projecteurs, ramenait tout à la surface, comme une plaie jamais tout à fait guérie.
Mon téléphone vibra sur la table, me tirant brutalement de mes pensées. Je le pris machinalement, et un message s’afficha. Simple. Direct.
“Je suis en dédicace à Paris dans trois jours. Pourrait-on se revoir ?”
Ji-hoon.
Mon souffle se coupa. Pourquoi maintenant ? Pourquoi, après tout ce temps, voulait-il me revoir ? Je fixai le message, incapable de réagir, mon esprit tournant en boucle entre le passé et le présent. Nos moments ensemble, les rires, les silences... et tout ce que nous n’avions jamais dit.
Je pris une profonde inspiration, tentant de calmer mon cœur affolé. Je n’étais plus la jeune femme naïve de cette époque. J’avais changé. J’avais mes propres ambitions, mes propres rêves. Mais la perspective de le revoir, de replonger dans ce passé que j’avais tant essayé d’oublier, me laissait à nouveau à la dérive.
En guise de réponse, il ne reçut que mon silence.








