Prologue
12 mars 2015
22:09
Manoir Costello.
• IVY •
- ...58, 59, 60. J'enlève doucement la couverture sur ma tête et me redresse sans un bruit. J'ai vraiment dû attendre dix minutes pour me lever. J'ai compté jusqu'à 60 dix fois parce qu'après dix minutes, maman se doutera sûrement que je dors. Je dois me faufiler dans le bureau de papa pour lui apporter mon cadeau.
Demain, c'est son anniversaire et j'ai failli oublier, donc j'ai vite fait un dessin et je vais discrètement déposer mon cadeau sur son bureau pour que, demain, lorsqu'il se réveille, il puisse trouver mon cadeau en premier, parce que papa, quand il se réveille, va tout de suite dans son bureau.
Je le sais, je suis vraiment une génie.
J'attrape mon dessin sur mon petit bureau et commence à marcher doucement. Je ne le fais pas sur la pointe des pieds parce que je trouve que ce n'est pas discret du tout.
Je m'efforce de ne pas faire de bruit en ouvrant ma porte. La maison est vraiment calme ; n'importe quel bruit pourrait prévenir mes parents, et je ne veux pas que ma surprise soit gâchée.
Je monte silencieusement les marches qui mènent jusqu'au bureau de mon papa. Je colle mon oreille à la porte et il n'y a aucun bruit. La porte est verrouillée, mais heureusement, je sais crocheter une serrure. J'ai tout appris sur YouTube pour une seule raison : je déteste quand maman enferme mes jouets dans la malle. Alors, je crochette la serrure de la malle pour récupérer mes jouets. Je pense donc que ce sera facile avec la porte. Je prends mon épingle à cheveux et commence à manœuvrer.
Orh, ça ne marche pas. Ok, je dois me concentrer. Je ferme les yeux et imagine la malle devant moi. J'insère mon épingle dans la serrure, je commence à la tourner et, d'un coup, j'entends un clic et j'ouvre mes yeux.
Oui ! Murmurais-je.
La porte grince doucement alors que je la pousse. J'entre dans le bureau avec un sourire sur le visage, fier d'avoir réussi mon coup. Je ferme doucement la porte derrière moi et mes yeux brillent en admirant le bureau de mon papa. C'était une grande pièce avec un canapé en cuir, un grand bureau et une étagère pleine de livres "pas pour les enfants", car c'est toujours ce qu'il dit quand je veux lire les aventures de Tintin dans son bureau, ainsi que les autres livres.
Il y avait beaucoup de jolies choses dont je ne connais pas le nom, mais elles sont quand même jolies. Bon, je m'avance vers le bureau pour y déposer ma feuille quand, soudain, j'entends des bruits de pas. Prise de peur que papa me trouve et que ma surprise soit gâchée, je cours me cacher dans un petit espace qui se trouve entre l'étagère des livres et le mur.
Je prie pour que la personne ne rentre pas dans le bureau, mais la porte du bureau s'ouvre et des pas se font entendre. Puis, après quelques instants, j'entends la voix de papa et celle de quelqu'un que je ne connais pas.
- Lorenzo, je sais bien que ce connard veut faire parler ma taupe pour tout savoir sur ma famille, et cette taupe est trop faible ; il va dire le peu de choses qu'il sait. Tu dois le tuer avant qu'il ne parle, je ne veux négliger aucun détail ! s'exclame mon père en déposant brusquement ses paumes sur la table.
Je sursaute en poussant un petit cri, mais connaissant la fine ouïe de mon père, je suis sûre et certaine qu'il m'a entendue. Je me déplace donc silencieusement mais rapidement dans un autre espace, entre l'étagère et une porte. Je dépose une main sur ma bouche pour retenir ma respiration. Non, non, non, je ne veux pas que ma surprise soit gâchée.
Entre les livres, j'aperçois mon père faire un signe qui intime à l'homme qui était dos à moi de ne pas faire de bruit : "Shut !" Papa sortit quelque chose de derrière son pantalon, c'était une arme, je pense. Je ne sais pas trop, et d'un pas rapide, il se retrouve derrière l'étagère avec le truc qu'il a dans la main, pointé exactement là où je me tenais.
Oh non, si papa me trouve, il va non seulement se fâcher, mais ma surprise sera gâchée. Il s'avançait maintenant doucement dans ma direction avec, heu... le truc à la main.
- Eh, chef, un problème ? questionna l'homme qui ne comprenait rien.
Pourquoi appelle-t-il mon papa chef, d'ailleurs ?
Heureusement pour moi, papa retourna à sa place, derrière le bureau.
- Non, j'ai cru entendre quelqu'un, cela doit être la fatigue. Je dois retourner auprès de ma femme. Lorenzo, règle-moi ce problème, d'accord ?
L'homme incline la tête et sort du bureau. Papa, lui, se laisse tomber complètement sur son bureau. Il se redresse quelques secondes, puis il éteint la lumière et se lève. Quelques secondes après, j'entends la porte claquer, alors je sors enfin de ma cachette.
Sans le moindre bruit, à part ma respiration, je me dirige vers le bureau et dépose mon dessin. Je me retourne pour sortir du bureau, et la lumière s'allume brusquement. D'une vitesse surhumaine, mon père s'avance vers moi avec le même truc qu'il avait tout à l'heure pointé sur moi.
Je ne m'y attendais pas, alors, prise de peur, je crie : "Papa." Et j'éclate en sanglots. Plusieurs expressions passent sur le visage de mon père ; je suis trop petite pour expliquer.
- Pour... pourquoi tu pointes cette chose sur moi ? Tu me fais peur, dis-je doucement.
Il remet la chose dans son pantalon.
- Mais Ivy, qu'est-ce que tu fais ici, ma puce ? me demanda-t-il alors qu'il est tout rouge.
Je baisse la tête.
- Tu es en colère, n'est-ce pas, papa ? demandai-je.
Il expire.
- Bien sûr, parce qu'à cette heure-ci, tu devrais être dans ta chambre en train de dormir.
- Je sais, papa, murmurais-je d'une voix pleine de culpabilité.
Il me tient par les épaules.
- Alors, qu'est-ce que tu fais ici ? Tu as vu et entendu quoi ?
Des larmes silencieuses coulent sur mes joues.
- Je voulais juste te faire une surprise et déposer mon cadeau pour que demain tu puisses le voir.
Il me prend dans ses bras et me porte ; mon papa est très grand.
On sort du bureau et il descend dans ma chambre.
- Te connaissant, Ivy, je sais déjà que tu as des milliers de questions...
- Oui, je l'interromps.
- ...mais tu les gardes pour demain et tu n'en parles pas à maman tant que toi et moi nous n'avons pas parlé. Promis ?
- Promis !
Il me fait un bisou sur le front et me dépose sur mon lit. Il part et moi, je m'endors, ne me doutant même pas une seconde de ce qui m'attendait le lendemain.
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