Al Waritha L'héritière by MocroStory at Inkitt
Customize readability
Aa

Al Waritha - L'héritière

All Rights Reserved ©

Summary

Emna Maria Kanouni Alvarez est une jeune fille sans histoire vivant dans une cité des quartiers nord de Marseille, quand, un jour, elle trouve le corps de sa mère assassinée dans leur séjour. Elle va découvrir un monde nouveau, celui de sa famille paternelle. En même temps, elle apprend qu'elle est richissime, descendante d'une ancienne dynastie et sa vie va radicalement changer. Mais un lourd secret dont elle ignore tout repose sur ses épaules. Un objet ancien, ésotérique, va être la cause d'une chasse à l'homme à travers le monde. Pour rentrer dans son rôle de Dépositaire, elle va être secondée par Jabir, un membre de la famille royale du Qatar, un peu savant, un peu mercenaire, avec qui les relations seront très conflictuelles. Entre une secte fanatique et son rôle de "Dépositaire de l'Unique", quelle place pour sa vie de femme? Cover by : @MihriSultan__

Status
Ongoing
Chapters
14
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1 - Au commencement

On entendait que le bruit des talons de mes bottes qui résonnaient sur le sol carrelé de ce bâtiment abandonné.


Malgré la pénombre ambiante, j'avançais d'un pas sûr, grâce à cette faculté que j'avais de voir dans le noir. Je ne me sentais pas en danger, ma cible avait été atteinte et il n'y avait que nous ici.


Arrivée près de lui, ou plutôt de sa dépouille, j'ai attrapé ses cheveux pour vérifier son état. Ouais. Il est bel est bien mort. J'ai rejetté sa tête qui a tapé durement contre le sol, mais bon, ce n'est pas comme si il ressentait quoi que ce soit.


J'ai sorti mon téléphone pour partager la bonne nouvelle.


- Allô ?


- C'est bon.


- T'es sûre de toi?


- Parfaitement sûre.


J'ai entendu un soupir à l'autre bout du fil.


- Rentre alors, t'as plus rien à faire là-bas.


- Ok.


J'ai coupé la communication, quand un bruit, très léger, tellement léger que ça pouvait n'être que le fruit de mon imagination, s'est fait entendre. Par précaution, j'ai sorti mon arme.


- Qui est là ??


Rien. Le silence le plus total. Mais je n'étais pas rassurée pour autant.


- Qui est là ?!


C'est à ce moment que j'ai entendu le bruit assourdissant de la détonation retentir et rebondir contre les murs défraîchis et moisis.


Avant de tomber au sol



___________________________________________


CHAPITRE 1: AU COMMENCEMENT.


Au commencement, je n'étais qu'une jeune fille ordinaire. Je vivais seule avec ma mère dans un appartement exiguë, sans charme et sans confort superflu, dans la ville de Marseille.


On ne roulait clairement pas sur l'or, ma mère enchaînait les contrats d'intérim et les CDD sans parvenir à trouver un vrai poste. Mais on faisait avec. Mes vêtements étaient principalement issus des boutiques de secondes mains et des puces, voire des dons, on ne mangeait pas forcément à notre faim et seulement des aliments en conserve ou transformés, mais on était pas si malheureuses que ça. Elle était là pour moi et j'étais là pour elle, c'était l'essentiel pour nous deux.


Ma mère, Maria-Concepcion Alvarez Delgado... Elle était Colombienne, une aborigène Wayuu, arrivée en France il y a une vingtaine d'années, c'est-à-dire peu de temps avant ma naissance. Elle avait dû s'adapter, apprendre le français, les bonnes manières, savoir "se tenir en société" comme on dit. Tout ça pour rien...


Mon père, Moulay Chérif Kanouni, lui, était marocain, un vrai marocain, né et éduqué dans le royaume chérifien. Il était riche, immensément riche, mais il était absent ce qui ne me servait pas à grand-chose. J'avais encore quelques souvenirs furtifs de mon enfance dorée, très furtifs. Mais je refusais de vivre dans le passé, mon père n'était plus là, ma vie c'était celle que je subissais dans le présent.


Ah! Mais j'ai oublié de me présenter... Je m'appelle Emna Maria Kanouni Alvarez; au commencement de mon histoire, j'ai dix-sept ans et je suis scolarisée en classe de terminale, dans un lycée des quartiers Nord de Marseille. Je mène une vie parfaitement banale, bien que précaire. Je ne suis pas une personne exceptionnelle, même si les différents tests de QI effectués à la demande de la psy du collège a révélé un quotient supérieur à la moyenne. Personnellement, je ne vois pas la différence avec mes camarades... Je suis peut-être un peu plus rapide dans l'assimilation des connaissances, c'est vrai que mes notes sont plutôt bonnes, mais rien d'incroyable.


Pour vous donner une image de mon quotidien, je vais commencer mon récit par un jour banal, tel que je les vivais tous les jours depuis des années...


~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~


Maman - Emna? Emna, ma chérie?


La voix de ma mère me parvenait de derrière la porte de ma chambre. J'ai passé mes mains devant mes yeux avant de prendre mon téléphone. Sept heures zéro deux.


Emna - Oui, maman, je me lève tout de suite.


Elle n'a pas insisté et j'ai pris quelques secondes supplémentaires avant de m'extirper de la chaleur confortable de mon lit. Enfin, mon lit... Le matelas qui était au sol depuis que les lattes de mon lit de jeune fille avaient cédé suite à des années d'usures.


J'ai mis mes chaussons, je suis allée directement dans la salle de bain afin de faire ma toilette matinale puis j'ai rejoins ma mère dans le coin cuisine qui donnait sur le petit salon de quinze mètres carré. Ma mère m'a souri.


Maman - Tu as une bonne mine ce matin, cariña!

*Ma chérie.


Emna - Ah bon?


J'étais sceptique. J'avais très peu dormi cette nuit encore. Mais elle a secoué la tête, sa queue de cheval brune, épaisse et brillante se balançant derrière sa tête.


Maman - Tu es tellement belle hija mia !

*Ma fille.


J'ai souri. Elle me le répétait tous les jours.


Emna - Toi aussi maman.


On a partagé rapidement notre petit-déjeuner, des biscottes dures comme de la pierre avec un bol de chicorée pour ma mère et de "cacao en poudre" pour moi. Qui n'avait de cacao que le nom...


Ma mère a déposé la vaisselle dans l'évier avant d'aller se préparer, j'ai fais de même, j'avais cours à huit heures aujourd'hui et je devais me dépêcher. J'ai rapidement enfiler un col roulé informe, c'était un XL alors que je faisais un S... Mais c'était ce que j'avais de plus potable sous la main aujourd'hui. J'ai enfilé mon vieux jean élimé avec mon seul "luxe": une paire de Jordan de contrefaçon achetée au marché du soleil pour mes seize ans. J'ai empoigné mon sac, attrapé mes clés et le téléphone que ma mère avait réussi à dégoter pour pas trop cher à Noailles et j'ai crié en direction de la salle de bain.


Emna - Bonne journée maman! À ce soir !


Elle m'a répondu sur le même ton.


Maman - Bisous hija mia, fais attention à toi !


J'ai claqué la porte avant de descendre les escaliers délabrés de notre tour encore plus délabrée.


À peine avais-je posé mon pied hors de l'immeuble, que Safia a hurlé à mon encontre.


Safia - Colombianaaaaa! Tu foutais quoi? Ça fait 10 piges que j't'attends ici!


J'ai levé les yeux au ciel.


Emna - Tu forces là, j'suis à l'heure!


Safia - À l'heure de quoi?! Allez vas-y, grouille toi!


Je l'ai suivi en accélérant le pas. C'est tout Safia ça, toujours speed, toujours un truc sur le feu. Je lui ai déjà demandé de consulter pour voir si elle avait pas de TDAH.


Safia - J't'ai pas diiis! Fouad il m'a écrit hier!


J'ai vraiment été surprise pour le coup.


Emna - Tu t'fous d'ma gueule?!


Safia - Mais nan, même pas! Il m'a écrit en mode "ouais hbiba, j'regrette, nian, nian , nian...


Emna - J'suis sûre que t'as fais ta canarde!


Safia - Mais même pas, j'l'ai bloqué di-rect! Il a cru que j'étais assistante sociale à mi-temps ou quoi?


Je me suis esclaffée, elle est un peu folle aussi! Safia, c'est ma meilleure amie. On a grandi côte à côte, on a tout partagé elle et moi. Chez eux aussi, la vie n'est pas facile, son père est invalide depuis un accident et sa mère enchaîne les heures de ménage pour élever ses trois frères et ses deux sœurs. Mais, tout comme moi, elle relativise et garde le sourire.


On était en train d'insulter Fouad, quand on a entendu crier.


Djouw - ATTENDEZ-MOI, BANDE DE FOLLES!


On s'est retournées pour voir Djouw courir vers nous, sa abaya trop large pour son corps tout fin volant autour d'elle. Djouw, c'est Djouwaria, elle aussi était mon amie, elle avait grandi avec nous dans notre quartier avec sa famille nombreuse. Sept frères et quatre sœurs de deux mères différentes. Son père était polygame et c'était aussi un savant religieux dans notre quartier, un homme bien et droit. Alors que Safia était une algérienne originaire de Tlemcen, Djouw était mi-comorienne, mi-mahoraise. Elles étaient mes deux amies les plus proches, on dit toujours qu'il y a un duo dans un trio mais pas pour nous. On était comme des sœurs, soudées et unies devant l'adversité.


Djouw a débarqué, toute essoufflée.


Djouw - Vous alliez partir sans moi?!


Safia a secoué la tête.


Safia - D'habitude tu nous attends vers l'arrêt de bus!


Djouw - J'me suis pas réveillée! Sitti a éteint le réveil, cette vieille meuf là !


J'ai pris son bras pour avancer.


Emna - T'as révisé ?


Elle s'est arrêtée instantanément.


Djouw - Révisée quoi?!


Emna - Bah le cours de LLCER!


Djouw - Jure on a une éval ?!


Safia a rigolé.


Safia - Bah oui, la prof nous a soulé avec ça ! T'es sérieuse Djouw??


Djouw - Oh putain... Stp Emna, laisse-moi copier sur toi !


Emna - C'est une dissert...


Djouw - Mais juste les trucs importants, j'vais improviser pour le reste !


J'ai haussé les épaules. Depuis notre admission en seconde générale, on était toutes les trois dans la même classe, pour notre plus grand bonheur. Safia et Djouwaria étaient plutôt appliquées et studieuses elles aussi, elles travaillaient dur, conscientes que seules les études allaient leur permettre de s'en sortir, tout comme moi.


Emna - Bah ok, ça m'dérange pas. Safsaf?


Safia - Nan, j'ai révisé à mort, t'inquiètes.


On est arrivées rapidement au Lycée Saint-Exupéry où tout les gens des quartiers environnants se retrouvaient. Honnêtement, malgré la mauvaise réputation ce lycée est plutôt pas mal si on se donne la peine de travailler un peu. Mais comme partout, il y a du bon et du moins bon. Et le moins bon s'est rapidement manifesté.


... - WEEEEESH...


Safia a levé les yeux au ciel.


Safia - Oh nan, pas eux...


Je n'ai même pas pris la peine de regarder.


Rayane - Oh, Colombiana? Tu veux toujours pas venir avec moi aux toilettes ?


Emna - Lâche-moi, Rayane.


Rayane - Pourquoi tu fais la meuf? J'suis sûr que t'es une chaude toi!


Son double, Souf, à rigolé.


Souf - Montre ton boule un peu !


Il a réussi à fait rire sa clique de trous du cul. Ils venaient d'un autre quartier, ils se prenaient pour des rois ici et, pour une raison qui m'échappe, j'étais devenue leur souffre douleur. Ils n'étaient pas aussi méchants avec Safia et Djouw.


Emna - Vas te faire foutre Souf!


Il s'est arrêté de rire instantanément.


Souf - T'as dis quoi?


Je n'ai même pas eu le temps de réagir, il s'est approché de moi à pas rapides et m'a mis une balayette qui m'a envoyé au sol.


Safia a foncé sur lui, elle avait l'air furieuse. Elle l'a poussé et il a même fait quelques pas en arrière.


Safia - Mais ça va pas ?! T'es vraiment un lâche toi, tu mets des balayettes à des meufs! Pfffff...


Elle et Djouw sont venues pour m'aider à me relever. J'avais eu mal en tombant, mais je ne voulais pas leur montrer, ils étaient en train de rire de moi ce qui était déjà assez humiliant en soit. Souf m'a pointé du doigt.


Souf - Tu m'parles plus jamais comme ça toi! Sale pute va!


Rayane a posé une main sur son épaule.


Rayane - Vas-y, viens elle en vaut pas la peine.


Il m'a lancé un dernier regard plein d'ironie avant de se diriger vers les portes de l'établissement. Djouw a épousseté mon jean.


Djouw - Il a quoi avec toi lui?!


Emna - Tu veux dire eux? J'sais même pas, j'leur ai rien fait!


Safia a secoué la tête.


Safia - C'est abusé, ils sont toujours en train de t'faire des dingueries.


Emna - Vas-y, c'est pas grave...


Safia - Nan, mais j't'ai déjà dis Emna, si tu veux j'en parle avec mes frères, ils s'occupent d'eux sans problème !


Emna - J'vais pas mettre tes frères dans des histoires de lycéens...


Safia - Bah si!


J'ai secoué la tête. Deux de ses frères faisaient partis des statistiques malheureuses de la ville: ils étaient dans les trafics et compagnie. Ils avaient toujours été gentils et respectueux avec moi, mais je n'allais pas en abuser.


Comme je n'avais ni frère, ni père, certains avaient eu tendance à croire que j'étais une fille un peu trop libre ce qui n'était pas le cas. J'avais eu une bonne éducation, il ne faut pas croire que les madre colombiennes sont faciles à vivre, elles sont comme les mamans africaines: strictes et légèrement dangereuses sur les bords.


Emna - Nan, dis-leur rien stp.


Djouw a soupiré.


Djouw - Jusque quand tu vas t'laisser faire par ces cons?


Emna - J'me laisse pas faire... Je m'en fous c'est tout.


J'ai avancé un peu plus vite, je ne voulais pas avoir cette conversation.


On est donc allées en cours, aujourd'hui on avait journée complète, huit heures-douze heures, treize heures-dix-sept heures. Une journée d'usine !


Dans ma classe, il y a deux groupes: les enfants des cités et ceux qui habitaient les quartiers Nord, mais des coins un peu plus tranquille. J'avais peu de relations avec mes camarades à part Djouwaria et Safia, mais je n'avais pas non plus "d'ennemis". Sauf une fille, qui, tout comme Rayane, Souf et leur bande, me déteste sans raison. Vraiment, je n'ai aucune idée sur l'origine de leur antipathie envers moi...


Lors de notre première année dans ce lycée, Rayane avait été le premier à venir me parler. Il m'avait invité à une fête ou je ne sais pas trop quoi, et j'avais refusé, poliment. Je ne le connaissais pas et de toute façon, les fêtes ce n'est pas trop mon truc.


Il m'avait demandé mon numéro et pareil, je lui avais dis qu'on ne se connaissait pas assez pour ça. Et là, il a retourné tout son groupe contre moi, en disant que j'étais une fille facile, que j'avais mauvaise réputation etc... Tout est bien entendu entièrement faux. Mais cela a marqué le début des hostilités: des balayettes, des bousculades, des insultes, des crachats parfois... C'était presque mon quotidien ici.


Quand les garçons de mon quartier étaient dans les parages, ils n'osaient pas trop s'en prendre à moi, mais dès que j'étais isolée ou avec les filles, ils s'en donnaient à cœur joie. Mais c'était les seuls à agir ainsi avec moi, dans mon quartier ça se passait plutôt bien, j'étais la petite "Colombiana" comme tout le monde m'appelait, personne ne m'embêtait, en même temps je ne traînais pas trop dehors.


On a donc eu notre dissert en LLCER je pensais avoir fait un bon travail, à voir les résultats mais c'est une de mes matières préférées.


Djouw - Bon, bah j'suis sûre que j'ai fais n'importe quoi...


Emna - Mais non, j'suis sûre que t'as assuré. T'inquiètes.


Safia - Ça vous dis on passe chez Larbi pour s'acheter des mhadjeb?


J'ai regardé Djouw, je devais avoir deux euros dans mes poches, ma mère arrivait à me garder une vingtaine d'euros par mois pour que je puisse m'acheter des petites choses de temps en temps. Comme on était à la fin du mois, c'est tout ce qui me restait.


Djouw - Mais rapide, y'a mon frère qui m'a mis un coup de pression c'matin.


Emna - Qui? Hadji?


Djouw - Nan lui ça va, c'est Hassane. Il est encore plus relou avec moi en ce moment.


Safia - Bah si c'est qu'en ce moment ça va, Naoufel il me soule tout les jours moi!


Elle m'a regardé.


Safia - T'as vraiment d'la chance de pas avoir de frères.


J'ai souri, mais j'aurais tellement aimé avoir des frères et sœurs. Parfois je me sentais seule, surtout quand ma mère avait un travail avec des horaires décalées, les soirs et les weekends. Mais c'est ce qu'elle préférait car elle gagnait un peu plus dans ces cas-là.


On est donc rapidement passé chez Larbi, le boulanger du quartier, pour prendre des mhajeb qu'on a mangé devant l'immeuble de Djouw, comme ça son frère verrait qu'elle était avec nous et pas en train de zoner, ce qu'elle ne faisait pas d'ailleurs.


Puis après Safia m'a accompagné jusque chez moi et et elle a continué en direction de son bâtiment.


Dans mon entrée j'ai croisé Youssef, le voisin du premier qui venait parfois donner un coup de main à ma mère pour du bricolage à la maison, il était débrouillard et nous avait souvent aidé avec des fuites d'eau ou des problèmes de disjoncteurs. C'est quelqu'un de bien, Youssef.


Youssef - Eh! Salam Emna, ça va?


Emna - Salam, HamdouliLlah, ça va et toi?


Youssef - Ça va HamdouliLlah. Y'a ma mère qui est passée y'a pas longtemps, elle voulait vous donner une assiette de couscous, mais y'avait personne.


Emna - Ah c'est trop gentil, ma mère est au travail...


Youssef - Bah vas-y, viens j'vais te donner l'assiette comme ça.


Emna - Nan, c'est bon j'vais y aller te prends pas la tête.


Mais il a secoué la sienne en me précédant.


Youssef - Elle est allée chez ma tante là. Vas-y, ça m'dérange pas.


Je lui ai souri et on est montés pour aller chez lui. Je suis restée devant la porte quand il a ouvert celle-ci.


Youssef - Bah rentre.


Emna - Nan, nan, tranquille, j't'attends ici.


Il est gentil, mais ma mère m'avait toujours mise en garde : "ne suis jamais un garçon, même si tu le connais".


Youssef - Ok, comme tu veux. J'arrive tout de suite.


Il est rapidement revenus avec l'assiette, j'étais vraiment contente parce que ça sentait vraiment trop bon!


Youssef - Tiens. Elle a mis un piment pour toi, elle sait que t'aime bien.


Emna - Elle est vraiment trop gentille, tu la remercieras de ma part, je passerais la voir demain inch'Allah.


Youssef - InchAllah.


Il a fermé la porte et on s'est dirigés vers les escaliers.


Youssef - Ça s'passe les cours?


Emna - Ouais ça va, y'a le bac cette année mais j'essaye de pas trop y penser.


Youssef - Tu vas y arriver inch'Allah, t'es une bonne élève.


Je lui ai fait un sourire, qu'il m'a rendu. Honnêtement, c'est un très beau garçon, il est grand, ça se voit qu'il prend soin de lui. Il a des yeux verts en amande et son visage est harmonieux, en plus il a pas le style des gars des quartiers, il s'habille simplement mais c'est toujours propre, même quand il porte un survêt c'est pas les mêmes que ceux des autres, Lacoste, Sergio Tacchini etc... c'est toujours élégant.


Mais je ne voulais pas m'intéresser aux garçons, je n'avais pas la tête à ça et c'est une source de problème : Safia était tombée amoureuse du pote de son frère et depuis elle était toujours dans des histoires invraisemblables. Djouw, elle, était sous haute surveillance et ses frères l'auraient scalpée sur place si ils n'avaient entendu ne serait-ce que le murmure d'une rumeur sur elle.


Emna - C'est gentil Youssef, j'vais donner mon maximum, ma mère serait trop fière de moi!


Youssef - Ouais c'est sûr !


On est restés silencieux quelques secondes puis j'ai désigné les escaliers.


Emna - Bon, bah j'vais y aller. À plus.


Youssef - À plus Emna, et hésite pas si t'as besoin de quoi que ce soit.


Je l'ai remercié et je suis vite montée chez moi, j'avais beaucoup de choses à faire. J'ai commencé par mettre un pyjama puis j'ai fais le ménage, après quoi j'ai pris cinq minutes pour boire un thé et je me suis mise au travail, j'avais beaucoup de trucs à faire pour le lycée.


Ma mère est rentrée vers vingt-et-une heures, je lui ai montré l'assiette de couscous ce qui lui a fait très plaisir, on ne mangeait pas souvent de plats aussi bon. Parfois elle faisait du sancocho ou de l'ajiaco mais ça restait exceptionnel. Le plus souvent c'était des pâtes, du riz avec parfois du thon à la tomate ou des pilons de poulet. La mère de Youssef nous donnait parfois de la viande, quand c'était le cas on en mettait pas trop pour faire le mois avec. On achetait aussi les produits bradés parce que la date de péremption est proche. C'était vraiment des bonnes affaires pour nous.


On a donc mangé notre assiette, puis je suis allée me laver. J'avais des produits de beauté fait maison et très peu de maquillage, de toute façon je n'en mettais presque jamais.


Je me suis regardée dans le miroir pour voir si j'avais un bouton ou quelque chose sur mon visage, mais j'ai constaté avec satisfaction que tout était net. Physiquement, je suis de taille moyenne, un mètre soixante-quinze, plutôt fine avec une petite poitrine et des formes normales. J'avais les longs cheveux bruns épais, lisses et brillants de ma mère. Ma seule "particularité", c'était mes yeux. J'avais une hétérochromie, un œil marron très clair et l'autre vert. Petite, je détestais cette différence mais maintenant ça ne me dérangeait plus. Ma mère m'avait dit que mon père aussi l'avait. Comme je n'avais même pas de photos de lui, je la croyais sur parole.


Après ma douche, je suis allée me coucher, vers vingt-deux heures. Demain j'avais une autre longue journée de cours, j'ai juste regardé rapidement mes réseaux, j'avais un Snap de Safia qui levait les yeux au ciel. Elle avait écrit "J'vais tuer Fouad, adieu ma copine". J'ai rigolé, elle est pas toute nette parfois. Puis un SMS de Djouw (qui n'avait pas le droit à Snap ni à Insta). Elle me disait que son frère lui avait mis une gifle parce qu'elle lui avait répondu un "tu veux quoi toi?".


Hassane est vraiment un gros con comparé aux autres. Bon, ils sont tous sur son dos, mais Hassane la frappe souvent pour un oui ou pour un non. Ses autres sœurs aussi subissaient, sauf Sitti, elle a une grande gueule et ne se laisse pas faire. En fait, Hassane, Omar, Bacar, Hamid, Mariame et Nouria sont les enfants de la première femme de son père. Saïd, Hadji, Yahya, Sitti, Hikmat et Djouwaria sont ceux de la seconde épouse. Et c'était souvent ses frères du premier mariage qui était les plus durs avec elle et Hikmat. Même si Mariame et Nouria avait pas la vie facile non plus, mais on voyait la différence qu'ils faisaient avec leurs trois demi-sœurs.


Je lui ai dis d'en parler avec son père, lui ne faisait pas de différence entre ses enfants, mais après les trois premiers se vengeaient sur elle et Hikmat. Elle me faisait mal au cœur la pauvre...


Après avoir échangé quelques messages avec elle, je me suis enfin couchée et j'ai éteint la lumière pour dormir.


~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~


Le lendemain, rebelote. Une nouvelle journée banale commençait pour moi, je me suis levée après que ma mère m'ai appelé, je me suis débarbouillée avant d'aller prendre mon petit-déjeuner avec ma mère. Je suis sortie de chez moi au moment où Safia s'approchait de mon immeuble.


Safia - Salam!


Emna - Salam sale folle, ça va?


Elle a pris un air vexé.


Safia - Folle?? Moi??


Emna - Tu devais pas tuer Fouad ou je sais pas quoi?


Elle a levé les yeux au ciel.


Safia - Mais c'est vraiment un gros con lui! Hier il est venu avec Saif, il m'a trop taillé !


J'ai rigolé. Saif, le frère de Safia, était ami avec Fouad. S'il savait la relation que sa petite sœur entretenait avec son pote, il les aurait sûrement brûlés vifs !


Emna - Il a dit quoi?


Safia - Que j'avais trop grossi et que j'étais moche avec mon acné.


Emna - Hein? Quel acné ?!


Safia - BAH C'EST C'QUE J'LUI AI DIS!


Elle a soufflé.


Safia - Il a dit que j'étais tellement moche qu'il croyait que j'avais des boutons.


J'ai rigolé, c'est vraiment un gamin celui-là !


Emna - Il était pas censé t'ignorer ?


Safia - Mais si en plus ! T'as vu comme il est toxique ce mec!


J'ai haussé les sourcils. Carrément !


Safia - Il disparaît pendant deux mois et il revient comme si de rien n'était.


Emna - Tu l'kiffe toujours ?


Elle a rougi un peu.


Safia - Nan...


Emna - T'es vachement crédible!


Safia - Nan, mais vas-y il m'a soulé. Il me dit qu'il va faire les choses proprement, qu'il veut du sah et après il dit que c'est trop compliqué pour revenir. J'suis pas conne en plus, j'sais bien qu'il parle avec des meufs...


Emna - Tu connais mon avis.


Safia - Et t'as raison!


On a rejoint Djouw près de l'arrêt de bus, on a tout de suite vu que quelque chose n'allait pas.


Safia - Djouw ?


Elle a tenté un sourire forcé mais ça ne prenait pas avec nous.


Djouw - Salam les filles, ça va??


Emna - T'as quoi Djouw??


Elle a feint la surprise.


Djouw - Hein? Bah rien!


J'ai attrapé le bord de son voile pour le repousser un peu, juste pour bien voir sa joue. Et j'ai mis ma main sur ma bouche, choquée.


Safia - HAAAAANNNN... MAIS C'EST QUOI ÇA ?!


Djouw a perdu son sourire factice et j'ai vu ses yeux se remplir de larmes.


Emna - C'est... C'est Hassane ??


Elle a acquiescé sans parler.


Safia - C'est vraiment une grosse pute lui!


J'ai secoué la tête devant le désastre. Elle avait tenté de camoufler avec du maquillage, mais même comme ça c'était trop visible. Il lui avait détruit tout le côté droit, elle avait un bleu énorme à la pommette, elle avait une longue plaie qui suivait tout le long de sa mâchoire, une plaie ouverte. Le bord de son œil était tout gonflé, et celui-ci était un peu fermé par rapport à l'autre.


Emna - Il s'est passé quoi Djouw?


Elle a inspiré pour retenir ses larmes. Sans succès.


Djouw - Il m'a mis une gifle parce que j'lui ai répondu... Puis après, alors que j'étais déjà couchée, il est rentré comme un fou dans ma chambre en criant, Hikmat elle est tombée du lit tellement elle a eu peur. Il m'a attrapé par les cheveux et m'a demandé mon téléphone...


Vu que Djouw est irréprochable, je ne voyais pas ce qu'il pouvait lui vouloir.


Djouw - Il m'a dit que j'étais une connasse, que j'lui faisais honte et que j'devrais même pas ouvrir ma bouche face à lui. Et là il a commencé à me frapper...


Elle a laissé les larmes s'échapper, c'était vraiment pénible de la voir dans cet état.


Djouw - C'est Sitti qui l'a arrêté... En fait elle a essayé de le pousser mais il l'a jeté contre le mur. Après y'a Yahya qui est rentré dans la chambre, il a pété les plombs ! Il l'a insulté et il l'a sorti de la chambre, ça a fait une embrouille de fou avec Binti et ma mère, elle a dit que j'étais trop insolente avec ses fils... Alors que je leur parle à peine. Y'a que Hamid qui est supportable.


Safia - Ton père il a dit quoi??


Djouw - Il était à la mosquée quand s'est arrivé, ma mère m'a demandé d'aller me laver le visage et d'aller dormir.


Emna - Attends, elle va lui dire quand même?


Djouw - Bah il va bien finir par voir.


Emna - J'sais pas quoi te dire... Si c'était possible je t'aurais accueilli chez moi.


Djouw - Ouais. Impossible ça.


Elle n'avait même pas le droit d'aller à la bibliothèque...


Safia - J'ai envie d'le frapper j'te jure ! Aaah tfou, mentalité à la con là ! Ça m'énerve trop ce genre de truc !


Safia avait aussi deux grands frères, Naoufel et Saïf, un petit frère, Bilal, et deux grandes sœurs, Anissa et Maïssa, mais aucun n'aurait été susceptible de lui faire ça. Une fois Saïf lui a mis une gifle et sa mère l'avait battu avec la fameuse cuillère en bois.


J'ai fais un câlin à Djouw et je lui ai tendu un mouchoir.


Emna - T'es sûre que tu veux aller en cours?


J'ai vu la panique dans son regard.


Djouw - Oui, oui! J'peux pas sécher il va me faire encore pire que ça sinon!


Safia - Mais tu vas dire quoi au lycée? En plus on a Madame Claeys, tu sais qu'elle pose des questions elle...


Djouw - J'vais lui dire que j'suis tombée dans les escaliers...


Emna - Elle va pas te croire. C'est pas comme si c'était la première fois que tu venais blessée.


Djouw - Si j'dis quoi que ce soit, ça va faire des problèmes. Déjà qu'ils nous cassent la tête parce que mon père a deux femmes, comme si c'était un crime là !


Elle m'a regardé avec tristesse.


Emna - Mais ton père il va pas tolérer ça, d'ailleurs c'est pour ça qu'Hassane s'en prend à toi quand il est pas là ! Faut faire quelque chose Djouw!


Djouw - Tu sais que si ça cause trop de problème, c'est ma mère qui va finir à Mayotte chez sa famille, ou aux Comores chez celle de mon père. J'peux pas lui faire ça.


Je savais tout ça, la "menace" que Binti faisait planer sur sa mère. Si les services sociaux mettaient leur nez dans leur famille, Binti répétait que c'était sa mère, Charifa, qui allait partir. La doyenne restait la maîtresse de maison chez eux. Et comme Charifa était une femme excessivement gentille et douce, répugnant à se lancer dans des conflits, elle n'osait pas en parler à son époux.


Safia - Vas-y, viens on va réfléchir à ce qu'on peut faire.


C'est-à-dire pas grand chose. On était trois gamines de dix-sept ans, on avait aucune chance de régler ce problème intra-familiale complexe.


On est donc allées en cours en tentant tant bien que mal de remonter le moral de Djouw. Encore une fois, je me suis retrouvée face à Rayane et sa clique de connard, ils m'ont bousculé mais un gars de chez nous est passé au même moment et les a remis à leur place. C'était mon quotidien...


À la fin des cours, alors qu'on sortait du lycée pour rentrer chez nous, Safia m'a donné un coup de coude.


Safia - Emna... Tu le connais lui?


J'ai regardé dans la direction qu'elle me désignait et j'ai vu un grand brun, visiblement musclé, habillé avec un jean, un blouson en cuir et un col roulé, qui regardait dans notre direction. Ok, qui me regardait.


Il ne me disait absolument rien.


Emna - Euh... Nan. Pourquoi ?


Safia - T'sais que j'l'ai déjà vu nous regardé ? J'pensais que c'était juste par hasard mais c'est la troisième fois que j'le vois.


Hein? C'est quoi cette histoire encore?!


J'ai regardé un peu plus attentivement. L'autre s'est rendu compte que je le regardait et a esquissé un léger sourire. Là, c'était carrément bizarre.


Emna - Il a quoi lui?


Djouw - Il est pas du quartier ?


Safia - Nan, j'l'ai jamais vu lui! Et il est plutôt du genre qu'on remarque.


L'objet de notre attention s'est dirigé vers le parking, il est monté dans une grosse voiture, le style voiture de luxe, et il est parti.


Emna - C'est quoi cette histoire encore?!


Safia - J'sais pas... Il est pas de ta famille ou quoi?


J'ai secoué la tête. Ma famille? Celle de ma mère était toujours en Colombie, je les voyais seulement via les appels vidéo WhatsApp. Celle de mon père... Eh bien celle de mon père était inexistante dans ma vie. Je n'avais personne d'autre que ma reine ici.


Safia - T'as un hlel et tu nous a rien dit?


Emna - J'en ai même deux.


On a rigolé en prenant la route du quartier. Djouw n'a pas traîné et elle est vite rentrée chez elle. Je suis restée un peu en bas de chez moi, pour parler avec Safia, puis Naoufel est passé près de nous et a demandé à Safia de rentrer rapidement.


Je suis rentrée chez moi à mon tour, je n'avais rien de spécial à faire dehors, j'ai croisé Youssef, je devais leur rendre leur assiette d'ailleurs ! Je voulais quand même faire un gâteau ou quelque chose pour la remercier de sa gentillesse. On s'est juste salués et je suis montée.


En ouvrant la porte, j'ai senti une odeur bizarre, une odeur métallique.


Emna - Maman? T'es là ?


J'ai vu son sac au sol... Bizarre ça! Ma mère était pas du genre désordonnée...


Emna - Maman?!


Je suis rentrée dans le salon... Elle était là. Au sol, la gorge tranchée, dans une mare de sang.


C'est là que j'ai hurlé.

Let MocroStory know what you thought about this chapter!
Love this

0

Love this

Funny

0

Funny

Spicy

0

Spicy

Suspenseful

0

Suspenseful

Emotional

0

Emotional

Profound

0

Profound

Heartwarming

0

Heartwarming

Shocking

0

Shocking

Good Writing

0

Good Writing

Compelling Plot

0

Compelling Plot

Great Character

0

Great Character

Strong Dialog

0

Strong Dialog

author

bonjour, est-ce une suite directe de l'autre livre ? ou on n'a pas besoin de les lire tous les 2 ?? Merci

5 months

Further Recommendations

Charly's Weihnachten

T.M: Ich kann es gar nicht anders sagen also ich liebe diese Geschichte einfach. Sie hat für mich einfach alles was es braucht. Sie hat mich einfach mitgenommen auf eine echt schöne Reise. Danke❤️

Read Now
Destino Secreto

Karin Rogowski: Gut geschrieben und beschrieben. Die Charaktere und Situationen sind stimmig und nehmen einen gefangen. Mich hat das Buch ab der ersten Zeile fasziniert, genau wie die anderen Bücher davor. Sehr guter Schreibstil und eine sehr gute Übersetzung, nebenbei bemerkt. Dankeschön, dass Du Deine Bücher ...

Read Now
 Mehrfach zurückgewiesene Gefährtin

ceawlin_57bwwa: Für alle die auf Herz Schmerz Geschichten stehen. Gebrochene Frau trifft Alpha der nur das Beste will, aber keine Ahnung hat wie man mit Jemand verletztem umgehen soll.

Read Now
Mystic Wolf

Jessica: Tbh I wasn't expecting much from this app but God damn this book was excellent. The character build up was slow at times but really on point because of it. The actions of the characters made sense and added depth to them instead of just feeling like the plot needed to be moved forward. I also never ...

Read Now
Bloodlines

miacoveventry92: Sad that it ended I was enjoying being sucked into this story since the first chapter. Beautiful story and I really hope there's a part two someday but as is it's a great story beginning to end and no cliffhanger at all.

Read Now
My Blacksmith Savior

Martina partsch: Eine liebenswerte,nette Liebesgeschichte mit einem emotionalen Happy End,fast wie im Märchen.Danke für die schöne Geschichte .

Read Now
Luna de Verano - Die Gefährtin des Alphas (Band 1)

Jana: Ich mag die Stärke von Eleonora, teilweise wird etwas tief in die Klischeekiste gegriffen.

Read Now
A Blessing in Disguise

sandra: This was a good short book. You can get a little lost in who is talking. But overall short and sweet.

Read Now
The Dating Deal

HockeyLover08: So amazing! Perfect fake dating story, it takes you through many deep emotions such as denial, heartbreak, love, etc. Love Nate’s character so much, it perfectly fits with Hannah’s! Good amount of spice without making it too much to handle. 10/10 would read again 🩷

Read Now