Prologue
Assise sur le tapis du salon, pensant que rien n’était horrible dans ce monde, je joue avec mes petits Playmobil. C’est drôle, ce genre de jeu. On vous donne des bouts de plastique qui coûtent une blinde, et vous en faites une vie de famille. Ils ont même droit à des carrières de rêve. Je connais des personnes qui arrachent la tête des bébés Playmobil parce qu’elles trouvent ça drôle. Moi, je me contente de mettre les pièces en place, d’organiser la cuisine correctement, puis une fois fini, je range le tout.
Mais cette fois-ci, je n’ai pas le temps de tout ranger, je suis estomaquée par l’abominable annonce qu’il y a aux infos : le World Trade Center est la cible d’une attaque terroriste.
C’est effroyable, je me sens frappée de tous les côtés, mon cœur devient lourd et j’ai immédiatement de la peine pour toutes les victimes. Je me demande comment on peut faire du mal aux gens comme ça, gratuitement. Petite, je trouvais ça effroyable, les mauvais gens sans aucune raison. Et me voilà, dans ce parc, au beau milieu de la nuit, une pelle à la main, avec un cadavre à moitié enterré.
Par chance, je n’ai pas la moindre tache de sang sur moi. J’ai bien vérifié qu’aucun ADN de mes cheveux, de mes ongles, et j’en passe, ne se retrouve avec lui dans ce trou.
Il m’arrive de regarder quelques reportages criminels, oui, je sais à quoi faire attention. Je me dis qu’avec un peu d’entraînement, je pourrais commettre le crime parfait, non ?
Après tout, cette fois-ci, je n’ai rien fait de plus que de mettre cet idiot dans ce trou. Je ne suis même pas le cerveau de l’histoire. C’est une mascarade, je suis le petit mouton.
On m’indique de faire quelque chose contre mon gré ce soir, et je m’exécute. Je suis pathétique. Je devrais avoir un coup de sang et fourrer tout le monde dans ce trou, la liste pourrait devenir très longue…
Suis-je devenue folle ? Je pense que je perds la tête. Je vous assure que je n’y suis pour rien, enfin, presque.
On devrait cueillir une fleur et la déposer sur son semblant de tombe, non ? Et oui, Joy, pourquoi pas une petite marguerite cueillie au milieu de la nuit.
Ma pauvre, tu perds les pédales, ressaisis-toi. Si je le voulais, je me mettrais des claques.
J’espère me réveiller de ce cauchemar.