Prologue
Il y a bien longtemps, bien des siècles avant aujourd’hui, un portail apparut dans la capitale de Gramscan, le continent le plus habité par l’homme. Une foule de paysans s’agglutina devant celui-ci, se demandant ce qu’était ce mystérieux trou dans l’air.
Le carrosse royal se déplaçait vers l’endroit dans la ville où était apparue l’étrange entité. Les nouvelles se répandaient vite dans l’immense ville, surtout quand il s’agissait d’une chose que personne n’avait encore vue. Alors, dès que le courtier était arrivé au manoir de Gramscan, le souverain était immédiatement parti voir ce dont il s’agissait. Lorsqu’une tête d’humain aux oreilles étrangement pointues passa le trou, la calèche, tirée par deux chevaux, un noir et un blanc, tournait tout juste le coin de la rue. L’étrange créature gracieuse était déjà complètement sortie de la brèche quand le Roi Arnaud 1er sortit du carrosse, la tête haute, le dos droit, sa légère couronne incrustée de pierres rouges sur la tête.
Arnaud était un homme fier, dans tous les sens du terme. Sans l’avoir connu, je sais qu’il était puissant et imposant. Il ne se laissait pas intimider par personne. Il prenait pourtant à cœur de défendre ceux qu’il aimait, et son peuple, eh bien, c’est quelque chose qu’il adorait. Son énorme caractère était plus utile quand il s’agissait de se défendre contre Frigor, leur continent voisin et ennemis depuis la nuit des temps.
– Nous pouvons tout de suite savoir qui mène ici, dit l’étranger avant de s’incliner.
– Que faites-vous sur mes terres? demanda sèchement le roi.
La petite créature releva la tête vers l’imposant souverain.
– Je vois que vous êtes méfiant. Nul besoin d’être ainsi, je viens en paix.
– Pouvez-vous le prouver?
– Malheureusement, je crains que non… Mais mes pouvoirs sont puissants et sa grandeur pourrait en profiter.
Arnaud, incertain, inclina légèrement la tête avant de se tourner vers le carrosse. Aussitôt, un domestique ouvrit la porte et une magnifique femme sortit. Elle était de taille moyenne avec de petits yeux bleus rieurs comme le ciel, mais cependant chaleureux. Ses cheveux bruns pâles, presque blonds, étaient attachés en une toque qui tenait sur sa tête grâce à un bâtonnet en diamant pur. Elle portait une longue robe de soie blanche et dorée, parfaitement propre, qui était assortie à la tunique du roi Arnaud. La femme s’avança devant le roi.
– Je vous en prie, permettez-moi de connaître les raisons de votre visite, prononça-t-elle d’une voix forte et mélodieuse.
Elle leva la main vers le ciel et remua légèrement les lèvres. Une géante fleur bleue sortit alors du sol juste à côté de la reine.
– Quelle puissance! s’écria l’homme aux oreilles pointues.
Une voix s’exprima alors dans la tête de toutes les personnes présentes;
«Tant et aussi longtemps que j’exercerai mon pouvoir, personne ne pourra omettre la vérité»
Tous les habitants semblaient écouter silencieusement, sans même se demander ce qu’était la voix, car tous le savaient.
– Qu’est-ce que c’était que ça? demanda l’étranger.
– Un message de mon frère, plus précisément un sort de vérité, dit la reine Célestia en secouant la main comme pour chasser la question. Maintenant parle, ou tu connaîtras la puissance de Gramscan.
– Bien, mais c’est inutile de me mettre une pression de vérité, madame. Je ne comptais pas mentir.
– Il suffit, dit Arnaud en s’avançant. Arrêtez d’éviter de nous le révéler, j’en ai assez qu’on se joue de moi et de ma femme.
– Très bien, sire. Nul n’était l’intention de vous offusquer.
Le roi lui lança un regard noir, alors la créature commença enfin son récit.
– Tout d’abord, sachez que je suis un elfe. Du moins dans mon monde c’est comme ça que l’on nomme mon espèce. Car, oui, je viens d’une autre planète.
Des murmures se firent entendre dans l’audience.
— Silence! prononça le roi d’une voix forte.
— Mon but n’est pas de conquérir votre planète, non. C’est de trouver refuge ici, car des ennemis bien trop puissants sont arrivés dans mon monde et ont tué beaucoup d’entre nous. Je dois vous avouer que j’ai fouillé dans vos têtes pour utiliser votre langue, puisque la mienne est évidemment bien différente.
— Ce sont de remarquables facultés que de lire dans l’esprit, dit doucement la reine. Je le peux également, si vous souhaitez parler dans votre langue.
— Je vous remercie pour l’offre, votre majesté, mais je préfère me faire comprendre de tous.
La magnifique femme inclina la tête vers l’avant.
— Je vous en prie, continuez.
— Lorsque je voyais mes alliés et amis tomber les uns après les autres, j’ai pris la décision d’ouvrir un portail qui me coûterait probablement la vie pour permettre à mon peuple de s’évader en croisant les doigts pour atterrir où il y aurait un peuple accueillant.
— Je vous remercie pour votre honnêteté.
— Ce n’est pas comme si je pouvais dire autre chose que la vérité, sans vouloir vous offenser, ma reine.
La femme sourit.
— Mais vous n’êtes pas mort, dit alors Arnaud.
L’étranger lui adressa un sourire triste.
-— Pas encore, mon roi.
«Bien. Et qu’attendez-vous de ma sœur et de ses terres?» dit la même voix dans leurs têtes.
– J’aimerais que vous accueilliez les réfugiés de mon peuple.
— Qu’est-ce que nous y gagnons, nous? Pourquoi devrions-nous aider le peuple d’un autre monde alors que nous avons déjà nos propres problèmes? demanda le roi.
— Laisse, Arnaud, ils sont en détresse et nous avons de la place, le coupa Célestia.
— Ce ne sera pas gratuit, bien sûr. Les espèces de mon monde ont des pouvoirs qui pourront vous être fort utiles.
— C’est… commença la reine.
— Comme quoi? la coupa le roi.
Sa femme lui lança un regard noir.
— Faire pousser les plantes plus vite, contrôler l’eau, des choses comme ça.
— Ma femme sait faire tout…
— Arnaud!!! Taisez-vous.
Elle se détourna de son mari pour reporter son attention sur l’elfe.
— C’est d’accord, dit-elle. Faites venir vos gens.
— Merci, votre majesté. Nous vous en serons éternellement reconnaissants.
L’elfe se tourna vers le portail et tendit les bras. Celui-ci s’agrandit encore et encore jusqu’à faire deux fois la taille de la maison la plus proche. Des tonnes et des tonnes de créatures commencèrent alors à sortir du trou. Certaines étaient comme l’elfe, alors que d’autres étaient simplement des hommes, mais de taille gigantesque. D’autres encore avaient des écailles sur leurs bras et leurs jambes.
L’étranger avait toujours les bras tendus vers la brèche, il serrait les dents et ses cheveux et sa peau devenaient progressivement blancs. Le trou commença à se refermer et disparut bientôt. L’elfe s’écroula au sol. La reine se pencha sur le corps gisant.
— Il ne respire plus, annonça-t-elle.
Les habitants de l’autre monde encerclaient la scène et une femme aux écailles prit la parole.
— Les autres ne sont pas assez puissants pour lire l’esprit, madame, alors je serai celle qui transmettra les messages. Où pouvons-nous nous établir pour commencer à nous reconstruire?
La femme avait les yeux humides. La reine se releva.
— Montez sur la fleur là, dit-elle en la pointant.
— Euh… Oui, bien sûr.
Une partie des habitants qui venaient du portail montèrent sur la fleur, qui se referma. Lorsqu’elle se rouvrit, ils avaient disparu.
— Que faites-vous?! Vous faites disparaître mon peuple, votre majesté?
— Non, je les téléporte dans leur nouveau chez eux, faites-moi confiance.
— Euh… très bien.
Alors groupe par groupe, les habitants grimpèrent dans la fleur jusqu’à ce qu’il ne reste que la femme écaillée.
— Allez-y, dit la souveraine avant de disparaître.
L’étrangère grimpa dans la fleur et lorsqu’elle en ressortit, elle se trouvait dans une grande plaine.
— Ces terres sont maintenant à vous, dit la reine.
Elle leva une main vers le ciel et une carte apparut dans celle-ci.
— Vous vous trouvez ici, sur le continent de Gramscan.
— Merci infiniment, ma reine. Je vous le promets; mon peuple vous sera éternellement reconnaissant et nous vous servirons toujours.
Mais la promesse ne dura pas, bientôt la sirène mourra et ses descendants oublièrent progressivement ce que les hommes leur avaient donné. En 1987, Arolion, le chef des elfes, signa une alliance avec les géants et les sirènes. Peu après, il déclara la guerre aux hommes. Il n’y avait déjà plus de souverain depuis longtemps à ce moment et les paysans eurent du mal à se défendre. Leur territoire diminuait peu à peu pour laisser place aux créatures magiques. Les hommes n’étaient pas assez préparés et étaient peu nombreux. Ils proposaient sans cesse une retraite, et, lorsque le chef accepta enfin, ce fut sous des conditions. Les hommes n’avaient guère le choix, donc ils acceptèrent que leur territoire ne soit que de la grosseur d’une ville en échange de la paix. Les hommes avaient été presque décimés de toute façon, alors ce territoire ne les restreignait pas tant, mais ils étaient furieux que ce peuple qu’ils avaient aidé par le passé puisse leur faire quelque chose d’aussi grave. Eux n’avaient pas oublié la promesse.