Litali

- Chargez à cent ! Ce bruit me fit sursauter. Peu à peu, je revenais à moi. Je regardais autour de moi pour savoir d’où provenait ce raffut. L’homme, couché à côté de moi était en train de perdre la vie et les médecins essayaient de le réanimer. J’étais horrifiée par ce qui se passait. Était-ce comme cela que j’allais mourir ? Tout ça à cause d’un virus ?
Il faisait noir. Tout était sombre. La ville n’avait plus aucun éclat et la terreur avait gagné tous les cœurs.
J’étais postée à ma fenêtre et je voyais cette ambulance se diriger vers mon appartement. Je me demandais si elle était venue pour moi. Je voyais les ambulanciers descendre et s’approcher du portillon de mon immeuble. Mon cœur se mit à battre tellement fort au point où j’ai senti que j’allais m’écrouler. Était-ce la fin du monde ?
Je m’appelle Sandra, j’ai vingt-quatre ans. Je suis résidente à Litali depuis près de trois ans. J’ai trois petites sœurs, Suzanne celle qui me suit, Yvanie et enfin Jessica la dernière.
On n’a jamais été très riche mais mes parents se sont toujours assurés que nous ayons le nécessaire. Mais un jour, mon père eu un accident de voiture. Il ne pouvait plus travailler. On manquait d’argent pour subvenir à nos besoins. En voyant les choses devenir compliquées, j’ai voulu travailler très dur pour aider ma famille.
C’est donc en 2018 que mon rêve a commencé à prendre forme. Grace à mes résultats scolaires j’ai obtenu une bourse d’étude pour aller étudier à Litali.
Un mois après mon arrivée, je devais déjà me préparer pour l’université. J’étais très angoissée. Je ne savais pas comment j’allais être reçue par les autres, ni même si j’allais pouvoir bien suivre les cours. Malgré toutes mes craintes, les cours se passaient bien et j’étais assez satisfaite.
Quelques mois plus tard, j’avais déjà une certaine routine. Je m’adaptais progressivement à ma nouvelle vie.
On était en janvier, quand tout a basculé. Je suivais l’actualité sur mon téléphone et on parlait d’un nouveau virus. Il commençait à s’étendre dans tous les pays du vieux continent. J’étais très inquiète. J’avais très peur qu’il atteigne Litali, mais je devais rester positive.
À Bouka, mon pays natal, les nouvelles étaient diffusées chaque soir à la télévision et mes parents étaient très inquiets eux aussi. Ils m’appelaient tous les jours pour prendre de mes nouvelles et se rassurer que tout allait bien. Mais…
Les jours qui ont suivi étaient beaucoup plus tristes que ça. Quelques jours plus tard, Litali elle aussi était contaminée. Le virus se propageait tellement vite qu’en un mois seulement, Litali était devenu l’un des pays les plus touchés au monde. À cause de cela, le gouvernement avait décidé de prendre des mesures afin de stopper la progression du virus.
On ne pouvait plus voyager ni même se déplacer sans l’autorisation de la police. On ne pouvait plus sortir pour aller se promener simplement comme avant. Les supermarchés étaient les seules structures ouvertes. On ne pouvait donc sortir que pour aller chercher à manger, et même, il n’y avait qu’une seule personne autorisée par famille.
La ville avait tellement changé. Tout était lugubre et vide. J’avais l’impression de parcourir une ville morte. En plus, c’était la période d’hiver, la nuit tombait avant dix-huit heures. Vous ne vous imaginez pas à quel point tout cela d’un seul coup faisait peur. Il y avait des policiers en civil se dissimulant pour vérifier que personne ne sorte de chez lui sans une raison valable.
Comment tout ceci avait-il pu se produire?La peur avait gagné tous les esprits. L’anxiété et la détresse avaient pris le dessus si bien qu’on avait perdu la joie de vivre. Était-ce vraiment la fin ?
On était déjà vers la fin du mois et la vie devenait de plus en plus difficile. Litali avait atteint le pic mondial de la maladie. C’était devenue une zone rouge, le foyer principal de la maladie avec près de quatre mille contagions par jour et six cents morts en moyenne. J’apprenais par-ci par-là que certaines personnes avaient perdu leurs grand-mères, leurs grands-pères et d’autres leurs parents. Je n’arrivais même pas à me mettre à leur place tellement ça devait être difficile pour elles. En plus de cela, les médecins ne permettaient même pas aux proches des décédés de leur dire un dernier au revoir. Une fois que quelqu’un allait en hospitalisation d’urgence, on n’était plus sûr de le revoir un jour.
Au-delà de cette tribulation, il y avait aussi un manque cruel de médecins et d’aides-soignants pour pouvoir efficacement affronter la situation. De nombreuses personnes s’étaient alors mobilisées pour apporter leur aide. Malgré ce soutien, on avait toujours l’impression que la situation empirait.
De mon côté, le confinement avait totalement modifié mon train de vie. La vie était devenue beaucoup plus chère. Les prix des produits alimentaires avaient augmenté. Le fait même de rester à la maison avait fait grimper le prix des factures d’électricité, d’eau...
Je vivais des moments difficiles, je n’arrivais plus à tenir le coup, j’avais envie de tout abandonner. Tous les rêves, les projets que j’avais s’écroulaient à cause d’un virus. Ce virus avait vraiment réussi à prendre de l’avance sur tout un système de santé. Il avait réussi à tout bouleverser en quelques mois seulement. Je n’arrivais même plus à me rappeler comment ma vie était avant qu’il ne vienne tout pulvériser.
À force de m’inquiéter et d’avoir peur, j’avais l’impression d’avoir les symptômes de cette maladie. Un matin, alors que je venais à peine de descendre du lit, j’ai aperçu une ambulance qui se dirigeait tout droit vers mon immeuble. Ensuite, j’ai vu les ambulanciers descendre et sonner au niveau du portillon...
J’étais tellement terrifiée à l’idée d’être testée positive et mise en quarantaine. Je sais que c’était peut-être stupide de penser ainsi, mais ce que je ressentais à ce moment précis était juste inexplicable. J’avais des pincements au cœur, je pleurais et je tremblais en même temps. Les ambulanciers sont entrés dans un appartement où ils ont fait à peu près cinq minutes ; même si j’avais l’impression que c’étaient des heures tellement j’étais crispée. Je retenais mon souffle et à leur sortie, je me suis détendue légèrement, ils n’étaient pas venus pour moi. Ils venaient de transporter une femme sur leur brancard. Elle avait sûrement été contaminée. L’ambulance était alors repartie sans s’arrêter à ma porte. Cependant, je n’arrivais pas à être soulagée, surtout après avoir vu cette dame partir.
J’ai pleinement considéré le monde comme un acquis que j’avais l’impression qu’il se vengeait. Plusieurs questions se bousculaient dans ma tête. La question qui revenait et me perturbait était la suivante : que ferai-je après ?
J’ai compris qu’il vaut mieux profiter de la vie au maximum quand on a encore la chance de vivre. Ce que je ferai? c’est de profiter de ma vie. Lorsqu’on est en santé et que tout va bien, on se dit que c’est normal. On ne pense pas à la chance qu’on a. Tout cet état de choses m’a vraiment donné une bonne leçon. Une leçon de vie.
Auteur: Sandra