Quelques kilos en trop

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Summary

Je ne voulais pas revenir. Vraiment pas. Mais quand la voiture de mes parents s'éloigne, je sais que mon année à l'internat commence, qu'importe mes réticences. Les autres élèves passent autour de moi, bruyants et excités. Leurs rires me semblent lointains. Je suis seule, comme toujours. Perdue au milieu de cette agitation, avec ma valise qui me semble de plus en plus lourde. Ma valise est chargée, pas seulement de vêtements, mais de peurs. Tout ici me rappelle que je ne suis qu'une ombre parmi les autres. L'internat de Saint-Charles, avec ses murs trop hauts et ses couloirs interminables, n'a jamais été un refuge. C'est un labyrinthe où les rumeurs glissent comme des serpents et où les regards se croisent sans jamais vraiment se poser.

Status
Ongoing
Chapters
4
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1

Le secrétariat sent le propre et le neuf. Des odeurs de papier fraîchement imprimé et de peinture légèrement fraîche. La dame derrière le comptoir me fixe, attendant que je parle.

"Hazel Moreno", je déclare simplement. Je viens récupérer mes clefs de chambre.


Elle pianote sur son ordinateur, vérifie quelque chose, puis me tend une petite enveloppe blanche. À l'intérieur, ma clef et mon planning. Rien de plus. Aucun mot de bienvenue, aucun sourire.


La secrétaire me tend ma clef avec un sourire qui me met mal à l'aise.


"Au fait, le directeur a été changé cette année", me dit-elle sur un ton presque malicieux. Vous devrez vous attendre à de nouvelles règles.


Son sourire s'élargit, comme si elle savourait d'avance ma future désorientation. Je serre ma clef si fort que je sens mes jointures blanchir. Un nouveau directeur. Comme si l'internat n'était pas déjà assez difficile.


La dernière chose dont j'ai envie, c'est de nouvelles contraintes. De nouvelles complications. Mon été a été suffisamment chaotique pour que je n'aie pas besoin d'en rajouter.


Je quitte le secrétariat, le sentiment désagréable que quelque chose va changer. Et pas forcément en ma faveur.


Dans le couloir, mon reflet me nargue dans les vitres. Je détourne les yeux, mais c'est tard. J'ai déjà vu mes hanches, mes cuisses, tout ce que je voudrais oublier. Je tire nerveusement mon t-shirt.


Je porte rarement de robe, tout le temps caché dans mes gros pull et gros jean pour cacher mon corps.


Je me suis toujours sentis différente des autres filles


Maman dit que j'ai de belles formes, que beaucoup de filles tueraient pour avoir mes courbes. Mais tout ce que je vois, c'est que mon jean est plus serré que celui des autres.


Un groupe de filles passent près de moi. J'entends

leurs chuchotements, sens leurs regards. Je ne sais

jamais si elles m'envient ou se moquent de moi. Peut être les deux.


Dans le couloir, les portes défilent et je m'arrête enfin devant la mienne. Un détail attire mon attention : la lettre F, gravée dans le bois sombre. Je fronce les sourcils. C'est nouveau ça. La chambre voisine arbore le même F mystérieux. L'année dernière, les portes étaient vierges de toute inscription. Encore un changement ? Je secoue la tête, trop fatiguée pour réfléchir à ce que ça peut signifier.


La clef tourne dans la serrure, et là... Je reste bouche bée. Ma chambre. Enfin, ce qui était ma chambre l'an dernier. Ils ont tout changé. Les murs, autrefois d'un blanc fade, sont maintenant peints dans un gris doux et chaleureux. Un grand bureau en bois clair a remplacé l'ancienne table bancale, et... est-ce que c'est vraiment un fauteuil confortable que je vois dans le coin ?


Un sourire se dessine sur mes lèvres malgré moi. Peut-être que cette année ne sera pas si terrible, finalement. Peut-être que tous ces changements ne sont pas forcément mauvais.


Je ne peux pas m'empêcher de sautiller dans la chambre, toute excitée par ce nouvel environnement. Pour la première fois depuis mon retour, j'oublie mes complexes, mes angoisses. Je déballe mes affaires en fredonnant, rangeant soigneusement mes vêtements dans l'armoire, installant mes livres préférés sur l'étagère, plaçant ma petite collection de photos sur le bureau.


Une fois tout rangé, je m'approche de la fenêtre. Le soleil de septembre baigne le parc de l'internat d'une lumière dorée. Les arbres commencent à peine à roussir, et quelques élèves flânent encore sur la pelouse. Je pose mon front contre la vitre fraîche et souris.


"Une nouvelle année commence, Hazel," je murmure pour moi-même. "Une nouvelle année remplie d'objectifs. Je peux le faire. Cette fois, je vais m'inscrire dans un club, sortir de ma coquille. Je suis en première maintenant, et avant la terminale, je dois vivre ma meilleure année. Plus question de me cacher."


Le soleil descend doucement sur l'horizon, comme pour approuver ma résolution.