LA REVANCHE DE VALENTINE

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Summary

Valentine Philis, une femme dans la trentaine, élève seule sa fille Cassandre, née alors qu'elle n'avait que 17 ans. Cassandre, qui est atteinte de trisomie, est le centre de la vie de Valentine. Son père, Peter, n'a jamais souhaité rencontrer sa fille ni prendre part à leur vie. Pour subvenir aux besoins de sa fille, Valentine travaille pour la famille de Peter, plus précisément pour le père de ce dernier, dans une entreprise où elle a été reléguée à un poste aux archives, un endroit qui semble refléter l’invisibilité dans laquelle elle est confinée depuis des années. Un jour, Hugo, le demi-frère de Peter, fait son apparition. Contrairement à Peter, Hugo n’a jamais connu l’existence de sa nièce, ni même celle de Valentine. Il est là pour prendre la relève de son père à la direction de l’entreprise et cherche à recruter une nouvelle assistante parmi les employés déjà présents dans la société. Cette quête d’une assistante va créer des interactions inattendues entre Hugo et Valentine, ravivant de vieilles blessures et soulevant des secrets enfouis. Tiraillée entre son passé, ses responsabilités envers Cassandre et l’apparition de cet homme qui bouleverse son quotidien, Valentine devra faire face à des choix cruciaux pour elle et pour sa fille.

Status
Complete
Chapters
39
Rating
4.7 14 reviews
Age Rating
18+

01 Chapitre 1

Mise en ligne le 5 janvier 2025



Une lectrice m’a signalé la présence de paragraphes en double. Malgré ma relecture, je n’ai trouvé qu’une seule phrase répétée, mais comme on dit souvent : l’auteur est parfois le moins bien placé pour repérer ses propres coquilles ! Si vous en constatez d’autres, n’hésitez pas à me le signaler dans les commentaires ; j’ai réactivé la fonction pour vous faciliter la tâche. Merci à tous !


Valentine,

Je travaillais depuis plus de quinze ans dans les archives de la grande agence de voyages « Jusqu’au bout de son rêve ». Bien que j’aie un diplôme de secrétaire, ce poste, je l’avais accepté par nécessité, mais aussi avec l’espoir de pouvoir offrir une vie décente à ma fille, Cassandre. Cassandre était née de ma relation avec un petit ami du lycée. À l’époque, je n’avais pas réalisé pleinement les conséquences de mes choix.

À 16 ans, je m’étais retrouvée enceinte, une grossesse non planifiée, fruit d’un manque d’informations, de préparation, et d’une vision trop naïve de la vie. Mais malgré tout, j’avais décidé de garder l’enfant, coûte que coûte.

Tout avait évolué si vite que je n’avais pas eu le temps de vraiment réfléchir à l’ampleur du bouleversement qui m’attendait. Seule, sans personne pour me guider dans cette nouvelle vie de jeune mère célibataire, j’avais dû me débrouiller comme je pouvais. Issue d’une famille d’accueil, je n’avais personne vers qui me tourner pour demander conseil.

Peter, un garçon du lycée, était aussi le fils d’un PDG influent, ce qu’on appelle un “fils à papa”. Il m’avait séduite avec ses belles paroles et son charme, et j’avais fini par céder à ses avances. Mais lorsque je lui ai annoncé ma grossesse, il s’était moqué de moi avec mépris. Il m’avait demandé si je comptais vraiment garder cet enfant, car lui n’en voulait pas. Il m’avait avoué alors en riant que la seule chose qu’il avait voulue, c’était coucher avec moi. Il avait fait un pari pour dix euros avec ses copains et l’avait gagné grâce à moi. Grâce à cette victoire, il s’était fait 70 euros. Il avait même ajouté :

—Je ne veux, Ni du bébé, ni de toi. Faire ma vie avec une fille moche et grosse comme toi ? Tu rêves. t’as vraiment cru que tu me plaisait .

Et il avait rit si fort que ce rire m’avait hanté durant des mois !

Ces mots et son rire m’avaient transpercée. Pourtant, quand il me prenait, il ne semblait pas se plaindre… mais maintenant, il se dérobait sans la moindre once de honte. Pire il m’avouait ce pari !!!

Sans solution après la naissance de Cassandre, face à l’indifférence totale de Peter, j’avais pris une décision difficile : demander de l’aide à son père. L’homme, un vieux requin froid et implacable, m’avait accordé un simple emploi dans les archives de son entreprise, sans aucune autre forme de soutien.

— Peter a des études à faire, et il ne va pas assumer une famille. Quant à toi, c’était de l’irresponsabilité que tu as eu de garder cet enfant.

Il n’avait pas mâché ses mots. Et quand il avait appris que ma fille était atteinte du syndrome de Down, son dégoût avait été palpable :

— Tu n’es qu’une idiote, Valentine Philips ! Garder cet enfant alors qu’on t’avait prévenu qu’elle serait anormale... Jamais cette chose ne fera partie de ma vie et encore moins de ma famille.

Sa voix était glaciale, et je me souviens encore de la façon dont il m’avait fixé avec dédain.

— Écoute-moi bien, je t’accorde cet emploi, mais si j’apprends que tu divulgues l’identité du père à qui que ce soit, je m’arrangerai pour te faire quitter cette ville et on te prendra ton monstre pour l’envoyer loin d’ici.

— Ce n’est pas un monstre, c’est mon bébé, et elle est parfaite.

Mes mains tremblaient de colère, mais j’avais porté Cassandre, lovée contre moi dans son porte-bébé, et couvert ses petites oreilles, comme pour la protéger de ces paroles venimeuses. À cet instant, j’avais juré de ne jamais pardonner à cet homme.

Cassandre était tout pour moi, mon unique raison de vivre. J’avais grandi sans parents, je savais ce que cela faisait, et jamais je ne laisserais cela arriver à elle, handicap ou non.

La vie avait rendu sa justice, pourtant. Peter s’était tué à moto en revenant d’une boîte de nuit, ivre. J’avais appris la nouvelle par les murmures au bureau. Cela m’avait frappée, mais au fond, cela ne changeait rien à ma vie ni à celle de Cassandre, qui venait de fêter ses trois ans sans que son père ne l’ait jamais vue.

Je trouvais un équilibre fragile dans mon quotidien avec elle. Cassandre était mon rayon de soleil, mon combat. J’avais sacrifié mes ambitions pour elle, mais je n’avais aucun regret. Travailler aux archives ne me rapportait qu’un maigre salaire, mais j’avais au moins un toit et de quoi subvenir à nos besoins grâce à une femme exceptionnelle : Madame Lopez, mon assistante sociale.

Madame Lopez était une femme d’une cinquantaine d’années, aux cheveux noirs grisonnants qu’elle tirait toujours en un chignon strict. Sa peau mate et ses traits sévères inspiraient à la fois respect et une certaine crainte, mais derrière cette apparence rigide se cachait une bienveillance sans limite. Dès le début, elle avait fait tout son possible pour m’aider à garder ma fille. Grâce à elle, j’avais trouvé un logement, une place en crèche pour Cassandre, et elle m’avait aidée à obtenir la prise en charge des soins médicaux. Souvent, elle arrivait avec des sacs remplis de vêtements pour nous deux, sans jamais attendre de remerciement.

Un jour, alors qu’elle m’avait accompagnée au parc, je lui avais demandé pourquoi elle faisait tout cela pour nous. Son visage, d’ordinaire sérieux, s’était adouci, et elle m’avait répondu d’une voix douce, presque nostalgique :

— Parce que tu as eu le courage que je n’ai pas eu.

Elle avait marqué une pause, avant de reprendre :

— Quand j’avais 18 ans, j’ai dû faire un choix… J’étais enceinte d’un petit garçon, mais on m’a dit qu’il lui manquait une jambe. On m’a convaincue de ne pas le garder, que j’étais trop jeune, que j’aurais d’autres enfants. Aujourd’hui, j’ai 43 ans, et je n’ai jamais refait ma vie. J’ai toujours regretté ce choix. Mais toi… toi, tu as gardé ta fille. Et regarde comme elle est belle.

Je regardais Cassandre, qui essayait de jouer avec un autre enfant. Elle était aussi blonde que moi j’étais brune, avec ses grands yeux en amande d’un bleu profond et son visage potelé. C’était mon trésor. Mon enfant. Mais alors qu’elle approchait l’autre enfant, sa mère l’avait aussitôt tiré par la main pour s’éloigner, jetant un regard de mépris à ma fille.

— Et le travail, comment ça se passe ? demanda Madame Lopez pour changer de sujet.

— Oh, toujours la même chose, répondis-je avec un sourire. Mais je me suis fait des amis.

— Tant mieux ! Je pense que je vais pouvoir te laisser voler de tes propres ailes maintenant.

Je la regardai, étonnée.

— Oui, mon accompagnement touche à sa fin. Ta fille va bien, tu ne manques aucun rendez-vous médical… Tu fais tout pour lui donner toutes ses chances.

Je hochai la tête, et elle me donna une petite tape amicale sur l’épaule.

— Je sais. C’est pourquoi je ne t’embêterai plus. Mais n’oublie pas, tu as ma carte. Tu m’appelles quand tu veux.

— Avec plaisir, et merci pour tout.

Cassandre, en entendant nos voix, était venue nous rejoindre. Madame Lopez la prit dans ses bras, et ma fille, fidèle à elle-même, lui déposa un baiser affectueux sur la joue. Cassandre était si affectueuse, si pleine de vie, si innocente…

Les années avaient filé, et ma petite fille était devenue une adolescente en pleine rébellion, avec son lot de défis quotidiens. Elle me posait souvent des questions sur son père, me demandant s’il était parti à cause d’elle. Je lui avais simplement répondu qu’il était mort, tout en ajoutant que, s’il avait été en vie, il l’aurait aimée autant que moi. Elle avait souri, acceptant mes paroles avec une innocence touchante.

Ce jour-là, j’avais préparé un gâteau à partager avec mes collègues, une attention particulière pour Suzie, ma meilleure amie au bureau, qui venait de postuler à un poste d’assistante auprès du nouveau directeur, Hugo Manier. Ironiquement, Hugo n’était autre que le frère de Peter, l’ oncle de ma fille, sans même le savoir.

Je ne l’avais jamais rencontré, il avait dix ans de plus que Peter et faisait ses études à l’étranger à l’époque. Mais tout le monde disait qu’il était pire que son père, que ce soit dans les affaires ou dans la gestion du personnel. Pourtant, Suzie voulait ce poste. Elle voulait réussir et s’en sortir, quitter cet endroit qui ressemblait plus à une cave qu’à un véritable lieu de travail.

— Accompagne-moi, s’il te plaît ! supplia Suzie sautant presque sur place, je la regarda d’un air exaspère et lui fis signe que non.

— J’ai du travail... Allez, je te donne ma bonne étoile pour t’accompagner !

Suzie prit une mine boudeuse et, sans prévenir, déplaça le cadre photo posé sur mon bureau, celui qui me montrait avec ma fille. Je levai un sourcil, amusée par son manège, et attrapai doucement le cadre pour le remettre en place. Mais elle insista, agitant sa main devant mes yeux comme une enfant capricieuse.

S’il te plaît, s’il te plaît, regarde, j’ai la chair de poule...

Elle me montra son bras, et je dus admettre qu’elle ne mentait pas, effectivement, elle avait la chair de poule.

Mets un pull, tu dois avoir froid. Et d’ailleurs, pendant ton entretien, dis-lui que le chauffage ici, ce serait pas un luxe, on en a bien besoin aussi !

Elle soupira, exaspérée. Mais derrière cette légèreté, je sentais qu’elle était nerveuse, stressée par l’entretien qui approchait.

S’il te plaît, Valentine ! insista-t-elle, et cette fois sa voix tremblait, comme si elle était à deux doigts de pleurer.

Je ne pus m’empêcher de sourire. Je regardai l’heure sur ma montre connectée, hésitant un instant.

Ok, ok, je t’accompagne !

Oh merci, ma Valentine ! s’exclama-t-elle, rayonnante, avant de me prendre dans ses bras, me serrant avec un peu trop d’enthousiasme.

Je souriais, bien que je sois incapable de dire non à Suzie, et elle le savait. Elle en profitait, bien plus souvent qu’elle ne devrait. Mais après tout, sortir des archives ne pourrait que me faire du bien. Et puis, voir Suzie si soulagée me réchauffait le cœur.

Nous prîmes l’ascenseur ensemble, bavardant comme à notre habitude. Je jetai un coup d’œil à mon reflet dans le miroir. Mes 1,65 m n’étaient pas si gênants, mais mon embonpoint, lui, était difficile à ignorer. J’avais toujours été ronde, et après ma grossesse, les kilos s’étaient installés de façon définitive, en grande partie à cause des soucis qui s’étaient accumulés au fil des ans. Voir mon reflet me déprimait, alors je détournai vite le regard pour me concentrer sur Suzie, qui ne se taisait jamais longtemps.

La porte de l’ascenseur s’ouvrit, et un homme en costume entra. Mais ni Suzie ni moi ne lui prîmes la moindre attention, trop absorbées dans notre conversation.

J’espère que ça va le faire ! dit-elle, visiblement anxieuse.

Travailler pour le père, déjà, je n’aurais pas voulu... mais le fils, il paraît que c’est pire. Pire qu’un connard, c’est quoi ? Un gros connard ? Un connard professionnel ?

Chut ! murmura Suzie, visiblement mal à l’aise.

Mais je continuais sur ma lancée, sans m’en rendre compte.

Connard un jour, connard toujours... Connard et associé... Non, attends, connard et fils !

C’est alors que l’homme en costume, celui qui était monté quelques étages plus tôt, se tourna brusquement vers nous, le visage sévère. Suzie blêmit en le remarquant, mais moi, trop absorbée dans mes pensées, je ne le vis pas tout de suite.

L’ascenseur s’arrêta, et nous descendîmes. L’homme sortit avant nous, jetant un dernier regard en arrière. Je remarquai son air déconcerté, mais je haussai simplement les épaules.

C’était qui, celui-là ? demanda Suzie, curieuse.

Aucune idée. Je ne connais pas tous les hommes de l’entreprise, en fait... aucun, en réalité, plaisantai-je en lui jetant un regard amusé.

En entrant dans la salle d’attente, je remarquai une dizaine de candidats déjà présents. Tous semblaient nerveux, attendant leur tour. Plusieurs regards se posèrent sur moi, certains me dévisageant avec une condescendance à peine voilée. Je pouvais sentir le jugement dans leurs yeux, leur assurance que si j’avais postulé, je n’aurais eu aucune chance. Mon apparence ne correspondait pas aux standards attendus pour une assistante de direction, et je le savais. Mon physique avait toujours été un obstacle, même si je faisais tout pour l’ignorer.

L’une des filles me fixa avant de murmurer quelque chose à sa collègue. Un rire étouffé s’échappa de leurs lèvres, sans même tenter de le cacher. Mon cœur se serra, et je baissai les yeux, blessée.

J’ai l’impression de payer pour quelque chose... marmonnai je à voix basse.

Laisse tomber, ce sont des idiotes, rétorqua Suzie, furieuse, en leur lançant un regard noir.

Soudain, l’homme de l’ascenseur réapparut, marchant d’un pas décidé vers moi. Son visage était fermé, autoritaire. Il s’arrêta juste devant moi, me fixant intensément.

Dans mon bureau, maintenant. Vous serez la première que je vais recevoir.

Hein ?