Chapter 1
๐๐๐ซ๐ญ๐๐ข๐ง๐ฌ รฉ๐ฏรฉ๐ง๐๐ฆ๐๐ง๐ญ๐ฌ ๐๐ญ ๐ฉ๐๐ซ๐ฌ๐จ๐ง๐ง๐๐ ๐๐ฌ ๐๐ ๐๐ ๐ซ๐จ๐ฆ๐๐ง ๐ฌ๐จ๐ง๐ญ ๐ข๐ง๐ฌ๐ฉ๐ข๐ซรฉ๐ฌ ๐๐ ๐๐๐ข๐ญ๐ฌ ๐ซรฉ๐๐ฅ๐ฌ, ๐ฆ๐๐ข๐ฌ ๐ญ๐จ๐ฎ๐ญ ๐๐ฌ๐ญ ๐ฆ๐ข๐ฌ ๐๐ง ๐๐ข๐๐ญ๐ข๐จ๐ง ๐ฉ๐จ๐ฎ๐ซ ๐ฅ'๐๐ฑ๐ฉรฉ๐ซ๐ข๐๐ง๐๐ ๐๐ ๐ฅ๐๐๐ญ๐ฎ๐ซ๐.
Chapitre 1 :
๐'๐จ๐ฆ๐๐ซ๐ ๐'๐ฎ๐ง๐ ๐ซ๐๐ง๐๐จ๐ง๐ญ๐ซ๐...เผโงโห๐ฏ๏ธ
Je ne le voyais pas, je l'entendais... et quand je le voyais, il n'y avait plus de bruit... un amour silencieux, faux. Parfois, il semble rรฉel ร mes yeux... mais plus souvent, il n'est qu'une douleur sourde qui s'ancre en moi. Ce poids constant me brรปle la tรชte, ces larmes que je verse, chaque nuit,... Au rรฉveil, mes paupiรจres sont lourdes, griffรฉes de cette amertume sans fin... Puis je tente de me dire que tout รงa n'est qu'un mauvais rรชve-
- MIYA!
Encore... Il hurle depuis le salon, exigeant que j'aille lui chercher quelque chose qui est littรฉralement devant lui.
Super...
- O-oui!
Je soupire en me levant de ma chaise. Vous l'aurez devinรฉ, j'รฉtais en train d'รฉcrire. Une histoire, rien de grandiose... Attendez, je vais juste voir ce que cet homme veut avant qu'il ne commence ร m'รฉcraser avec ses reproches.
- ...Oui papa?
Je le trouve affalรฉ devant la tรฉlรฉ dans le salon, ร moitiรฉ absorbรฉ dans les images sans couleur qui clignotent ร l'รฉcran.
- T'รฉtais oรน, sรฉrieusement ? Je t'ai appelรฉe trois fois ! Et ta mรจre, elle est oรน ? demande-t-il, me scrutant de ce regard qui n'a rien de chaleureux. Il a le don de poser les questions les plus รฉvidentes. Je sais qu'il cherche seulement une excuse pour m'adresser la parole, juste pour vรฉrifier si je suis encore lร .
- Chez mamie, elle est malade...
murmure, la voix basse.
Il enchaรฎne aussitรดt :
- Et ton frรจre ?
- Avec elle. Ranne et Adem aussi...
Il fronce les sourcils :
- Et ta sลur ?
- ร l'รฉcole.
- Et toi ? Encore en train de sรฉcher les cours, hein ? Il croise les bras, satisfait d'avoir trouvรฉ un nouveau prรฉtexte pour s'en prendre ร moi.
- Je suis malade, dis-je d'une voix presque inaudible Puis, voyant qu'il ne lรขchait pas le regard, j'ajouta Maman le sait.
Il ne rรฉpond rien, son regard se perd vers la table basse puis retourne vers la tรฉlรฉ. Mes absences sont devenues courantes... pas seulement ร cause de ma santรฉ, mais ร cause d'eux, mes bourreaux du lycรฉe. Un jour, j'ai fait l'erreur de craquer, de tout raconter ร maman. Elle, en pensant bien faire, est allรฉe rapporter l'histoire ร la directrice, qui a convoquรฉ les parents des coupables. Depuis... c'est l'enfer. J'ai allumรฉ un feu plus grand que moi, et maintenant je suis incapable de l'รฉteindre. Me dรฉnoncer n'a fait qu'enflammer leur rage. C'รฉtait une erreur, et depuis, j'essaie juste de passer inaperรงue.
Le silence tombe ร nouveau, jusqu'ร ce qu'il se dรฉcide :
- Habille-toi, on va les chercher... Et puisque tu n'as rien de mieux ร faire, tu resteras chez ta grand-mรจre quelques jours. Ta mรจre ne peut pas tout assumer, s'occuper de tes frรจres et sลurs, tenir la maison... Les problรจmes, on en a dรฉjร assez comme รงa. Alors, aide-nous.
J'avalai ma salive, mes poings serrรฉs devant l'indiffรฉrence de ses mots, devant son incapacitรฉ ร voir les efforts que je fournissais.
- Je ne veux pas aller chez mamie. Ne dis pas que je n'ai rien ร faire, j'ai mille choses importantes ร faire ! m'indignai-je.
- Pleurer ? lรขcha-t-il d'un ton cinglant. ร part te plaindre, tu fais quoi, au juste ?
- J'รฉcris!
- ouais ouais peut importe, dรฉpรชche toi , tu va chez ta grand mรจre avec le sourire au lรจvres mรชme, ta grand mรจre reste ta grand mรจre, point.
Je dรฉtournai les yeux, essayant de contenir le flot d'รฉmotions qui menaรงait de dรฉborder. En silence, je rejoignis ma chambre, enfin... ce qui servait de chambre. Pas vraiment la mienne, car je partageais l'espace avec mes deux petites sลurs, Alya, 14 ans, et Ranne, 9 ans. J'avais 17 ans, mais je n'avais jamais eu mon propre espace... j'ai un frรจre Cadet qui s'appelle Eden qui a 15 ans et Adem qui a 8 ans , au total, j'ai 4 frรจres et sลurs, se qui veux dire qu'on est 7 dans la maison si on compte mes parents bien sur , sept รขmes empilรฉes les unes sur les autres, cherchant chacune un coin de tranquillitรฉ. Mais il n'y en avait pas.
Arrivรฉe dans la chambre, je rangeai rapidement mes affaires pour les mettre ร l'abri de Ranne et Adem, qui adoraient dessiner n'importe oรน et gaspilleraient sans vergogne mes feuilles et mes stylos. Aprรจs tout, on ne peut jamais รชtre tranquille avec deux "petits rats" ร la maison, mรชme si, au fond, je les aimais malgrรฉ tout.
Je glissai quelques vรชtements dans mon sac, un carnet, un stylo, mes mรฉdicaments. Mon pรจre criait dรฉjร dans le couloir pour que je me dรฉpรชche. En soupirant, j'enfilai mon manteau, enroulai une รฉcharpe autour de mon cou, et me dirigeai vers la porte. Il nouait encore ses lacets. Pour une fois, je n'รฉtais pas en retard.
plus tard dans la voiture...
La voiture roule dans le silence, seulement rythmรฉ par le grondement lointain de la radio et les gouttes de pluie battant sur les vitres. Le froid me glace la peau. Je souffle sur mes mains, essayant de les rรฉchauffer. Le climat de ce pays me semble toujours aussi dur, toujours aussi รฉtranger. Mon pรจre, concentrรฉ sur la route, ne dit rien. Puis, d'un coup :
- Putain, MAIS IL EST CON OU QUOI ?!
Je sursaute alors que la voiture freine violemment, le klaxon rรฉsonnant dans mes oreilles. Un autre vรฉhicule, noir, s'est arrรชtรฉ en travers de notre route...l'homme qui conduisais le vรฉhicule ouvre sa portiรจre en regardant notre voiture pour vรฉrifier les dรฉgรขts qu'il a causer, mon pรจre fou de rage , sort ร son tour .....sa ne sentais pas bon , j'entrouverre lรฉgรจrement la vitre pour รฉcouter se qui se passera entre mon pรจre et se dernier , ร se moment la , je remarque que l'homme n'รฉtait pas seul dans la voiture , ร cรดtรฉ de lui il y avais un garรงon qui semblait avoir ร peu prรฉ mon รขge, il regardait la scรจne avec un regard qui semblait aussi nerveux que le mien, mais quand il me remarque il tourna les yeux vers moi se qui me fait dรฉtourner rapidement le regard.
...ces situations m'angoisse ,sa me rend mal ร l'aise , j'entends le tรฉlรฉphone de mon pรจre sonnรฉe, je le prend alors et vois que c'est ma mรจre qui l'appel, je dรฉgluti avant de rรฉpondre
- Allรด ?
- Allรด ? Miya ? C'est toi ? Vous รชtes oรน ?
- ouais, c'est moi, je...enfin, on a un petit problรจme.
- Quoi ? Tout va bien ? Rien de grave, j'espรจre ?
Je jette un coup d'ลil vers mon pรจre, qui est en pleine discussion animรฉe. Mon regard se dรฉtourne alors, presque par automatisme, et se pose sur le garรงon assis ร l'arriรจre de la voiture. Il m'observait... Son regard รฉtait neutre, impรฉnรฉtrable. Une รฉcharpe bleu nuit lui couvrait la moitiรฉ du visage, ne laissant visibles que ses yeux et ses cheveux noir. Je tenais toujours le tรฉlรฉphone prรจs de mon oreille, un peu distraite, et rรฉponds ร ma mรจre d'une voix ร peine audible en dรฉplaรงant mon regard sur le cรดtรฉ.
- O-oui... je te rappelle aprรจs, d'accord ?
Je raccroche rapidement sans ajouter un mot. Je savais qu'elle allait me bombarder de questions dรจs que j'appellerai ร nouveau. ร peine avais-je raccrochรฉ que mon pรจre revient dans la voiture, claquant la portiรจre derriรจre lui. D'un geste brusque, il dรฉmarre, s'รฉloignant en vitesse de la voiture noire. Encore une fois, un silence lourd s'installe.
Nous arrivons devant ce chemin que j'aime tant, cette route dรฉserte au cลur de la forรชt. C'รฉtait magnifique... Il n'y avait que nous, le soleil commenรงait ร se coucher. Je sors alors mon tรฉlรฉphone, espรฉrant capturer quelques photos, mais la qualitรฉ de l'image รฉtait mรฉdiocre. Pff, je dรฉteste ce vieux tรฉlรฉphone. Peu importe.
Cette route menait ร un petit village connu pour ses vignes, parfaites pour la production de vin. Original, vous ne trouvez pas ? Aprรจs quelques minutes, nous atteignons enfin l'entrรฉe du village. Mon pรจre ralentit, puis gare la voiture devant le petit bรขtiment oรน vivait ma grand-mรจre, entourรฉe de quelques autres personnes รขgรฉes. Que des vieux, hein...
- Je les attends ici, dis-leur de descendre vite.
J'acquiesce avant de sortir de la voiture, serrant mon sac ร dos contre moi... C'est alors que je vois passer la voiture noire devant moi. Celle de tout ร l'heure ? Elle s'est arrรชtรฉe un peu plus loin devant une jolie maison. Je suppose que c'est juste une autre voiture qui lui ressemble... Bon, ce n'est pas mes affaires de toute faรงon.
Je me dรฉpรชche vers l'entrรฉe du bรขtiment, qui รฉtait dรฉjร ouvert, puis je monte quelques escaliers. Je m'arrรชte devant la porte d'entrรฉe de ma grand-mรจre. Merde... je dรฉteste cette maison... Elle ne me rappelle que de mauvais souvenirs. Je tends la main pour frapper ร la porte, mais au mรชme moment, mon frรจre cadet, Eden, l'ouvre. Nous sursautons tous les deux en mรชme temps.
- W-wow, qu'est-ce que tu fous ici ? me demande-t-il.
-...Il m'a obligรฉe ร venir pour rester avec elle. Je lรจve les yeux au ciel en le poussant doucement de cรดtรฉ avant de rentrer. Il fait froid dehors.
- Ah... au moins tu ne le verras plus pendant quelques jours.
- Non, je prรฉfรจre encore sa gueule ร celle de sa mรจre.
- Sรฉrieux ?
- Non, ils sont pareils.
Eden soupire en secouant la tรชte, puis il tend la main vers ma petite sลur.
- Allez, princesse, on y va, murmure Eden ร Ranne.
Ranne se prรฉcipite pour lui attraper la main.
- Si quelque chose ne va pas, envoie-moi un message, me dit-il avant de descendre les escaliers avec Ranne.
Je me tourne vers le salon ; j'entends la voix de ma mรจre qui parle, et aussi celle d'Adem qui chantonne dans la cuisine. Mais aprรจs quelques secondes, ma mรจre sort du salon, une expression de dรฉgoรปt et de fatigue sur le visage. Elle croise mon regard.
- Oh... tu es ici ? Ton pรจre n'est pas montรฉ pour voir ta grand-mรจre ?
- Non, il vous a dit de descendre... Eden et Ranne sont dรฉjร descendus, il n'y a que toi et Adem.
- Et toi, tu restes ici ?
-...Oui...
Ma mรจre soupire, puis attrape son sac ร main posรฉ sur le meuble ร chaussures.
- N'essaie pas trop avec elle... Fais juste le mรฉnage et la cuisine... Elle ne veut parler ร personne. Si elle te provoque, ignore-la.
- D'accord.
Enfin... J'entends la porte d'entrรฉe se refermer derriรจre moi aprรจs que ma mรจre et Adem soient partis. Est-ce qu'on peut maintenant passer ร l'action ? Je pense bien que oui. Je me tourne vers le salon... ma grand-mรจre s'y trouvait. Je prends une grande inspiration avant d'avancer vers la porte. J'รฉtends la main pour l'ouvrir doucement...
Je la vois, allongรฉe sur le canapรฉ, un livre ร la main. Elle lisait. Ma grand-mรจre n'รฉtait pas si vieille, enfin, elle avait 67 ans. Ses cheveux blancs รฉtaient soigneusement attachรฉs en chignon, et elle portait ses lunettes ลil de chat. Elle ne pouvait s'empรชcher d'รชtre bien habillรฉe et coiffรฉe, malgrรฉ le fait qu'elle soit malade. Hah... Au mรชme รขge, je commencerais sรปrement dรฉjร ร remettre mes actes en question... mais elle, c'est tout le contraire. Elle continue ร faire du mal aux autres, spรฉcifiquement ร ma famille, et รงa m'รฉnerve...
Elle tourne lentement la tรชte vers moi, me regardant de haut en bas avant de ramener son regard sur son livre. Elle parle d'une voix cassรฉe mais aussi intimidante.
- Bonsoir... jeune fille.
Je la fixe en silence, puis murmure simplement : Bonsoir...
- Je ne m'attendais pas ร te revoir. Elle fait une pause, tourne la page de son livre. Tu as maigri. Elle attrape un marque-page posรฉ sur la table basse, le glisse entre les pages avant de fermer son livre et le poser sur le canapรฉ. Qu'attends-tu ?
Je reste lร , silencieuse, fixant ma grand-mรจre sans vraiment la voir. Sa silhouette floue s'efface par instants, puis revient avec une nettetรฉ presque irrรฉelle. Tout ici semble... dรฉcalรฉ. Comme un dรฉcor qui aurait trop servi, avec des coins usรฉs et des couleurs dรฉlavรฉes. Mais, qui sait, peut-รชtre que c'est moi qui commence ร me dรฉlaver aussi. Chaque fois que je la revois, ce mรชme vide m'envahit, ce mรชme malaise, comme si je plongeais dans un rรชve dont on ne se rรฉveille jamais.
Elle parle. Des mots glissent hors de sa bouche, se forment, disparaissent. Elle dit quelque chose ร propos de ne pas s'attendre ร me revoir. Est-ce qu'elle pense vraiment que j'ai envie d'รชtre lร ? Peut-รชtre. Ou peut-รชtre que รงa l'amuse, cette petite scรจne oรน elle tient les ficelles et moi, je fais semblant de ne pas les voir. Je pourrais partir, maintenant, juste faire demi-tour. Mais une autre voix en moi ricane, celle qui sait que je ne bougerai pas. "Allez, Miya... dis-lui que tu vas rester, sois sage, sois docile." Cette voix qui me ressemble et me tourmente, toujours lร , chuchotant, exigeante.
- Je vais juste faire ce que j'ai ร faire, ne vous en faites pas. Ma rรฉponse s'รฉchappe, รฉpuisรฉe, comme un soupir dรฉguisรฉ en mots. Je la fixe un instant, ce sourire glacial qui se dessine ร peine, et je me demande combien de temps encore je vais tenir. Est-ce que les autres, eux, ils voient aussi ce sourire de monstre sous son visage soigneusement maquillรฉ ? Ou est-ce que รงa aussi, c'est un rรชve ?
Elle incline la tรชte, lentement, comme un chat prรชt ร bondir.
- Comme il se doit, murmure-t-elle, ses yeux me transperรงant. Je n'attends rien de moins.
Les secondes s'รฉtirent, lourdes, รฉtouffantes. Je me tourne vers la porte, prรชte ร fuir... non, ร obรฉir. Mais ce n'est pas vraiment moi qui marche vers la cuisine. C'est une autre version de moi, un moi mรฉcanique qui se traรฎne dans ce dรฉcor รฉtranger, laissant mes pensรฉes vagabonder dans les couloirs sombres de ma tรชte.
"Elle n'a aucune idรฉe de qui tu es, Miya. Mais toi non plus."
Chaque pas rรฉsonne, me faisant sursauter, comme si la maison tout entiรจre รฉtait prรชte ร m'avaler, ร me plonger encore plus profondรฉment dans ce cauchemar รฉveillรฉ. Mais, au fond... je crois que j'ai toujours รฉtรฉ piรฉgรฉe ici.
Aprรจs le dรฎner... enfin, si on peut appeler รงa un dรฎner. J'ai mangรฉ des ลufs que j'ai dรป cuire moi-mรชme, parce que le frigo รฉtait vide. Elle n'a mรชme pas fait les courses. Hah, peu importe. Comme si รงa allait changer quelque chose, que je mange ou pas... Le monde est un dรฉcor vide, un vieux rรชve sans fin. Vous avez dรฉjร ressenti cette envie de... ne plus rien faire ? Mรชme pas l'envie de respirer, encore moins de manger. Il y a des jours oรน le monde entier devient si... insignifiant. Je voulais disparaรฎtre, parfois. Mais je crois en Dieu, alors je n'ai jamais franchi cette limite. Alors j'attends, je m'accroche... "Attends quoi, Miya ?"
- Tais-toi ! dis-je ร cette voix dans ma tรชte. Elle persiste, agaรงante, comme une piqรปre qui refuse de guรฉrir.
"Ta mort, peut-รชtre ? Mais moi, je ne veux pas mourir."
- Moi, si... soufflรฉ-je, mais mes mots se perdent dans l'obscuritรฉ.
"Non, tu ne veux pas vraiment."
Et lร , un rire nerveux m'รฉchappe. Cette bataille intรฉrieure, c'est un cercle sans fin. Et tout m'รฉnerve. Tout le monde m'รฉnerve. Merde... merde... merde...
Plus tard, quand la maison devient un silence malaisant et que ma grand-mรจre est partie se coucher, je reste รฉveillรฉe dans cette chambre sombre, seule avec mes pensรฉes. La pluie tombe encore, douce, mรฉlancolique, glissant le long des vitres. J'ouvre la fenรชtre. L'air froid et l'odeur humide de la pluie... je pourrais presque me laisser glisser en bas, hors de cette rรฉalitรฉ.
Je me tiens au bord, le regard perdu dans le vide.
-"Arrรชte !"
Je sursaute, mes doigts se crispent sur le rebord de la fenรชtre. H-huh ?
Je reviens ร moi, comme rรฉveillรฉe d'un rรชve dont je ne me rappelais pas รชtre prisonniรจre. Je suis toujours lร , au bord. Mais heureusement, cette voix en moi m'a retenue. Mon ami, celui que j'appelle Ico, le seul qui m'accompagne mรชme dans mes nuits tourmentรฉes. Lui, il est toujours lร , une prรฉsence รฉtrange, Inexistante, vivant quelque part dans mon esprit.
Bizarre ? Peut-รชtre. Mais รงa n'a pas d'importance. Il est le seul ร m'empรชcher de sombrer tout ร fait. Sans lui... sans lui, il ne resterait plus rien.
"Hey, pourquoi pas sortir ?"
- Ah ouais... sortir. Tu as raison, Ico.
"Vas-y, sors. รa me fera du bien ร moi aussi."
Hah, comme si tu existais vraiment...
"Peu importe, je veux crier."
Je me lรจve brusquement, le cลur battant plus vite. La porte de ma chambre... c'est mon seul passage vers l'extรฉrieur, la seule issue possible ร cette folie. Je m'รฉlance dans le couloir, le noir me dรฉvorant. Tout est flou, รฉtrange, comme si le noir s'รฉtendait ร l'infini. C'est horrible. Je sors mon tรฉlรฉphone, ma main tremblante, et allume la torche. La lumiรจre perรงante fend l'obscuritรฉ, mais c'est ร peine suffisant. Chaque pas rรฉsonne dans le vide, et je me dรฉplace sur la pointe des pieds, comme si chaque bruit pourrait rรฉveiller ce silence oppressant.
Ma grand-mรจre dort quelque part, de l'autre cรดtรฉ du couloir, ses ronflements qui rรฉsonnent dans l'air froid. C'est presque apaisant, et en mรชme temps... je la dรฉteste. Pourquoi dort-elle si paisiblement quand moi je suffoque dans cette maison ?
Arrivรฉe ร la porte d'entrรฉe, je m'arrรชte, la clรฉ dรฉjร en place. Je tourne doucement, puis ouvre la porte. Une brise fraรฎche s'infiltre, et je sors dans la nuit glaciale, fermant la porte derriรจre moi avec une prรฉcaution absurde. Enfin, dehors... c'est un soulagement.
"Tu ne trouves pas tout รงa dangereux ?"
Il n'y a que des vieux ici. Je parle ร voix haute, mais personne ne rรฉpond. Pas vraiment, en tout cas.
Je descends les escaliers, les lanternes anciennes qui jettent une lumiรจre faible, tremblotante, sur le sol poussiรฉreux. Le village est calme, trop calme. Une goutte de pluie tombe et s'รฉcrase sur ma joue pรขle. Je lรจve la tรชte vers le ciel, et je ne me rends mรชme pas compte que je n'ai pas pris de manteau. Quelle idiote.
Tss, mais qu'est-ce que j'en ai ร foutre ?
Le froid me saisit, et je me mets ร marcher. Mes pas rรฉsonnent contre le sol humide, et tout ce qui m'entoure semble rรฉsonner en รฉcho. Les bruits de la nuit, des hiboux, des corbeaux qui crient... c'est tout ce qui reste. Le vent, l'humiditรฉ, le noir. Mais รงa ne me dรฉrange pas...
Alors que je marchais le long de la route dรฉserte, un faible bruit attira mon attention. Un miaulement. Il venait de sous la voiture noire. Celle que j'avais aperรงue plus tรดt, dans la cour de ma grand-mรจre. Mon cลur s'arrรชta un instant. Un chaton ? J'avais presque oubliรฉ l'existence de ces petites crรฉatures depuis si longtemps.
Je me baissai pour voir d'oรน venait le bruit. Lร , tout prรจs des roues arriรจre, une petite boule de poils orange se tortillait, ses yeux bleu clair pleins de larmes. Il miaulait, un son faible, brisรฉ, comme un appel dรฉsespรฉrรฉ. Je m'agenouillai lentement, mes genoux heurtant le sol froid de l'asphalte. Le chaton se figea un instant, comme s'il รฉtait aussi effrayรฉ que moi, puis il se remit ร pleurer.
Je tendis la main pour le prendre, glissant mes doigts sous son petit corps frรฉmissant. "Hรฉ, petit... Calme-toi," murmurai-je d'une voix douce, plus pour moi que pour lui. C'รฉtait รฉtrange, mais le chaton, dans sa dรฉtresse, semblait me comprendre. Je le tirai doucement hors de l'espace confinรฉ sous la voiture. Il miaula encore un peu, mais ses pleurs รฉtaient moins forts maintenant.
Je le pris dans mes bras, le serrant contre moi, sentant sa chaleur et sa petite respiration rapide. Il me regarda avec ces grands yeux bleus, un regard qui semblait me sonder, comme s'il pouvait voir au fond de moi. Je souris un peu, une expression vide, je crois, comme si ce petit รชtre m'avait offert une รฉchappatoire, mรชme pour quelques instants.
Puis, en relevant la tรชte, mes yeux croisรจrent quelque chose. Une silhouette. Une silhouette sombre, lointaine, ร travers la fenรชtre de la maison d'en face. Quelque chose dans cette fenรชtre me fixait. Quelqu'un. Un regard. Je ne savais pas comment l'expliquer, mais c'รฉtait lui. Ce garรงon. Celui que j'avais vu dans la voiture noire plus tรดt, ce mรชme regard calme et froid.
Attends... c'est pas la voiture noire qui nous a heurtรฉs plutรดt ? Je me figeai un instant, un frisson courant dans mes veines. Non, รงa n'avait pas de sens. Ce n'รฉtait probablement qu'une coรฏncidence. Mais pourquoi est-ce que cette pensรฉe me revenait comme un รฉcho dans ma tรชte ?
Je frissonnai, comme si l'air autour de moi devenait plus dense.
"Il me regarde..." murmurai-je sans vraiment me rendre compte de ce que je disais. Mon cลur battait plus vite. Pourquoi est-ce que รงa me perturbait tant ? Pourquoi le reconnaissais-je ? Et comment pouvait-il รชtre lร ...
Je dรฉtournais le regard rapidement, me sentant soudainement perdue dans un tourbillon de pensรฉes confuses. Le chaton, dans mes bras, me rรฉpondit par un petit miaulement. J'avais l'impression d'รชtre la seule ร voir ce qu'il se passait. Ou peut-รชtre que je devenais folle, un peu plus chaque jour. Je le serrai contre moi, comme pour m'ancrer ร quelque chose de rรฉel, quelque chose de tangible.
"Tu vois รงa, toi aussi ?" je murmurais au chaton, mais il ne rรฉpondait pas. Il n'en avait probablement rien ร faire de mes hallucinations, de mes pensรฉes torturรฉes. Il se contentait de miauler doucement, ses yeux bleus me fixant avec une รฉtrange intensitรฉ.
Je levai lentement la tรชte, mes yeux se posant sur la fenรชtre du premier รฉtage. Lร , dans l'ombre, il รฉtait toujours lร . Il me regardait. Je clignai des yeux, incertaine, comme si รงa allait changer quelque chose. Pourquoi il me fixait comme รงa, de lร -haut, sans bouger ? C'รฉtait un peu dรฉrangeant, mais je n'allais pas me laisser impressionner.
- H-hรฉ, c'est ร vous ? lanรงai-je, ma voix un peu plus haute que prรฉvu, mais tant pis. Je levai le chaton vers la fenรชtre, espรฉrant qu'il comprendrait. Ou peut-รชtre qu'il s'en fichait, au fond. Je n'en savais rien.
- Enfin, si c'est ร vous, je... je vous le rends, ou... je sais pas... vous avez pas l'air de vouloir sortir, ajoutai-je en jetant un coup d'ลil ร la porte d'entrรฉe, puis au chaton qui, dans un รฉlan de dรฉsespoir, miaula encore.
Je baissai les yeux, un peu gรชnรฉe, me demandant pourquoi je lui parlais comme รงa. C'รฉtait quoi, รงa ? Une conversation avec une fenรชtre ? Avec un mec que je connaissais mรชme pas ?
Le garรงon rompit enfin le silence, sa voix calme et posรฉe.
- C'รฉtait toi dans la voiture, tout ร l'heure, non ?
Je ne pouvais pas m'empรชcher de le fixer un instant de plus. Son regard รฉtait toujours lร , ancrรฉ sur moi, comme une รฉnigme que je n'avais pas envie de rรฉsoudre. Est-ce qu'il me voyait vraiment ? Est-ce que, quelque part, il ressentait ce que je ressentais ? Cette sensation รฉtrange de flotter dans un espace oรน rien n'a de sens, comme un rรชve sans couleurs ni clartรฉ.
Je secouai la tรชte, tentant de chasser ces pensรฉes.
- C'est ridicule, murmurai-je. C'รฉtait peut-รชtre moi qui รฉtais folle. Ou alors, le monde entier avait dรฉcidรฉ de se moquer de moi, et je ne pouvais mรชme pas le comprendre. Qui savait vraiment ce qui se passait ?
- Heuh... o-ouais ?... je suppose... je veux dire - c'est toi le mec de tout ร l'heure, non ? Votre voiture a frappรฉ- enfin, heurtรฉ notre voiture, tu vois ? Mon pรจre รฉtait รฉnervรฉ je pense... aprรจs, c'est pas notre faute, hein...
Les mots s'รฉchappaient de ma bouche de maniรจre dรฉsordonnรฉe, sans que je puisse les contrรดler. Il me regardait en silence, une lueur d'amusement dans les yeux, avant de lรขcher un rire franc.
- Wow, t'es marrante toi.
Je reste silencieuse, incapable de rรฉpondre. Je savais qu'il ne le pensait pas vraiment. Je n'ai jamais รฉtรฉ marrante, et ce n'est pas maintenant que รงa changera. Alors, je hoche lรฉgรจrement la tรชte.
- Peu importe, murmurai-je, presque inaudible.
Il me fixe en silence, comme s'il cherchait ร dรฉchiffrer quelque chose. Puis, il inspire profondรฉment et brise le calme :
- C'est beau, la nuit. Les รฉtoiles, la lune... mรชme la pluie. รa apaise.
Je lรจve les yeux, hรฉsitante.
- Ouais... tu as raison.
Un lรฉger sourire apparaรฎt sur ses lรจvres, mais il disparaรฎt aussi vite qu'il est venu.
- T'as un accent. T'es pas d'ici, huh ?
Je sens mes poings se serrer instinctivement, et une tension familiรจre monte en moi. Je dรฉteste cette question. Pourquoi tout le monde s'y intรฉresse ? Mon accent n'a rien d'extraordinaire.
- mais c'est mignon hein dit-il
Je plisse les sourcils et dรฉtourne le regard, cherchant ร ignorer son sourire. Il avait l'air sincรจre, presque gentil... mais je refuse d'y croire.
Sans un mot de plus, je pose le petit chaton au sol et me redresse.
- Prends-le, dis-je d'une voix presque coupรฉe. Moi... je dois y aller.
Je recule d'un pas, รฉvitant son regard, avant de me retourner complรจtement. Mon cลur tambourine dans ma poitrine.
Je commence ร marcher, rapidement, presque ร fuir. Je sens ses yeux sur moi, comme s'il hรฉsitait ร me retenir, ร dire quelque chose, mais il reste silencieux. Tant mieux.
La pluie commence ร tomber plus fort, les gouttes s'รฉcrasant sur mes รฉpaules et se mรชlant ร mes cheveux. Une partie de moi espรจre qu'il me suivra, qu'il dira quelque chose, n'importe quoi, pour briser ce poids. Mais il ne le fait pas.
Alors, je continue de marcher, seule, comme toujours....
Le lendemain
Je me rรฉveille en sursaut, la respiration saccadรฉe, le cลur battant ร tout rompre. Mon cauchemar s'efface dรฉjร , mais je ressens encore cette angoisse sourde qui me serre la poitrine. Je reste immobile un instant, les yeux fixรฉs sur le plafond jauni de la chambre.
La lumiรจre matinale filtre ร travers les volets mal fermรฉs, et, dans le silence de la maison, le bruit de la tรฉlรฉvision me parvient. Ma grand-mรจre est dans le salon, probablement absorbรฉe par ses programmes habituels. Elle n'a mรชme pas remarquรฉ que j'ai criรฉ dans mon sommeil.
Je me redresse lentement sur le lit, encore engourdie, mais un miaulement discret me fait sursauter. Il vient de dehors. Je tends l'oreille, le son se rรฉpรจte, plaintif cette fois. Je fronce les sourcils, intriguรฉe.
Sans rรฉflรฉchir, je me lรจve et me dirige vers la porte d'entrรฉe. Je fais attention ร ne pas croiser ma grand-mรจre dans le salon. Sa silhouette se dรฉcoupe sur le canapรฉ, fixรฉe sur l'รฉcran, indiffรฉrente ร mon passage.
J'ouvre doucement la porte, et l'air frais du matin vient caresser mon visage. Sur le pas de la porte, je remarque un carton. Un simple carton abรฎmรฉ, posรฉ lร comme s'il m'attendait.
Le miaulement provient de l'intรฉrieur.
Je m'accroupis, mes mains tremblant lรฉgรจrement, et soulรจve le rabat. Le petit chaton de la veille est lร , recroquevillรฉ dans un vieux morceau de tissu, ses grands yeux bleus brillants levรฉs vers moi. Il a l'air fragile, presque effrayรฉ.
Mais ce n'est pas tout. Un morceau de papier pliรฉ est posรฉ ร cรดtรฉ de lui, comme un message laissรฉ pour moi.
Je prends la feuille entre mes doigts et la dรฉplie avec prรฉcaution. Les mots inscrits dessus me frappent comme une gifle :
> "Tu es perdue, mais tu n'es pas seule. Regarde autour de toi."
Une boule se forme dans ma gorge. Mon regard passe du chaton au message, qui aurait pu รฉcrire รงa ? Pourquoi ce ton, comme si on connaissait tout de moi ?
Puis je remarque une deuxiรจme phrase, รฉcrite juste en dessous :
> "Tu n'aurais pas dรป fuir. Reviens ce soir, au mรชme endroit. Je t'attendrai , fille au cheuveux blancs (: "
Je relis plusieurs fois ces mots, mon cลur battant de plus en plus fort. C'est lui. รa ne peut รชtre que lui. Le garรงon de la veille , putain il est partout oรน quoi? Il se permet de "critiquer" Enfin, marquer le fait que j'ai un accent รฉtranger et maintenant il s'attaque ร mes cheuveux blancs, en fait, je n'ai pas les cheveux tout blanc, de base , j'ai les cheveux noir et des mรจches blanches naturelles que j'ai hรฉritรฉe de mon pรจre...ร l'รฉcole...c'est l'une des raison pour la quel je suis "connue" , les รฉlรจves de mon lycรฉe s'amusent ร me donner des surnoms ร la con.
Le miaulement de la petite boule de poiles me ramรจne ร la rรฉalitรฉ. Je regarde le chaton, qui semble attendre quelque chose de moi. Mais je ne peux pas le garder, pas ici. Pas avec ma grand-mรจre.
Je prends une grande inspiration et murmure ร moi-mรชme
- Ce soir hein...

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