Prologue
J’ai toujours pensé que les livres étaient la meilleure échappatoire. À vingt-neuf ans, j’étais une booktokeuse passionnée, enfermée dans mon petit univers peuplé de romans épiques et de romances impossibles. Mon téléphone était mon arme, mes vidéos une fenêtre sur l’âme des histoires que j’adorais. Pourtant, je n’aurais jamais imaginé devenir l’héroïne d’un récit aussi invraisemblable que ceux que je chroniquais.
Un jour, tout a basculé. J’étais plongée dans l’un de ces romans où le souffle épique se mêle à des histoires de cœur complexes, quand le monde autour de moi a littéralement disparu. Ce qui devait être une simple pause lecture est devenu une plongée dans un univers totalement inconnu. Un battement de cil, une étincelle d’incompréhension, et me voilà perdue au milieu de montagnes majestueuses, avec en arrière-plan des dragons rugissant dans le ciel azur.
Au début, je pensais être victime d’un rêve, ou d’une hallucination, peut-être due à des heures de lectures effrénées ou à un sommeil interrompu. Mais l’odeur de l’herbe, le froid du vent contre ma peau, et surtout la chaleur impressionnante émanant d’un immense dragon à l’éclat doré m’ont rapidement fait comprendre une chose : ce n’était pas un rêve.
La Camille d’hier, celle qui cherchait toujours à échapper à la monotonie du quotidien, était confrontée à un défi plus grand qu’elle-même. On dit souvent que la réalité dépasse la fiction ; à cet instant, je n’aurais su trouver les mots pour le décrire autrement.
Rapidement, la confusion a laissé place à une étrange fascination. Dans mes livres, les héroïnes trouvent toujours en elles une force insoupçonnée, un courage inexpliqué pour affronter l’inconnu. Mais moi, j’étais juste Camille, une booktokeuse ordinaire avec une pile à lire immense et un chat allergique à l’effort. Pas franchement la matière des légendes.
Et pourtant, le destin ne semblait pas se soucier de mes doutes. Avant même de pouvoir m’orienter – ou paniquer correctement, d’ailleurs – une silhouette a émergé de l’ombre d’un rocher. Grand, imposant, les cheveux sombres battus par le vent, l’homme qui m’a tendu la main semblait tout droit sorti d’une couverture de fantasy. Il m’a parlé dans une langue étrangère, mais son regard était rempli d’une intensité que je n’aurais su ignorer.
En un clin d’œil, j’ai été propulsée au cœur d’une aventure que je n’avais jamais choisie, entourée de dragons majestueux et de guerriers tout aussi intimidants. Une partie de moi espérait qu’il s’agissait d’une vaste blague cosmique, ou peut-être de l’un de ces récits immersifs où l’on finit toujours par se réveiller chez soi. Mais une autre partie, plus profonde et plus terrifiante, savait qu’il n’y aurait pas de retour en arrière.
Le moment où j’ai posé la main sur l’étrange amulette qu’ils m’avaient confiée a marqué le début d’une quête qui m’échappait encore totalement. Une quête qui allait peut-être me révéler des vérités que je n’étais pas prête à affronter, sur ce monde comme sur moi-même.
Lire les livres m’a appris à rêver. Mais vivre l’aventure ? C’était une toute autre histoire.