Champ de blé avec cyprès, de Vincent van Gogh (1889)

J’entame mon nouveau voyage. De tableau en tableau je découvre des horizons, des visions, des humeurs et tant d’autres choses que dissimule la pudeur humaine. Parfois, je vogue aussi d’artiste en artiste, mais je crois que celui-ci, avec sa vision toute en ivresse et ondulation, va obséder mes sens pendant un temps long et indéfini.
Ce premier arrêt m’éblouit. Je devine un soleil radieux, qui rend les nuages si blancs, si clairs, qui force notre main à former une visière. Il devait venter ce jour-là. Tout ondule, se courbe, sous la force d’un souffle venu de la mer. Sans doute apporte-t-il une petite senteur iodée et d’autres parfums marins.
Les couleurs sont belles. Les blés dansent et leur or rayonne. Ils éclairent les quelques fleurs éparses. Les sombres cyprès offrent un doux repos à l’œil gorgé
d’un trop plein de lumière. On y trouve un refuge approprié le temps d’une petite pause avant de partir à l’assaut des montagnes bleues qui mangent l’horizon.
J’aimerai trouver le moment de cette capture dans les annales du Temps. J’aimerai en nourrir tous mes sens.
J’aime cette nature où l’empreinte humaine se mesure encore et peut s’oublier dans le paysage.