Prologue
À plus de 40 ans, je me rends enfin compte que j’aurais loupé la perfection même si elle avait brandi un drapeau rouge devant moi. Cette chimère que j’ai poursuivie comme un chien qui court après sa propre queue. J’ai fini par arrêter d’espérer que les ‘phases’ de mon existence m’apporteraient enfin des réponses existentielles. Non, chaque tranche d’âge débarque avec une valise pleine de nouvelles questions, et aucun mode d’emploi !
En vieillissant, j’ai compris une chose : la vie n’est jamais vraiment ce qu’on s’imagine. Et même si l’idée de stopper ma croissance m’a traversée l’esprit, rejoindre la secte de Peter Pan n’a jamais été une option.
Alors, laissez-moi planter le décor avec une petite rétrospective, pour bien poser les bases de ce qui m’a forgée.
1989, j’ai 10 ans : Je suis une élève plutôt modèle en CM2, mais dès que je suis ‘Sauvée par le Gong’, je me transforme en super-héroïne. Je m’imagine exceller en volley ball comme Jeanne et Serge. Je rêve de Seiyar, Shiryu et de leurs combats épiques avec les Chevaliers du Zodiaque. Je viens d’adopter des tortues – Raphaël, Donatello, Michelangelo et Leonardo – et j’ai bien l’intention d’en faire des Ninjas de la pizza. Je suis invitée à des boums où je danse sur ‘Like a Prayer’ de Madonna et ‘Pump Up the Jam’ de Technotronic. Ma carapace ? Un pull Waïkiki XXL. Mon superpouvoir ? Réchauffer seule mon chocolat chaud dans ce gadget magique : le micro-ondes.
Bientôt la grande école… et j’ai déjà hâte d’avoir 15 ans !
1994, j’ai 15 ans : Je suis une ado, disons, standard, coincée entre Beverly Hills et Friends. Mon rêve ? Devenir la version française du Prince de Bel-Air. Ma quête ? Une cabine téléphonique pour rappeler mes copines, qui m’ont laissé un message sur mon Tatoo. J’ai troqué mes quatre tortues contre un Tamagotchi. Grâce à Wanadoo, je découvre MSN Messenger, j’y passe des heures à discuter avec des inconnus. Sur ma Game Boy, j’explose tous les records à Tetris. J’écoute un Nouveau Western de MC Solaar et The Sign de Ace of Base sur mon Walkman. J’essaie d’adopter le look grunge chic de Kate Moss : chemises à carreaux, t-shirts NIRVANA, jeans déchirés et Doc Martens aux pieds.
J’ai 15 ans, et je suis persuadée que le monde sera à moi à 20 !
2000, j’ai 21 ans : Je suis étudiante, une fusion entre Russell Crowe dans Gladiator et Trinity dans Matrix… enfin, c’est ce que je crois. J’ai des rêves XXL et un budget XS : choisir entre manger et sortir, c’est ma vie. Le bug de l’an 2000 ? Je m’en moque, je suis trop occupée à écrire mes premiers SMS en mode T9 et à immortaliser des moments flous avec mon Nokia 3210. Grâce à l’ADSL, je surfe à la vitesse d’un escargot sous caféine, téléchargeant péniblement des films obsolètes. Mimi-Siku et Amélie Poulain sont désormais à portée de clic mais mes parents, eux, injoignables pour la journée. J’ai troqué mon lecteur VHS contre un lecteur DVD, que j’arrive à peine à dompter. Je chante La Tribu de Dana de Manau à tue-tête et me déhanche sur Mambo Number 5 de Lou Bega, écouteurs branchés sur mon Discman. Je conduis fièrement ma Golf GTI, Baby One More Time de Britney Spears à fond, et je vais en boîte de nuit en espérant ne pas abuser du Malibu coco – ni oublier, encore une fois, la façade de mon autoradio.
Mon look ? Un jean taille basse qui menace de disparaître à chaque mouvement, et un crop top en lycra, bien ajusté. Avec ça, je suis invincible… ou presque.
Quand j’aurai 30 ans, j’aurai enfin les moyens !
2009, j’ai 30 ans : Je bosse, je gagne enfin ma vie. Mon plan de carrière ressemble à un poster de Matrix : super stylé, mais totalement incompréhensible. La 3G débarque, et mon smartphone devient une extension de mon cerveau – je consulte mes mails, je surfe sur le web, je lis les actus… : c’est déjà un miracle. Les salles de ciné s’emballent pour la 3D avec Avatar, et moi, je m’extasie devant Harry Potter avec le volet du Prince de sang mêlé. Je ris comme une gamine devant Bienvenue chez les Ch’tis, et dans ma tête, je suis Bella Swan dans Twilight 2… ma tentation : Jacob Black alias Doudou, les chauves-souris ce n’est pas mon truc ! Mes amis ? Merci Facebook. Une centaine de personnes dont je me rappelle à peine l’existence et mes soirées passées à stalker des gens oubliés depuis la seconde. Je fais des soirées Poker chez des amis, en fond sonore, passent en boucle Bad Romance de Lady Gaga et I Gotta Feeling des Black Eyed Peas. Mon style ? Tout droit sorti du clip Single Ladies de Beyonce : un jeans skinny, des talons hauts et un t-shirt à logo.
A 20 ans pas d’argent, à 30 ans pas de temps, à 40 ans, je serai enfin prête à conquérir le grand tout… ou peut-être juste prendre de vraies vacances !
2019, j’ai enfin 40 ans : Officiellement, je suis Captain Marvel. En vrai, ma vie appartient à la franchise Deadpool : imprévisible, pleine d’humour noir et légèrement chaotique. Appeler Doudou est devenu facile, mais maintenant, il répond uniquement par emojis. Mon superpouvoir ? La maitrise de mon Cookeo, sans mettre le feu à ma cuisine. J’écoute de la POP, de l’électro et du RAP. Je fais des soirées au coin du feu avec Doudou, en fond sonore nous écoutons en boucle Dance Monkey de Tones and I. Je m’ambiance sous la douche en chantant Thank U, Next d’Ariana Grande. Mon style ? Minimaliste et essentiellement pratique : un jean Levis, une blouse en soie, des snickers blanches et un blazer : prêtes à conquérir le monde ou juste attraper mon métro.
Ma quarantaine bien entamée ressemble plus à une course d’obstacles remplie de panneaux “ça, c’était pas prévu !” qu’à une marche solennelle vers la sagesse. Je n’attends plus la prochaine phase avec la même impatience…
J’ai fait le deuil de l’idéal de la femme parfaite, la fusion entre Wonder Woman et Marie Poppins. Elle a pris la fuite et j’ai décidé de ne plus lui courir après. Aujourd’hui ? Je suis plutôt dans la catégorie “imparfaite assumée, mais éclatante de réalisme”. Et vous savez quoi ? Ça me va très bien. Parce que maintenant, je suis la ‘reine des gaffes assumées’, grande prêtresse de l’autodérision et championne toutes catégories des rattrapages absurdes.
Mieux vaut être bon dans ce qu’on fait, après tout. Non ?
Bienvenue dans mon univers d’improvisation, où savoir rire de soi-même est un art de vivre, et où chaque moment, même les plus absurdes, mérite d’être raconté. Ces cinq dernières années, depuis mes 40 ans, ont été riches en anecdotes improbables, fous rires et petites leçons de vie glanées ici et là.
Je ponctue mes anecdotes de belles notes à moi-même, dignes des résolutions du Nouvel An : pleines de bonnes intentions, mais très vite oubliées.
Prêts à plonger dans ce joyeux bazar ?
C’est parti !