Prologue
SODNAMARA
Le passé
Je plaçai sa main autour de ma gorge dans une demande implicite de serrer plus fort. Il sourit, et je savais qu’il me refuserait ce plaisir la seconde suivante.
⸺ Non, non, non..., chuchota-t-il. Tu sais bien que ta délivrance est après.
Sur ces mots, il me retourna violemment, faisant voler en éclats le crépis du mur de sa chambre. J’enfonçai les mains contre le mur pour tenter de me retenir, mais ses coups de reins m’emmenaient déjà sur une pente glissante. Le dieu de la guerre ne faisait pas dans la dentelle, et j’adorais ça.
Un gémissement plaintif m’échappa quand il ralentit sa cadence pour dégager les cheveux de ma nuque et lécher ma peau. Il continua sa tâche avec concentration, m’accordant finalement le plaisir que je lui rendais chaque fois. L’une de ses mains glissa contre mon ventre, et trouva ce point névralgique entre mes cuisses ouvertes.
Il me tortura de la meilleure manière - et pouvais-je attendre pire du dieu de la guerre ? Il savait comment faire souffrir, et comment libérer quiconque de son supplice.
Et il le faisait mieux que personne.
⸺ Tu ferais mieux de te dépêcher, je n’ai pas beaucoup de temps cette fois-ci, lui rappelai-je.
En réponse, il mordit mon épaule avant d’enfouir deux doigts entre mes cuisses, là où se logeait déjà son sexe épais. Je me sentais écartelée de la plus douce des manières et cela m’emmena au bord du précipice.
⸺Crie mon nom, ordonna-t-il.
Je levai les yeux au ciel, ne comprenant toujours pas son besoin excessif d’entendre son titre. Mais comme je l’avais mentionné, j’étais pressée, et n’avais pas l’envie de le contredire aujourd’hui. Le bon temps que nous prenions ensemble n’avait rien à voir avec nos occupations respectives.
⸺ Vysped...
⸺ Plus fort, putain.
Ses doigts alternaient leur entrée avec sa queue bandée, et mon plaisir redoubla. Il était doué, c’était pour cela que j’acceptais toujours ses invitations “félices”, comme il les nommait.
⸺ Vysped ! Encore, plus vite... Oui !
Il aimait quand je feulais à en réveiller les morts. Et j’aimais qu’il me donne un orgasme à chaque fois.
Son autre main trouva ma gorge, qu’il accepta de serrer cette fois-ci. Je souris alors que mes yeux roulaient dans leurs orbites, la délivrance du désir me secouant de toutes parts. Mes jambes tremblèrent, mon ventre se contracta et aussi simplement que cela, mon plaisir se répandit sur son sexe et ses doigts.
⸺ Dis-le.
Je soufflai en m’écartant de lui pour me rhabiller.
⸺ Tu m’as encore donné un sacré orgasme, dieu de la guerre.
⸺ Ça oui, sourit-il en essuyant ses doigts sur les draps. Tu pars déjà ? Pas le temps pour un repas ?
Je plongeai dans ses yeux couleur braises, où se mêlaient un iris noir peuplé de tâches orange et rouge. Son regard était enflammé. Pourtant, dès lors qu’on s’y plongeait une seconde de trop, on pouvait apercevoir tout le poids de la solitude qui le tiraillait. C’était ainsi depuis des décennies.
⸺J’imagine que je ne suis pas à quelques minutes près, acceptai-je. Mais ne me refais pas l’affront de proposer un menu en quinze plats, car je partirai.
Ses yeux s’illuminèrent à nouveau, et un poids s’ôta de mes épaules.
⸺ Parfait. Il faut qu’on parle.
Je le suivis dans cette pièce immense qui lui servait de salon, où un repas pour quinze ornait la table en fer sculpté. Les murs étaient habillés d’armes et de boucliers gravés au fil des siècles, donnant à sa demeure un charme aussi brut qu’il l’était. L’un de ses golems me tira une chaise, et je pris place en observant le monticule indécent de nourriture.
Nous, les dieux, n’avions même pas besoin de nous nourrir pour survivre.
Derrière la fenêtre ouverte, mon océan claquait contre les récifs de la côte.
Je sais. Je suis impatiente de te retrouver aussi.
Il calma ses fracas bruyants et se contenta de couler lentement contre la roche calcaire. Vysped avait élu domicile dans un endroit reculé, mais avait veillé à ce que l’océan se trouve non loin.
Je savais que c’était principalement pour pouvoir intervenir lors des combats qui se déroulaient sur la mer, car nous nous y retrouvions souvent. Mais je le suspectais d’y prendre beaucoup plus de plaisir lorsque j’étais présente. mon doigt s’agita contre les piques de la fourchette en argent. J’étais contrariée car les limites de nos relations avaient toujours été claires.
Soudain, j’appréhendais cette fameuse discussion. Je ne tenais pas à perdre un amant doué pour sauvegarder ma liberté.
Finalement, il arriva, uniquement vêtu d’un pantalon de cuir rouge.
⸺Tu aurais pu commencer sans moi, nota-t-il en fixant mon assiette vide.
⸺ Parle, Vysped. Je suis pressée.
Ce flibustier prétentieux prit le temps de se servir toutes sortes de légumes avant de découper scrupuleusement la tête rôtie d’un cochon. Je fronçai les sourcils. Mon océan avant recommencé à frapper la roche calcaire.
⸺ Tu sais combien j’apprécie nos moments, Sod.
Je hochai la tête en attrapant une rondelle de concombre. J’aimais ces légumes car ils étaient remplis d’eau et me rappelaient mon milieu.
⸺ C’était le dernier.
Un soulagement immense m’envahit.
⸺ Très bien.
⸺ C’est tout ? Pas de larmes ?
⸺ Me connais-tu si mal ?
Il sourit en mâchant l’œil du cochon.
⸺ J’espérais que tu ferais un petit effort pour soigner mon ego.
⸺ N’abuse pas, m’adoucis-je.
Nous mangeâmes en silence, tandis que je me concentrai sur ma tâche à venir. Il me faudrait être on ne peut plus prudente pour celle-ci.
⸺ Je vais le faire, tu sais.
⸺ En es-tu sûr ?
⸺ Elle le mérite. Et elle mérite que je ne sois qu’à elle. C’est pour ça que nous ne pourrons plus...
Le haut de ses oreilles rougit. Comment le dieu de la guerre, celui qui chaperonnait les combats les plus sanglants, les batailles les plus rudes, et se montrait si dominant dans l’intimité, pouvait-il rougir de prononcer un seul mot ? Ses contradictions m’étonnaient toujours.
⸺ Baiser comme des sauvages ? proposai-je en souriant.
⸺ Vilaine. Tu ne m’en veux pas ?
Avant d’être amants, nous étions amis. Je n’en voudrais jamais à un ami de faire les choix qui pouvaient le rendre heureux, fussent-ils dangereux et peu recommandés.
⸺ Absolument pas. Mais tu as conscience des risques qui existent quand tu aimes un humain ?
Il hocha lentement la tête.
⸺ Je sais. Et je suis prêt à tous les braver.
⸺ C’est vrai que le dieu de la guerre ne se fixe aucune limite... puisque tu enfreins déjà le Règlement avec tes golems.
Vysped haussa les épaules, indifférent aux risques.
Comme toujours.
⸺ Puisse-t-elle mesurer sa chance, murmurai-je en me relevant. Je dois vraiment y aller, mais je te souhaite tout ce que tu veux.
Mon océan, me sentant bouger, s’impatienta davantage. Vysped sourit.
⸺ Il semblerait que tu manques à quelqu’un, oui.
Je serrai son épaule en passant à côté de lui, signe de ma sincérité. Nous étions amis, et nous le restâmes, quand bien même son cœur ne battrait plus que pour une humaine.
Plus tard ce jour-là, en observant un navire et les marins qui s’attelaient à le faire avancer sur mes vagues, je souris. Vysped allait enfin connaître le bonheur.