Chapitre 1
Je ferme ma valise. Solide, lourde, elle est remplie de tout ce dont j'ai besoin. Du haut de mes 23 ans, je vais enfin quitter ma grotte, ces murs solides qui m'ont tant oppressée et protégée.
Je vis dans un somptueux palais de cristal, flottant au milieu d'un lac, lui-même niché au cœur d'une forêt dense et mystérieuse.
J'étais déjà sortie du lac à plusieurs reprises, mais jamais seule. Toujours accompagné de la maîtresse des lieux : ma marraine, la fée Théana. Descendante directe de la fée Viviane.
Théana était, selon moi, l'excellence incarnée. Elle était d'une intelligence remarquable et d'un esprit vif.
Ses longs cheveux noirs corbeau, tombaient gracieusement jusqu'à ses cuisses, contrastant avec la pâleur de sa peau et la finesse de ses traits. Mais ce qui captivait le plus, c'étaient ses yeux bleus nuit, perçants, capables de sonder les âmes.
Théana m'attendait à l'entrée, drapée dans une longue robe violette.
À ses côtés se tenait Dayë, mon meilleur ami.
Vous n’imaginez pas à quel point j’aime cet homme. Parmi les rares personnes que je considère comme des amis, il est, sans l’ombre d’un doute, mon préféré.
Il était mon voisin, le seul humain à vivre dans cette forêt. Contrairement aux autres, il connaissait mon secret, mon histoire, et jamais il n’avait trahi ma confiance. Aussi, Dayë est un très quand chasseur et combattants a l'épée. J'ai toujours pensais qu'il était l'un des descendant des chevaliers de la table ronde, mais le quel ? Je n'en sais rien.
Entre nous, il n’y avait ni faux-semblants ni non-dits, seulement une relation profonde, sincère, et fraternelle. Dayë était celui sur qui je pouvais toujours compter, quoi qu’il arrive.
Aujourd'hui, nous partons en voyage avec Théana. Ensemble, nous nous distingue au cœur de la meute de la Perle Noire. Mon père l'a ordonné.
Voici un magnifique résumé de ma vie.
Je suis née d’une mère humaine et d’un père divin, un dieu de l’Olympe. Poséidon, roi des eaux, seigneur des terres. Ma mère est morte en me donnant la vie, et dès cet instant, j’ai porté le fardeau d’être une hybride, une demi-déesse.
Zeus, maître des cieux, méprise les hybrides. Il nous craint, persuadé que nous sommes trop puissants, presque autant que les dieux eux-mêmes. C’est pourquoi il a interdit aux Olympiens de s’unir aux mortels. Mais mon père a bravé cette loi. Il est tombé éperdument amoureux de ma mère et s’est uni à elle malgré l’interdit.
Je ne suis pas seulement une demi-déesse. Je suis l’enfant d’un amour pur et sincère, et c’est cette essence qui fait de moi un être encore plus puissant qu’un simple hybride.
À la suite de cela, Zeus, a décrété ma mort. Pour lui, une sang-mêlée de mon espèce ne devait pas exister, pas même une seconde de plus. Je représentais une menace pour l’équilibre divin, une aberration qu’il lui fallait éradiquer.
Refusant de me laisser périr, mon père m’a cachée. Il a bravé les interdits, exploré les territoires oubliés et traversé les royaumes des mythologies ancestrales et des légendes perdues. Bien que nous appartenions au panthéon grec, il savait que je ne serais jamais en sécurité dans notre propre monde.
C’est ainsi qu’il m’a confiée à la descendance directe de la fée Viviane, issue du monde arthurien. Un sanctuaire hors de portée des dieux de l’Olympe, où, du moins l’espérait-il, Zeus ne pourrait jamais me trouver.
Mais il y a quelques mois, tout a basculé. Ce jour-là, j’étais en forêt seule et une ours m'a attaqué. Pris au dépourvu, j’ai agi par instinct, laissant mes pouvoirs se déchaîner pour me protéger.
C’était une erreur irréparable. J’avais juré de ne jamais les utiliser, consciente du danger qu’ils représentaient. Mais en un instant, ce serment s’était envolé. Mon énergie divine avait traversé les dimensions, franchissant les barrières qui me cachaient depuis tant d’années.
Zeus m’a immédiatement repérée. Malgré la distance, malgré le monde dans lequel je me trouvais, il a senti ma présence. Et sans tarder, il a envoyé ses mercenaires à mes trousses, bien décidé à m’éliminer une fois pour toutes.
En sortant, je saisis mon ami dans mes bras avec force, refusant de lâcher prise comme si ce simple contact pouvait suspendre le temps.
— Tu vas tellement me manquer, Dayë… Où pourrais-je trouver un compagnon aussi précieux que toi ? murmuré-je, la gorge serrée.
Il éclate de rire, léger malgré l’émotion qui nous étreint.
— Oh, tu finiras bien par trouver quelqu’un pour me remplacer, dit-il avec malice.
Je secoue la tête, un sourire triste aux lèvres.
— Quand tout sera terminé, je reviendrai.
— Je n’en doute pas, petite princesse, répond-il, sa voix douce et pleine de certitude.
Une dernière accolade, un baiser sonore sur sa joue, et avec un dernier regard empreint de promesses, Théana et moi nous éloignons de la maison qui avait toujours été notre refuge.
Un peu plus loin, sous un immense chêne au tronc noueux et massif, se trouvait un portail interdimensionnel. Théana l’ouvrit sans hésitation, et en un instant, nous fûmes projetées à travers l’espace et le temps, englouties par un tourbillon d’énergie scintillante.
Lorsque nous réapparûmes, l’air était plus frais, chargé du parfum de la mousse et de la terre humide. Nous nous trouvions au cœur d’une forêt dense, non loin d’un large ruisseau dont l’eau claire reflétait la lumière du jour.
Après quelques minutes de marche à travers les feuillages bruissants, nous arrivâmes devant une immense maison en bois massif, d’un brun brut et chaleureux, qui semblait faire corps avec la nature environnante.
Face à la porte, deux silhouettes nous attendaient.
L’homme grand et ténébreux, se tenait droit, imposant, son regard nous scrutant avec intensité. À ses côtés, une femme aux cheveux blonds et aux yeux bleus d’une clarté envoûtante dégageait une aura de calme et de douceur presque irréelle.
— Je suppose que ce sont l’Alpha et la Luna ? demandai-je à voix basse.
— Oui, Nedra, ce sont eux, me répondit ma marraine avec un léger sourire.
À mesure que nous approchions, nous remarquâmes d’autres silhouettes tapies derrière eux. Une femme d’un certain âge, aux traits empreints de sagesse, s’avança légèrement et adressa un sourire chaleureux à ma marraine.
— Bonne Fée ! s’exclama-t-elle avec enthousiasme. Enfin, vous voilà. Nous vous attendions avec impatience.
L’Alpha, imposant et sûr de lui, prit alors la parole d’une voix profonde et résonnante :
— Fée Théana, bienvenue dans la meute de la Perle Noire.
Ma marraine s’inclina légèrement en guise de respect.
— Bonjour, Alpha Khalil. Je vous remercie pour votre accueil. Luna Lois, enchantée. Nous n’avons pas encore eu l’occasion de nous rencontrer.
La Luna, dont l’aura bienveillante contrastait avec la présence dominante de son compagnon, s’avança à son tour et répondit avec douceur :
— Bonjour, Bonne Fée. Je suis ravie de pouvoir enfin faire votre connaissance. Je vous en prie, entrez. Nous avons beaucoup à discuter.
Sans plus attendre, nous franchîmes le seuil de la demeure, prêtes à découvrir ce que l’avenir nous réservait.
— Bien sûr, avant toute chose, permettez-moi de vous présenter Nedra, fille de Poséidon et d’une mortelle.
À ces mots, tous les regards se tournèrent vers moi. Je soutins leurs yeux curieux sans broncher et esquissai un léger sourire en coin.
— Bonjour à tous, dis-je d’une voix calme mais assurée.
Un murmure parcourut l’assemblée avant qu’ils ne me répondent par des sourires discrets, teintés de curiosité et de bienveillance.
Ma marraine et moi pénétrâmes alors dans la demeure de la meute, un lieu imprégné d’une aura ancestrale et imposante. Nous traversâmes un couloir aux murs recouverts de bois sculpté avant d’arriver dans le bureau de l’Alpha.
La pièce était spacieuse et chaleureuse, éclairée par la lumière tamisée. Au centre trônait un immense bureau en chêne massif, son bois sombre et poli reflétant l’éclat du feu crépitant dans l’âtre. Autour, plusieurs chaises étaient disposées, comme prêtes à accueillir une réunion d’importance.
D’un geste naturel, l’Alpha Khalil s’installa à sa place. Puis, avec une tendresse surprenante, il attira Luna Lois sur ses genoux, l’accueillant contre lui comme si sa présence était une évidence, un ancrage inébranlable.
Avant de venir, j'avais étudié les loups-garous et leur mode de vie. J'avais appris qu'au cours de leur existence, ils étaient liés à un seul et unique partenaire. Un être qui leur était destiné, avec qui ils partageaient un amour absolu, sincère et indéfectible. Ils étaient inséparables, incapables de vivre l'un sans l'autre.
Je pris place à côté de ma marraine, mes yeux glissant furtivement dans la pièce.
Soudain, un mouvement attira mon attention. Dans un coin, se tenait un homme d’une stature imposante, presque aussi grande que celle de l'Alpha. Il avait de long cheveux dorés, presque éclatants, et de grands yeux bleu océan, d'une intensité qui semblait percer l’âme. Il dégageait une énergie sauvage, une force tranquille qui ne demandait qu'à se libérer.
Nos regards se croisèrent, et à cet instant précis, je sentis une tension palpable dans l'air. Ses muscles se tendirent sous l’effet de notre échange visuel. Son regard, profond et mystérieux, semblait sonder mes pensées. Un frisson parcourut ma colonne vertébrale, une sensation que je n'avais jamais ressentie. Il était d'une beauté à couper le souffle, presque irréelle. Il dégageait une aura magnétique, indéniablement séduisante.
À ses côtés, une femme brune aux yeux glacés, d'une beauté plus douce mais tout aussi perçante, était assise sur une chaise. Elle m’adressa un léger sourire, mais je n’arrivais pas à saisir ce qu’il traduisait. Son expression restait énigmatique.
L'Alpha Khalil rompit le silence qui s'était installé, sa voix claire et autoritaire résonnant dans la pièce.
— Oh, j’allais oublier, Fée Théana, Nedra, je vous présente Nakam, mon Bêta, et sa petite amie Angelina.
À ces mots, l'homme au regard hypnotique fit un léger mouvement de tête, comme une salutation, mais il ne détourna pas son regard de moi.