LEYO, L’OUBLI ET L’ÉTÉRNITÉ

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Summary

Leyo, un lycéen timide et distrait, a une habitude particulière : il écrit sur sa peau ce qu’il ne veut pas oublier. Un jour, il rencontre Anna, une fille qui va changer sa vie. Leur relation grandit lentement, mais un pressentiment de séparation imminente commence à s’installer. Leyo, bien que réticent à l’idée de se séparer d’elle, cherche une manière unique de marquer ce lien.

Genre
Romance/Drama
Author
Elysa
Status
Ongoing
Chapters
4
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1

Leyo était un garçon discret, presque invisible aux yeux de ses camarades de lycée. Il n’était pas le genre de personne à se faire remarquer, ni par sa façon de s’habiller ni par sa manière de parler. Pourtant, il avait quelque chose que les autres ne voyaient pas, quelque chose qu’il avait appris à cacher : un cerveau qui, chaque jour, lui volait une petite partie de lui-même.

Leyo oubliait constamment. Il oubliait des détails qui, pour la plupart des gens, paraîtraient insignifiants. Les devoirs de mathématiques qu’il devait rendre, les événements importants, parfois même des conversations entières. Ce n’était pas qu’il ne voulait pas se souvenir, c’était simplement que sa mémoire était un labyrinthe sans issue. Un jour, il se retrouvait à ne plus savoir pourquoi il avait écrit une date sur son poignet, et le lendemain, il oubliait même d’aller chercher son déjeuner. Ce n’était pas une question de volonté. Il avait juste cette condition étrange, un oubli constant qui se glissait dans sa vie comme une ombre.

Pour survivre dans ce monde où il semblait constamment en retard sur lui-même, Leyo avait trouvé une solution : il écrivait. Pas sur des morceaux de papier qu’il pouvait facilement perdre, non. Il écrivait directement sur sa peau, là où il savait qu’il ne pourrait jamais oublier. Ses mains, son bras, son poignet, même parfois ses jambes. Chaque message, chaque rappel, devenait un tatouage temporaire, un indice gravé dans la chair de son existence.

Il avait cette habitude depuis des années. Une petite note sur le bras pour se rappeler qu’il devait rendre son devoir de physique. Une autre sur la main pour ne pas oublier de souhaiter l’anniversaire de sa mère. Son corps était un carnet vivant, un journal de survie dans un monde qui ne semblait pas s’adapter à son esprit qui flottait parfois ailleurs.

Un matin de septembre, alors qu’il était en route pour l’école, Leyo se rendit compte qu’il avait oublié son sac. Il s’arrêta dans un café pour acheter un café à emporter et, comme à son habitude, écrivit “sac” sur son bras. Ça lui semblait être la meilleure option, mais il savait qu’il n’était pas à l’abri de l’oubli.

Ce jour-là, quelque chose d’inattendu se produisit.

Dans la cour de récréation, entre deux groupes d’amis en train de discuter bruyamment, Leyo aperçut une fille assise seule sur un banc. Elle avait les yeux fixés sur un livre, ses cheveux longs et bruns encadrant son visage, mais ce qui attira particulièrement Leyo fut la sérénité qui émanait d’elle. Elle n’avait pas l’air d’être pressée, de courir après quelque chose, comme si le monde autour d’elle pouvait continuer à tourner sans que cela ne la touche.

Intrigué, Leyo s’avança timidement, son sac désormais à ses côtés, mais il n’eut pas le temps de réfléchir davantage. Elle leva les yeux et, d’un sourire léger, le regarda dans les yeux. Un instant, Leyo se sentit vu, comme si, en un seul regard, elle avait réussi à percer cette brume d’oubli qui l’accompagnait.

“Tu écris toujours des choses sur toi ?” demanda-t-elle soudainement, brisant le silence.

Leyo, pris de court, baissa les yeux. Il avait oublié de cacher la trace de son dernier rappel. “Oui,” répondit-il en rougissant. “C’est… c’est la seule façon pour moi de me souvenir.”

La fille sourit davantage, un sourire franc, presque complice. “Ça doit être drôle,” dit-elle en hochant la tête. “Je ne pourrais jamais faire ça. Ce serait comme graver mes erreurs sur ma peau.”

Leyo n’eut pas le temps de répondre. Elle avait déjà replongé dans son livre. Mais ses mots résonnèrent dans sa tête pendant toute la journée.

Leyo, le soir, se retrouva à repenser à cette rencontre. Il se rendit compte qu’il ne savait même pas son prénom. Mais, plus que ça, il avait la sensation étrange que ses mots, ce sourire et ce regard avaient laissé une empreinte sur lui. Comme si, pour la première fois, quelqu’un comprenait son fardeau, sa manière de naviguer dans un monde qui, pour lui, était parfois flou.

Ce fut le lendemain, au détour d’une conversation banale lors du cours de mathématiques, qu’elle se tourna vers lui et lui dit, presque en murmurant : “Au fait, je m’appelle Anna.” Ce fut comme si la révélation d’un secret lui avait été accordée.

“Anna…” murmura Leyo, répétant son prénom dans sa tête.

Il sourit intérieurement. Il savait ce qu’il devait faire.

Le soir venu, alors qu’il s’apprêtait à se coucher, Leyo prit un stylo et écrivit, cette fois avec une intention particulière, “Anna” sur son poignet. Une manière de ne jamais oublier, une manière de garder quelque chose de précieux, même si tout le reste semblait lui échapper.

Les jours passèrent et il ne cessa de penser à Anna. Il l’observait de loin, sans jamais oser l’approcher à nouveau. Mais quelque chose s’était ancré en lui. Leyo savait qu’il avait trouvé, même si c’était de façon fugace, une personne avec qui il ne voulait pas perdre le fil du temps. Il ne voulait pas oublier.