Chapitre 1 : L’ombre des jours ordinaires
Les matins se ressemblaient tous. Ma vie suivait une routine si bien huilée que j’aurais pu avancer les yeux fermés. Lever, petit-déjeuner rapide, marche jusqu’au lycée sous le même ciel bleu et chaud d'été qui semblait peser sur mes épaules.
Ce matin-là ne faisait pas exception.
— « Anastasia, tu vas être en retard ! » cria la voix lointaine de ma mère depuis la cuisine.
Je finis de nouer mes lacets et attrapai mon sac avant de descendre les escaliers. La maison était calme, comme d’habitude. Mon frère, John, devait déjà être parti. Il avait ce don incroyable pour éviter tout contact avec moi, même en vivant sous le même toit.
Je n’avais pas le temps de réfléchir davantage. Une fois dehors, je retrouvai Elena au coin de la rue, comme toujours.
— « Toujours à la dernière minute, hein ? » lança-t-elle avec un sourire moqueur.
— « Tu t’attendais à quoi ? » répondis-je en haussant les épaules.
Elena était le genre de personne qu’on remarquait immédiatement. Grande, élégante, toujours impeccable, elle dégageait une confiance naturelle qui contrastait avec ma discrétion. À côté d’elle, j’avais l’impression d’être invisible, et c’était parfaitement bien comme ça.
Nous marchâmes en direction du lycée, son discours animé remplissant le silence habituel.
— « Tu as vu les nouvelles ? La prof d’anglais est absente aujourd’hui, ce qui veut dire qu’on finit plus tôt ! »
— « Génial, une heure de plus pour réviser ce contrôle de maths, » répondis-je, sans grande conviction.
— « Tu pourrais aussi l’utiliser pour vivre un peu. » Elle roula les yeux avant de se tourner vers moi. « Lyzzie nous rejoind après. »
Je secouai la tête. Lyzzie était un peu plus réservée qu’Elena, mais elle avait une capacité étonnante à savoir tout ce qui se passait. Rien ne lui échappait, et parfois, ça me faisait un peu peur.
Nous arrivâmes au lycée, et comme toujours, le hall grouillait de monde. J’aperçus John à l’autre bout, entouré de ses amis, mais il détourna le regard quand nos yeux se croisèrent. C’était devenu une habitude entre nous. Nous partagions un nom de famille et une maison, mais rien d’autre.
— « À plus tard ! » lança Elena en s’éloignant vers sa salle.
Je me dirigeai vers mon casier, laissant mes pensées vagabonder.
C’était une journée comme les autres. Une journée qui se fondrait dans toutes les autres, sans rien de spécial pour la distinguer. Du moins, c’était ce que je croyais.
Alors que je refermais mon casier, je surpris un éclat de rire qui fit vibrer l’air autour de moi. Ce rire, je l’avais entendu un million de fois. Il appartenait à Rafaël Scott.
Il était là, un peu plus loin, entouré d’un groupe d’amis bruyants. Comme d’habitude, il semblait au centre de l’attention, son sourire éclatant et ses gestes décontractés attirant tous les regards.
Je le connaissais de loin. Tout le monde le connaissait, en fait. Rafaël n’était pas seulement populaire ; il était un mythe vivant dans ce lycée. Mais pour moi, il n’était qu’une distraction de plus. Un garçon comme lui n’avait rien à voir avec ma vie.
Je détournai les yeux et me dirigeai vers ma salle de classe, décidée à ne pas me laisser distraire par des choses inutiles.
C’est ce que je faisais toujours : ignorer les choses qui ne m’appartenaient pas.
Mais au fond de moi, une petite voix murmurait que cette journée, si ordinaire en apparence, allait peut-être être différente.
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