Chapitre: Sous le regard
Maya se retrouva sur ce banc sans ypenser. Depuis qu'elle était arrivée au lycée, tout semblait flou, un tourbillon de visages inconnus et de bruits incessants. C'était la première semaine, et elle n'avait pas encore trouvé sa place. Alors, en attendant le début du cours suivant, elle avait choisi ce coin du parc, un peu à l'écart, espérant quelques minutes de calme avant de replonger dans le tumulte.
Elle se concentra sur la lumière du soleil qui filtrait à travers les feuilles des arbres, fermant les yeux pour en profiter. Le monde autour d’elle semblait lointain, presque irréel. Elle n’avait pas encore eu le temps de s’habituer à l’ambiance du lycée, à ce sentiment de se fondre dans la masse des autres. Elle n’avait pas encore croisé ces élèves qui vous dévisagent, ces groupes déjà formés qui semblaient toujours savoir où aller.
Elle inspira profondément, comme pour effacer cette sensation de malaise qui la suivait. Mais soudain, un frisson parcourut son dos. Elle ne savait pas pourquoi, mais quelque chose avait changé. L’air autour d’elle semblait plus lourd. Quelque chose, ou quelqu’un, la regardait.
Le bruit des pas s’intensifia, des voix s’élevaient, mais une en particulier se détacha du reste. Elle leva les yeux et aperçut un groupe d’élèves s’approcher, une bande de garçons et de filles, riant sans raison apparente. Ils ne la regardaient pas encore, mais Maya sentit un poids sur ses épaules, une étrange pression qui lui fit serrer les dents.
Elle tenta de détourner les yeux, mais l’un des garçons s’arrêta brusquement devant elle. « Eh, toi ! » Il la fixa de ses yeux perçants, un sourire en coin qui n'annonçait rien de bon. Les autres se regroupèrent autour d'elle, comme si le monde autour d’eux avait soudainement disparu.
Maya sentit son cœur s’emballer. Elle n’avait rien demandé, n’avait rien fait pour mériter ce regard, ce silence lourd qui flottait désormais entre eux. Elle n'était pas préparée. C’était sa toute première semaine ici, et elle n’avait jamais imaginé que cela arriverait si vite, si brusquement
Un rire moqueur éclata. « Qu’est-ce que tu fais là, toute seule ? »
Maya se redressa légèrement, cherchant à dissimuler la panique qui montait en elle. Son regard fuyait, cherchant une échappatoire, mais les garçons et les filles étaient désormais autour d’elle, leur cercle se refermant lentement, comme un piège. Les rires se mêlaient aux murmures, et chaque mot semblait s'enrouler autour d’elle comme un filet invisible.
Elle voulait partir. Fuire. Mais ses jambes ne répondaient pas. Tout son corps était figé, comme si l’air s’était épaissi autour d’elle, rendant chaque mouvement plus difficile. Elle avait l’impression de ne plus être maîtresse de son propre souffle.
Le garçon qui l’avait abordée, celui avec le sourire moqueur, s’était maintenant accroupi devant elle. « Alors, t’as pas l’air de savoir où t’es. T’es perdue, hein ? » Il se pencha encore plus près, son souffle tiède sur son visage, et elle sentit son estomac se tordre.
« Tu crois qu’ils vont te protéger ? » dit-il en se redressant, jetant un regard à ses amis qui hochaient la tête en silence. « T’es toute seule ici. »
Les autres se mirent à rire à nouveau, un rire cruel, sans chaleur. C’était comme si Maya n’était plus qu’un obstacle à franchir, une cible facile. Elle n’avait jamais ressenti une telle pression, une telle violence dans l’air. C'était plus qu’une simple moquerie, c'était un avertissement.
Elle serra les poings, ses ongles s'enfonçant dans la paume de ses mains. Elle savait que cela ne finirait pas tant qu’elle ne céderait pas, tant qu’ils n’auraient pas l’impression d’avoir remporté leur petit jeu.
Un autre garçon, plus petit, se pencha par-dessus l’épaule de l’autre et dit : « Eh, elle va pleurer ou quoi ? C’est ça, les nouvelles ? »
Maya déglutit, sa gorge sèche. Tout son être criait à l’intérieur, mais rien ne sortait. Aucun mot ne venait. Et les regards autour d’elle, avides de la voir réagir, l’empêchaient de trouver la force de répondre.
Elle jeta un dernier regard furtif autour d’elle, espérant une réaction, un geste, même un regard d’un autre élève. Mais il n’y avait rien. Aucun secours. Les autres passaient sans prêter attention, indifférents, comme si cela faisait partie du décor.
Son souffle se fit plus court. Ses mains tremblaient. Maya ferma les yeux, se forçant à ignorer la moquerie qui l’entourait. Elle n'avait pas la force de répondre, mais elle savait qu’à un moment donné, elle devrait trouver un moyen d’y faire face.
Les garçons s’éloignèrent enfin,
les rires se dissipèrent, mais Maya resta figée, comme un animal pris au piège. Le groupe s’éloigna lentement, mais l’air autour d’elle était chargé de quelque chose de plus sombre, d’un danger qu’elle ne parvenait pas à définir. Les échos de leurs moqueries se faisaient toujours entendre dans son esprit, résonnant comme une cloche assourdissante.
Elle tenta de se lever, mais ses jambes semblaient ne pas vouloir la soutenir. Ses mains tremblaient si fort qu'elle dut les poser sur le banc pour ne pas tomber. L’air semblait devenu plus lourd, comme une chape de plomb, l’étouffant à chaque inspiration.
C’est alors qu’elle entendit un bruit de pas derrière elle.
Elle se figea.
Le groupe était déjà loin, mais quelqu’un s’approchait encore, trop lentement, trop délibérément. Le bruit de pas, lent et cadencé, se rapprochait, menaçant. Un frisson glacé parcourut son dos.
Elle n’osait pas se retourner. Son cœur battait si fort qu’elle en avait mal à la tête, comme si son propre corps voulait la trahir. Elle savait qu’elle devait se lever, fuir, mais ses muscles semblaient paralysés par la peur.
Les pas s’arrêtèrent juste derrière elle. Un souffle lourd, à peine audible, se fit entendre dans son dos. Elle se mordit la lèvre, se forçant à ne pas tourner la tête, ne pas céder à la tentation de regarder. Si elle le faisait, elle savait qu’elle serait prise au piège à nouveau.
Le silence était lourd, oppressant, comme une pause avant un coup fatal.
Puis une voix basse, presque un murmure, s’éleva derrière elle. « T’as cru que ça allait se passer comme ça, hein ? »
Le souffle de la personne effleura son oreille. Maya sentit son cœur s'arrêter. Elle n’osait pas bouger, pas un muscle, de peur que cela ne déclenche quelque chose de pire encore.
Une main se posa brusquement sur son épaule, la forçant à se tourner. Elle n’eut pas le temps de réagir.
Le garçon qui se tenait devant elle était celui qu’elle n’avait pas vu s’approcher. Il souriait toujours, mais quelque chose dans ses yeux avait changé. Ce n’était plus juste de la moquerie. C’était un jeu de pouvoir. Il se pencha légèrement en avant, son visage à quelques centimètres du sien.
« T’aurais dû rester dans ton ancienne lycée ou je ne sais où !!» dit-il, sa voix glaciale. « Tu vas vite comprendre qu’ici, tu n'es qu'une obstacle de plus . »
Maya sentit son estomac se nouer. Elle cherchait une sortie, un moyen de s’échapper, mais l’espace autour d’elle semblait se rétrécir, chaque seconde lui offrant moins de possibilité de fuite. Le lycée entier semblait se refermer sur elle, comme une cage invisible dont elle ne pourrait jamais sortir.
Le garçon se redressa lentement. « T’inquiète, c’est pas encore fini. » Il lança un dernier regard à Maya qui resta figée. Elle sentit un frisson glacer son échine. Avant qu’elle ne puisse réagir, un autre garçon s’approcha, son regard perçant se posant sur elle. Il avait cette présence, cette aura sombre qui faisait se taire la foule autour. Son regard était intense, calculateur, mais d’une manière presque hypnotique. Il s’arrêta juste devant elle, observant la scène d’un air amusé, comme si cela l’intéressait moins que de savoir comment il pouvait manipuler la situation.
« Hé, laisse-la tranquille. » La voix du nouveau garçon n'était pas agressive, mais il y avait quelque chose de calme et de dangereux qui faisait frissonner Maya. Il se tourna vers elle, et pour la première fois, un léger sourire se dessina sur ses lèvres, bien que son regard restait sombre. « On se voit au prochain cours. »
Là, dans la chaleur de ce simple échange, Maya sentit un mélange d'effroi et de confusion. Le garçon n’avait pas fait une promesse, ni une menace, mais un constat froid, comme si elle n'avait aucune échappatoire. Puis, sans un mot de plus, il se détourna et s’éloigna lentement, laissant Maya seule, un sentiment d'angoisse lourde pesant sur elle.
Le dernier cours de la journée était enfin terminé. Maya rangea ses affaires d’un geste mécanique, les bras lourds de fatigue. Les couloirs, maintenant moins bondés, semblaient étrangement vides, comme si l’école tout entière laissait échapper un dernier souffle avant la fin de la journée. Elle traversa les portes avec un léger soulagement, espérant pouvoir rentrer chez elle sans croiser à nouveau les regards acerbes du groupe de ce matin tout en espérant que sa famille d'accueil ne recommence pas le même train train.
Mais alors qu’elle marchait tranquillement sur le trottoir, la rue devant l’école sembla soudain se rétrécir. Elle leva les yeux, et son cœur rata un battement.
Le groupe était là, les mêmes visages moqueurs, les mêmes rires silencieux. Le garçon du matin, celui qui l’avait prise pour cible, se tenait cette fois au devant du groupe. Mais ce qui la fit frissonner, ce n’était pas la moquerie dans son regard. Non, c’était le garçon charismatique et dangereux qui avait pris sa défense un peu plus tôt dans la journée. Il se tenait à sa droite, observant Maya d'un air distrait, presque indifférent. Mais ses yeux, eux, étaient fixés sur elle.
Il y avait quelque chose dans son regard, une promesse silencieuse. Elle se sentit soudain comme une proie, mais une proie qu’il surveillait de loin, comme s’il attendait quelque chose. Peut-être qu’il voulait voir si elle se défendrait la prochaine fois. Ou peut-être que son regard pesait sur elle parce qu’il savait qu’elle était prise au piège dans ce jeu ou la vie semblait presque incertain.
Maya hésita, se demandant si elle devait continuer sa route ou se cacher derrière un des murs de l’école pour éviter de croiser leur regard. Mais la tentation de fuir semblait aussi insignifiante que son murmure intérieur de résistance. Elle serra les dents, fixant la route devant elle, ne voulant pas leur donner l’impression qu’elle était fragile, qu’elle avait peur. Elle n’avait pas le choix. Elle devait avancer, peu importe ce qui l’attendait.
Le groupe était là, le dernier garçon la fixait, et le monde autour d’elle semblait vibré au delà de la fiction.