Amaranthe - Dolomen

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Summary

Propulsée dans un monde qui n’est pas le sien, Amaranthe n’a jamais cherché à s’imposer. Pourtant, accusée d’être une menace, elle se retrouve emprisonnée dans la cité de Dolomen, sous le regard méfiant du roi Elya. Lorsqu’un zeppelin ennemi bombarde la ville, elle comprend qu’elle est la véritable cible de cette attaque. Tiraillée entre son désir de survivre et sa culpabilité face au chaos qui l’entoure, Amaranthe doit faire un choix : fuir, au risque d’entraîner encore plus de destructions, ou affronter ceux qui la poursuivent et découvrir la vérité sur son arrivée dans ce monde. Mais dans l’ombre, des forces bien plus anciennes manipulent le destin, et ce voyage pourrait bien la mener à des révélations qu’elle n’était pas prête à entendre…

Status
Ongoing
Chapters
18
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1

Tout aussi soudainement qu’il était apparu, le flash doré disparut. Nous nous étions immobilisés, hagards. Aveuglés par la densité du flash, plus aucun de nous ne bougeait. Le souffle court, je tentai d’évaluer la situation, mais je n’entendais plus les gorloggs derrière nous. Un calme étrange était retombé dans la grotte, comme si l’air s’était figé.

Une étrange sensation m’envahit, un vide lourd et palpable, mais aussi une tension, comme si quelque chose bouillonnait à l’intérieur de nous. L’un de nous osa enfin briser le silence inquiétant qui venait de s’installer, laissant planer la question qui nous brûlait tous les lèvres :

— Mais enfin, que s’est-il passé ?

Elya secoua la tête brusquement, comme s’il reprenait ses esprits, et se tourna vers sa sœur qu’Eléanore soutenait difficilement. Une peur fugace traversa les traits de son visage, mais il la dissimula aussi vite qu’il l’avait laissée paraître. Il se précipita vers elle, les mains tremblantes, et souleva son haut pour analyser la gravité de sa blessure. Le sang avait cessé de couler et la plaie s’était à moitié cicatrisée.

— Toriel ? bredouilla Elya, le regard un peu vide, maintenant le visage de sa sœur entre ses mains.

La jeune femme ouvrit difficilement les yeux et lui adressa un faible sourire.

— Je vais bien, souffla-t-elle. Je suis seulement un peu sonnée et fatiguée, Elya, c’est tout.

Elya parut soulagé, mais quelque chose en lui avait changé. Je n’arrivais pas à mettre le doigt dessus, mais il semblait plus tendu, plus dur. Une forme de colère silencieuse s’y cachait, comme une énergie prête à exploser.

Soudain, il se tourna vers Mélisandre. Sur son visage, je pouvais y lire une colère à peine dissimulée, une violence inouïe qu’il nourrissait. Sans crier gare, il se rua sur Mélisandre et le plaqua violemment contre le mur de la grotte, sous nos cris.

— C’est de ta faute ! hurla-t-il. Tu as failli tuer ma sœur !

Avec l’aide d’un soldat, je m’efforçai de maîtriser Elya, m’agrippant à son bras, mais sa colère semblait redoublée. Je découvris bien malgré moi qu’Elya avait bien plus de force que jamais je ne l’aurais soupçonné, et la rage qui l’animait lui donnait une énergie incontrôlable, comme si quelque chose en lui s’était décuplé.

Mélisandre, lui, ne réagissait pas. Il semblait complètement submergé, son esprit encore engourdi par le choc de ce qu’il venait de se passer.

— Lâche-le, Elya ! criai-je. Nous sommes tous sains et saufs, tu vois bien !

— Et c’est un miracle ! beugla Elya, fou de rage. Cet abruti a failli assassiner Toriel ! Tu crois vraiment que je vais laisser passer ça !

— Ce n’est pas elle qu’il visait !

— C’est tout comme !

Je fus stupéfaite par la violence de ses mots. Rien dans les événements récents ne justifiait une telle colère. Quelque chose en lui s’était brisé, ou plutôt, quelque chose de plus sombre en lui avait été libéré.

— Elya, calme-toi ! implorai-je, ma voix brisée par l’urgence de la situation.

Je me précipitai entre lui et Mélisandre, mes mains se tendant vers ses bras dans un geste désespéré pour éviter que la situation n’empire.

— Mélisandre, réagis, bon Dieu ! le suppliai-je, sentant ma voix vibrer de panique.

Il cligna des yeux, encore sous le choc, avant de saisir les poignets d’Elya d’une main ferme et de le repousser violemment. Je relâchai ma prise par erreur, et titubai, alors que plusieurs soldats se précipitaient sur Elya pour l’empêcher de se jeter à nouveau sur Mélisandre.

Mélisandre, semblant reprendre lentement ses esprits, se tourna vers moi.

Ses sourcils étaient froncés, ses lèvres pincées et, dans ses yeux, je pouvais lire une froideur glaciale.

— Il n’y a pas de dieu, Amaranthe. Il n’y en a jamais eu, et il n’y en aura jamais. Tu m’entends ?

Avant que je puisse répondre, il se tourna de nouveau vers Elya, son regard plus perçant encore.

— Jamais je n’oserais toucher à un seul cheveu de ta sœur bien-aimée, Elya. Parce que j’ai des sentiments pour elle, vois-tu ? Tu me crois aussi stupide ?

Le souffle court, Elya s’était figé, mais il ne cessait de dévisager Mélisandre avec la même haine. Lentement, Mélisandre s’approcha de lui, si près que leur souffle se mêlait presque, tandis que je le suppliais de cesser cette provocation.

— J’ai plus d’honneur que toi, souffla Mélisandre entre ses dents serrées. Ce n’est pas moi qui achète des humains et qui les traque après, Elya. Réfléchis bien à ça…

Elya hurla de rage, se jetant à nouveau sur Mélisandre, retenu de force par les soldats qui peinaient à le maîtriser. Mélisandre, lui, s’éloigna lentement, d’un pas ferme, sous les regards stupéfaits de tous.

Je le suivis, ne sachant plus où me situer dans ce tourbillon de chaos. Mélisandre marchait d’un pas rapide, et je n’eus la chance de le rattraper qu’à l’extérieur de la grotte, alors qu’il détachait son cheval de l’arbre, prêt à partir.

— Mélisandre, qu’est-ce que tu fais ? bégayai-je, mes mots coincés dans ma gorge. Tu ne peux pas partir comme ça.

— Bien sûr que si, répondit-il d’un ton sec. Mes chances avec Toriel étaient déjà minces, mais avec tout ça… j’ai tout foutu en l’air. Je n’ai plus rien à faire ici.

— Tu es sérieux ? répliquai-je, me mettant devant son cheval pour l’empêcher de partir. Nous devons être cinq !

— Cinq pour quoi faire, hein ?

Il haussa les épaules, indifférent.

— Il n’y a plus rien qui me retient ici, Amaranthe. Alors, écarte-toi de mon chemin.

— Mélisandre, je…

— Non, me coupa-t-il. Toi, écoute-moi. Ce monde n’est pas le nôtre. On n’est pas les bienvenus ici. Tu as autant de chances avec Elya que j’en ai avec Toriel. Laisse tomber et fais comme moi, pars. Je vais reprendre ma vie d’avant, où j’étais bien plus heureux.

Sur ces mots, il talonna son cheval, et partit au galop. J’avais du mal à croire tout ce qui venait de se passer. La réalité m’échappait, les événements se succédaient à une vitesse insensée. Les paroles de Mélisandre, aussi dures qu’elles fussent, avaient un fond de vérité. Depuis ce flash, c’était comme si les sentiments d’Elya à mon égard s’étaient évaporés. Comme si notre baiser n’avait jamais existé. Seule la colère l’animait désormais.

Incrédule, je retournai à l’intérieur de la grotte, espérant trouver un semblant de clarté parmi le chaos. Elya semblait s’être calmé… en apparence.

Ses hommes gardaient un œil vigilant sur lui.

— Mélisandre est parti.

— Grand bien lui fasse, grogna Elya, sans même daigner me regarder.

— Je ne t’ai jamais vu dans cet état, fis-je, ma voix hésitante, cherchant des réponses dans ses yeux fermés. Elya, que t’arrive-t-il ?

— Tu te fiches de moi, ou tu le fais exprès ?

Ses mots m’atteignirent en plein cœur, mais je ne relevai pas. Il y avait quelque chose d’anormal dans son attitude, je le sentais profondément.

— Toriel…

— A failli mourir ! cracha-t-il, sa voix acide. Depuis votre arrivée dans ce monde, vous, les humains, vous n’apportez que des ennuis !

— Tu es sérieux, en disant ça ?

— Toi plus que n’importe qui d’autre.

Je serrai les poings, la gorge nouée, me retenant de le gifler alors qu’il me regardait avec un défi apparent.

— Jamais je n’aurais cru qu’un jour tu pourrais t’adresser à moi de cette manière, crachai-je entre mes dents serrées. As-tu oublié notre baiser tout à l’heure ?

— Dois-je te rappeler que tu as repoussé mes avances ?

Il marqua une pause, avant de conclure :

— Au vu de la situation, tu as bien fait. Je pense qu’il serait plus judicieux que vous n’entraviez plus les affaires de ce monde. Vous causez trop de problèmes.

— Comment ça ?

— Je pense que nous serons plus en sécurité si les humains n’ont plus le champ libre. Il se tourna vers ses hommes, impassible. Gardes, attachez ces deux jeunes femmes.

Eléanore et moi échangeâmes un regard, abasourdies par ce retournement de situation brutal.

Les mains liées derrière le dos, je quittai la grotte aux côtés d’Eléanore, escortée par la garde royale d’Elya.

Tandis que nous reprenions le chemin du retour, je réfléchissais à vive allure, cherchant une échappatoire à ce chaos ambiant ou des arguments susceptibles de faire changer d’avis Elya. Pourtant, au fond de moi, j’avais la certitude que rien ne pourrait le faire revenir sur sa décision.

Il chevauchait avec Toriel qui, appuyée contre son torse, s’était endormie, accablée par l’épuisement. Un bras protecteur passé autour d’elle, il observait attentivement les environs, s’assurant qu’aucun danger ne nous menaçait.

Toriel n’avait rien trouvé à redire sur ses paroles. J’espérais que l’épuisement y était pour quelque chose et qu’elle n’était pas, elle aussi, sous l’influence de ce qui avait changé Elya. Plus j’y réfléchissais, plus j’attribuais ce revirement au flash doré qui nous avait aveuglés.

C’était à partir de cet instant que les gorloggs avaient cessé leur poursuite. À partir de là qu’Elya avait perdu la raison et que Mélisandre, loin d’être rationnel, avait décidé de partir. Seules Eléanore et Toriel s’étaient tenues à l’écart de tout cela. J’avais tenté de rééquilibrer la situation mais, au lieu de cela, je n’avais fait qu’envenimer les choses.

Et aujourd’hui, j’en payais le prix.

Je nourrissais encore l’espoir qu’en arrivant à Dolomen, Elya retrouverait la raison. Même si j’étais convaincue qu’un événement inconnu nous avait tous affectés dans la grotte, son comportement n’en restait pas moins blessant. De nouvelles questions me tourmentaient. Nous savions désormais qu’une entité divine était derrière tout cela, mais pourquoi ? Pourquoi nous ? Pourquoi maintenant ?

Et comment trouver des réponses ?

D’autant plus maintenant que j’avais les mains liées.

Alors que nous avancions à un rythme tranquille, les premières formes de Dolomen se dessinaient à l’horizon, et mon cœur se serra. Il ne restait plus beaucoup de temps avant notre arrivée. Le jour déclinait, et Elya n’avait toujours rien dit. Notre sort semblait scellé.

— Et maintenant, que va-t-on faire ? me chuchota Eléanore.

Je haussai les épaules.

— J’aurais aimé avoir une vision, quelque chose qui puisse me dire quoi faire… Et je ne peux pas fuir. Contrairement à Mélisandre et toi, je n’ai aucune gemme sur moi.

— Une gemme pour deux ne suffirait pas ?

— Évitons de prendre ce risque inutile.

Elle acquiesça, mais son malaise était palpable. Un silence pesant s’installa entre nous deux. Du coin de l’œil, je voyais qu’elle ouvrait parfois la bouche, prête à parler, avant de se raviser, le regard fermé, troublé.

Finalement, nous atteignîmes Dolomen.

Nous gravîmes péniblement les marches de l’escalier avant de pénétrer dans le hall d’entrée que j’avais très brièvement aperçu quelques heures plus tôt, avant de nous diriger vers cette grotte. Avant que nos destins ne soient changés à jamais.

L’endroit était immense, mais froid et austère, presque vide et sans âme. Le plafond, les murs, le sol et jusqu’aux escaliers, tout était d’un blanc presque clinique. De hautes baies vitrées longeaient les murs de part et d’autre du hall, offrant une vue imprenable sur la ville. Des plantes dispersées çà et là tentaient d’apporter une touche plus naturelle et détendue, mais elles semblaient déplacées, comme si leur présence ici était une erreur.

Alors que nous avancions, une étrange sensation s’empara de moi. Un frisson, glacé et indescriptible, remonta le long de mon échine. L’impression fugace d’être observée.

Mes yeux balayèrent la salle, mais tout semblait normal. Trop normal. Pourtant, un à un, les serviteurs et quelques soldats baissèrent la tête en nous voyant passer. Comme s’ils savaient. Comme s’ils n’osaient pas croiser nos regards.

Puis, mon regard se posa sur une fresque murale, couvrant un mur entier du hall. Une scène figée dans le marbre, si détaillée qu’elle semblait presque vivante. Elle représentait une procession de silhouettes avançant dans l’ombre d’une lumière dorée. Certaines levaient les bras vers elle, d’autres fuyaient, comme terrifiées.

Mon sang se glaça.

Cette fresque… elle ressemblait étrangement à ce qui nous était arrivé dans la grotte.

Je voulus m’arrêter pour mieux l’observer, mais les gardes me poussèrent en avant.

Elya marqua une pause en haut des escaliers. Une lueur d’incertitude traversa furtivement son visage, avant que ses traits ne se durcissent à nouveau. Finalement, sans un mot et sans me jeter un dernier regard, il s’éloigna de moi, soutenant Toriel, tandis que les gardes nous intimaient à Eléanore et moi de nous diriger vers une porte dérobée.

Le cœur serré, j’obtempérai, offensée par la trahison d’Elya.