👑 CHAPITRE 1 👑
La princesse s’en était allée, ne laissant derrière elle qu’un chaos sans nom entouré d’une brume de messes basses parcourant le moindre recoin du palais. Certains spéculaient, d’autres gardaient la vérité tel un secret, caché au plus profond d’eux-mêmes. Certains accusaient le Prince, d’autres pointaient du doigt les dernières étrangetés étant arrivées.
Et pendant que tout ce petit monde retournait encore et toujours leurs cerveaux bien étroits, une poignée demeurait dans le silence le plus absolu, préservant alors ce qu’elle leur avait laissé : sa liberté.
- Avec tout mon respect, Votre Altesse, vous ne pouvez préserver sur cette voie.
- Ai-je été oui ou non empoissonné ? releva le Prince
- Oui.
- Dans ce cas, je poursuivrai aussi longtemps que cela m’est permit.
- Cela fait une semaine. Le Roi n’est guère un idiot.
- Que lui as-tu dit hier ?
- Qu’il vous était encore difficile de vous lever et que le repos absolu était préconisé afin que vous puissiez vous remettre convenablement. J’ai ajouté par ailleurs que ces mots n’étaient guère les miens mais ceux du médecin.
- Je ne vois donc pas ce qui t’empêcherais de réitérer tes propos, Romain. Je suis certain que le Roi...comprends.
Mais si James jouait la carte de l’homme faible et souffrant, ce n’était pas tant car il souhaitait absolument évité le Roi et sa colère, mais aussi pour permettre à Méryl de gagner du temps car au moment où il apprendra où cette dernière s’en est allé, il était fort à parier que certaines mesures seront prises et exigées. A l’heure actuelle, il était le seul à savoir où celle-ci avait fuit si tenté que l’on pouvait appeler cela une fuite.
Combien de fois avait-il lu sa lettre ? Combien de fois, posant ses yeux sur les derniers mots qu’elle lui avait laissé, il s’était persuadé que les choses auraient pu être différentes, mais elle avait eu raison, et ce, sur tellement de points. Il était trop tard. Trop tard pour faire les choses différemment. Trop tard pour se racheter une conduite. Trop tard pour s’embourber dans les explications car Méryl méritait plus que tout cela. Elle méritait la vérité et cela, il ne pourrait jamais la lui donner. Jamais totalement. Il ne pourrait jamais lui dire que sa vie était menacée car il ne connaissait que trop son caractère, son impulsivité et sa volonté à vouloir tout contrôlé et tout faire par elle-même car elle n’avait ici aucun allié. Aucun ami. Tout ce que Méryl possédait consisté en l’existence de son «Bureau» et des nombreux nobles, qui au fil des années, s’étaient volontairement rangés de son côté. Hélas, ils ne pouvaient rien contre le Roi. Le seul qui pouvait l’aider fut le seul qui lui avait tourné le dos au moment où elle avait eu le plus besoin de lui : son propre mari.
Encore aujourd’hui, cela lui paraissait lunaire. Ils s’étaient mariés le lendemain de son quinzième anniversaire à la seule et unique princesse du Royaume. Lui qui était un jeune duc, héritant tout juste de la position de son père ainsi que de ses responsabilités, il était devenu en un rien de temps, le Prince. Ce fut dans ces bottes qu’il avait alors grandis et évolué, ne connaissant à son tour que la vie de palais et ses nombreuses règles. Comment Méryl avait-elle pu grandir dans un environnement étouffant ? Comment avait-elle pu devenir la Princesse qu’elle était sans une seule fois songé à tout abandonner ? Non, elle y avait pensé. Evidemment. Elle devait y avoir pensé à de très nombreuses reprises, mais il ne l’avait jamais comprit car dieu...qu’il était incapable de la comprendre ! A chaque fois qu’il se disait que le moment était venu et qu’enfin, il la connaissait par coeur, elle lui filait entre les doigts telle de la fumée que jamais il ne pourrait complètement saisir. Cela faisait indéniablement partie de son charme, comme cela faisait partie de la frustration qu’elle représentait pour le jeune homme.
- Vous regardez une nouvelle fois par le semaine. Ce n’est pas la première fois cette semaine que vous semblez...
- Perdu ? reprit le Prince dans un demi-sourire de vaincu.
- J’aurai dit attentif. Vous semblez attendre quelque chose de l’horizon, mais peut-être est-ce que je me trompe ?
Il n’y avait que Romain pour être aussi attentif aux moindres de ses traits. Le moindre plis sur son visage, le moindre battement de cil, le moindre sourire soigneusement caché dans la commissure de ses lèvres. Romain était devenu expert dans l’art de le décrypter, mais aussi de le connaître.
- Je doute que l’horizon ait quoique ce soit à m’offrir, souffla-t-il.
- Alors pourquoi s’obstiner à le regarder dans ce cas ?
- Je n’en sais rien.
Sans doute parce que la fenêtre de ses appartements donnait très exactement sur l’immensité de l’océan et que James savait ce qu’il y avait de l’autre côté de ces vagues.
Il savait qu’au petit matin, alors que l’aube peinait à se lever encore, un des navires appartenant à Elian avait prit le large. Il savait aussi qu’elle avait embarquée à bord, le suivant, lui. Sans doute était-ce mieux ainsi car il ne faisait aucun doute qu’Elian, plus que n’importe qui, saurait lui donner ce qu’elle désirait ardemment. Etaient-ils tous deux arrivés ? Etaient-ils en sécurité ? Etaient-ils loin ? Etait-elle heureuse ?
- Sans doute vais-je me répéter, mais vous regardez encore, Votre Altesse ! le rappela-t-il à l’ordre.
C’était tout simplement plus fort que lui, il ne pouvait s’en empêcher. A trop fixer l’étendue devant lui, James pourrait jurer y voir un bateau arborant un pavillon familier. Néanmoins, cela ne devait être qu’une illusion. Son esprit lui jouait des tours depuis peu de temps et il ne pouvait s’empêcher de la voir partout, de l’entendre rire partout et il pourrait jurer également apercevoir, de temps à autre, sa silhouette dans les jardins.
Oui, cela ne faisait qu’une semaine, mais une éternité semblait s’être écoulée et tandis que son coeur tressautait au moindre éclats de rire d’une jeune domestique, sa tête devait œuvrer car une bataille féroce s’annonçait.
- Dis-moi Romain, n’y a-t-il jamais un matin où tu regrettes de te lever ? Un matin où tu te dis que tout ce que tu viens de vivre n’est probablement qu’un triste et mauvais rêve dont tu pourrais tout oublier si tu te rendormais ?
- Chaque jour quand je pense à la montagne de travail que vous me donnez ! répondit le jeune homme sans réfléchir et sans flancher.
- Je devrais réduire ton salaire pour ces paroles, fit le Prince en le dévisageant.
- Vous m’avez fait promettre d’être toujours honnête. Je fais de mon mieux.
- Te savoir si dévoué me touche ! rétorqua-t-il avec ironie.
James comprit que même s’il y mettait toute le bonne volonté du monde, Romain ne le comprendrait probablement jamais. Comment le pourrait-il ? Leurs vies n’avaient rien de comparables.
- Chaque jour, j’ai la terrible impression que ma liste de regrets s’allongent encore un peu plus. J’ai l’impression de m’embourber dans une sorte de mare qui m’engloutit tout entier et que, plus je lutte, plus je m’enfonce. Je ne peux crier à l’aide car je sais que personne ne m’entendra, que personne ne viendra et donc, inéluctablement, je ne peux tendre la main car je sais qu’il n’y aura rien pour la retenir quand celle-ci sera tout ce qu’il restera de moi.
Romain garda le silence, mais ses yeux ne dévirent pas une seule seconde du Prince.
- Je sais que ce genre de pensée est ridicule et que je ne devrais pas me plaindre. Après tout, ne suis-je pas le plus mal placé pour me plaindre ? Il y a pire condition que la mienne.
- Avec tout mon respect, il y a mieux également. Certes, vous êtes Prince, vous êtes servit par des centaines de personnes et vous avez probablement tout ce qu’un homme lambda rêverait d’avoir pour lui. Mais cela ne fait pas de vous un dieu ou bien même un sait, bien que les saints doivent avoir leur propre difficulté je pense. Vous êtes un homme et avez...vos faiblesses. Vos moments de doutes. Je n’ai jamais remis en question votre jugement ou même vos décisions, Votre Altesse, car j’ai promis, en vous servant, de ne jamais le faire. J’ai promis de vous suivre jusque dans la tombe si cela m’était permit, mais pour vous avoir suivit pendant tant d’années...Je n’ai pas souvenir de vous avoir vu non plus prendre une décision pour vous. Comment aurez-vous pu ? Vous êtes un noble devenu un Prince. Votre vie toute entière n’existe que pour servir le peuple, le roi, le royaume. Néanmoins, je pense que...
Il s’arrêta. Ce n’était pas son genre. Doutait-il des mots qu’il allait prononcé ou avait-il tout simplement peur de ce qu’ils pourraient engendrer ?
- Je t’écoute, n’ai pas peur, le rassura James.
- Je pense que ce qu’a fait la Princesse est à prendre en exemple, pour vous-même. Elle s’est courageusement libéré de ces chaînes invisibles qui vous entrave elle vous, elle a prit les devants et peut-être...peut-être que vous devriez faire de même. Vous êtes le futur Roi de ce pays, il est sans doute temps d’agir comme tel.
Pendant près de cinq années, James avait laissé le Roi ainsi que ses quelques vieux conseillers lui dicter sa conduite. Jamais il ne s’était sentit aussi vivant que lors de ces deux derniers mois en compagnie de Méryl. Encore aujourd’hui, ces moments de pure folie dans le carrosse royal revinrent le hanter tandis que ses joues s’enflammèrent. Et il n’y avait pas que cela. Il y avait eu tant de courts moments qu’il gardait enfouit au plus profond de lui-même tel un trésor car jamais il n’aurait cru un jour qu’elle se montrerait ainsi devant lui.
- Tu as raison. Ce n’est pas parce qu’elle est partie que le monde soit s’arrêter de tourner. Bien au contraire !
Il y avait tant qu’il pouvait faire pour elle. Tant qu’il pouvait faire pour lui-même également.
- Apporte-moi la correspondance de la Princesse.
-Toutela correspondance ? demanda Romain en impliquant celle destinée au «Bureau» de la Princesse.
- Toute la correspondance, répéta le Prince, Il est grand temps que les affaires reprennent.
Jamais James ne serait dit un jour qu’il mettrait son nez dans de telles affaires et pourtant, aujourd’hui plus que jamais, il en sentait le besoin. Plus encore, la nécessité. S’il voulait la comprendre, s’il voulait l’aider, s’il voulait apprendre de lui-même, il lui fallait endosser un autre rôle, même si celui-ci promettait de rendre ses journées beaucoup plus piquantes.
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NDA: A titre d’utilité publique, si vous n’avez pas lu le T1 “Princesse Casanova” il va vous être difficile de lire cette histoire qui est une suite directe aux événements ayant conclu la précédente histoire, je vous invite donc à faire demi-tour :) Pour tous les autres, bienvenue à bord pour une nouvelles aventures qui sera mise à jour de façon...hebdomadaire ! Bonne lecture.